God Dethroned : The Toxic Touch“Les compositions sont plus dans une veine à la Slayer“, avait expliqué Henri Sattler dans une interview promotionnelle accompagnant la sortie de “The Toxic Touch“. Mine de rien, cette déclaration du leader incontesté de God Dethroned donne une clé assez pertinente à l’auditeur qui s’étonnera du manque total de personnalité de ce septième album: désormais, ce groupe fait dans la copie, efficace certes, mais dans la copie quand même, de ses illustres aînés, voire parfois de ses contemporrains.

Je m’explique. “The Toxic Touch” est un disque indéniablement efficace, gavé de riffs assassins, à la Slayer justement (“Hating Life”, “On Wings Of Pestilence“), de refrains imparables (“Falling Down“, “The Day You Died”) et de soli bien rapides (“Typhoid Mary”), dans une veine death mélodique que le groupe maîtrise à merveille. Le chant n’est pas très éloigné d’un Dark Tranquility, c’est-à-dire à la fois profond et écorché; étant donné que la vague metalcore a maintenant habitué les oreilles du grand public à ce genre de métal rapide, agressif mais toujours mélodique et accrocheur, on voit mal ce qui pourrait empêcher God Dethroned d’obtenir un joli petit succès.

Toutefois, le tableau est loin d’être idyllique: en visant l’efficacité à tout prix, le groupe a sacrifié une bonne partie de son intégrité et de sa personnalité sur l’autel du succès. Plus rien ne distingue désormais God Dethroned des combos qui encombrent le créneau death mélodique ces temps-ci; pire, sur certains titres, on croirait avoir introduit par erreur le dernier Bullet For My Valentine dans sa chaîne… Sept albums pour en arriver à ça, si ce n’est pas du gâchis! L’instrumental “”Away From Emptiness“est le morceau le plus représentatif de cette regrettable dérive, avec ses trois minutes de démonstration technique inutile et sans originalité aucune. Quant à “Typhoid Mary”, censé être le moment fort de l’album puisque traitant du personnage qui apparaît sur la pochette -très réussie, au passage-, il est simpliste à mourir, avec son refrain-leitmotiv répété en boucle sur une assise musicale tellement basique qu’elle en devient agaçante.

The Toxic Touch” est un album qui s’écoute avec plaisir, car il s’appuie sur une recette à l’efficacité avérée et recèle quelques bons moments (“Falling Down“, “On Wings Of Pestilence“, “Fail To Exist”); mais on voit mal par quel miracle God Dethroned pourrait s’extirper du bourbier où se débattent les trop nombreux prétendants à la couronne de roi du death mélodique, tant cet album s’oublie aussitôt son écoute achevée. La prochaine fois, peut-être?

Chimaira : The Impossibility of ReasonDe temps à autre, surgit un disque que l’on attendait pas et qui vous retourne la tête plus sûrement qu’une séance de montagnes russes. C’est dans cette catégorie que vient s’inscrire le deuxième album de Chimaira, qui frappe ici un très grand coup. Qui aurait en effet misé quoi que ce soit sur ce groupe de Cleveland à l’écoute de “Pass Out Existence”, petit disque de power moderne sans grand intérêt? Pas grand monde, assurément; et pourtant…

Et pourtant, dès que déboule “Cleansation”, il saute aux yeux que Chimaira a revu ses ambitions largement à la hausse: riffs tonitruants, rythmique démentielle et hurlements rageurs, le combo a décidé de faire honneur à son nom! Les mois passés sur la route ont porté leurs fruits, et la composition a été orientée vers un but précis: tout ravager sur son passage, sans laisser respirer l’auditeur, entraîné sous une avalanche de violence sans faille.

Le reste de l’album est à l’avenant, mais le groupe sait varier les plaisirs, enchaînant tour à tour mid-tempos pachydermiques (“The Impossibility of Reason” et son imparable refrain scandé, “Pictures In The Gold Room”) et déferlements supersoniques (les hallucinants “Power Trip” et “Pure Hatred”). La recette, quoiqu’éprouvée, est d’une efficacité redoutable: des riffs surpuissants, directement inspiré des plus grands, Metallica, et Pantera en tête, doublés par une basse sonore, viennent se greffer sur une batterie incroyable de précision et de technique, tandis que Mark Hunter nous gratifie d’un chant hurlé d’une surprenante intensité. Le bonhomme se révèle même capable de sortir un chant clair tout à fait décent sur “Down Again”, respiration bienvenue au milieu de cette incessante agression sonore. L’ensemble bénéficie d’un son clair et puissant; mais c’est aussi là le seul reproche que l’on pourrait adresser à ce disque: à force d’être limpide, cette production finit par asceptiser quelque peu les compos.

Soulignons aussi la violence des textes de Hunter, qui sont en parfaite adéquation avec la hargne de ses accolytes et tournent autour de la revanche, du refus de la soumission (“Crawl”), développent le point de vue hautement malsain d’un serial-killer à l’oeuvre (“Eyes Of A Criminal”), ou envoient simplement tout le monde au diable (le simplissime mais fédérateur “Pure Hatred”). Bref, le chanteur nous invite dans un univers qui, s’il peut paraître assez cliché, à au moins le mérite de coller parfaitement à la musique.

Après une série de titres plus lents mais toujours aussi lourds (“Stigmurder”, “Overlooked”), The Impossibility of Reason s’achève sur un long instrumental qui témoigne de l’attention portée par le groupe à l’élaboration de ses morceaux, et qui prouve, si besoin était, que l’on a bien affaire ici à d’excellents musiciens.

Un album aussi surprenant que réussi donc, grâce auquel Chimaira a pris une place méritée parmi l’élite. À tous ceux qui se plaignent, souvent à juste titre, du caractère répétitif d’une scène américaine en panne d’inspiration, prêtez une oreille attentive à ce disque; vous y trouverez un métal qui, s’il se fonde sur des bases classiques, propose une alternative résolument moderne et inspirée à la monotonie des productions actuelles.

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