février 27th, 2012

Le chocolat est une source de plaisir, un puissant remède contre la déprime, la tristesse. La douleur est une source de malheur, une douleur physique, ou morale. Ainsi, « Chocolate Pain » met en dualité ces deux principes, le bonheur au même niveau que le malheur. Le bien-être dans un corps triste. Une haine ponctuée de bonheur. « Bliss » se présente ainsi : un bonheur que l’on touche autant qu’on le laisse partir, une réflexion, une pensée… Sommes-nous toujours contraints de poursuivre le bonheur ?

Syd est un homme comme tout le monde en apparence. Sauf que celui-ci est un homme triste, seul, rongé, préférant de loin s’évader avec du rêve en poudre ou tout autre substance. Épuisé d’être submergé par ses émotions, Syd décide de se libérer de l’emprise de son cœur noir, ainsi, il se l’enlève et l’enferme dans une boîte. Soulagé et plus léger, celui-ci décide alors de se prendre une bonne cuite au bar du coin. Il y rencontre deux personnes au milieu de tous ces ivrognes. Max Power, sorte d’homme d’affaires complètement hypnotisé par sa petite personne et Dawn, sa copine, aussi belle qu’effacée derrière la personnalité écrasante de son bien-aimé. Tous trois biens imbibés de boisson, Syd décide donc de les ramener chez lui, afin d’éviter tout risque. Mais alors que Max s’effondre ivre mort, Syd et Dawn franchissent la barrière. Rongé par sa colère, Max prend la fuite en emportant avec lui le cœur noir et meurtri de Syd…

Voilà globalement de quoi va parler cet album : de la déchéance de chacun, d’une descente aux enfers alors que leur bonheurs est à portée de main. Nous avons un talent certain pour détruire ce qui nous rend heureux. Une grâce absolue en ce qui concerne la suppression de notre bonheur. Une haine qui prend le pas sur tous ces gens qui aimeraient tant nous aider. C’est dans cette optique que le groupe propulse trois personnages ayant chacun leur bonheur à portée de main, mais ne sachant finalement pas comment le saisir ou comment en profiter… Syd le dépressif, Max le prétentieux et Dawn qui ne réclame que sa part de joie.

Une histoire profonde de noirceur et de mal-être porté magnifiquement par un chant extrêmement poignant et bouleversant, oscillant entre chants schizophréniques, hurlement de damnés, calmement planant, délicat, tout simplement parlé… Toutes les émotions y passent, son chant nous transperce le cœur, nous sert nos poumons, nous étouffes, nous mets en larmes. Mais surtout, se veut volontairement progressif, s’enfonçant au fur et à mesure des titres dans un état déplorable, à la limite de la folie et de la dépression.

La musique également se veut indéfinissable, se mouvant particulièrement bien dans le thème des chansons (nous reviendrons sur ce point un peu plus tard, car les thèmes sont aussi importants que le reste). Il est évident que chacun des musiciens est extrêmement doué. À commencer par une guitare au riff ni Rock, ni Metal. La six cordes propulse des riffs bien plus poignants et profonds que ça, totalement indéfinissable. Tantôt écrasante, tantôt étouffante mais aussi parfois libératrice ou encore joyeuse. La batterie est elle aussi extrêmement mise en avant. Des frappes rapides et folles furieuses autant que des tapes d’une lourdeur impitoyable. Et puis la basse joue un rôle très central étant donné que celle-ci sort incroyablement bien du mixage, enveloppant l’auditeur progressivement d’une atmosphère de plus en plus « brutal émotionnellement » mais également d’une puissance écrasante tant celle-ci nous transmet son message d’une tristesse incroyable.

Mais allons faire un tour sur le thème des chansons. Comme dis sur un paragraphe au-dessus, « Bliss » est donc un concept album à la fois sur l’existence de Syd, Dawn et Max mais également une recherche philosophique sur la poursuite du bonheur et les moyens de l’atteindre. Chacune des chansons se suivent sans se ressembler et peu à peu, les évènements se lient, se dénouent, ce qui nous semblait totalement inintéressants au début se révèle finalement capital ensuite. Mais je ne décrirai pas les thèmes lyriques des chansons. Je ne tiens pas à révéler le fin mot de cette histoire, alors que vous n’avez pas posé l’oreille sur cette merveille…

« Bliss » ne contient pas que des chansons, c’est ce qui en fait sa particularité. En effet, entre les chansons, de longs breaks plus ambiants uniquement ponctués par le discours du narrateur vous raconteront ainsi la suite de l’histoire. Une voix à la fois grave, empreinte d’une telle tristesse au fur et à mesure que l’histoire avance mais également d’un côté schizophrénique angoissant («Dawn’s Death», «Meeting Max Again»…)… Plus ou moins longues, ces cassures apportent une réelle dose de mélancolie.

Nous allons toucher un (semi) point faible. Le chant est en anglais et tout comprendre (notamment sur les breaks décrits précédemment qui sont racontés trop rapidement) se révèle très difficile. Et même si l’anglais se comprend assez rapidement une fois les textes lus et relus, l’histoire en elle-même est aussi complexe que simple, jouant sur des expressions et des détournements littéraires vraiment efficaces, mais un peu perturbants au tout début. Point faible mais également point fort une fois l’ensemble du texte compris.

Et les titres d’un point de vue musical ? Tentons un peu de les décrire … « Feeling Like a Loser » dessert un groove énervé à la Mano Negra pour pouvoir permettre à Syd de cracher sa haine à la face du monde sur des hurlements de déments. « Who’s the Daddy » met en scène Max dans un état un peu dégénéré, hautain accompagné d’un relent psychédélique qui confère toute sa folie aux titres. « Sin Wave » laisse place à un rock plus posé, plus tranquille (d’une certaine manière) et également un chant plus calme et plus humain, symbole de l’idylle entre Syd et Dawn, ce qui contraste efficacement avec « The Box ». Lorsque Syd constate qu’il lui manque sa boîte, son état de détresse en devient bouleversant, essentiellement sur ces hurlements bruts et sauvages du refrain qui contraste avec ce chant d’une tristesse incroyable sur le break de ce titre. Quelle maîtrise musicale…

Ci-dessus étaient les titres qui traitaient ainsi du résumé fait en début de rédaction. La suite va mettre en place des titres ambiants, où la guitare, aussi reposante qu’angoissante sera parfaitement mariée à une basse ronde et technique (notamment sur la douce « Addiction » et la tristesse palpable de « Rats »). « The Last Tango » sera, comme son nom l’indique, un titre particulièrement dansant, lourd, puissant, où un chant rauque s’associera à de légers sursauts gutturaux, démontrant une fois de plus tout l’état dramatique de l’œuvre au côté d’une guitare « simple » mais efficace et de quelques petites pointes de piano tango justement. Le sommet de la tristesse s’atteint notamment sur « Break a Fuse », le chant mélodique et les cris larmoyants ne pourront vous laisser de marbre. Les instruments, notamment la batterie d’une incroyable lourdeur rappellera presque un Doom, avec cette guitare lente … Chocolate Pain arrive même à transmettre de la tristesse sur une chanson en apparence joyeuse (« Story of Max ») mêlant efficacement chant typé rap, cri schizophrène et petit côté jazzy totalement maîtrisé. Finalement, le sommet de la folie sera atteint par « The Letter » et ses voix suraiguës du refrain. « Life » est une perle brute de l’ambiant que je ne décrirai pas tant celle-ci s’adapte au ressenti personnelle de chacun de nous.

Oui, j’ai pleuré en écoutant cet album. Cet album est une agression psychologique, une tristesse bien trop violente, une ambiance noire et sombre intensément saisissante. Comment rester de marbre face à ces déchéances incontrôlées ? C’est impossible … Syd, Dawn, Max ainsi que ces deux mystérieux personnages que sont le « voisin » et « Bro »…. Tous sont attachants. Mais chut… La surprise doit rester intacte, le sentiment doit rester intact. Le 9 mars 2012, votre cœur n’en sortira pas indemne.

Quant à moi … J’y replonge.

« Addiction ».

février 18th, 2012

L’état médiatique du Rock français me fait peur.

Pas la scène actuelle en soi, mais plutôt les rares groupes que la télévision francophone accepte de montrer. Et sérieusement, entendre que, d’après l’un des journaliste Rock les plus connu, les BB Brunes n’ont aucune concurrence me fait bien rire. Mais un rire très jaune. Car c’est vrai, médiatiquement parlant, les BB Brunes domine la scène française. Moi je trouve cela flippant, car la France ne se préoccupe pas des rockeurs, qui ne sont « qu’une bande de gamins hurlant dans un micro », la nouvelle vague ado préférant s’extasier sur la voix hyper trafiquée du colonel Reyel ou sur les rythmiques entêtante et soulante de sieur Guetta (qui passe d’ailleurs bien plus de temps chez les ricains que chez lui, en France). Pourtant, on en a des artistes en France qui mériteraient une exposition médiatique et une vraie ! Pas trois lignes et demie dans une rubrique « supplément ». Alors, quand le Grand Journal présente Izia comme un « nouvel espoir du Rock en France », je me marre d’avance. Puis « So Much Trouble » se lance. Et je n’ai pas ri.

Pour Izia, la voie de la célébrité était déjà toute tracée dans la catégorie « enfant de… ». Fille de Jacques Higelin et soeur d’Arthur H, il est vrai que la demoiselle se prédestinait à une avancée semée d’embûche pour connaître ne serait-ce qu’un minimum de succès personnelle et non par les influences de sa famille. Et pourtant… Une démo et les premières parties d’Iggy Pop à même pas 18 ans, la brunette brûle toutes les étapes. Et c’est ainsi que sort « Izia », son tout premier album qui obtient deux Victoires de la Musique (dans les catégories “Album pop/rock de l’année” et “Révélation scène de l’année”). Encensé par la critique, mais pêchant justement pour une surdose d’énergie, Izia revient donc deux ans plus tard avec « So Much Trouble », orientation légèrement plus pop-rock et voix davantage maîtrisée à la clé.

Car dès que l’album se lance, vous n’aurez même pas le temps de vous installer tranquillement que « Baby » (non, pas celui du mécheux) vous balancera une sauce Rock’n'Roll décoiffant. Le rythme y est lourd et puissant, la voix d’Izia toujours aussi relevée bien que l’on sente une maîtrise supplémentaire, notamment dans la cinquantaine de « Baby » répété dans le titre sous diverses intonations, certains ne manqueront pas de noter ces très belles variations alors que d’autres auront la tête enflée par ces « Baby » qui peuvent se révéler, il est vrai, assez fatiguant. Mais bon, ce serait chipoter d’en tenir rigueur. « So Much Trouble », premier single et titre présenté à ce fameux numéro du Grand Journal présenté au-dessus est une pépite jubilatoire de l’étendue vocale de la belle et de la puissance musicale de ses acolytes. Et sur scène, c’est encore mieux !

Le disque tournera également vers des titres plus délicats, plus sensibles, où Izia révélera l’étendue de son talent sans forcément se mettre à monter sa voix dans des hauteurs insoupçonnées. « Twenty Times a Day » offre ainsi un côté plus pop à la musique d’Izia, révélant un côté mélodique des plus plaisants, entre une instrumentation dansante et l’apport de quelques cordes. On pense également à « She » où Sebastien Hoog fait chanter sa guitare sur les rythmes des envolées d’Izia de façon majestueuse. Et comment ne pas citer « Penicilline », le plus long morceau de cette album offre une montée progressive, débutant calmement sur une basse puissante et une guitare aérienne… Sensation que la voix mélodique et magnifique d’Izia perpétue. Mais déjà, on sent le titre s’énerver, les guitares se font plus fortes et Izia monte de plus en plus en puissance avant de revenir à la douceur du début pour achever le titre sur un long break assez ambiant puis un long passage planant dont la puissance se laisse découvrir au fur et à mesure. « That Night » continue dans cette voie et nous livre un titre lent, quasiment Ambiant sur sa teneur, tout en gardant le côté « pêchu » d’Izia. « You’re Love Is a Gift » révèle surtout le côté Pop du groupe, mais dans une veine très dansante et mélodique.

Mais Izia n’oublie pas ses premiers amours et les titres bien Rock et pêchus de son premier album. « Top of the World », entre mélodie et furie sauvage, entre voix calmes et voix excitées, entre guitare lourde et batterie rapide, un régal auditif. « I Hate You » reste dans le ton, entre couplet puissant et refrain orienté power-pop remuant qui donne un côté plus lourd au titre. « I Can Dance » met surtout en avant une basse groovy des plus sympathiques qui rajoute de la profondeur à un titre pour une mini touche stoner-rock (mini hein).

Alors, tout n’est pas rose dans cet album, mais il est vrai que les quelques défauts ne gênent aucunement une écoute passionnante d’un disque qui fait profondément du bien dans un monde où le Rock est bien trop relayé au second plan. Pêle-mêle, cet album souffre encore légèrement d’un certain manque de maturité, qui rend parfois les compos un peu trop lourdes. Mais ce défaut reste tout à fait relatif, car la belle n’a que 21 ans et tout son temps pour améliorer ce disque déjà d’un très bon niveau dans son domaine.

Le point fort d’Izia reste sa franchise, sa spontanéité, son énergie, son envie de faire le rock qui lui plaît. Et rien que pour ça, je tire mon chapeau à la demoiselle, qui sait se livrer avec envie et passion tout en nous transmettant une pêche très contagieuse et jubilatoire. Certainement pas le plus grand Rock de tous les temps, mais un excellent album sur lequel il convient de placer une oreille attentive !

février 4th, 2012

Carnival In Coal : Collection PrestigeEn dix ans d’une (trop) courte existence, Carnival In Coal a bousculé les genres, torturé la musique, détruis les barrières qui séparent le Metal de toutes autres musiques. Le cerveau dérangé des deux génies que sont Arno Strobl (chant) et Axel Wursthorn (instruments) n’avaient aucune idée du monstre auquel ils allaient donner existence en 1999 lorsque « Vivalavida » et « French Cancan » virent le jour. Un monstre qui se muta en créature imposante lorsque « Fear Not » naquit deux ans plus tard. Et puis un silence, un vide …

Et le changement de label arriva, délaissant Season of Mist pour partir chez les Britanniques d’Earache Records. Et puis arrive enfin en 2005 leur quatrième album, sobrement intitulé « Collection Prestige » doté d’une prestigieuse couverture démontrant un prestigieux piano brillant entouré d’un prestigieux décor brillant et luisant. Mais ce nouvel opus est-il prestigieux, lui ?

La comparaison avec « Fear Not » n’a pas lieu d’être, « Collection Prestige » est différent. Plus humain, plus varié, plus construit aussi. Plus humain dans le sens où la boîte à rythme qui accompagne depuis longtemps la vie du groupe se fait plus « lente » d’une certaine manière, délaissant le martelage incessant des précédentes compositions pour des parties de batterie divinement bien conçus. Plus varié, car si on retrouve très vite ses marques dans le monde torturé et schizophrène du duo, il est indéniable que de nouvelles influences viennent se mélanger, que ça soit au niveau de la musique ou du chant (notamment une arrivée en masse de sonorité Hardcore), et plus construit, car le disque n’est désormais plus un « bordel » (au sens positif du terme, toutefois) mais que chaque chanson dispose maintenant d’une trame et ne dévie plus comme avant. Un point négatif ou positif, à vous de voir maintenant.

Les marques, comme je l’ai dit précédemment, se retrouvent très vite et l’introduction « Party at Your House » nous fait retrouver avec bonheur cris schizophrènes et complètement dérangés avant de laisser place à des choeurs et des parties de guitares lourdes, on rentre vite dans l’ambiance, et c’est très rapidement qu’apparaît « Fuckable » qui se trouve être un joli mélange de passage carré et mélodique, de moments Death et d’une ambiance très Looney Toones sur la fin avec l’apparition au sample de divers bruits typique des dessins animés (cri, boum, claquement …).

Au niveau vocal, on retrouvera l’éternel mélange des genres. Mais le chant d’Arno saute aux oreilles encore plus efficacement qu’avant tant celui-ci est davantage travaillé et précis ! Nous retrouverons ainsi des voix claires sur quasiment tout l’album, mais avec une intonation très différente selon les morceaux autant que de mélange avec des genres divers et variés (Pop sur « Cartilage Holocaust », Hardcore sur « Right Click… Save as… », Black sur « Satanic Disaster » ou encore parlé sur « Delivery Day »).

Comme je l’ai dit au-dessus, les chansons sont plus fouillis mais bel et bien construites selon une trame relativement fixe tout en gardant très légèrement le côté expérimental du groupe. « Satanic Disaster » mélangera allègrement des touches jazzy sur les breaks à des guitares supersoniques pendant que « Ohlala » associera couplet à la Manu Chao (oui, c’est la première chose qui m’est venue en tête…), breaks Thrash, pont « classique » avec l’apparition de cette fameuse voix féminine tout droit sortie de Mozart (pas l’opéra Rock, le vrai) et de sa « Flûte Enchanté » avant d’enchaîner sur un refrain Zouk-Metal ponctué de chant parlé en français. « Right Click… Save As… » est un pur mélange de Thrash et d’Hardcore, peu commun au groupe jusque-là. « Living in the Plastic Age » fait immédiatement pensé à « 1308.JP.08 » (la reprise de SUP présente sur « Fear Not »), les bruitages électro-kitsch étant ici remplacés par un piano tout aussi kitsch.

« Collection Prestige » possède ces petites perles et aussi surprenant que ça puisse paraître, la funk « Cartillage Holocauste » (aucun métal, aucun hurlement, à part un mini à la fin) met une telle sensation de joie et de bonheur qu’on se lèverait immédiatement pour danser si on ne prenait pas attention au texte (nous y reviendrons). « Delivery Day », entre Indus et Death « parlé » et son break acoustique, « The Lady and the Dormant Sponge » nous sert un Black vigoureux et énergique, où les voix claires ne gâchent rien et apportent une atmosphère supplémentaire que les textes absurdes et les bâillements incessants du chanteur rendent hilarante au possible. Le final de cette chanson est tout particulier … Car oui, le solo final est éblouissant et bien maîtrisé, mais en écoutant mieux les grosses frappe de batterie et les accords massifs de la seconde guitare, on se rend seulement compte que les autres musiciens veulent arrêter la musique alors que le soliste n’est pas vraiment d’accord. « D.O.A. (Drunk Once Again) » est une des pièces maîtresses de l’album, dans un savant mélange de Doom et de Dark mélangé à une sauce atmosphérique pour donner un titre d’une réelle profondeur et surtout accompagné d’une immense tristesse, que l’on ressent sur les lourds et lents hurlements du début, les envolés claires des refrains, ou le break parlé sur fond de basse et de piano. Un vrai chef-d’œuvre.

Si Carnival In Coal s’est relativement assagi sur la dose de folie propre à leur compo, c’est pour mieux se concentrer sur les textes. Autant ceux-ci peuvent être absurdes et hilarants (« Cartilage Holocaust » ou comment rendre joyeux le fait de se casser et de se broyer les os, « Fuckable » ou les déboires d’un homme s’imaginant irrésistibles, « Ohlala » raconte la soirée d’une gothique au milieu de zoukeurs) mais certains brillent par leur sujet abordé (« Satanic Disaster » dénonce les groupes s’autoproclamant comme des TRVE Black, le groupe ici visé est Ringless Witches Hand dont un court extrait de très mauvaise qualité est placé à la fin du titre, « Right Click… Save as… » traite du téléchargement illégal et le titre surprend surtout par l’apparition en plein milieu d’une sorte de voix d’annonce présentant l’album, un peu comme une sorte de preview, « Delivery Day » met en avant le monde audiovisuel qui conditionne notre esprit, alors que « D.O.A. (Drunk Once Again) » met surtout en avant l’alcool et ses ravages).

Et puis l’album se termine sur « Promenade », une grosse curiosité musicale, duo violon piano instrumental, mais complètement Carnivalien, à savoir schizophrénique, dérangeant… Carnival In Coal nous place un nouveau monstre dans son jeu et a prouvé par la suite qu’ils étaient également autant capables de défendre leur folie sur CD que sur scène. Malheureusement, le groupe a splitté en 2007, laissant le monde Expérimental orphelin d’un grand duo.

Un disque toujours aussi bon, toujours aussi fou, toujours aussi dérangé, mais que certains pourront trouver moins bien car moins barré que « Fear Not » et très loin de l’état oppressant de « Vivalavida ». Un adieu en beauté à un groupe fantastique.

février 4th, 2012

(instruments) n’avaient aucune idée du monstre auquel ils allaient donner existence en 1999 lorsque « Vivalavida » et « French Cancan » virent le jour. Un monstre qui se muta en créature imposante lorsque « Fear Not » naquit deux ans plus tard. Et puis un silence, un vide …

Et le changement de label arriva, délaissant Season of Mist pour partir chez les Britanniques d’Earache Records. Et puis arrive enfin en 2005 leur quatrième album, sobrement intitulé « Collection Prestige » doté d’une prestigieuse couverture démontrant un prestigieux piano brillant entouré d’un prestigieux décor brillant et luisant. Mais ce nouvel opus est-il prestigieux, lui ?

La comparaison avec « Fear Not » n’a pas lieu d’être, « Collection Prestige » est différent. Plus humain, plus varié, plus construit aussi. Plus humain dans le sens où la boîte à rythme qui accompagne depuis longtemps la vie du groupe se fait plus « lente » d’une certaine manière, délaissant le martelage incessant des précédentes compositions pour des parties de batterie divinement bien conçus. Plus varié, car si on retrouve très vite ses marques dans le monde torturé et schizophrène du duo, il est indéniable que de nouvelles influences viennent se mélanger, que ça soit au niveau de la musique ou du chant (notamment une arrivée en masse de sonorité Hardcore), et plus construit, car le disque n’est désormais plus un « bordel » (au sens positif du terme, toutefois) mais que chaque chanson dispose maintenant d’une trame et ne dévie plus comme avant. Un point négatif ou positif, à vous de voir maintenant.

Les marques, comme je l’ai dit précédemment, se retrouvent très vite et l’introduction « Party at Your House » nous fait retrouver avec bonheur cris schizophrènes et complètement dérangés avant de laisser place à des choeurs et des parties de guitares lourdes, on rentre vite dans l’ambiance, et c’est très rapidement qu’apparaît « Fuckable » qui se trouve être un joli mélange de passage carré et mélodique, de moments Death et d’une ambiance très Looney Toones sur la fin avec l’apparition au sample de divers bruits typique des dessins animés (cri, boum, claquement …).

Au niveau vocal, on retrouvera l’éternel mélange des genres. Mais le chant d’Arno saute aux oreilles encore plus efficacement qu’avant tant celui-ci est davantage travaillé et précis ! Nous retrouverons ainsi des voix claires sur quasiment tout l’album, mais avec une intonation très différente selon les morceaux autant que de mélange avec des genres divers et variés (Pop sur « Cartilage Holocaust », Hardcore sur « Right Click… Save as… », Black sur « Satanic Disaster » ou encore parlé sur « Delivery Day »).

Comme je l’ai dit au-dessus, les chansons sont plus fouillis mais bel et bien construites selon une trame relativement fixe tout en gardant très légèrement le côté expérimental du groupe. « Satanic Disaster » mélangera allègrement des touches jazzy sur les breaks à des guitares supersoniques pendant que « Ohlala » associera couplet à la Manu Chao (oui, c’est la première chose qui m’est venue en tête…), breaks Thrash, pont « classique » avec l’apparition de cette fameuse voix féminine tout droit sortie de Mozart (pas l’opéra Rock, le vrai) et de sa « Flûte Enchanté » avant d’enchaîner sur un refrain Zouk-Metal ponctué de chant parlé en français. « Right Click… Save As… » est un pur mélange de Thrash et d’Hardcore, peu commun au groupe jusque-là. « Living in the Plastic Age » fait immédiatement pensé à « 1308.JP.08 » (la reprise de SUP présente sur « Fear Not »), les bruitages électro-kitsch étant ici remplacés par un piano tout aussi kitsch.

« Collection Prestige » possède ces petites perles et aussi surprenant que ça puisse paraître, la funk « Cartillage Holocauste » (aucun métal, aucun hurlement, à part un mini à la fin) met une telle sensation de joie et de bonheur qu’on se lèverait immédiatement pour danser si on ne prenait pas attention au texte (nous y reviendrons). « Delivery Day », entre Indus et Death « parlé » et son break acoustique, « The Lady and the Dormant Sponge » nous sert un Black vigoureux et énergique, où les voix claires ne gâchent rien et apportent une atmosphère supplémentaire que les textes absurdes et les bâillements incessants du chanteur rendent hilarante au possible. Le final de cette chanson est tout particulier … Car oui, le solo final est éblouissant et bien maîtrisé, mais en écoutant mieux les grosses frappe de batterie et les accords massifs de la seconde guitare, on se rend seulement compte que les autres musiciens veulent arrêter la musique alors que le soliste n’est pas vraiment d’accord. « D.O.A. (Drunk Once Again) » est une des pièces maîtresses de l’album, dans un savant mélange de Doom et de Dark mélangé à une sauce atmosphérique pour donner un titre d’une réelle profondeur et surtout accompagné d’une immense tristesse, que l’on ressent sur les lourds et lents hurlements du début, les envolés claires des refrains, ou le break parlé sur fond de basse et de piano. Un vrai chef-d’œuvre.

Si Carnival In Coal s’est relativement assagi sur la dose de folie propre à leur compo, c’est pour mieux se concentrer sur les textes. Autant ceux-ci peuvent être absurdes et hilarants (« Cartilage Holocaust » ou comment rendre joyeux le fait de se casser et de se broyer les os, « Fuckable » ou les déboires d’un homme s’imaginant irrésistibles, « Ohlala » raconte la soirée d’une gothique au milieu de zoukeurs) mais certains brillent par leur sujet abordé (« Satanic Disaster » dénonce les groupes s’autoproclamant comme des TRVE Black, le groupe ici visé est Ringless Witches Hand dont un court extrait de très mauvaise qualité est placé à la fin du titre, « Right Click… Save as… » traite du téléchargement illégal et le titre surprend surtout par l’apparition en plein milieu d’une sorte de voix d’annonce présentant l’album, un peu comme une sorte de preview, « Delivery Day » met en avant le monde audiovisuel qui conditionne notre esprit, alors que « D.O.A. (Drunk Once Again) » met surtout en avant l’alcool et ses ravages).

Et puis l’album se termine sur « Promenade », une grosse curiosité musicale, duo violon piano instrumental, mais complètement Carnivalien, à savoir schizophrénique, dérangeant… Carnival In Coal nous place un nouveau monstre dans son jeu et a prouvé par la suite qu’ils étaient également autant capables de défendre leur folie sur CD que sur scène. Malheureusement, le groupe a splitté en 2007, laissant le monde Expérimental orphelin d’un grand duo.

Un disque toujours aussi bon, toujours aussi fou, toujours aussi dérangé, mais que certains pourront trouver moins bien car moins barré que « Fear Not » et très loin de l’état oppressant de « Vivalavida ». Un adieu en beauté à un groupe fantastique.