mars 7th, 2014

The Milton Incident : Innocence LostLe Néo-Metal, ce mal aimé. Extrêmement en vogue dans les années 90, beaucoup moins depuis les années 2000, tenant surtout du fait que les groupes phares du genre (Papa Roach, Korn, Linkin Park …) ont depuis longtemps changé de style, il en demeure tout de même un genre qui a toujours eu une place prépondérante dans l’industrie Métallique Française, sacrifiant bien souvent le talent sur l’autel de la musique facile, devenant ainsi des parodies ne menant qu’à la perdition de leurs instigateurs (Enhancer, Pleymo).

Il apparaît bien souvent que le Néo-Metal ne peut pas être un style de carrière, mais plutôt un tremplin. Le genre, alliant rythmique agressive et élément catchy/pop, est relativement facile d’accès pour le Grand Public et il n’est pas rare de voir des groupes partir dans cette direction pour promouvoir une première composition. Ainsi, la transition est toute trouvée pour parler de l’album du jour. The Milton Incident est donc un quintette Parisien, s’orientant dans ce que le groupe nomme « Dark Metal Alternatif », mais qui n’est en fait qu’un simple Néo-« Commun »-Metal.

« Innocence Lost » se dépatouille d’un cambouis sonore extrêmement propre et aseptisé, ce qui rendra l’écoute sur le long terme véritablement difficile tant la lassitude prendra une place prépondérante. C’est véritablement difficile de sortir un titre plutôt qu’un autre, car tous ont la mauvaise habitude de méchamment se ressembler, usant d’une structure très convenu, allant du couplet plutôt mélodique à des lignes de refrains extrêmement catchy, passant parfois par des pré-refrains toujours plus entraînants et imposant régulièrement en fin de titre un gros break, soit très mélancolique/atmosphérique, soit volontairement puissant et aidé par un scream non-émotionnel.

Difficile d’impacter un point en particulier, si ce n’est une production qui ne met pas du tout en valeur la volonté mélancolique que le groupe semble vouloir imposer dans sa musique. L’exemple type du souci de dosage viendra sur la ballade « Irukandji ». D’un point de vue technique, chaque musicien s’en sortira honorablement bien, mais la trop forte égalisation sonore empêchera l’impact émotionnel, que ça soit sur les envolés des refrains, le côté très ambiant des couplets et le thème musical trop ressemblant à une ballade de Slipknot.

La même remarque est présente sur des titres à la volonté de puissance plus évidente, comme « Pyromaniac » et ses « burning » menaçants ainsi que sa batterie virevoltante laissant au final place à un refrain pop qui ne s’accorde pas du tout avec le reste des éléments d’un titre qui semble pourtant construit pour imposer une bonne dose d’headbanging en live. Le plus triste dans tout ça, c’est que l’introduction « Innocence Lost » démarre agréablement, une musique bien ambiante et des bruitages intéressant, parfois mécanique, parfois plus prenant, mais tout cela laisse place à un « Deadset » affreusement plat à la rythmique calqué sur du bon vieux Korn et une voix à la Staind, mais ne procurant pas la même émotion, montant sur des refrains pré-calculés ne surprenant jamais.

J’aimerais vraiment défendre The Milton Incident, on sent que les cinq musiciens ont très envie, que chacun maitrise son instrument et qu’ils sont plus motivé que jamais. Mais pourtant, il n’y a que peu d’éléments réjouissant dans ce disque. C’est peut-être pour cela qu’un titre comme « Deus Ex Machina » (d’ailleurs en featuring avec Shawn Zuzek (Daughters Of Mara), qui a mixé l’album) se savoure bien plus que les autres. La massivité ambiante et les agressions de double sont toujours contrebalancé par la platitude sonore, tout comme le break final manquant de tranchant, mais on profite d’un jolie assemblage vocal, les transitions entre côté lourd et mélodique sont très bien emmenées, tout comme les changements vocaux, davantage dans le ton. On apprécie les guitares, combinant rythmique lead et mélodique agréablement bien. Dans le même registre, la plupart des éléments de « Conspiracy of Silence » reprendront des codes similaires pour livrer une nouvelle composition massive à l’ambiance agréable.

Le groupe arrive également à s’en sortir avec des titres plus ambiancés, comme « Memento », usant d’une atmosphère plus lente, mais utilisant une mélancolie beaucoup trop pré-calculée pour véritablement émouvoir. Néanmoins, ce titre laisse entrevoir un potentiel émotionnel très intéressant, notamment lors des phases de double sur la fin ou sur les transitions mélodiques qui interviennent régulièrement. On peut également retenir certaines parties de « Dopamine », malgré le fait que les couplets fassent preuve d’une terrible platitude et d’un mauvais assemblage avec le chant, le tout trouvant un meilleur équilibre sur les refrains entraînants.

Pour le reste, on pourrait faire la même remarque négative sur la platitude absolue de « Torn Down », se reposant beaucoup trop sur les acquis de la « easy » Néo-Metal Touch, cela jusqu’à cet ultime break mielleux. La très longue « Split Second » ne sera guère intéressante, bonne tentative sur le fond (l’ambiance est saisissante sur certain aspect mélodique) mais tournant trop facilement en rond. Les mauvaises transitions de « Dearest Enemy » ne le seront que par la lenteur d’exécution d’un titre qui aurait très bien pu être plus intéressant que ça. Enfin, « 10-56 » sera plutôt intéressante. Une introduction sombre au piano puis en duo de guitares électro-acoustiques. Le duo de voix fonctionne agréablement et le groupe maitrise plutôt bien ses inspirations, même les chœurs catchy s’en sortiront plutôt bien. La progression de cette ballade se fera de manière très limpide, même si certaines réserves peuvent ressortir de ce bref break plutôt agressif, sans pour autant en contester la qualité.

Il est difficile de véritablement savoir si le problème de cet album demeure son grand manque d’originalité ou sa production terriblement sèche et aseptisée. « Innocence Lost » n’est en soi pas un mauvais album, mais les structures répétitives, le manque de gras, la monotonie croissante, le peu d’émotions ressortant du tout… tout se lient pour livrer un album redondant et qui ne procure au final que peu de plaisir à l’écoute. The Milton Incident se place ainsi dans la place inconfortable d’un Néo-Métal trop FM, nous laissant ainsi à de nombreuses interrogations quant à leur capacité d’offrir une musique convaincante et bien plus personnelle. Et comprenez-moi bien : je n’ai aucun souci avec le fait de proposer une musique basée sur des carcans type, dès l’instant où celle-ci offre ne serait-ce qu’un poil de créativité. Le deuxième album risque déjà d’être décisif.

février 18th, 2014

Drawers : DrawersTroisième changement de label en trois disques pour le quintette Toulousain Drawers. Aujourd’hui, c’est à Kaotoxin de faire perdurer ce petit espoir du Sludge Français. Drawers a déjà abattu ses cartes lors des sorties de « This Is Oil » et « All Is One », chacun apposant un talent certain et une bonne mise en abyme des principales caractéristiques d’un genre aussi compliqué que le Sludge. Souvent mis en avant par une propension dramatique et haineuse, il y a fort à parier que le revirement de style de nos Toulousains ne saura que vous faire tiquer.

Pour ainsi dire, Drawers suit une volonté de changement, comme un enfant qui mûrit avec les années. Ainsi, le changement le plus évident de ce disque se trouvera au niveau des ambiances. Il y a toujours crasse et noirceur au programme, mais pas seulement. Broyer du noir est épuisant à longueur de journée, est-ce la raison pour laquelle ce « Drawers » se voit agrémenté d’une dimension Heavy/Stoner plus prononcé ? De fins rayons de soleil semblent ainsi traverser la déprime ambiante afin de la rendre, pourquoi pas, plus supportable.

N’attendez-pas non plus des petits oursons, juste un Sludge plus gris que noir. Ainsi, « Once and for All » impose une première patte dans ce qui sera le cœur musical de ce disque. Sur une première moitié, les riffs seront gras, puissant, répétitifs, entêtant… La voix de Nicolas sera toujours grave, vociférant avec une efficacité plaisante toute l’étendue de son talent. Mais bientôt, la musique se calme, la basse prend les devants et le chant devient plus clair avant finalement de repartir. Des grosses saturations à des blasts assourdissants, puis à transiter vers une atmosphère rock’n'roll grasse et mélodique (osons le terme), il y a de quoi tenter des combinaisons risquées et efficaces.

Mais autant le dire tout de suite, dans les faits, ce n’est pas aussi simple. La maîtrise technique penche clairement du côté des musiciens, parfaitement dans le ton. Mais au niveau de la construction de l’album, ça coince. Déjà, le disque dure bien moins longtemps que le premier (une demi-heure ici contre près d’une heure pour le précédent) et au vu du contenu, je ne vois pas comment il aurait pu durer plus longtemps. Si des bribes changent, le déroulement des morceaux est globalement toujours le même, si bien que l’on comprend vite ce qui ne va pas (et l’inverse aussi, évidemment) dès la première moitié de l’album.

« Mourning » est la démonstration type de la chanson parfaite de l’album. Des blasts sauvages en introduction, un ensemble d’hurlements atmosphériques et de riffs catchy et mélodiques en première intention (malgré une voix nettement moins brutale) suivit par la suite d’un break encore plus mélodique et une voix dans un registre plus émotionnel et calme. Nous pouvons également noter le talent du chanteur dans la modulation de sa voix et ce sur tout l’album, passant très facilement d’une voix rocailleuse à des hurlements crispants, des growls très féroces ou un chant clair plus groovant, parmi d’autres.

Mais « Mourning », c’est un peu le même déroulement que « One and for All ». Ou bien encore « It’s All About Love » (qui pour le coup a tendance à trop transiter), « Bleak » (à la voix plus grungy, si on peut dire ça comme ça) ou encore la finale « Détour » et « Shadow Dancers » (malgré la prodigieuse explosion de noirceur dans la conclusion combinée à une atmosphère rock assez intéressante)… Une bonne partie de l’album passe ainsi trop lentement, la redondance rythmique ayant raison de notre concentration.

Par la suite, on navigue toujours entre des marais plus consistants et une eau claire trop reposante. On pourra ainsi relever la courte « Take Stock » opérant une montée vocale très intéressante, du plus clair à quelque chose de profondément viscéral. « Words » revient à un ensemble de code Sludge bienvenu, privilégiant ici un certain malaise, tout en incorporant ici ou là des touches mélodiques plutôt bien ficelées à l’ensemble.

Drawers change clairement son fusil d’épaule, au point que ça en devient compliqué à juger. La tentative est louable et intéressante, évidemment. Moins de brutalité, moins de noirceur, plus de mélodie, plus de lumière, plus de groove et cela se ressent dès la pochette, plus proche du style d’un groupe de Pop que de Sludge. Toujours un style maîtrisé de bout en bout par des musiciens appliqués et un chanteur parfaitement ancré dans le ton global du disque. Mais avec tout ça, pas mal de défauts ressortent de l’ensemble, l’homogénéité du tout pourra en déstabiliser plus d’un, le fait que les ambiances aient ainsi tendances à toutes se ressembler bloquent de ce fait les envies du groupe de nous proposer encore du neuf, nous interrogeant ainsi de nouveau sur la teneur de la prochaine offrande. A moins qu’après des premiers disques plutôt réussis, l’attente n’en soit, au final, trop forte par rapport à ce petit encas…

janvier 31st, 2014

All We Need : Cold DreamCatégorie Metalcore : au suivant ! Direction Nîmes, aujourd’hui, pour découvrir All We Need, nouvel élève dans la périlleuse catégorie. Deux ans d’âge pour un nouveau cru qui fait déjà preuve d’une belle mentalité, ne se dirigeant pas tête baissée dans les combles du genre comme les ¾ des « nouveaux » groupes désireux d’être le nouveau Parkway Drive, mais apposant d’autres atmosphères sur un registre déjà bien connu.

Déjà signé sur Send The Wood Music, déjà masterisé par Jonathan Devaux (HORD), ce « Cold Dream », premier rejeton, a tout pour plaire. Un son propre sans être trop aseptisé et des influences Hardcore et Stoner, pour un Metalcore qui se rapproche davantage d’un Darkness Dynamite actuel ou encore d’un Trivium plutôt que des groupes classiques du milieu. Un premier EP posant de bonnes bases autour de quatre morceaux plutôt différents.

Passons donc rapidement sur l’intro « Cold … », ambiante et bercée de voix claire parlée et d’un chant hurlé en arrière-plan et l’outro « … Dream », acoustique et rêveuse, deux titres sympathique et intéressant, mais pas assez personnel. « When the World Falls » ouvre les hostilités sur une rythmique grasse, puissante et un chant rauque et groovant, s’alliant à un registre plus mélodique et catchy sur les refrains, le tout sans tomber dans l’écueil classique de la soupasse pop comme la plupart des ersatz. Témoin d’une première production, un breakdown final qui intervient comme un cheveu sur la soupe, même si celui-ci n’est pas foncièrement désagréable. Disons qu’il aurait eu davantage sa place sur un morceau pouvant le justifier pleinement.

All We Need est un groupe jeune, et qui dit jeunesse, dit des idées. Le groupe en a plein, sans forcément les mettre dans le bon ordre, mais c’est avec soulagement que l’on remarque rapidement que nous n’avons pas un foutoir non plus. « In the Fire » et son Hardcore débridé couplé à un sens de la mélodie intéressant sur les passages plus clairs du refrain. Les multiples solos et break pourront donner l’idée d’un groupe entre deux chaises, ni complètement Mélo/Stoner ou Hard/Metalcore. Un mélange des styles intéressants, mais qu’il conviendra de bosser encore davantage pour y trouver le juste milieu, comme l’illustrera très bien « Guilt Remains », couplant son extrême lourdeur et ses riffs rock à beaucoup de mélodie sur les refrains ou bien encore sur le final « World of Burned Cities », plus mélodique et ambiancé, mais jamais avare en coupure brute et rêche et apportant un chant clair intéressant, mais à perfectionner. Les passages criés sont très bien gérés, particulièrement lorsque le ton se voudra plus viscéral.

Il y a donc de quoi être particulièrement positif ! Sans être ni novateur ni une bombe surprise, All We Need impose une petite patte très agréable et plutôt rafraichissante au milieu, ne demandant au final qu’une confirmation autour d’un premier album plus abouti et personnel.

janvier 26th, 2014

Sidilarsen : ChatterboxLa morosité devient ambiante. Relayant chaque jour dans leurs journaux des informations dont tout le monde se contrefout, la presse n’appuie pas suffisamment son doigt sur ce qui fait mal, sur ce qui mérite intérêt. Dans un climat tendu, basculant de plus en plus vers un individualisme exacerbé, nous ne pourrons bientôt plus que nous contenter de larmoyer sur une solitude que nous aurons engendrée par notre inaction totale. Et quand la haine et l’égoïsme prennent place, des prophètes du rassemblement se donnent à chaque instant l’objectif de réunir les foules dans une seule et même entité. À l’instar de ce que s’évertue à faire Mass Hysteria et ce que dénonce Lofofora, les Toulousains de Sidilarsen sont là pour réveiller la part d’humanité que nous perdons jour après jour.

La « Chatterbox », cinquième parpaing lancé contre les grandes puissances et la grisaille quotidienne, prend place. « Machine Rouge » avait frappé un très grand coup. Lançant bien plus loin ce concept de « Dance Metal » orchestré par « Biotop » il y a déjà onze ans, il avait permis aux Sidi de reprendre position et d’asseoir définitivement leur style, après l’avoir longuement développé durant trois albums, le tournant autour d’un Metal Industriel, d’un Rock Fusion et d’une Techno-Trance emballante. Et à aujourd’hui ? Beaucoup ont accusés les Sidilarsen de commencer à tourner en rond après « Machine Rouge » sans que forcément trop de gens n’aient de choses à redire.

Si nous pouvions considérer « Une Nuit pour Sept Jours » comme l’album de la maturité et « Machine Rouge » comme celui de la confirmation (bien que je déteste employer ces formules), « Chatterbox » se révèle donc être le disque d’un nouveau virage d’un groupe dorénavant pleinement ancré dans son style et le développant avec une conviction sans failles, poussant sur ce coup la puissance sonore bien au-delà de « Eau » et opérant un mélange absolu entre les quatre albums précédents pour en faire ressortir une essence toute particulière. De ce fait, nous retrouvons sur ce disque ce qui fait la force de Sidilarsen : ces chants en français, un son indus lourd, martial et puissant, des breaks électro/techno/trance, des refrains simples et catchy, des phrases parfois labyrinthiques dans leurs compréhensions, des thèmes purement revendicatifs. Mais au final, qu’est-ce qu’il faudra en retenir ?

Ainsi, « Comme On Vibre » n’est pas une intro surprenante. Cette résonance et redondance dans le riff lourd et étouffant, ces échanges vocaux organiques et synthétiques, ces breaks sourds de puissance et cette ambiance très remuante ne sont pas sans rappeler l’hymne « Back to Basics » du dernier disque. Ce parti pris de la reprise des recettes gagnantes de « Machine Rouge » ressortira un plus tard avec un « On en Veut Encore », rappelant à la fois le titre cité précédemment sur les chœurs mélodiques et aériens de Béra (Aeria Microcosme, Rufus Bellefleur, FaneL …) et le côté pop et rythmé d’ « Offensifs », sans les Zebda autour, gardant intact ce sens du refrain simple et entêtant et ramenant sur le devant le chant plus puissant de Didou. « Matière Première » est également dans cette mouvance directe, digne suite textuelle d’un « Elle Me Tend Toujours la Main » dans un registre quand même plus catchy que ne l’était ce titre plutôt Hardcore. C’est également l’instant pour écouter ces breaks électroniques dont les Toulousains ont le secret, apposant une coupure nette et propre et sachant se confondre de plus en plus dans le rythme.

Apposant des bases plus fraîches en réchauffant avec la manière ce qui a été fait par le passé, les Sidi tentent également de nouvelles expériences, comme cette introduction très bluesy et espagnole avec « Hermanos ». Malgré tout, le reste du titre se confondra dans une rythmique toujours très classieuse et industrielle, dominé par le chant toujours très grave et menaçant de Viber, gagnant une âme incantatoire pour le coup, dans le ton de ces refrains simples et fédérateurs, n’oubliant également pas d’entrecouper tout ceci d’une cassure plus dance, bien emmené par une basse génialissime dans sa rondeur. Et sans transition, embrayons sur l’épaisse basse d’ « Unanimes », Sidi pur jus dans ses suites de riffs ultra-lourd, de chant fort et sec et de refrains toujours simplifiés, avec des breaks nettement moins tranchants, par contre.

C’est en cela que cet album se révèle finalement assez affolant parfois, nous permettant toujours une confrontation plus ou moins directe avec un ancien titre de la discographie du groupe. Loin de moi l’envie de dire que Sidilarsen commence à se manger la queue, mais la question pourrait légitimement se poser. Pour poursuivre, quand il faut imposer l’écrasement par la puissance, le groupe propulse « Le Prix du Sang », grosse basse sur les couplets, chants toujours sombres et tortueux avant de laisser place à un refrain des plus sublimes, Sam se targuant même d’oser de court passage de double. L’ambiance se fait mélodique comme rarement, ce qui me permet de parler de la particulière « L’Ivresse des Maudits », opposant de brèves coupures mastocs et assourdissantes sur des passages presque a capela de Didou. Mais la plus grande beauté viendra de ses riffs célestes, proche d’une dimension post-atmosphérique des refrains, accompagné d’un duo de voix puissante et émotionnelle. On en pardonnerait complètement les errements kitchounet des brefs samples techno.

Si les deux albums précédents avaient pu mettre en avant la jolie capacité du groupe de créer des ballades, il est malheureux de noter que cet album en est dépourvu. Certes « Nos Anciens » est clairement dans un tempo apaisé, un peu cold-wave, parfois ressemblant au « Prochain Eté » d’ « Une Nuit pour Sept Jours », mais l’ensemble plus lourd et donnant dans une rythmique Hip/Trip-Hop le différenciera sans aucun doute de celui-ci, donnant une dimension nouvelle et qui trouvera surement une nouvelle mesure en live. Clairement dans un autre registre, « Un Echo » m’a nettement fait penser à une rythmique rock comme avait pu le faire Noir Désir par le passé. Le chant « clair » de Viber est toujours autant génial, de même que ces hurlements dans le final, au moins autant que ce break électro engageant. La vie et l’intimité du groupe est une nouvelle fois racontée au travers de la puissante et saccadée « Si Près de la Flamme ». Les amateurs de tournures parfois complexes des refrains du groupe seront sans doute surpris par autant de facilité dans les rimes utilisées. Un sample d’orage nous emmène à ce que vous attendiez surement tous.

Si « Des Milliards » est crédité d’une durée de 18 minutes, il n’en sera finalement rien, le titre durant autour d’un classique 4-5 minutes. L’un des plus beaux titres des Sidilarsen depuis « La Morale de la Fable » se trouve ici, les voix sont comme toujours complémentaires dans leurs hargnes, dans leurs forces, la musique se gérera de la plus belle des manières, des couplet très électroniques, d’un refrain profondément écrasant, d’une cohérence toute trouvée, de breaks magnifiés par des chœurs surpuissants. Juste beau. Un exemple même d’un titre qui retournera les salles comme avaient pu le faire « Retourner la France », digne conclusion, laissant par la suite presque un quart d’heure de musique ambiante sur laquelle se portera un nombre extrêmement important de voix répétant la même phrase : « Nous sommes des milliards contre une élite ». Des gens, des êtres humains, de tout horizon, de toutes cultures, de tout pays, de tout âge, homme et femme réunis dans une unité qui manque cruellement au monde.

« Chatterbox » semble s’inscrire dans la veine de « Machine Rouge », troquant une originalité sonore contre un poing dans la gueule à la souffrance du monde. Car si, musicalement, Sidilarsen est loin des ambitions et des multiples influences que le groupe a su faire ressortir d’un album très diversifié comme l’était surtout « Une Nuit pour Sept Jours » et le reste de leurs discographies, il n’en ressort au final qu’une cohérence bienvenue, une fluidité peut-être plus facilement compréhensible pour certain. Sidilarsen, comme la plupart des groupes de Fusion, reste un groupe destiné à éveiller les consciences, à pousser à l’ouverture d’esprit, à l’amour de l’autre et non à la haine. Et qu’importe, à aujourd’hui, ça fait du bien, et c’est ce qui compte.

« Tant que l’humain s’adresse à l’Homme, nous sommes des milliards contre une élite, impossible qu’ils nous évitent »

janvier 14th, 2014

The Komodo Experience : The Komodo ExperienceBeaucoup tentent, peu en ressortent vraiment convaincant. La musique instrumentale est un art difficilement cernable, pouvant apporter son lot de voyage et d’émotions comme un ennui profond et insondable. The Komodo Experience tente aujourd’hui l’expérience (facile, hein ?) d’apporter sa pierre à un édifice définitivement bancal. Ici donc : un premier EP éponyme pour huit minutes de musique.

Sept minutes pour trois pistes, ça fait quand même sacrément peu. On sait tous qu’il faut privilégier la qualité à la quantité, mais on se demande si on aura cette fois le temps de l’apprécier à sa juste valeur. Tout ça pour dire que si The Komodo Experience ne casse pas trois pattes à un canard, il est important de relever que ce groupe, bâti sur les cendres de Human Side, manie plutôt bien son sujet, dans la droite lignée de ce qui se fait de plutôt correct dans le milieu.

Ainsi, « Belinda Express » débute lourdement pour enchainer des plans plus Hardcore et rapide, totalement carré et dans une progression standard, peu encline à se disperser dans des recherches musicales trop diverses. Les transitions se font agréablement, révélant des plans plus menaçants et tendus et d’autres plus détendus, comme sur le break. « Eleonore Empire » démarre d’une manière assez noisy, les accords sont massifs et rugueux, ne s’éparpillant pas dans une quelconque démonstration stérile, mais ne restant pas figé pour autant. L’horloge sonne pour introduire le plus incisif « Naïta Island » à l’introduction plus mélodique se substituant bien rapidement un ensemble de riffs plus abrasifs, toujours dans une veine progressive relativement bien marqué malgré la faible durée du(des) morceau(x).

Pour un premier EP en tout cas, nous n’avons pas appris grand-chose. Le trio délivre ainsi un rock/hardcore/noise instrumental très carré, très pro, très bien joué, mais sans réelles émotions. N’allons tout de même pas jusqu’à dire que l’on s’ennuie (ce n’est pas le cas), mais il est vraiment légitime d’en demander plus, dans ce cas-là. Cet EP laisse trop de questions en suspens : n’avons-nous pas l’impression d’écouter de simple piste sans chanteur ? Le groupe peut-il pousser la recette encore plus loin pour ne pas nous laisser sur notre faim ? À aujourd’hui, en tout cas, « The Komodo Experience » est extrêmement insuffisant pour se permettre de porter un jugement, quel qu’il soit, sur le groupe du même nom. Affaire à suivre, comme on dit.