Yyrkoon : Occult MedicineA la recherche d’un truc qui me décaperait les oreilles en profondeur, je plonge dans les tréfonds de ma discothèque et en exhume cet album dont j’avais oublié jusqu’à l’existence. J’ai beau essayer de me remémorer les circonstances dans lesquelles j’ai acquis ce disque, pas moyen. J’avais sans doute lu une bonne critique quelque part, mais impossible de se rappeler où. Bon, tant pis, on va essayer…

Trois quart d’heure plus tard, alors que les dernières guitares se sont tues, un sourire béat est apparu sur mes lèvres. La bonne surprise que voilà! Cet “Occult Medicine” est un petit bijou de death / thrash des familles, qui vous envoie dans la tronche dix morceaux techniques, puissants et efficaces, alternant bastonnade sans merci et mid tempos façon rouleau compresseur. Une mention spéciale sera décernée aux guitares, toujours pertinentes, qu’il s’agisse de créer un ouragan de riffs ou de partir dans des soli de très bonne facture. Les amoureux de la six-cordes sont instamment priés de poser une oreille sur “Revenant Horde“, tout simplement énorme.

Disons-le simplement, Yyrkoon pourrait être la réponse française à Arch Enemy: même goût pour le mid-tempo écrasant, pour les murs de grattes, pour les soli inspirés et la double pédale; même efficacité dans l’élaboration d’un métal extrême mais aéré et mélodique, violent mais jamais lassant ou caricatural.

Ah, excusez-moi, on frappe à la porte. Comment çà, il est 23h passées? Baisser le son? Tapage nocturne, musique de dégénérés, elle est belle la jeunesse… D’accord, d’accord, je coupe ma chaîne. Une dernière précision: il est peu probable qu’Yyrkoon améliore les relations que vous entretenez avec vos voisins.

Metallica : Ride the LightningDur, dur d’écrire une chronique objective pour cet album qui est, de mon point de vue, le meilleur jamais réalisé par les Four Horsemen (attention: j’ai bien dit “de mon point de vue”!).

Dès le premier morceau,l’explosif “Fight fire with fire”, tout le talent de ce groupe décidément hors-norme saute aux yeux: au-dela de l’interprétation sans faille, c’est bien le niveau des compositions qui place Metallica un cran au-dessus de tous ses concurrents. Tous les morceaux se tiennent, et l’album fait preuve d’une qualité constante de bout en bout, sans doute pour la seule et unique fois dans la longue carrière du gang de Frisco. Metallica impose ici son style, et éclabousse de sa classe l’ensemble de la scène métal avec un disque sans faiblesse aucune.

On retrouve ici quelques classiques du répertoire du groupe, tels que “Creeping Death“, la ballade trash “Creeping Death” ou encore l’incroyablement puissant “For Whom the Bell Tolls“, mais le reste n’est pas à jeter pour autant, loin de là. Même les sous-estimés “Trapped under ice” et “Escape” sont énormes, et le riff de “Ride the Lightning” est un truc à faire pleurer de bonheur tout métalleux qui se respecte. L’album s’achève sur le superbe instrumental “The call of Ktulu“, où la musique du groupe prend une dimension vraiment cinématographique, chaque musicien faisant étalage de son talent pendant plus de huit minutes.

Ride the Lightning” est donc un album incontournable, et se pose comme la meilleure réponse possible à ceux qui voudraient disputer à Metallica le trône de meilleur groupe de métal de tous les temps.

Slayer : Reign in BloodReign in Blood… L’écoute de ce disque procure toujours le sentiment étrange de se trouver en présence de quelque chose de grand, de marquant, voire, risquons ce qualificatif, d’éternel. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle, traversés de riffs démentiels et de solos inouis, passant de titres punks (“Necrophobic“, “Reborn“) à des sommets de brutalité trash (“Altar of Sacrifice“, “Postmortem“). Le “God of drums” Dave Lombardo martèle sans trève ses fûts, et Tom Araya hurle comme un possédé tout au long de ces dix hymnes haineux.

L’auditeur, hagard, le souffle coupé, est laissé pantelant par un tel monument de brutalité pure, hommage cru à la violence et la mort. Cette agression sonore sans faille, ouverte sur l’énorme “Angel of Death“, se clôt avec “Raining Blood” et son riff inoubliable, qui, vingt ans plus tard, continue d’enflammer les fosses partout où se produit SLAYER.

Un de ces disques qui marquent une date dans l’histoire du métal, et qui, aujourd’hui encore, sert de mètre-étalon pour tous les prétendants au titre de groupe le plus violent du monde.

Dissection (SWE) : Storm of the Light's BaneQue restera-t-il de Dissection, lorsque le passage du temps aura mis un terme aux débordements sensationnalistes et à la foire d’empoigne autour de Jon Nötveidt, entre ceux qui y voient un homme de convictions admirable et ceux qui le considèrent comme un illuminé dangereux et méprisable? Lorsque son militantisme -certains diraient son fanatisme- au sein du New Luciferian Order sera relégué au second plan et que l’on délaissera enfin la figure pour se pencher sur la musique? S’il ne devait demeurer qu’une seule chose, c’est sans aucun douter de “Storm of the Light’s Bane” qu’il s’agira.

En effet, qu’on apprécie ou non son géniteur, on ne peut que s’incliner devant cet album majestueux, surpuissant et envoûtant. Comment ça, j’exagère, faudrait voir à se calmer sur les qualificatifs excessifs? Primo, je fais ce que bon me semble, allez voir ailleurs si ça vous déplaît; secundo, s’il y a bien un album de black-métal qui mérite qu’on prenne une heure de son temps pour l’écouter, c’est celui-ci.

Storm of the Light’s Bane” est avant tout un disque de guitaristes, porté par des riffs démentiels, et cela dès son introduction; moi qui renâcle habituellement face à la technique, disons, défaillante de bon nombre de groupes de black qui dissimulent leurs manques sous une production infecte, je ne peux que m’incliner face à la performance de la paire Nötveidt – Norman. Sans être extrêmement technique, celle-ci nous gratifie de riffs entêtants (le final de “Unhallowed”, les splendides “Where Dead Angels Lie” et “Thorns Of Crimson Death“) qui confèrent au disque un caractère étrangement aéré, un souffle épique qu’on ne retrouve que très rarement chez ses collègues.

Quant à la prestation vocale de Jon Nötveidt, elle tient du miracle. Le leader de Dissection couvre ici un spectre extrêmement large d’émotions sans jamais quitter un registre résolument black-métal; on passe de la violence la plus effarante (“Retribution – Storm of the Light’s Bane“, “Soulreaper“) à un chant presque mélancolique certains morceaux, le culte “Where Dead Angels Lie” en tête. Depuis Attila Csihar agonisant dans son micro sur “De Misteriis Dom Sathanas“, il ne m’avait pas été donné d’entendre un chant black aussi habité, aussi varié et prenant.

Soyons bref: “Storm of the Light’s Bane” est un album miraculeux. Au-delà des controverses, des débats et des jugements, il restera ce chef-d’oeuvre glacial, sans doute l’un des meilleurs disque de l’histoire du black-métal. Tout simplement.

Dissection (SW) : Storm Of The Light's BaneQue restera-t-il de Dissection, lorsque le passage du temps aura mis un terme aux débordements sensationnalistes et à la foire d’empoigne autour de Jon Nötveidt, entre ceux qui y voient un homme de convictions admirable et ceux qui le considèrent comme un illuminé dangereux et méprisable? Lorsque son militantisme -certains diraient son fanatisme- au sein du New Luciferian Order sera relégué au second plan et que l’on délaissera enfin la figure pour se pencher sur la musique? S’il ne devait demeurer qu’une seule chose, c’est sans aucun douter de “Storm Of The Light’s Bane” qu’il s’agira.

En effet, qu’on apprécie ou non son géniteur, on ne peut que s’incliner devant cet album majestueux, surpuissant et envoûtant. Comment ça, j’exagère, faudrait voir à se calmer sur les qualificatifs excessifs? Primo, je fais ce que bon me semble, allez voir ailleurs si ça vous déplaît; secundo, s’il y a bien un album de black-métal qui mérite qu’on prenne une heure de son temps pour l’écouter, c’est celui-ci.

Storm Of The Light’s Bane” est avant tout un disque de guitaristes, porté par des riffs démentiels, et cela dès son introduction; moi qui renâcle habituellement face à la technique, disons, défaillante de bon nombre de groupes de black qui dissimulent leurs manques sous une production infecte, je ne peux que m’incliner face à la performance de la paire Nötveidt ? Norman. Sans être extrêmement technique, celle-ci nous gratifie de riffs entêtants (le final de “Unhallowed”, les splendides “Where Dead Angels Lie” et “Thorns Of Crimson Death”) qui confèrent au disque un caractère étrangement aéré, un souffle épique qu’on ne retrouve que très rarement chez ses collègues.

Quant à la prestation vocale de Jon Nötveidt, elle tient du miracle. Le leader de Dissection couvre ici un spectre extrêmement large d’émotions sans jamais quitter un registre résolument black-métal; on passe de la violence la plus effarante (“Retribution ? Storm Of The Light’s Bane“, “Soulreaper“) à un chant presque mélancolique certains morceaux, le culte “Where Dead Angels Lie” en tête. Depuis Attila Csihar agonisant dans son micro sur “De Misteriis Dom Sathanas“, il ne m’avait pas été donné d’entendre un chant black aussi habité, aussi varié et prenant.

Soyons bref: “Storm Of The Light’s Bane” est un album miraculeux. Au-delà des controverses, des débats et des jugements, il restera ce chef-d’oeuvre glacial, sans doute l’un des meilleurs disque de l’histoire du black-métal. Tout simplement.

Spineshank : Self Destructive Pattern“Self-Destructive Pattern” est le prototype du disque mineur, mais incroyablement efficace. Ses géniteurs n’ont jamais eu le souhait ou la présomption de révolutionner quoi que ce soit, ni même d’atteindre d’énormes chiffres de vente. Non, la seule ambition de Spineshank était d’écrire des titres de qualité, et de tourner (parfois comme des dingues) pour les promouvoir.

A ce titre, cet album est une réussite totale. La recette que le groupe peaufinait depuis “Strictly Diesel“, et qui avait déjà fait mouche sur la première moitié de “The Height of Callousness“, est ici parfaitement maîtrisée et fait mouche à chaque fois. Oui, à chaque fois: douze morceaux, douze réussites, un vrai carton. Cette recette est simple: vous prenez le côté indus et les gueulantes de Fear Factory, vous ajoutez des refrains monstrueusement accrocheurs et vous dotez l’ensemble d’un son à la fois propre et puissant que n’aurait pas renié Colin Richardson.

On se retrouve donc avec un disque bourré de tubes potentiels aux mélodies imparables (“Smothered“, “Beginning Of The End“, “Forgotten”, “Fallback”) qui auraient pu (dû?) valoir à Spineshank un beau petit succès radiophonique; mais le groupe ne rechigne pas non plus à sortir l’artillerie sur quelques titres bien pêchus comme le très punk “Slavery” ou les colériques “Self-Destructive Pattern” et “Stillborn“. Bref, tout le monde y trouve de quoi se rassasier, d’autant plus que le chant de Johnny Santos, très à l’aise quel que soit le registre abordé, confère à l’album un souffle et une puissance plus qu’appréciable.

Attention, “Self-Destructive Pattern” n’est évidemment pas destiné à un public amateur de métal extrême, il s’agit avant tout d’un disque grand public; toutefois, ses nombreuses qualités en font un coup de coeur potentiel pour un spectre assez large de métalleux. Et encore une fois, Spineshank n’ambitionne pas d’écrire un nouveau “Black Album” ou même un nouveau “The Burning Red“, juste de se faire plaisir et de nous proposer douze compos écrites par d’humbles artisans qui seront restés jusqu’au bout dans un anonymat quasi-total. Épuisés par deux ans de tournées non-stop, les musiciens jetèrent l’éponge en 2004 et ne donnèrent pas suite à ce disque qui laissait portant augurer le meilleur.

La trajectoire de Spineshank est finalement représentative du destin de bon nombre de musiciens, appelés à disparaître sans jamais connaître un succès qui semblait pourtant leur tendre les bras à un certain point de leur carrière, et qui laissent derrière eux une poignée de bons morceaux qui resteront inconnus de la grande majorité. Mais les quelques personnes qui se sont penchées sur “Self-Destructive Pattern” confirmeront sans doute mes propos: cet album valait largement mieux que 90% des sous-disques de néo qui caracolaient alors en tête des ventes. Dommage….

Fear Factory : ArchetypeArchetype” est un disque qui, par sa seule existence, réjouira l’amateur de Fear Factory. En effet, le split du groupe, à la suite de sévères détériorations des rapports entre ses membres, avait laissé orphelins de très nombreux fans du métal industriel et brutal dont le groupe avait fait sa marque de fabrique depuis 1992. Si l’annonce d’une reformation avait fait renaître un peu d’espoir, le départ définitif de Dino Cazares, guitariste ô combien emblématique qui marquait au fer rouge les productions passées, nous autorisait à nourrir quelques sérieuses inquiétudes quant à la viabilité de cette réunion. Le constat, à l’écoute de ce premier album sans le gratteux mexicain, est heureusement positif, sans être transcendant pour autant.

Lorsque “Slave Labor” déboule, on frôle l’orgasme. Batterie à fond la caisse, guitares incisives, chant hurlé sur les couplets qui se mue en une prodigieuse invocation scandée sur le refrain, tout ce qu’on aime chez Fear Fac’ est là, et plus encore. C’est bien simple, ce morceau est un des meilleurs que le groupe ait jamais composés; il vous cloue à votre fauteuil et vous laisse pantelant, en attente d’une suite à la hauteur… Laquelle ne déçoit pas avec un “Cybewaste” à la brutalité débridée, puis un “Act Of God” très efficace quoique plus posé. A ce point de l’album, on a logiquement la bave aux lèvres et on commence à se dire que la bande de Burton C. Bell a décidément remis le couvert de fort belle manière. “Archetype” serait-il le disque qu’attendent ses fans depuis “Demanufacture“?

C’est alors que lentement, insidieusement, mais sûrement, cet album commence à perdre en rythme, en accroche, en puissance. Le chant clair se fait omniprésent, un comble lorsqu’on sait que Bell peine à retranscrire ces passages sur scène (“Drones”, l’insipide “Bite The Hand That Bleeds“). La batterie ralentit, et se défait de cette frénésie martiale qui donne son souffle aux compositions du groupe. Bref, le soufflé retombe progressivement, et l’auditeur décroche assez rapidement.

La deuxième moitié du disque ressemble à une série de bonnes occasions gâchées: “Corporate Cloning” démarre en force, puis est plombé par un refrain chantonné mollement; “Undercurrent” se défend, mais ne décolle jamais vraiment, “Default Judgement” aurait mérité une batterie bien plus agressive; etc… La fin du disque s’écoute sans déplaisir, mais l’auditeur ne parvient plus à se départir de ce sentiment de lassitude qui s’est emparé de lui, et que même l’énervé “Bonescraper” et la reprise de Nirvana finale, “School”, ne peuvent chasser.

Ne boudons pas non plus notre plaisir: Fear Factory est de retour, avec un disque honorable, et c’est là un événement qu’il convient de saluer à sa juste mesure. Toutefois, “Archetype” est en-deçà des espérances que ses premières compos avaient fait naître; on aurait peut-être préféré que le groupe sorte un album moins long, avec un ou deux titres en moins, mais d’une densité bien supérieure à celle des morceaux proposés ici, lesquels s’oublient à peine écoutés. Malheureusement, “Transgression“, sorti l’année suivante, ne fera que confirmer les défauts et les failles qui apparaissent ici.

Disbelief : NavigatorDes baffes! Des baffes pour tous ceux qui n’ont pas fait à 66(Sick), la précédente tuerie des Teutons de Disbelief, le triomphe qu’elle méritait! Comment ça, je ne peux pas imposer à mes contemporains d’apprécier les même groupes et/ou albums que moi? C’est parfois bien dommage, tant ce groupe fabuleux pourrait séduire de métalleux s’il était un peu plus exposé, un peu plus sous les projecteurs. “Navigator“, même s’il n’est peut-être pas aussi démentiel que son prédécesseur, est un nouveau petit bijou à porter à l’actif d’un groupe vraiment à part et malheureusement encore sous-estimé.

On retrouve ici tout ce qu’on aime chez Disbelief: les riffs dissonants joués par une guitare accordée très grave (“Falling Down“), les mélodies, omniprésentes même au coeur de la tourmente, les mid-tempos pachidermiques (“When Silence Is Broken”), et surtout la voix ahurissante de Karsten Jäger. Qu’il s’empare du rôle du forcené impossible à maîtriser sur “It’s Simply There” ou qu’il donne dans le registre de la mélancolie contemplatrice avec “The One”, le chanteur confirme qu’il occupe décidément une place à part parmi les hurleurs modernes. Car oui, les racines de son chant plongent au coeur du death-métal le plus lourd; mais le vocaliste ne perd jamais de vue que la mélodie est le pilier sur lequel s’érige la musique de Disbelief, et sa prestation fait une fois de plus le grand écart entre la brutalité la plus totale et les mélodies les plus accrocheuses. C’est bien simple, Disbelief est sans doute le seul groupe affilié à la scène death dont on se retrouve à chantonner les refrains dans la rue!

Parmi les pépites que renferme “Navigator“, citons “Between Red Lines”, qui remporte haut la main le concours du mid-tempo le plus écrasant du mois, et surtout le chef-d’oeuvre absolu qu’est “Passenger“, un morceau aux allures de grand huit qui passe en revue toutes les facettes de Disbelief sans jamais perdre en cohérence, puisque tout nous ramène à un refrain absolument irrésistible. Du grand art.

Mais il me faut être honnête, et concéder que cet album n’est pas exempt de défauts, ou plutôt d’imperfections qui l’empêche de s’élever au même niveau que ses deux illustres prédécesseurs, “Spreading the Rage” et “66(Sick)”. Les morceaux, aussi puissants soient-ils, souffrent d’une certaine linéarité qui empêche “Navigator de décoller totalement; et la production est un cran en-deçà de celle, abrasive, de 66(Sick).De plus, un ou deux titres sont franchement dispensables, à l’instar de “Selected”, par exemple, qui plombe un peu la fin de l’album. Heureusement, “Sacrifice” vient nous faire oublier cette baisse de régime et conclure en beauté un disque qui demeure une franche réussite.

Tous ceux qui avaient apprécié les brulôts précédents de Disbelief peuvent donc se jeter les yeux fermés sur ce “Navigator” de grande tenue, où ils retrouveront tout ce qu’ils apprécient chez ce groupe hors-norme. Toutefois, les néophytes feraient mieux de jeter leur dévolu sur 66(Sick), qui demeure le sommet de la carrière des quatre Allemands; ils pourront ensuite embarquer en connaissance de cause pour ce nouveau voyage que nous aurions quand même souhaité un peu plus surprenant.

God Dethroned : The Toxic Touch“Les compositions sont plus dans une veine à la Slayer“, avait expliqué Henri Sattler dans une interview promotionnelle accompagnant la sortie de “The Toxic Touch“. Mine de rien, cette déclaration du leader incontesté de God Dethroned donne une clé assez pertinente à l’auditeur qui s’étonnera du manque total de personnalité de ce septième album: désormais, ce groupe fait dans la copie, efficace certes, mais dans la copie quand même, de ses illustres aînés, voire parfois de ses contemporrains.

Je m’explique. “The Toxic Touch” est un disque indéniablement efficace, gavé de riffs assassins, à la Slayer justement (“Hating Life”, “On Wings Of Pestilence“), de refrains imparables (“Falling Down“, “The Day You Died”) et de soli bien rapides (“Typhoid Mary”), dans une veine death mélodique que le groupe maîtrise à merveille. Le chant n’est pas très éloigné d’un Dark Tranquility, c’est-à-dire à la fois profond et écorché; étant donné que la vague metalcore a maintenant habitué les oreilles du grand public à ce genre de métal rapide, agressif mais toujours mélodique et accrocheur, on voit mal ce qui pourrait empêcher God Dethroned d’obtenir un joli petit succès.

Toutefois, le tableau est loin d’être idyllique: en visant l’efficacité à tout prix, le groupe a sacrifié une bonne partie de son intégrité et de sa personnalité sur l’autel du succès. Plus rien ne distingue désormais God Dethroned des combos qui encombrent le créneau death mélodique ces temps-ci; pire, sur certains titres, on croirait avoir introduit par erreur le dernier Bullet For My Valentine dans sa chaîne… Sept albums pour en arriver à ça, si ce n’est pas du gâchis! L’instrumental “”Away From Emptiness“est le morceau le plus représentatif de cette regrettable dérive, avec ses trois minutes de démonstration technique inutile et sans originalité aucune. Quant à “Typhoid Mary”, censé être le moment fort de l’album puisque traitant du personnage qui apparaît sur la pochette -très réussie, au passage-, il est simpliste à mourir, avec son refrain-leitmotiv répété en boucle sur une assise musicale tellement basique qu’elle en devient agaçante.

The Toxic Touch” est un album qui s’écoute avec plaisir, car il s’appuie sur une recette à l’efficacité avérée et recèle quelques bons moments (“Falling Down“, “On Wings Of Pestilence“, “Fail To Exist”); mais on voit mal par quel miracle God Dethroned pourrait s’extirper du bourbier où se débattent les trop nombreux prétendants à la couronne de roi du death mélodique, tant cet album s’oublie aussitôt son écoute achevée. La prochaine fois, peut-être?

Tool : LateralusSept secondes de silence. Puis les instruments entrent dans la danse, tissant un mur de son compact, étouffant, glacé. La voix arrive enfin, tout à la fois incantation, menace, murmure et prière. Vous venez d’entamer l’écoute de “Lateralus“, et autant vous prévenir, vous n’en ressortirez pas indemnes.

Cet album, qui succède au très encensé “Aenima“, constitue pour moi le sommet de la carrière de ce groupe ô combien atypique qu’est Tool. Plus difficile d’accès que son prédécesseur, il est aussi plus complet, plus maîtrisé, car il ne s’égare jamais de sa ligne directrice et vous tient en haleine tout au long de ses soixante-dix minutes.

Lateralus” est un album très long, au son froid et assez synthétique, qui s’articule autour de pièces musicales allant de six à dix minutes et séparées par de courtes plages de transition. Les schémas qui sous-tendent les compositions échappent à toute analyse logique, rendant la mémorisation des structures et des morceaux des plus ardues. Autrement dit, on n’aborde pas ce disque comme un album de punk; ici, rien n’est immédiat, et ce n’est qu’au fil des écoutes que l’on finit par apprécier pleinement toutes les richesses de cette oeuvre.

L’auditeur attentif et curieux, qui fera l’effort de prendre quelques heures de son temps pour se passer “Lateralus” au casque, dans le calme le plus absolu, sera récompensé au centuple car il découvrira une oeuvre d’art finement ciselée, où rien n’est laissé au hasard, où chaque élément trouve sa place dans un foisonnement parfois incroyable mais toujours cohérent. Cet album est un grand huit musical, servi par des musiciens en état de grâce, qui couvre quasiment l’intégralité du spectre métal. Tour à tour extrêmement violent (“Ticks & Leeches”) ou d’une touchante fragilité (“The Patient), accrocheur (“Schism“) ou hermétique (“Lateralis”), voire franchement barré et incompréhensible (“Triad”), rarement un disque aura exploré autant de facettes différentes sans pour autant dévier de son propos. Attention, je ne parle pas de violence tel qu’un fan de death pourrait l’entendre, mais d’une violence retenue, maîtrisée, sourde, et donc extrêmement inquiétante, qui résonne au plus profond de nous sans jamais exploser. Et lorsque la voix se fait caresse ou murmure, la tension ne baisse pas pour autant puisqu’il est impossible de prévoir ce qui nous attend dans quelques secondes… A ce titre, l’enchaînement “Parabol”/”Parabola” est le point d’orgue de l’ensemble; le premier morceau n’est qu’une lancinante montée en puissance, tendue vers un seul but: l’explosion qui arrive avec la seconde partie, qui vous prend aux tripes et vous laisse pantelant.

Lateralus” est une boule noire, constamment en mouvement, qui se dérobe à chaque fois que vous croyiez pouvoir la saisir totalement; et loin de frustrer son auditeur, ce caractère changeant et versatile ne fait qu’attiser le désir de s’y plonger à nouveau pour retenter une expérience toujours nouvelle et enrichissante. Rarement le terme trop souvent galvaudé de chef-d’oeuvre aura été à ce point mérité.

Pour conclure, permettez-moi de citer le chroniqueur de Kerrang (UK) qui avait eu la lourde tâche de chroniquer ce disque lors de sa sortie, ce qui est toujours difficile lorsqu’il s’agit d’albums nécessitant de nombreuses écoutes avant de se dévoiler: “Lateralus is not just one of the greatest records you’ll listen this year, it’s one of the greatest records you’ll listen in your lifetime”. Tout est dit.

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