Judas Priest : NostradamusAprès un retour triomphal en 2005 avec un album plutôt pas mal, mais, auquel il manquait cette fougue présente 15 ans auparavant sur le bulldozer ‘Painkiller‘, Judas Priest nous revient avec une véritable surprise, qui a pris la forme d’un double-disque conceptuel sur la vie du célèbre voyant français Michel de Nostre-Dame, alias Nostradamus. Et quel album!!! Les britanniques nous ont concocté là plus qu’un monument du metal. Il s’agit en fait de tout l’histoire du metal regroupée sur deux rondelles, rien que ça! Cela fait vraiment plaisir de voir que des musiciens ont encore cette volonté de donner à leurs fans tout le meilleur d’eux-mêmes, ce que même Maiden n’arrive plus à faire, malheureusement, depuis ‘Somewhere In Time’, nous proposant des albums qui sentent un peu le réchauffé (‘Dance Of Death’). Ici, point de riffs maintes fois entendus, tout n’est que nouveauté.

L’élément le plus plaisant, et qui est certainement le plus déterminant dans cette glorieuse réussite, est sans aucun doute le côté orchestral, dont le visage grandiloquent amène l’auditeur à s’enivrer d’une oeuvre quasi-cinématographique, facette que l’on ne connaissait pas au quintet. Toute une palette d’ambiances est ainsi mise en l’honneur, afin de nourrir les morceaux d’une pincée de dramatisme, de les habiller d’un voile de mystère, comme ce dont nous abreuvait Nostradamus dans ces versets. Une autre part importante du succès de ‘Nostradamus‘ réside dans cette succession d’interludes courts et de titres forts, dynamiques et épiques, prenant ainsi l’auditeur aux tripes et ne le lâchant qu’une fois les deux cds digérés.

Particulièrement exigeant sur le fond comme sur la forme, surtout après une semi-déception incarnée par ‘Angel of Retribution‘, je fus particulièrement inquiet lorsque j’ai posé une oreille très attentive sur cet album, à la recherche des moindres défauts…vaine fût ma recherche, aucune fausse note n’y figurant. Tout est quasiment parfait! A part peut-être le fait que la voix ne soit pas toujours mise en avant, comme pour mieux donner cette impression qu’une voix d’outre-tombe surgit du néant cosmique. Mais, cela appartient à la mise en scène de cet album génialissime.

Le ton de l’album est à peine donné avec “Dawn Of Creation“, que déjà JP nous assome avec la puissance de “Prophecy“. Cette première mise en bouche nous prépare pour la suite, qui possède un royal pedigree, ceci avec quelques-uns des meilleurs titres du très vaste répertoire du Priest, tels que “Revelation“, “War” (qui est le premier single issu du double-album et qui est un titre aux trois-quarts instrumental), l’épique “Death”, la tendresse incarnée avec “Love”, l’énervée “Persecution“, l’intro “Solitude”, “Exiled” dont la ressemblance rythmique avec le générique de Terminator 2 est frappante, “Alone” qui revoit Rob Halford renouer avec les notes célestes sur-aigües qui l’ont rendues célèbre, une petite note d’espoir avec “Hope”, l’hymne “New Beginnings” pour qu’aucun morceau à la “United” ne manque pour appuyer un poil plus sur le côté solennel de cet hommage à l’un des plus grands prophètes de son époque, le gros morceau éponyme “Nostradamus” et son intro orchestrale, proche d’un “Hellrider” et le morceau de clôture “Future Of Mankind” qui narre du long de ses 8 minutes et des poussières l’avenir incertain de l’Humanité…

Tous ces titres, sans citer les ponts plus ou moins courts, sont de vraies tueries. Le seul bémol que l’on peut, cependant, noter est l’absence de titres rapides, le groupe ayant, apparemment, préféré se concentrer cette fois-ci sur des titres épiques et mid-tempo, afin de bien développer en profondeur la tragédie humaine derrière les prophéties du Visionnaire, un peu comme l’a fait Stratovarius sur la chanson “Visions”, qui figure sur l’album du même nom…On peut, néanmoins, se demander si ce n’est pas leur âge qui les a un peu poussé dans cette voie. Dommage! L’album aurait clairement gagné en qualité, bien que nous ayons avec ‘Nostradamus‘, le meilleur crû Judas Priest depuis bien longtemps.

Mais, ce millésime est un pur bonheur qu’il est impératif de savourer une fois dans sa vie, afin d’en découvrir toute l’amplitude et ses arômes animals et d’en déguster toute l’exubérance et la richesse. Un pur joyau de heavy metal que je ne saurais que trop vous conseiller, si vous êtes amateurs d’oeuvres d’art contemporaines. Le Metal God et sa tribu sont enfin revenus sur le Mont Olympe après des années d’errance dans les sombres marais de Lerne…

Revolution Renaissance : New EraIl y a un certain temps déjà que Timo Tolkki et le reste du groupe Stratovarius étaient en froid. La séparation semblait inévitable. C’est ainsi que le guitariste finlandais s’était exclusivement concentré sur sa carrière solo avec un opéra rock joliment intitulé ‘Saana – The Warrior Of Light’. Mais, personne ne s’attendait à ce que les titres qui devaient figurer sur le prochain album de Stratovarius, dont le très bon “Last Night On Earth“, interprété lors du Wacken Open Air 2007, n’y figureraient jamais, Tolkki préférant se séparer de ses ex-compères et créer un nouveau groupe, justement nommé Revolution Renaissance, nom de l’album avorté de Stratovarius. Il était annoncé que, musicalement parlant, le disque, aujourd’hui surnommé ‘New Era‘, serait un ‘Visions 2′…Or, quand on l’écoute, cela n’est pas très loin d’être le cas.

En effet, outre un son caractéristique, nous retrouvons ici des mélodies imparables, des refrains facilement mémorisables, que seuls Tolkki est capable d’écrire. Le disque commence très fort avec “Heroes”, interprété par Sammet (Edguy, Avantasia). Ce titre me fait beaucoup penser à “Phenix” ou à “Millenium“, car on sent une volonté de Gros Timo de se renouveler, ce qu’il nous prouve avec ce titre, que ne renierait pas le compositeur Sammet, puisque “Heroes” est très proche de ce qu’il compose avec Edguy. Pourtant, plane ici l’ombre de l’esprit créatif de Tolkki. Après cette démonstration musclée, c’est au tour d’un morceau un peu plus rock de nous prendre aux tripes, ceci grâce à la présence rarissime de Michael Kiske, le chanteur estimé de la période préhistorique de Helloween. “I Did It My Way” est magnifié par son organe vocal si particulier. Un très bon morceau, qui est sûrement le meilleur titre de l’album, aux côtés de “Last Night On Earth“. Le troisième titre, “We Are Magic”, quant à lui, nous présente la voix rocailleuse de Mister Rantanen, le frontman de Thunderstone. Il n’est assurément pas le plus grand chanteur de metal au monde, mais, il donne à l’auditeur une bonne dose d’émotions, surtout sur cette chanson, très énergique, une future bombe en live! Puis, c’est à nouveau Kiske qui prend le micro sur une power ballade vraiment splendide, “Angel“, qui parle d’un ange que Mischi aimerait prendre par la main pour vivre dans un monde meilleur. Ici, on a l’impression de se retrouver à l’époque de “The Smoke Is Going Down” de Scorpions ou de “Coming Home”, voire de “Mother Gaïa” de Stratovarius. C’est beau, c’est chaleureux et lumineux, plein de bons sentiments. Ce qui n’est pas vraiment le cas de “Eden Is Burning”, qui surfe sur la vague de “The Kiss Of Judas” ou de “Legions”. Malgré ce côté progressif, émergeant du riff répétitif, le morceau ne décolle pas vraiment et l’on a comme une impression de déjà-entendu, ce qui peut être un peu choquant, quand on s’attend à être surpris…Anyway, le coup est rattrapé avec “Glorious And Divine”, à nouveau chanté par Tobi. Et là, on se rend vraiment compte que Sammet est LE chanteur de power par excellence, car il est un artiste hors pair et Tolkki aurait dû l’embaucher sur l’album dans sa totalité, au moins on aurait pu réellement médusé : du Stratovarius interprété non par Kotipelto, mais, par Sammet. Surtout, ce morceau qui se rapproche de “Paradise” ou de “Forever Free”, le côté positif en plus, comme dans “Freedom”, et son côté hymnesque, qui est présent ici aussi. Puis, nous passons à la seconde partie de l’album avec le moins bon (“Born Upon The Cross“, dont la qualité est amoindrie avec Pasi Rantanen et sa voix pas agréable sur certains morceaux, la preuve!) qui côtoie le meilleur (“Last Night On Earth“, un tube qui peut aisément rivaliser avec “Hunting High And Low” ou “Speed Of Light”, que ce soit au niveau des refrains ou de ce visage solennel qui s’en dégage, une réussite en tous points de vue ; la ballade celtique “Keep The Flame Alive”, une pause relaxante avant de revenir à des guitares acérées ; le titre éponyme “Revolution Renaissance“, épique et atmosphérique, qui possède une âme qui sort du seul album ‘Visions’ pour s’étaler sur pratiquement toute la discographie de Stratovarius, principalement ‘Elements Part 1′, et “Soul Of A Vagabond”, dont il semble assez proche).

Vous l’aurez compris, ce ‘New Era‘ n’est pas tellement une révolution dans le monde du metal qu’une renaissance. Ce disque n’apporte quasiment rien de neuf au power metal, mais, son écoute procure quelques sensations fortes, notamment sur les passages interprétés par Sammet et Kiske. Dommage seulement que la famille fire-lili se soit déchirée car ce disque aurait été parfait si seulement nous avions eu droit à la participation de Kotipelto & cie, au moins sur deux ou trois titres. Un disque de transition après un divorce mouvementé…

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