Nightwish : Imaginaerum

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Nightwish : ImaginaerumL’Enfance est une période de la Vie durant laquelle l’imagination n’a pas de limites et où règnent l’innocence et l’espoir, perdus au beau milieu d’un univers de magie et de rêves. La plupart des adultes ont oublié depuis longtemps cette magnifique contrée, se contentant aujourd’hui d’errer dans un monde gris, terne et sans saveur, où le « rien n’est possible » a définitivement remplacé l’existence d’un lieu peuplé de fées, licornes, gnomes, dragons et autres créatures fantastiques issues des dimensions parallèles et fertiles de la Conscience enfantine.

Obsédé par ce pays multicolore et étant lui-même un grand enfant, à en croire son adoration pour Mickey Mouse et compagnie ainsi que ses nombreux textes faisant référence à lui-même (« FantasMic », « Dead Boy’s Poem», « Bless the Child », « The Poet And The Pendulum ») et au thème du passage à l’âge adulte et de la perte de l’innocence que cela induit, Tuomas Holopainen, le claviériste et leader de la formation carélienne Nightwish, nous propose aujourd’hui de l’accompagner, lui et ses compères scandinaves, dans un périple à travers l’espace et le temps, odyssée qui nous mènera vers une destination parfaitement connue de nous tous et que nous avons choisie d’oublier, soi-disant pour évoluer et grandir…

Ce monde fabuleux, créé de toute pièce par le génie virtuose finlandais, nous est présenté sous forme d’un opus cOnceptuel, rythmé par le mystère, les atmosphères ténébreuses et un brin de folie décalée. Judicieusement exploités, ces trois éléments se retrouvent ici parfaitement intégrés dans un voyage musical philosophico-dramatique. En effet, l’histoire parle d’un vieil homme qui s’imagine être encore un petit garçon. Ainsi, ses rêves d’adulte et d’enfant s’entremêlent dans une farandole d’expériences musicales et visuelles toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Ce conte des temps modernes apporte véritablement un plus dans la carrière de Tuomas Holopainen. Mais, l’on s’interroge pratiquement toute la durée de la rondelle sur la pertinence d’avoir rallié cette œuvre surprenante au répertoire de Nightwish.

En effet, même si certaines parties caractéristiques du son du groupe demeurent inchangées sur ‘Imaginaerum‘, comme ces guitares acérées ou ces refrains grandiloquents reconnaissables entre mille sur « Storytime », « Ghost River », « I Want My Tears Back », « Last Ride Of The Day », « Song Of Myself », beaucoup d’autres structures sont à des années-lumière de ce que font habituellement les membres du combo. Citons, par exemple, les longues parties orchestrales dignes des plus magistrales bandes originales de films qui inondent littéralement cet album d’ambiances particulièrement fortes en émotions (passage fleuve à partir de la 6ème minute sur « Song Of Myself » suivie d’une récitation par 15 personnes chères aux membres du groupe, l’interlude oriental « Arabesque », l’instrumental « Imaginaerum ») ou les essais farfelus plus ou moins concluants (le jazzy « Slow, Love, Slow », le pas effrayant pour un sou « Scaretale » et les couplets chantés par Anette, devenue sorcière pour l’occasion, ou encore « The Crow, The Owl And The Dove », composition la plus pop, la plus lumineuse, mais aussi la plus molle du genou), sans oublier THE balade : avec ses accents celtiques qui font de lui une magnifique ode à la Vie et son pont western à 2′36”, clin d’œil à Ennio Morricone, « Turn Loose The Mermaids » est l’un des cinq tours de force présents sur ‘Imaginaerum‘ aux côtés de « Storytime », « Slow, Love, Slow », « Song Of Myself » et « Imaginaerum », car marier dans une seule et même mixture les ingrédients qui ont fait le succès de la formation avec de nouvelles saveurs venues d’autres galaxies musicales lointaines, il fallait oser le faire. Tuomas et ses collègues ont eu les couilles de prendre d’énormes risques, quitte à perdre une grande partie de leurs fans dans leur recherche de diversité culturelle.

Pourtant, il faut être honnête et reconnaître que, malgré de très bonnes idées, la mayonnaise ne prend finalement pas tant que ça, voire devient carrément liquide assez régulièrement. Non pas que la musique soit intrinsèquement mauvaise, néanmoins la personnalité de Nightwish est mise souvent au second plan pour satisfaire les envies étranges du brun pianiste… Tuomas « Beatie » Holopainen serait-il enceinte ? La réponse à cette question est simple : plus maintenant, puisqu’il vient d’enfanter d’un chef d’œuvre à deux visages, à la fois monstrueusement puissant grâce à l’adjonction de briques orchestrales londoniennes intelligemment imbriquées les unes dans les autres (y aurait-il une influence Tetris là-dedans ?), avec, comme liant, plusieurs cuillerées de power metal, ce qui le rend plus efficace, et à la fois horriblement faiblard, un peu comme si Mister T(uomas) avait englouti un camion entier rempli de fraises à la chantilly et de bocaux de cornichons en regardant en boucle les intégrales des Feux De L’Amour, Dynastie et Santa Barbara ainsi que Titanic, Love Actually, Coup De Foudre A Notting Hill, etc, en compagnie de son caniche prénommé Fifille durant la vingtaine de mois de gestation, à cause d’un environnement symphonique trop prononcé et pas assez en retrait… Oui, Tuomas est devenu fleur-bleue et fier de l’être en plus, la honte !

Sérieusement, on peut être un inconditionnel des compositeurs Danny Elfman, Howard Shore, John Williams, James Horner, j’en passe et des meilleurs, s’inspirer partiellement de leurs œuvres et créer des chansons irrésistibles, sans pour autant omettre que le groupe que nous menons d’une main de fer depuis plus de 15 ans fait partie de la grande famille du metal et que, de facto, il est important de ne pas changer de cap trop brutalement sous peine de se fracasser violemment contre des rochers de fans en colère… Avec ‘Imaginaerum‘, la formation s’est engouffrée un poil trop loin dans l’expérimentation et n’a pas assez respecté les codes en vigueur dans le metal, ce qui tranche fortement avec ses deux précédentes réalisations ‘Once‘ et ‘Dark Passion Play‘, bien plus homogènes et mieux pensés.

Cependant, ce 7ème album est très abouti. La production met réellement chaque morceau en valeur, même s’ils sont inégaux en qualité, et un grand travail a été fourni au niveau des paroles, plus profondes que de coutume, des ambiances et des contrastes, grâce, notamment, aux chœurs d’enfants utilisés. En outre, la première chose qui frappe lorsqu’Anette se met à interpréter ses lignes de chant est qu’elle a énormément progressé. Sa voix semble avoir gagné en maturité, en rondeur et en modulation. Il suffit de jeter une oreille attentive sur « Slow, Love, Slow », « Scaretale », « Turn Loose The Mermaids », « Song Of Myself » ou bien « Storytime » pour s’en rendre compte. Marco, quant à lui, est toujours aussi bon. La délicatesse est de mise sur ‘Imaginaerum‘, un disque tout en subtilité et variations.

Chroniquer cette rondelle aura, finalement, été une activité tout à fait divertissante, plaisante, certes, mais, également, une torture. ‘Imaginaerum‘ ne permet pas de se forger une opinion définitive. Une dizaine d’écoutes n’auront pas été suffisantes pour savoir vraiment si cette pièce théâtrale pourra plaire ou non et devenir un classique du groupe. Par conséquent, quelques mois, si ce n’est des années, seront nécessaires pour appréhender du mieux possible, avec tout le recul dont il faut faire preuve, cet OVNI, faisant désormais partie de la discographie de Nightwish. Il n’y a que vous qui pourrez apprécier, ou pas, à sa juste valeur le nouveau bébé de Tuomas Holopainen. Sachez, toutefois, que celui-ci ne représente pas un chef-d’œuvre en tant que tel et que l’impression générale qui s’en dégage est partiellement négative. Il n’y pas d’équilibre parfait entre les titres directs et les morceaux plus tendres, ces derniers étant, malheureusement, trop lisses et trop omniprésents. Et puis, quitte à écouter une bande-originale de films pour avoir des frissons, autant se ruer sur le CD de la version instrumentale de l’album.

En résumé, ‘Imaginaerum‘ n’est pas le disque de l’année et ne finira pas dans mon top 5, mais il demeure, malgré tout, un très beau témoignage de ce qui se fait de mieux en matière de metal scandinave. Reste à voir ce que donnera le film en mars prochain…

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