Metallica : MetallicaL’album parfait n’existe pas, c’est une évidence. 12012 n’en est cependant pas passé loin en cette année 1991, en donnant naissance à ce qui est aujourd’hui encore l’un des disques les plus fédérateurs de l’histoire du métal. Notez que je ne parle pas de fédérateur à la manière d’un “De Mysteriis dom Sathanas“, qui rassemble tous les amateurs de black mais reste imperméable à ceux que ce style rebute; non plus la manière d’un “Reign in Blood“, acclamé par les métalleux en tous genres mais qui fait fuir les non-initiés à la violence thrash. Non, il s’agit ici de fédérateur au sens massif du terme; le “Black Album” attire à lui, depuis quinze ans, les métalleux de tous poils, les rockers, les ados en manque de ballade langoureuse, et fait même l’unanimité chez les publics les moins réceptifs aux grosses guitares (même les journalistes qui tiennent la rubrique musique de Télérama reconnaissent le génie de ce disque, c’est dire!). 12012 a accouché de l’album qui jette un pont entre la scène métal et le grand public, et a vu bon nombre de ses fans lui tourner le dos pour cela. Personnellement, je ne crois pas à l’équation “underground = qualité”, et j’estime que si l’on se consacre à la musique, c’est pour que celle-ce soit entendue par le plus grand nombre possible; et dans ce domaine, aucun disque de métal n’a frappé aussi fort que celui-ci.

Les qualités du “Black Album” sont innombrables. Aucun morceau n’est à jeter, ce qui n’est jamais arrivé au groupe dès lors que ses albums dépassaient les huit compositions. Sur ces douze tueries, on trouvera forcément quelque chose à se mettre sous la dent quels que soient ses goûts musicaux; gros métal qui tache (“Sad But True“, “Don’t Tread On Me”, “The God That Failed”), thrash rapide et enervé (“The Struggle Within”, “Holier Than Thou“, “Through The Never”), hymnes heavy en puissance (“Enter Sandman“, “Wherever I May Roam“, le monstrueux “Of Wolf and Man”), moments de calme (“The Unforgiven“, “Nothing Else Matters“) et même un morceau brillant, ambiancé et prenant (“My Friend of Misery“).

L’interprétation est sans faille, les guitares lourdes à souhait, les soli lumineux, comme on est en droit d’attendre de la part de ce duo de génie que forment messieurs Hammet et Hetfield. Évidemment, la basse est en retrait, mais ce sera toujours le cas tant que Jason Newsted jouera avec ses trois compères, lesquels ne l’ont jamais vraiment mis en valeur. Lars Ulrich, s’il n’est pas un batteur surdoué, donne une assise rythmique de qualité à défaut d’être étincelante. Derrière la console, Bob Rock, qui collaborait pour la première fois avec le groupe, a doté les musiciens d’un son à la fois lourd et chaud, qui tranche avec la production rêche qui massacrait “…And Justice for All” et se révèle tout à fait adapté à ces douze perles noires.

Ajoutons que la pochette, d’une sobriété presque excessive (les musiciens de Spinal Tap ne l’avaient-ils pas refusée?), s’est révélée un coup de maître sur le plan marketing, et l’on comprendra aisément que ce disque à tout de la référence absolue.

Album emblématique par excellence, qui signa à la fois l’explosion commerciale et médiatique de 12012 et le début de la longue traversée du désert dont le groupe cherche encore à sortir, ce “Black Album” est un incontournable, une oeuvre qui a marqué au fer rouge -noir plutôt- les années 90 et permis de porter le métal à la multitude. Chapeau bas, messieurs!

S&MA première vue, l’idée d’adjoindre un orchestre symphonique à Metallica semble plutôt saugrenue. Mais après tout, les titres du quatuor ont toujours eu une dimension cinématographique certaine, et le fan, quoique circonspect, peut donc se pencher sur ce disque sans craindre que les morceaux soient totalement dénaturés…

Disons-le d’entrée, le résultat est pour le moins inégal. Lorsque “Call of Ktulu” déboule, on adhère à la démarche: l’orchestre et le groupe se répondent impeccablement, et le titre sort magnifié de cette rencontre. Mais dès l’arrivée de “Master Of Puppets“, l’auditeur grince des dents: la batterie sonne étouffée, lointaine; les guitares ont du mal à se faire entendre, perdues au milieu de dizaines d’instruments, et le morceau, à l’origine si aggressif, paraît soudain très mou! Il en ira de même du reste de l’album, alternant le bon et le médiocre, voire l’insupportable.

Pour ce qui est des réussites, on trouvera une version surpuissante de “Of Wolf and Man”, un “Wherever I May Roam” bien sympathique, et un “Enter Sandman” d’anthologie. Dans le domaine du passable, citons les deux nouvelles compos jouées ce soir-là (No Leaf Clover” et “-Human”"), un “Battery” amoindri par l’orchestre, et, de fait, la majorité des morceaux interprétés ici, dont le rendu est nettement moins puissant qu’à l’origine. Mais ce qui peut vraiment agacer le fan, c’est la part faite aux chansons issues de Load et ReLoad, deux albums assez insignifiants (et je suis poli!). “Hero Of The Day” est une infâme bouillie, “Devil Dance” d’une nullité affligeante, et on ne peut retenir ses baillements à l’écoute de ces titres trop longs, trop mous, et surtout trop nombreux.

Ajoutons enfin que “One” se fait allègrement saccager par des parties orchestrales sirupeuses, et l’on comprendra aisément que nous sommes en présence d’un disque à l’intérêt réduit, qui n’a en fait d’autre qualité que d’être l’unique témoignage live officiel de la période controversée Load-ReLoad.

Alors, le S&M? Une entreprise qui a fait débat, c’est certain, mais qui n’a sommes toutes débouché que sur un album mineur. Tout simplement.

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