Destruction : Day of ReckoningL’Allemagne est un pays qui possède une longue expérience en matière de métal. Il n’y a prendre des groupes tels que Scorpions, Accept ou Helloween, pour ne citer que les plus célèbres, pour se rendre compte de la très grande qualité des formations qui ont vu le jour en son sein. Bien évidemment, la Germanie, comme partout ailleurs, n’est pas uniquement spécialiste en hard rock, heavy métal ou power métal mélodique : elle peut fièrement exposer tout un large éventail de styles, aussi divers que variés, tous plus ou moins efficaces selon le genre pratiqué.

Dans la catégorie métal brutal, l’Allemagne est une valeur sûre. Côté thrash métal, principalement. Quatre grandes formations, dignes représentantes de ce style, sont apparues pratiquement en même temps, dans un Etat, alors, coupé en deux (cf. RFA et RDA). Kreator, Sodom, Tankard ou Destruction ont émergé dans un contexte politique difficile et instable. Cet environnement particulier a engendré beaucoup de frustration et de colère de part et d’autre du « Rideau de Fer ». Ces sentiments expliquent pourquoi ces formations ont opté pour une forme « violente » d’expression musicale. Ils avaient besoin d’extérioriser les maux accumulés pendant des années au fin fond d’eux-mêmes. Ainsi, proches de la pensée collective, leur succès a été quasiment immédiat.

Le thrash métal allemand diffère dans sa structure de celui ayant émergé dans la Bay Area de San Francisco. En effet, beaucoup plus mélodique, il est également beaucoup plus direct et rapide que celui pratiqué par Metallica, Megadeth ou Death Angel. Cette variante est légèrement plus intéressante, puisqu’elle met en évidence deux ingrédients, a priori, diamétralement opposés et qui peuvent, pourtant, se marier à la perfection : brutalité et musicalité. Cette mayonnaise est l’une des bases essentielles dans le thrash à la teutonne. Et cet ingrédient n’a pas été oublié sur ‘The Day of Reckoning‘, le nouvel album de Destruction.

En effet, le trio, comme vous le savez, ne fait pas dans la dentelle (quoique !). Au contraire, plus ça cogne, mieux c’est. Depuis ses débuts en 1982, le groupe nous a assommés à maintes reprises à l’aide d’enregistrements studio aussi lourds qu’un paquebot rempli de baleines. Riffs plombés, vocaux scandés et braillés, soli mélodiques, rythmiques martiales, tels étaient et sont toujours les éléments composant la musique de Destruction. ‘Day of Reckoning‘ n’est, donc, pas destiné aux amateurs exclusifs de métal raffiné, qu’il soit gothique ou symphonique. Il correspond davantage aux amoureux de puissance et de déflagration métallique.

Day of Reckoning‘, qui est déjà le 11ème opus des allemands, ne contient que des brûlots, tous meilleurs les uns que les autres. Aucune ballade n’est présente, comme d’habitude sur les disques de Destruction (ou des autres formations citées ci-dessus). Une telle démonstration de force, bien que dynamique et entraînante, manque sérieusement de diversité. Le groupe aurait pu surprendre avec, au moins, un titre calme. Au lieu de cela, il nous assène continuellement d’agressivité, ce qui peut se révéler lassant à la longue. En même temps, vu l’artwork, le thème de l’album et le nom des morceaux, à quoi pouvions-nous nous attendre d’autre ? Pour ce qui est de l’originalité et de la versatilité, le groupe devrait sérieusement revoir sa copie.

Il est vrai qu’après un ‘D.E.V.O.L.U.T.I.O.N’ mi-figue mi-raisin, contenant tout de même plusieurs nouveautés (chants grégoriens et autres gimmicks), le groupe semblait perdre pied. Mais, son retour en force aujourd’hui démontre la ténacité de la formation, malgré un nouveau changement de line-up, – exit Marc Reign (batterie), bienvenue Vaaver -, ainsi que la semi-déception qu’était leur précédent enregistrement. Malheureusement, ce tank musical qu’est ‘Day of Reckoning‘ n’est pas un chef d’œuvre en soi. Mais, il saura séduire une bonne portion de métalleux, d’une part par son énergie débordante, d’autre part par ses titres techniques et sans concession.

Il fallait bien créer un album dans la droite lignée des ‘Metal Discharge‘ ou ‘Inventor of Evil‘, pour revenir sur le devant de la scène métal. Or, il ne suffit pas toujours de se répéter de disque en disque ou, au contraire, de modifier régulièrement des parties apportant une piqûre de changement, pour réaliser un chef d’œuvre. Tout le secret d’une bonne rondelle réside surtout dans un équilibre parfait entre prise de risque et conservation de la personnalité du groupe. Il semble que cette recette soit aisée à mettre en œuvre. Ce n’est véritablement pas le cas. Doigté et sens du dosage sont de rigueur. Peu de groupes peuvent se targuer d’être capables d’une telle prouesse. Destruction est une formation irrégulière dans sa cuisine.

Finalement, bien que l’on aurait été en droit d’attendre plus de créativité de la part de Schmier et compagnie, l’on en arrive à la conclusion suivante : Destruction nous a offert avec ‘Day of Reckoning‘ l’une de ses pépites les plus abouties depuis quelques années. Mais, à force de faire toujours la même chose, le groupe ne risque-t-il pas de tourner en rond ? La question reste en suspens…Mention spéciale aux quatre premiers morceaux de l’album qui, s’ils sont interprétés sur scène, et le seront sûrement, risquent de tout dévaster, car ‘Day of Reckoning‘ est une arme de Destruction massive.

Hell (UK) : Human RemainsLa NWOBHM ou New Wave Of British Heavy Metal est un style qui a eu un impact important sur toutes les formations actuelles, tous styles confondus. Il n’y a pas un seul musicien qui ne cite dans ses influences des monuments vivants tels que Iron Maiden, Saxon ou Girlschool, pour ne parler que des principaux. D’autres combos, plus ou moins obscurs, sont nés à peu près à la même période que les groupes ci-dessus. La différence avec les premiers, c’est que ces derniers sont restés dans l’anonymat jusqu’à aujourd’hui, ne sortant entre-temps que des démos ou des bootlegs, avant d’enregistrer un véritable album.

Les britanniques de Hell, combo formé des cendres de Rage Against Time et Paralex, sortent cette année leur premier enregistrement studio depuis des lustres. Leur démo la plus récente date, en effet, de 1986 ! 25 ans sont passés et de nombreux événements ont émaillé la vie de la formation : le suicide du chanteur Dave G. Halliday en 1987, tout d’abord, un changement de line-up (le départ du guitariste Sean Kelly) et les side-projects des autres membres. Autant dire que l’existence du groupe anglais n’a pas été de tout repos et que l’écoulement de l’eau sous les ponts lui a été réellement bénéfique, puisque ‘Human Remains‘ est une véritable décharge électrique, une énorme claque ! Certes, la plupart des morceaux présents sur cet opus d’enfer (c’est le cas de le dire !) sont issus pêle-mêle des quatre démos, mais remis au goût du jour avec une production digne de ce nom, ils prennent une nouvelle dimension et gagnent littéralement en puissance.

Chaque composition est dotée d’une atmosphère propre et représente l’essence même du heavy métal à la sauce britannique. Aucun titre n’est à jeter, il n’y a aucun remplissage. Débutant de manière pompeuse par une introduction symphonique chantée, ‘Human Remains‘ est un concentré de rage et d’énergie. Il n’y a qu’à jeter une oreille attentive sur des hits comme « On Earth As It Is In Hell », « The Oppressors » ou « Let Battle Commence » pour se rendre compte du génie du regretté David G. Halliday, alors principal auteur/compositeur. L’élément le plus intéressant qui se dégage de l’ensemble des morceaux est sans aucun doute une touche de folie bienvenue, parfaitement en accord avec le sujet traité ici : la lutte entre le Bien et le Mal, la domination de l’esprit de l’Homme par le Malin et sa ruine…tel est en tous cas la signification simultanée du titre et de l’artwork de l’album : ‘Human Remains‘ ou « débris d’humain ».

La version limitée du disque est constitué des 11 titres de la version remasterisée des titres avec la voix de Martin Walkyier qui, soit-dit en passant est un excellentissime chanteur, capable de naviguer avec une extraordinaire aisance entre notes graves et aigües, et des mêmes chansons sur un second disque, cette fois en version démo, ce qui permet d’apprécier la différence notable entre les aptitudes vocales des deux frontmen. La technique de Martin est irréprochable, tandis que la voix de David est emplie d’une plus grande chaleur. Par ailleurs, cette double-offrande nous permet également d’observer l’évolution entre le son faiblard et crade des débuts et l’actuel, plus clair et plus dynamique. Le fait qu’Andy Sneap soit membre permanent de la formation (en remplacement de Halliday à la gratte) y est pour beaucoup, car il est aussi producteur de cet album.

Musicalement, on peut oser la comparaison avec Mercyful Fate, Judas Priest, Iron Maiden et, plus bizarre, Dream Theater pour le côté barré et progressif, comme sur ‘Train Of Thoughts’. La durée moyenne des compos est de 5 minutes, mais la présence de quatre titres épiques (« Blasphemy And The Master », « The Devil’s Deadly Weapon », « MacBeth », « No Martyr’s Cage ») démontre tout le talent des musiciens, peut-être plus que les autres morceaux. La versatilité dont font preuve les zicos au sein même de chaque chanson est la preuve de la touche de folie dont je parlais précédemment. L’alternance de parties lourdes ou plus légères permet d’apercevoir clairement le haut niveau d’interprétation. Le jeu est aussi précis qu’une montre suisse. Il n’est, par conséquent, pas étonnant que la question qui tue s’impose, alors, dans notre esprit : quelle aurait été la carrière du groupe si celui-ci avait sorti ce chef d’œuvre quelques décennies auparavant ? La réponse est sans équivoque : ce ‘Human Remains‘ aurait carrément été classé parmi les albums fondateurs de la scène metal européenne et aurait eu sa place aux côtés des ‘The Number Of The Beast‘, ‘British Steel’ et ‘Heaven And Hell‘. Autant dire que Hell aurait pu aisément acquérir une place dans le peloton de tête des formations les plus importantes de la NWOBHM, en particulier, et du métal, en général. D’ailleurs, l’entrée directe de ce disque dans le Top 50 allemand à la 46ème place prouve mes dires.

Vu le peu de moyens financiers du groupe à l’époque et les problèmes qui ont stoppé son évolution, il apparaît normal que la sortie de ce premier véritable album ait été repoussé à aujourd’hui. Et ce n’est pas un mal, bien au contraire car avec ce ‘Humain Remains’, Hell a réussi un vrai tour de force : donner une énorme dose de frissons et de bonheur à l’auditeur en ressuscitant un métal old-school teinté de modernité. Ce n’est pas donné à tout le monde. Hell est l’un des meilleurs groupes ayant jamais vu le jour et son début-album n’aurait pu être ni plus ni moins qu’une des pierres angulaires de la NWOBHM s’il était sorti à l’époque, à découvrir, si vous ne l’avez déjà pas fait, et à posséder absolument dans sa discothèque si vous ne voulez pas finir au Purgatoire pour blasphème !! A noter dans vos agendas, le quintet sera en tournée sur les terres d’Albion en ce mois de septembre, puis, en décembre, fera un tour du côté de la Germanie. En fin de compte, Hell ain’t a bad place, Hell is from here to Eternity, isn’t it?

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