Spineshank : Self Destructive Pattern“Self-Destructive Pattern” est le prototype du disque mineur, mais incroyablement efficace. Ses géniteurs n’ont jamais eu le souhait ou la présomption de révolutionner quoi que ce soit, ni même d’atteindre d’énormes chiffres de vente. Non, la seule ambition de Spineshank était d’écrire des titres de qualité, et de tourner (parfois comme des dingues) pour les promouvoir.

A ce titre, cet album est une réussite totale. La recette que le groupe peaufinait depuis “Strictly Diesel“, et qui avait déjà fait mouche sur la première moitié de “The Height of Callousness“, est ici parfaitement maîtrisée et fait mouche à chaque fois. Oui, à chaque fois: douze morceaux, douze réussites, un vrai carton. Cette recette est simple: vous prenez le côté indus et les gueulantes de Fear Factory, vous ajoutez des refrains monstrueusement accrocheurs et vous dotez l’ensemble d’un son à la fois propre et puissant que n’aurait pas renié Colin Richardson.

On se retrouve donc avec un disque bourré de tubes potentiels aux mélodies imparables (“Smothered“, “Beginning Of The End“, “Forgotten”, “Fallback”) qui auraient pu (dû?) valoir à Spineshank un beau petit succès radiophonique; mais le groupe ne rechigne pas non plus à sortir l’artillerie sur quelques titres bien pêchus comme le très punk “Slavery” ou les colériques “Self-Destructive Pattern” et “Stillborn“. Bref, tout le monde y trouve de quoi se rassasier, d’autant plus que le chant de Johnny Santos, très à l’aise quel que soit le registre abordé, confère à l’album un souffle et une puissance plus qu’appréciable.

Attention, “Self-Destructive Pattern” n’est évidemment pas destiné à un public amateur de métal extrême, il s’agit avant tout d’un disque grand public; toutefois, ses nombreuses qualités en font un coup de coeur potentiel pour un spectre assez large de métalleux. Et encore une fois, Spineshank n’ambitionne pas d’écrire un nouveau “Black Album” ou même un nouveau “The Burning Red“, juste de se faire plaisir et de nous proposer douze compos écrites par d’humbles artisans qui seront restés jusqu’au bout dans un anonymat quasi-total. Épuisés par deux ans de tournées non-stop, les musiciens jetèrent l’éponge en 2004 et ne donnèrent pas suite à ce disque qui laissait portant augurer le meilleur.

La trajectoire de Spineshank est finalement représentative du destin de bon nombre de musiciens, appelés à disparaître sans jamais connaître un succès qui semblait pourtant leur tendre les bras à un certain point de leur carrière, et qui laissent derrière eux une poignée de bons morceaux qui resteront inconnus de la grande majorité. Mais les quelques personnes qui se sont penchées sur “Self-Destructive Pattern” confirmeront sans doute mes propos: cet album valait largement mieux que 90% des sous-disques de néo qui caracolaient alors en tête des ventes. Dommage….

Fear Factory : ArchetypeArchetype” est un disque qui, par sa seule existence, réjouira l’amateur de Fear Factory. En effet, le split du groupe, à la suite de sévères détériorations des rapports entre ses membres, avait laissé orphelins de très nombreux fans du métal industriel et brutal dont le groupe avait fait sa marque de fabrique depuis 1992. Si l’annonce d’une reformation avait fait renaître un peu d’espoir, le départ définitif de Dino Cazares, guitariste ô combien emblématique qui marquait au fer rouge les productions passées, nous autorisait à nourrir quelques sérieuses inquiétudes quant à la viabilité de cette réunion. Le constat, à l’écoute de ce premier album sans le gratteux mexicain, est heureusement positif, sans être transcendant pour autant.

Lorsque “Slave Labor” déboule, on frôle l’orgasme. Batterie à fond la caisse, guitares incisives, chant hurlé sur les couplets qui se mue en une prodigieuse invocation scandée sur le refrain, tout ce qu’on aime chez Fear Fac’ est là, et plus encore. C’est bien simple, ce morceau est un des meilleurs que le groupe ait jamais composés; il vous cloue à votre fauteuil et vous laisse pantelant, en attente d’une suite à la hauteur… Laquelle ne déçoit pas avec un “Cybewaste” à la brutalité débridée, puis un “Act Of God” très efficace quoique plus posé. A ce point de l’album, on a logiquement la bave aux lèvres et on commence à se dire que la bande de Burton C. Bell a décidément remis le couvert de fort belle manière. “Archetype” serait-il le disque qu’attendent ses fans depuis “Demanufacture“?

C’est alors que lentement, insidieusement, mais sûrement, cet album commence à perdre en rythme, en accroche, en puissance. Le chant clair se fait omniprésent, un comble lorsqu’on sait que Bell peine à retranscrire ces passages sur scène (“Drones”, l’insipide “Bite The Hand That Bleeds“). La batterie ralentit, et se défait de cette frénésie martiale qui donne son souffle aux compositions du groupe. Bref, le soufflé retombe progressivement, et l’auditeur décroche assez rapidement.

La deuxième moitié du disque ressemble à une série de bonnes occasions gâchées: “Corporate Cloning” démarre en force, puis est plombé par un refrain chantonné mollement; “Undercurrent” se défend, mais ne décolle jamais vraiment, “Default Judgement” aurait mérité une batterie bien plus agressive; etc… La fin du disque s’écoute sans déplaisir, mais l’auditeur ne parvient plus à se départir de ce sentiment de lassitude qui s’est emparé de lui, et que même l’énervé “Bonescraper” et la reprise de Nirvana finale, “School”, ne peuvent chasser.

Ne boudons pas non plus notre plaisir: Fear Factory est de retour, avec un disque honorable, et c’est là un événement qu’il convient de saluer à sa juste mesure. Toutefois, “Archetype” est en-deçà des espérances que ses premières compos avaient fait naître; on aurait peut-être préféré que le groupe sorte un album moins long, avec un ou deux titres en moins, mais d’une densité bien supérieure à celle des morceaux proposés ici, lesquels s’oublient à peine écoutés. Malheureusement, “Transgression“, sorti l’année suivante, ne fera que confirmer les défauts et les failles qui apparaissent ici.

Rammstein : RosenrotRammstein, épisode 5 donc. On ne peut pas dire que Rosenrot partait du meilleur pied, puisque présenté comme un disque composé de chutes studios des sessions de Reise, Reise et de quelques nouveautés. Un disque de remplissage ? Seul le groupe pourrait le dire, mais il faut bien admettre que jamais un album de Rammstein ne m’avait laissé l’encéphalogramme aussi désespérément plat.

Cela démarrait pourtant plutôt bien, avec le percutant “Benzin“, orienté grosses guitares, où la voix de Till Lindemann se fait menaçante et revient aux heures dorées de Sehnsucht. Non pas que ce titre soit particulièrement original, mais pour ceux qui, comme moi, ont été déçus par la précédente livraison des Allemands, il y a ici de quoi dresser l’oreille. Et après ? Après, la dégringolade commence.

Les trois morceaux suivants sont terriblement banals ; pas qu’ils soient mauvais en soi, mais ils reposent sur des structures usées jusqu’à la toile, alternant couplets inquiétants et refrains tellement mélodiques qu’ils en deviennent sirupeux. On a l’impression d’écouter trois redites de “Stein um Stein”, qui n’était déjà pas le meilleur titre de Reise, Reise, et l’ennui s’empare progressivement de l’auditeur.

Vient ensuite “Wo Bist Du”, l’un des trop rares moments où Rammstein se ressaisit. Ambiance gothique, voix envoûtante, mélodie imparable, nous avons ici affaire à un titre du niveau de “Mutter“, “Niebel” ou autre “Klavier”. De mon point de vue, le point culminant du disque. Mais ce bref instant de bonheur est aussitôt gâché par l’insipide ballade “Stirb Nicht Vor Mir”, sur laquelle apparaît la chanteuse de Texas pour un résultat inintéressant, et sans doute le morceau le plus mièvre jamais composé par le groupe.

La seconde partie de l’album est à l’avenant : deux titres dans la veine de Reise, Reise, l’inspiration en moins, puis le délirant “Te Quiero Puta”, chanté intégralement en Espagnol par un Till qui semble prendre un pied monstrueux à cette blague potache, misogyne et vulgaire à souhait, mais ô combien jouissive. Là, nous tenons une vraie réussite, bien plus aboutie qu’un “Amerika“, drôle, trash, et tout à fait dans l’esprit du groupe. Les deux titres qui referment Rosenrot sont au contraire à la limite du supportable, dégoulinants de mélodies et de bons sentiments ; les guitares ont été remisées au placard, et Rammstein s’abîme ici dans les affres de la médiocrité.

Ce Rosenrot inquiète donc sérieusement quant à la santé des Allemands, qui, après avoir livré trois chef-d’Å“uvres, puis un disque en demi-teinte, se révèlent ici totalement incapables de se réinventer. A cours d’inspiration, Rammstein ? Affaire à suivre, mais voilà un album qui n’est pas pour nous rassurer.

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