Stone Sour : Come What(ever) MayDécidément, Corey Taylor ne supporte pas l’inactivité: Slipknot à peine mis en stand-by, le voilà qui remet Stone Sour sur les rails. Un Stone Sour légèrement remanié, puisque c’est ici Roy Mayorga (on le présente encore?) qui s’occupe de la batterie, en lieu et place du démissionaire Joel Ekman.

Alors, quoi de neuf sous le soleil pour ce second album?

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que les ambitions ne sont plus du tout les mêmes. Le premier essai du groupe était un disque de heavy-rock / métal de qualité, mais sans visée commerciale particulière, dont le seul but était que le chanteur du Knot se fasse plaisir. “Come What(ever) May”, par contre, vise le carton planétaire et se trouve, à cet effet, gorgé de singles potentiels (“Hell and consequences”, “Made of Scars“,… En fait une grosse moitié du disque!), réhaussés par un gros son nettement plus clean qu’auparavant.

La base musicale est la même: un métal classique, des mélodies instantanément mémorisables, juste ce qu’il faut de violence pour que le métalleux de base soit défoulé (“Reborn” et ses gueulantes), et surtout la voix de monsieur Taylor, toujours impeccable quel que soit le registre abordé. Bref, c’est frais, ça s’écoute tout seul, et ça reste dans le cerveau juste assez pour passer une bonne journée. De plus, ce disque pose clairement la ligne de démarcation Slipknot / Stone Sour, parfois trop floue par le passé (voir “Get Inside” sur l’album précédent).

Serions-nous en présence du disque de heavy-rock US parfait? Malheureusement, et même si je prends un plaisir certain à l’écouter, “Come What(ever) May” n’est pas exempt de défauts. En fait, le problème est que lorsqu’on a le carton en ligne de mire, on formate trop ses morceaux pour les radios de campus. A titre d’exemple, le mou du genou “Your God” ou l’insipide ballade “Through Glass” horripileront même les moins réfractaires aux mélodies “radio-friendly”.Quant à “Sillyworld”, elle aurait pu avoir sa place sur un album d’Evanescence… Heureusement, l’album se reprend sur la fin avec le très rythmé “Socio” et l’énergique “1st Person”, et s’achève correctement, avec “Zzyxz Road”, de loin la meilleure des trois ballades proposées ici.

Faut-il pour autant bouder son plaisir et passer à côté de “Come What(ever) May”? Ce serait fort dommage, car on y trouve quand même de très bons morceaux, portés par d’excellentes mélodies, et que, finalement, cela fait du bien de s’envoyer parfois un album facile, à l’accès immédiat, sans prise de tête, entre deux galettes de death technique ou de doom torturé.

9.0 LivePremier live de Slipknot sur format cd après le dvd “Disasterpieces“, ce “Live 9.0” s’annonce copieux: deux disques, vingt-quatre titres enregistrés dans quatre villes différentes, voila une livraison qui a de quoi réjouir le fan en attendant un quatrième album. Bien que l’on puisse, une fois encore, se plaindre du caractère hautement mercantile de ce genre de produit, force est de reconnaître que les petits plats ont ici été mis dans les grands.

L’exercice du live a toujours été un des points forts de Slipknot, et ce témoignage en est la preuve éclatante. On y retrouve en effet ce qui a fait le succès du groupe: la violence évidemment, qui se fait parfois frénétique (“Eeyore”, “Get This”), mais aussi cet étonnant équilibre entre sauvagerie et mélodie, mis en valeur sur des morceaux tels que “Before I Forget”, “The Nameless” ou “Iowa“. La technique des musiciens est presque sans faille, et cet album est un festival de guitares saturées, de batterie déchaînée, de percussions atomiques et d’étranges sons électroniques. Pour la première fois chez Slipknot, on entend même la basse, ce qui est franchement agréable! Certains titres sortent magnifiés par la scène, c’est le cas des redoutables “Everything End.” et “Vermilion”, et surtout des terribles “Disasterpiece” et “The Heretic Anthem“. Le live met d’ailleurs en évidence la supériorité des extraits d’”Iowa“, le plus brutal des albums du groupe, qui sont autant de baffes supersoniques taillés pour la scène.

Au rang des surprises, on notera l’apparition de titres rarement interprétés en public, à l’image de “Skin Ticket”, petit joyau glauque et moite, qui explose finalement en un torrent de violence. On appréciera aussi la présence du solo de batterie, un des gimmicks de Slipknot, qui permet d’apprécier tout le talent du petit Jordison, décidément redoutable derrière ses fûts; ou encore l’agréable retranscription du bordel sans nom qu’est l’intro de “People = Shit”, preuve que les morceaux n’ont pas été (trop) retravaillés.

Ce live n’est toutefois pas exempt de reproches. Tout d’abord, si le chant de Corey Taylor est absolument parfait durant les morceaux, ses interventions à base de 36 “fuck” par minute finissent par lasser; c’est pas que le côté rebelle de douze ans soit désagréable en soit, mais là, on frise l’overdose. Ensuite, Slipknot sur scène mais sans le côté visuel? il manque forcément quelque chose. Enfin, et c’est là le paradoxe de cet album, sa durée fait sa force mais aussi sa faiblesse. Je m’explique: s’il est très agréable de voir que le groupe ne s’est pas foutu des acheteurs potentiels et propose un plat copieux (on l’a dit, 24 titres), même le fan finit par trouver le tout un peu indigeste, et l’attention décroche lorsqu’on arrive à la moitié du deuxième album, dont la fin axée singles est trop téléphonée.

Un excellent live donc, qui n’échappe certes pas aux reproches adressés couramment à ce genre d’albums venant surtout remplir l’espace en attendant la prochaine sortie studio, mais qui constitue un bon best-of de ce que Slipknot a sorti jusqu’ici, la folie de la scène en plus.

IowaAïe, l’épineux sujet Slipknot! Le groupe qui a réalisé le plus beau hold-up commercial de ces dernières années dans le monde pourtant peu vendeur du métal s’attire toujours un amour fou de la part de ses fan, à la hauteur des commentaires désobligeants (pour rester poli) émis par ses détracteurs. Il serait en effet facile de ne voir en eux qu’un cirque bien organisé, à grand renfort de masques et de délires pyrotechniques, dont le seul but est de cibler les vaches à lait portant baggies et dreadlocks.

Oui mais voilà, la discographie de Slipknot ne va pas vraiment dans le sens de cette thèse; et un album du gabarit d’”Iowa” est à même de faire taire ceux qui, dans la sphère des “anti”, daigneront faire preuve d’un peu d’objectivité. La violence, quoique toujours controlée, est le maître-mot de ce disque, soutenue par des riffs tonitruants (“Disasterpieces“) et une section rythmique ultra-carrée (“People=Shit”, “The Heretic Anthem“).

Le chant se fait tour à tour grognement, murmure malsain et hurlement totalement déchaîné. A cet égard, les progrès effectués par Corey Taylor entre le premier album éponyme et “Iowa” sont saisissants, notamment lors des plages de moiteur glauque que sont “Gently”, “Skin Ticket” et le morcau-titre, “Iowa“. Sa voix porte littéralement tout l’album, et il s’impose ici, n’en déplaise à certains, comme l’un des tout meilleurs chanteurs de sa génération.

Avec “Iowa“, Slipknot a donc accouché d’un disque brutal, qui lui a permis de prouver qu’il n’était pas le groupe d’un seul album, confirmer son statut de groupe phare du métal, et se gagner le respect de ses pairs, Slayer en tête. Un seul reproche peut-être, la longueur excessive de l’ensemble provoque quelques baisse d’attention vers la fin du disque. Les critiques ne se sont évidemment pas tues pour autant, mais bon, ne dit-on pas que l’on mesure aussi la réussite au nombre de détracteurs?

P.S.: Suite à certaines remarques croisées sur le forum, je précise que cette chronique n’a pas pour but d’être objective. Il se trouve qu”Iowa” est le disque qui m’a tiré d’une lourde dépression lors de ma première année de prépa, et mon jugement sur cet album est forcément lié à l’importance qu’il a eu durant cette période de ma vie.

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