Otep : Sevas TraSevas Tra“. Derrière ce nom barbare se cache la première oeuvre d’une jeune femme torturée et habitée, qui croit dur comme fer en la dimension rédemptrice de l’art. Le nom de son groupe est en fait l’anagramme de “poet”, celui de son album doit se lire à l’envers et devient alors “art saves”, et le travail effectué sur les visuels est colossal pour une première sortie. Otep développe donc un univers très personnel, mais ces efforts louables seraient vains s’ils n’étaient pas soutenus par une musique de haute tenue. Coupons court, “Sevas Tra” est une petite bombe, tout simplement.

A l’image d’un Slipknot, Otep démontre la variété de styles regroupés sous l’étiquette “néo-métal” en explorant des territoires autrement plus sombres et violents que ses petits collègues de jeu. Les titres rassemblés ici sont souvent d’une extrême brutalité (“Blood Pigs”, “Battle Ready”, “Filthee”), et bâtissent un mur sonore oppressant qui étouffe l’auditeur. Les riffs sont typés métal extrême, la batterie envoie des rythmiques tribales et syncopées que Sepultura n’aurait pas renié, et la chanteuse éructe tout son malaise, vomit sa haine et son désir de vengeance, et fait montre d’une versatilité vocale étonnante. Il n’est pas rare de la voir passer dans le même titre d’un murmure poisseux à des lamentations lugubres, avant de vous arracher la tête à grand renfort de grognements death (“My Confession”, hallucinant); le rattachement d’Otep au néo est d’ailleurs sûrement dû aux parties vocales presque rappées que l’on retrouve sur “T.R.I.C.” ou “Sacrilege“, mais l’ensemble musical est tellement solide que ce serait faire insulte au groupe que de le comparer aux légions de néo-métalleux à tendance rap qui sont apparus suite au succès de “Follow The Leader”.

Entre deux assauts frontaux et sans pitié, Otep a aménagé des morceaux qui font croire à l’auditeur qu’il va pouvoir respirer quelques instants… à tort. Même si le rythme ralentit sur “My Confession” ou “Emtee”, c’est pour mieux enfoncer notre tête sous des eaux boueuses où d’angoissants gémissements répondent à des mélodies enfantines déformées, saturées et grésillantes.

Ce “Sevas Tra” étouffant se clôt sur “Jonestown Tea”, morceau durant lequel la chanteuse nous plonge dans la peau d’une enfant victime d’abus sexuel. A l’image du “Daddy” de Korn, ce titre est difficile à écouter jusqu’au bout, tant l’interprète est habitée par ses paroles et semble (re)vivre un calvaire auquel elle nous force presque à assister.

Avec ce premier album, Otep frappe fort. On tient là un groupe original, à l’identité forte et affirmée, tant visuellement que musicalement; mais malgré ses évidentes qualités, le groupe n’est pas parvenu à se trouver un public. Vendu comme un disque de néo, “Sevas Tra” s’est révélé bien trop extrême pour les adolescents amateurs de ce style, et n’a pas bénéficié d’une bonne exposition auprès de ceux qui auraient pu lui faire un bon accueil: les métalleux ouverts d’esprit, qui apprécieront la violence et le malaise omniprésents ici, sans être rebutés par quelques parties vocales typées néo.

Korn : MTV UnpluggedCe message est adressé aux membres de l’entité musicale moribonde encore nommée Korn:

STOP! Pitié! Arrêtez!

Arrêtez de ternir un passé plus qu’honorable! Cessez de sortir des albums destinés à payer vos prochains tour-bus de luxe! A défaut de retrouver l’inspiration et l’originalité de vos débuts, ayez au moins le bon goût de ne pas massacrer à la hache ce pourquoi vous étiez respectés et admirés!

Faisons court, cet “Unplugged” ne méritant même pas qu’on s’y attarde plus de dix minutes. Oui, il s’agit d’un autre disque accoustique enregistré par MTV, une formule dont la chaîne use et abuse depuis le formidable succès commercial et artistique qu’a été celui de Nirvana; mais non, Korn n’a pas le talent mélodique des augustes inaugurateurs de cet exercice, et non, aucun, mais alors AUCUN morceau du groupe ne supporte la privation d’électricité. C’est bien simple, dès les premières mesures de “Blind“, on sent bien que nous allons assister à un carnage, dans le mauvais sens du terme.

Le passage à l’accoustique vide la musique de Korn de cette énergie viscérale qui faisait son génie; et en l’absence de cette fougue, il ne reste ici que des squelettes de morceaux qui vont du médiocre (“Falling Away from Me“, “Hollow Life”) à l’abominable. Je souhaite très sincèrement aux fans de la première heure de ne jamais avoir à écouter l’horreur sans nom qu’est la version de “Coming Undone” présentée ici, ridiculisée par des lignes de violoncelles pathétiques et tout simplement inaudible. John Davis a sans doute un chant très particulier, qui en fait en vocaliste unique en son genre, mais qui n’est absolument pas adapté à ce genre de concerts: nasillard et sans puissance, il ne parvient en aucune manière à sauver ce disque minable et grotesque du naufrage.

C’est bien simple, je suis resté interdit à l’écoute de cet album dépourvu de toute passion, qui n’est qu’une collection de chansons ravagées par des arrangements sans doute composés par une classe d’autistes ou de footballeurs (comment ça, c’est la même chose? Ouah, l’autre, comment il a l’esprit mal tourné…) qu’on initiait à la musique atonale. Il m’a rarement été donné d’écouter un disque aussi triste, aussi pathétique, aussi creux… Rien, absolument rien n’est à sauver, même pas la reprise de “Creep” de Radiohead (quelle prise de risque dans le choix du morceau!) ni l’intervention de Robert Smith (Cure).

Messieurs, au nom de ce que nous avons partagé un jour, mourez en paix, mais ayez la décence de nous épargner vos dernières convulsions musicales. S’il-vous-plaît…

Korn : Take a Look in the MirrorAujourd’hui, le thème de notre leçon sera “La panne d’inspiration, ou comment faire croire à vos fans que vous avez encore quelque chose à dire quand vous préfèreriez prendre votre retraite”.

En cette année 2003, Korn a accompli à peu près tout ce dont un groupe de métal peut rêver. Le groupe a touché un public exigeant avec ses deux premiers albums, a atteint le sommet des ventes avec “Follow the Leader“, a montré sa face sombre et mélodique avec le splendide “Issues“, et a même exploré des contrées inattendues avec l’expérimental (et abouti) “Untouchables“. Comme pour tout groupe parvenu au faîte de sa gloire, la question du trou d’air se pose: que faire lorsqu’on a tout fait? De quoi rêver, que désirer lorsqu’on a presque tout? Et surtout, que proposer de nouveau à son public lorsqu’on a exploré toutes les facettes de sa musique?

A ces interrogations, Korn répond de la façon la plus désagréable qui soit. Non, aucun membre n’a les épaules d’un Steve Harris, capable de réinventer Iron Maiden après plus de vingt ans de carrière; en fait, Korn n’est même pas capable de suivre le chemin qu’avait emprunté Metallica avec “Load”, c’est-à-dire de se remettre en question à défaut de proposer un album transcendant. Alors que les fans et les critiques attendent le chef-d’oeuvre qu’aurait pu annoncer “Untouchables“, les musiciens de Korn sortent “Take a Look in the Mirror“,un disque à la fois passéiste et indigne de ce glorieux passé. Au moins le groupe a-t-il le mérite de la franChise; tout dans la présentation de cet album, du titre au livret en passant par l’impression du cd, annonce la couleur: “Take…” est placé sous le signe du retour aux racines, de l’abus des formules qui ont fait le succès phénoménal des cinq de Bakersfield.

Le morceau d’ouverture, le puissant “Right Now“, fait illusion grâce à ses grognements très typés death-métal, surprenants chez les parrains du néo. Malheureusement, ce sera la seule surprise de cette galette. Le reste n’est qu’un assemblage bancal de morceaux faciles (“Let’s Do This Now”, “Deep Inside”, “Alive”, “I’m Done”), voire carrément insupportables lorsque Korn donne dans le clin d’oeil appuyé à son passé (“Play Me” avec le rappeur Nas, grotesque ersatz d’Ice Cube qui lorgne vers “Children Of The Korn” sans jamais arriver à la cheville de ce morceau). Et quand déboule “Y’All Want a Single“, c’est carrément la nausée qui s’empare de l’auditeur: débile, musicalement risible et thématiquement grotesque avec son pseudo-message de rebellion à deux francs, on tient peut-être ici le pire titre jamais enregistré par le groupe.

En fait, ce disque sent l’opération bouche-trou à plein nez. Le seul titre qui retient l’attention est le très bon “Did My Time“, sorti quelques temps plus tôt sur la B.O. de “Tomb Raider. La ficelle qui consiste à attirer le chaland avec un morceau bien ficelé, paru depuis quelques semaines, afin de lui refourguer quarante minutes de remplissage est un peu grosse, et carrément inacceptable de la part d’un groupe qui se vantait dix ans plus tôt de la proximité qu’il entretenait avec ses fans. On se retrouve donc avec un disque reposant sur des recettes éculées, certes efficaces (“Counting On Me” et “Everything I’ve Known” fonctionnent bien) mais à des années-lumières des espoirs qu’avait fait naître “Untouchables“. Korn se repose sur ses acquis sans jamais chercher l’originalité, et l’absence totale de prise de risque et d’innovation finit par lasser même le fan le plus dévoué.

Take a Look in the Mirror” est sans doute le contrepoint de toute la carrière de ses géniteurs. En 1994, cinq musiciens ont pris tout le monde de court en inventant un style qui allait connaître par la suite un succès aussi fulgurant en termes de ventes que de durée; alors qu’une génération de jeunes un peu paumés s’engouffraient dans la brêche, Korn était toujours parvenu à avoir une longueur d’avance sur ses suiveurs, à être là où on ne l’attendait pas. Cet album, au contraire, sonne comme un aveu d’échec, d’absence totale d’inspiration camouflée sous des morceaux qui deviennent putassiers à force de rechercher l’efficacité facile. Quand on a tant aimé un groupe, ça fend le coeur de le voir tomber si bas…

Korn : See You on the Other SidePetit rappel des faits: en 2003, Korn tente de préserver une popularité chancelante en sortant “Take a Look in the Mirror“, un disque reposant sur des ficelles bien connues et appréciées de longue date par leur public. Mais cet album sent la panne d’inspiration à plein nez, le recyclage de formules usées jusqu’à la trame, la capitalisation facile sur ses acquis, le raclage de fonds de tiroir; bref, Korn donne subitement à ses fans l’envie de leur coller une taloche ou deux, histoire de leur faire comprendre qu’il ne faut pas non plus prendre les gens pour des cons. Deux ans plus tard, Brian “Head” Welch rencontre Jésus, arrête la coke, la méthadone et le métal pour aller jouer le dimanche dans sa paroisse. A ce niveau, ça sent la fin de carrière anticipée à plein nez.

Le groupe dément les rumeurs de split, et annonce qu’il planche sur un nouvel album en compagnie de divers producteurs, parmi lesquels The Matrix et Atticus Ross, plus connnus pour leur travail sur des disques de Britney Spears, Avril Lavigne ou Pink. On commence alors à se dire que ça ne sent plus seulement la fin de carrière mais carrément l’internement d’office en institution psyChiatrique de haute sécurité.

Puis “See You on the Other Side” déboule dans les bacs. La simple sortie de ce disque était, en soi, une bonne nouvelle puisqu’elle signifiait que le groupe n’était pas encore mort; pour ce qui est du contenu, c’est plus discutable. Je vais être franc: cet album est sorti depuis plus d’un an, je l’ai écouté une bonne douzaine de fois, et je ne sais toujours pas quoi en penser. On y croise de bons, voire de très bons morceaux (“Twisted Transistor“, Hypocrites”, “10 or a 2-Way”); Korn fait enfin l’effort de se réinventer, de se remettre totalement en question, et affirme haut et fort son amour de la new-wave et de la pop-song. Au moins tenons-nous là un disque risqué, qui se démarque nettement de ses prédécesseurs. Contraint d’évoluer pour ne pas dépérir, le groupe n’a pas esquivé ce défi, et cela force le respect.

Le problème est que l’ensemble ne tient pas vraiment la route. Korn retombe dans le patchwork, comme il avait pu le faire sur “Follow The Leader“, avec une série de morceaux sans cohérence, sans unité. La deuxième moitié de l’album est emblématique de ce défaut et l’auditeur décroche immanquablement passé le sixième ou septième titre; ce manque de cohérence se retrouve même dans la construction de certains morceaux dont les différentes parties ne fonctionnent pas ensemble (“Liar“, “Open Up”). Bref, ce disque laisse tout même transparaître les failles d’un groupe qui revendique des sources d’inspiration nouvelles sans tourner le dos à son passé (quoique…), mais tatonne encore sur le dosage des ingrédients.

A en juger par ce “See You on the Other Side“, Korn hésite et ne convainc pas vraiment; cet album est celui d’un groupe vivant, mais égaré. Sauront-il se reprendre? Au vu des turbulences qu’ils traversent depuis deux ans (départ de Head, pause d’au moins un an de David Silveria), rien n’est moins sûr.

Korn : Follow the LeaderA peine arrivé dans les bacs, “Follow the Leader” fait un carton; le troisième album de Korn regroupe dans son sillage une énorme partie d’une jeunesse en manque de sensations fortes qui élèvent les cinq musiciens au rang d’idoles. Les critiques encensent ce qui semble être le disque de la maturité pour l’un des groupes les plus en vogues de cette fin des années 90. Korn a, aux yeux de tous, enfin digéré ses influences (Faith No More, le hip-hop, le death,…) et en a fait la brillante synthèse sur ce disque emblématique de la scène néo-métal.

Mais presque dix ans après sa sortie, le constat est bien plus mitigé. Oui, le son de Korn reste unique et le groupe est reconnaissable dès les premières mesures. Oui, les tubes sont là, l’énorme “Freak on a Leash” en tête. Oui, l’ensemble s’écoute d’une traite en tapant du pied et dodelinant de la tête. Mais non, cet album n’est pas le meilleur du groupe, loin de là; et il est sans doute celui qui supporte le plus mal la réécoute et le passage du temps.

Loin d’avoir digéré ses influences, Korn en fait ici un patchwork, un collage pas toujours abouti. A ce titre, les morceaux les plus axés hip-hop sont le gros point faible de “Follow the Leader“. Si Ice Cube ne s’en sort pas trop mal sur “Children Of The Korn“, Fred Durst est par contre vite agaçant sur “All in the Family“; quant à l’obscur rappeur (Tree de Pharicide, si mes souvenirs sont exacts) qui s’invite sur “Cameltosis”, il massacre tout simplement un morceau qui n’avait vraiment pas besoin de ça. Autre déception, le tube “Got the Life“, qui avait pourtant obtenu un succès considérable à l’époque, apparaît aujourd’hui comme un titre ultra-calibré, radiophonique à souhait mais très mollasson, sans flamme ni génie.

En fait, les plus belles pépites de l’album sont là où on ne les attend pas: les très violents “Dead Bodies Everyxhere” et “Pretty”, le splendide “Justin”, ou encore le poignant “My Gift To You”, qui clôt le disque en beauté. Ce sont ces morceaux, méconnus ou sous-estimés, qui confèrent à “Follow the Leader” le souffle dont il manque parfois.

Sans être un mauvais album, “Follow the Leader” rate un peu le coche et passe mal l’épreuve du temps. Il s’agit avant tout du disque d’un groupe roublard, décidé à profiter de l’explosion néo-métal qu’il a lui-même contribué à provoquer. En perdant cette naïveté touchante, très adolescente, qui faisait sa force, Korn a beaucoup perdu ici de sa capacité à nous toucher.

Korn : KornS’il existe un disque fondateur mais haï par toute une frange des métalleux, c’est bien celui-ci. Il est en effet aisé de détester cet album, car il a ouvert la voie à la déferlante néo-métal de la fin de la décennie 90. Rendons cependant à César ce qui lui appartient,et concentrons-nous sur les strictes qualités musicales d’un album dont les géniteurs ignoraient sûrement que, plus de dix ans après l’avoir composé, il seraient tenus pour responsables de la naissance de dizaines de groupes dénués de tout talent et qui se contentèrent de s’engouffrer dans la brèche que de vrais artistes avaient ouverte pour eux.

J’entends déjà tous les ayatollahs ricaner: « Qualités musicales? Laissez-moi rire, il est de notoriété publique que les musiciens de Korn jouent sur trois accords! » Loin de moi l’idée de nier cela, mais, comme Nirvana cinq ans plus tôt, le groupe de Bakersfield démontre que la technique est parfois secondaire lorsque la musique est à ce point habitée.

Dès le riff d’ouverture, simplissime il est vrai, du morceau-culte “Blind“, et le célèbre “Are you ready?” qui ouvre les hostilités, nous sommes submergés par le malaise profond qui suinte par tous les pores de ce disque. La rythmique est étrange, syncopée, difficile à suivre, et trouve son écho dans un son de basse d’une lourdeur poisseuse, tellement grave qu’il est presque impossible de discerner une quelconque ligne mélodique. Sur cette base unique viennent se greffer deux guitares assassines, tellement sous-accordées qu’elles enveloppent totalement l’auditeur et résonnent au fond des tripes de ce dernier. Puis vient l’élément ultime, sans lequel la musique de Korn ne seraient sans doute pas grand-chose: la voix extraordinaire de Jonathan Davis. Tour à tour murmures pleins d’une folie malsaine (“Ball Tongue”), gémissements (“Daddy”), mélodies inquiétantes et décalées (“Shoots and Ladders“, “Clown“), et hurlements grognés (“Blind“, “Faget”, “Helmet In The Bush”), la voix du très perturbé chanteur n’a pas d’équivalent au monde, si ce n’est Mike Patton.

Tout ce que l’adolescence peut engendrer de mal-être est ici passé au crible: la marginalisation, la violence du rapport à l’autre, la sexualité problématique, le rejet du monde qui nous entoure, rien ne nous est épargné. Cette immersion dans le malaise atteint son point culminant sur l’effroyable “Daddy”, morceau de quatorze minutes où Jon Davis relate – revit serait plus exact – le viol dont il a été victime lorsqu’il était enfant. Rarement la musique aura touché à ce point du doigt l’horreur, l’indicible, et écouter ce titre dans son ensemble reste une expérience désagréable, voire traumatisante.

Peu de disques auront aussi bien retranscrit un malaise, de façon aussi viscérale; et ce premier album éponyme reste, à ce titre, une réussite incontestable. Au-delà des modes, au-delà des controverses et des critiques, au-delà du ressenti à l’égard de ce que la scène néo-métal a produit de déchets inommables, il reste ce joyau sombre et moite, opressant à souhait, qui appartient désormais à l’histoire du métal. N’en déplaise aux ayatollahs.

Slipknot (USA-1) : 9.0 LivePremier live de Slipknot sur format cd après le dvd “Disasterpieces“, ce “Live 9.0″ s’annonce copieux: deux disques, vingt-quatre titres enregistrés dans quatre villes différentes, voila une livraison qui a de quoi réjouir le fan en attendant un quatrième album. Bien que l’on puisse, une fois encore, se plaindre du caractère hautement mercantile de ce genre de produit, force est de reconnaître que les petits plats ont ici été mis dans les grands.

L’exercice du live a toujours été un des points forts de Slipknot, et ce témoignage en est la preuve éclatante. On y retrouve en effet ce qui a fait le succès du groupe: la violence évidemment, qui se fait parfois frénétique (“Eeyore”, “Get This”), mais aussi cet étonnant équilibre entre sauvagerie et mélodie, mis en valeur sur des morceaux tels que “Before I Forget“, “The Nameless” ou “Iowa“. La technique des musiciens est presque sans faille, et cet album est un festival de guitares saturées, de batterie déchaînée, de percussions atomiques et d’étranges sons électroniques. Pour la première fois chez Slipknot, on entend même la basse, ce qui est franchement agréable! Certains titres sortent magnifiés par la scène, c’est le cas des redoutables “Everything End.” et “Vermilion“, et surtout des terribles “Disasterpiece” et “The Heretic Anthem“. Le live met d’ailleurs en évidence la supériorité des extraits d’”Iowa“, le plus brutal des albums du groupe, qui sont autant de baffes supersoniques taillés pour la scène.

Au rang des surprises, on notera l’apparition de titres rarement interprétés en public, à l’image de “Skin Ticket”, petit joyau glauque et moite, qui explose finalement en un torrent de violence. On appréciera aussi la présence du solo de batterie, un des gimmicks de Slipknot, qui permet d’apprécier tout le talent du petit Jordison, décidément redoutable derrière ses fûts; ou encore l’agréable retranscription du bordel sans nom qu’est l’intro de “People = Shit”, preuve que les morceaux n’ont pas été (trop) retravaillés.

Ce live n’est toutefois pas exempt de reproches. Tout d’abord, si le chant de Corey Taylor est absolument parfait durant les morceaux, ses interventions à base de 36 “fuck” par minute finissent par lasser; c’est pas que le côté rebelle de douze ans soit désagréable en soit, mais là, on frise l’overdose. Ensuite, Slipknot sur scène mais sans le côté visuel… il manque forcément quelque chose. Enfin, et c’est là le paradoxe de cet album, sa durée fait sa force mais aussi sa faiblesse. Je m’explique: s’il est très agréable de voir que le groupe ne s’est pas foutu des acheteurs potentiels et propose un plat copieux (on l’a dit, 24 titres), même le fan finit par trouver le tout un peu indigeste, et l’attention décroche lorsqu’on arrive à la moitié du deuxième album, dont la fin axée singles est trop téléphonée.

Un excellent live donc, qui n’échappe certes pas aux reproches adressés couramment à ce genre d’albums venant surtout remplir l’espace en attendant la prochaine sortie studio, mais qui constitue un bon best-of de ce que Slipknot a sorti jusqu’ici, la folie de la scène en plus.

System Of A Down : HypnotizeLe voilà enfin, ce second volet des aventures des System Of A Down en cette année 2005. Après l’incroyable “Mesmerize“, nous étions en droit d’attendre beaucoup de ce disque… Et j’ai la joie, que dis-je, le bonheur de vous annoncer que nous avions raison! A ceux qui craignaient un deuxième épisode en demi-teinte, ou même une simple baisse d’inspiration, les Américano-Arméniens viennent d’infliger un cinglant camouflet avec cet album foisonnant, délirant, intelligent, loufoque, intrigant,… Mon Dieu, les qualificatifs me manquent face à un tel tour de force.

Reprenant les choses exactement là où il les avait laissés en avril dernier, le groupe nous a concocté un plat étrange, plus passionnant encore, peut-être, que “Mesmerize“. La règle d’or est ici le changement de rythme impromptu, comme le démontre magistralement le titre d’ouverture “Attack“: les guitares déboulent, tout en puissance, soutenues par une batterie colossale, puis se taisent aussitôt pour laisser la place à un chant tout en nuances et en mélodies. Le reste de l’album n’est qu’une suite de moments de bravoure, une débauche de talent, une longue démonstration du génie de ces quatre musiciens.

Les titres s’enchaînent, tantôt franchement barrés, à l’image de “Stealing Society”, ou de “U-Fig”, tantôt tout en rage amère (Kill Rock’N Roll, “She’s Like Heroin”), et tantôt portés par de splendides mélodies qui achèvent de mettre l’auditeur à genoux (“Dreaming“, “Tentative”). Et lorsque tous ces éléments se rejoignent en un seul et même morceau, cela donne “Virginity Of Obscenity, sans doute l’hybride musical le plus dingue que le groupe ait jamais écrit. Le tout s’achève avec deux titres fantastiques, le planant et mélancolique”Lonely Day” et une version longue de “Soldier Side”, l’intro du disque précédent, qui clôt en beauté un parcours sans faute.

Je ne m’étendrai pas sur l’interprétation, toujours sans faille, avec une mention spéciale (encore!) au fantasque guitariste-compositeur-chanteur Daron Malakian, ni sur la production, assurée ici aussi par Rick Rubin, gage de qualité s’il en est. Bref, la forme est parfaitement en adéquation avec le fond, et les System n’ont nullement perdu ni leur capacité à composer de magnifiques morceaux d’un métal inventif, novateur et aigre-doux, ni leur verve toujours bienvenue en ces temps de formatage et de politiquement correct. “Attack” et “Soldier Side” sont en effet deux petits brûlots des plus vindicatifs, qui démontrent que le groupe ne compte pas abandonner sa liberté de ton de sitôt.

Face à tant d’originalité, de créativité et de perfection, un seul mot s’impose: chef-d’Å“uvre!

System Of A Down : MezmerizeAttendus au tournant, les System of a Down? Assurément, surtout après trois albums aussi riches que variés qui avaient obtenu un succès critique et public tout-à-fait mérité, et avec lesquels ils avaient posé les bases de leur métal particulier, mélodique et barré. Comment, dès lors, proposer quelque chose de neuf, et éviter le piège de la redite?

Contraint de se réinventer, le quatuor américano-arménien n’a pas démérité et nous livre aujourd’hui “Mesmerize“, première offrande de l’année, le second volet, “Hypnotize“, étant attendu pour les fêtes. Ce disque, quoique court (37 minutes), couvre un spectre musical d’une richesse après laquelle 90% des groupes passent toute leur carrière à courir. La variété de styles passés en revue laisse pantois: métal bien sûr, mais aussi funk (“Radio/Video”), reggae sous acides (“Old school Hollywood”), rock mélancolique (“Question”), on en passe et des meilleures.

Ce disque, oeuvre presque intégralement due au fantasque guitariste Daron Malakian, bénéfécie de la production impeccable du réputé Rick Rubin, qui lui a donné un son de gratte à la fois rond et acéré, et qui a su trouver l’équilibre parfait entre les quatre musiciens. C’est bien simple, on entend tous les instruments, sans que jamais l’un prenne le pas sur l’autre.

S’il se fait souvent vindicatif (les paroles de “B.Y.O.B.” valent le détour), la tonalité de l’ensemble s’empreint d’une mélancolie au vitriol lorsque arrive la seconde moitié de l’album, qui se clôt sur une ballade touchante (“Lost in Hollywood”) où Malakian nous fait part du bien qu’il pense d’Hollywood (doux euphémisme) sur fond de guitares éthérées.

Mesmerize” est donc un disque d’une densité rare, qui surprend sans cesse l’auditeur et démontre tout le talent de compositeurs comme de musiciens d’un groupe qui, s’il nous livre un “Hypnotize” à la hauteur, prendra sa place aux côtés des plus grands.

Slipknot (USA-1) : IowaAïe, l’épineux sujet Slipknot! Le groupe qui a réalisé le plus beau hold-up commercial de ces dernières années dans le monde pourtant peu vendeur du métal s’attire toujours un amour fou de la part de ses fan, à la hauteur des commentaires désobligeants (pour rester poli) émis par ses détracteurs. Il serait en effet facile de ne voir en eux qu’un cirque bien organisé, à grand renfort de masques et de délires pyrotechniques, dont le seul but est de cibler les vaches à lait portant baggies et dreadlocks.

Oui mais voilà, la discographie de Slipknot ne va pas vraiment dans le sens de cette thèse; et un album du gabarit d’”Iowa” est à même de faire taire ceux qui, dans la sphère des “anti”, daigneront faire preuve d’un peu d’objectivité. La violence, quoique toujours controlée, est le maître-mot de ce disque, soutenue par des riffs tonitruants (“Disasterpieces“) et une section rythmique ultra-carrée (“People=Shit”, “The Heretic Anthem“).

Le chant se fait tour à tour grognement, murmure malsain et hurlement totalement déchaîné. A cet égard, les progrès effectués par Corey Taylor entre le premier album éponyme et “Iowa” sont saisissants, notamment lors des plages de moiteur glauque que sont “Gently”, “Skin Ticket” et le morcau-titre, “Iowa“. Sa voix porte littéralement tout l’album, et il s’impose ici, n’en déplaise à certains, comme l’un des tout meilleurs chanteurs de sa génération.

Avec “Iowa“, Slipknot a donc accouché d’un disque brutal, qui lui a permis de prouver qu’il n’était pas le groupe d’un seul album, confirmer son statut de groupe phare du métal, et se gagner le respect de ses pairs, Slayer en tête. Un seul reproche peut-être, la longueur excessive de l’ensemble provoque quelques baisse d’attention vers la fin du disque. Les critiques ne se sont évidemment pas tues pour autant, mais bon, ne dit-on pas que l’on mesure aussi la réussite au nombre de détracteurs?

P.S.: Suite à certaines remarques croisées sur le forum, je précise que cette chronique n’a pas pour but d’être objective. Il se trouve qu”Iowa” est le disque qui m’a tiré d’une lourde dépression lors de ma première année de prépa, et mon jugement sur cet album est forcément lié à l’importance qu’il a eu durant cette période de ma vie.

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