mai 31st, 2012

Grand Magus : The HuntGroupe formé par le chanteur Janne “JB” Christoffersson et le bassiste Fox, Grand Magus a commencé par se faire un nom grâce à une démo qui leur permit de faire une apparition sur la compilation « Waterdragon Records, Greatest Hits Vol 1 » (2000). Par la suite, le groupe a fait preuve d’une belle régularité dans ses sorties pour accoucher d’un album tous les deux ans (mis à part entre « Wolf’s Return » et « Iron Will », nécessitant trois ans). Malgré un éloignement constant de ses racines Doom pour rentrer de pleins pieds dans une sphère Heavy Metal plutôt traditionnelle, le groupe n’a jamais vraiment déçu son public. « The Hunt » va donc tenter de faire persévérer le trio sur cette voix, en tirant profit du changement de batteur, Ludwig “Ludde” Witt succédant ainsi à Sebastian “Seb” Sippola.

Force est de reconnaître qu’en deux ans, la recette du groupe n’a pas foncièrement changé. Nous retrouverons ainsi un Heavy Metal très structuré, assez basique sur quelques titres, même un peu trop classique parfois, mais heureusement très bien relevé par la dimension épique voulue par JB. Dimension épique qui a par contre du mal à transparaître efficacement, parfois. Très vite, le chant assez monocorde de JB aura rapidement fait d’en énerver plus d’un. Bien que le chanteur dispose d’une voix très bien contrôlée, agréable à l’oreille, rauque comme il faut, bien groovante sur l’ensemble, on pourra volontiers reconnaître qu’il semble ne pas se donner à fond, ainsi ses lignes vocales ont très vite tendance à se répéter. Le poids des années, peut-être ? Possible, reste malgré tout à entendre que sur des titres comme « Storm King », son timbre deviendra même carrément commun, à une sorte de croisement avec des relents de Judas Priest.

La musique se révélera très épurée, un trio classique guitare-basse-batterie qui semble se suffire à lui-même. Semble seulement, car l’apport de la basse est bien trop mineur, elle qui est élément principal dans la musique Doom, preuve une fois de plus que l’orientation du groupe se tourne de plus en plus vers le Heavy (« Silver Moon » est l’une des rares à vraiment faire ressortir la basse). Ni la batterie, ni la guitare ne parviendront à véritablement donner un coup de boost à l’album, le tout se révélant bien trop souvent comme du déjà-entendu ailleurs.

Néanmoins, certains passages valent véritablement le coup d’oreille. Le long passage acoustique de « Son of the Last Breath » sur un chant très grave est véritablement agréable, la pression et l’intensité montant peu à peu avant de laisser ensuite à la seconde partie de la musique un air de Grand Magus déjà plus commun, avec une atmosphère véritablement pesante. Des titres comme « Iron Hand » par son ambiance plus furieuses et rapide, ou « Silver Moon », très changeante et explosive, notamment sur les belles envolées de JB diversifieront une track-list assez rébarbative sur l’ensemble. Le reste des morceaux n’est pas à jeter, bien au contraire.

Mais des titres comme « Starlight Slaughter » apparaîtront comme du déjà entendus dans le domaine vaste qu’est le Hard-Rock/Heavy Metal, autant au niveau du chant de JB que de la relativement pauvre variation musicale. Même remarque pour un « Sword of the Ocean » moyennement inspiré, bien qu’agréable ou un « Draksadd » extrêmement épique sur ces refrains ou encore un « Valhalla Rising » plus guerriers que la musicalité aura tendance à masquer plus ou moins. On appréciera par contre le côté très mélodique et entraînant du chant de JB, très efficace sur ces refrains.

Il y a à boire et à manger sur ce sixième opus, mais globalement rien de très neuf malgré quelques éclairs de génie. Après tout, Grand Magus ne semble pas décidé à changer sa recette, mais pourquoi faire, finalement ? Car malgré le manque d’inspiration qui se dégage à de nombreux endroits de cet album, force est de reconnaître que les Suédois font avant tout la musique qu’ils aiment. Et ça leur réussit, c’est évident. Qu’importe le regard que l’on peut jeter sur ce disque, Grand Magus reste une valeur sûre du Heavy Metal. Un disque de bonne qualité, bien que trop proche de son prédécesseur et du milieu Heavy en général.

mai 31st, 2012

Groupe formé par le chanteur Janne “JB” Christoffersson et le bassiste Fox, Grand Magus a commencé par se faire un nom grâce à une démo qui leur permit de faire une apparition sur la compilation « Waterdragon Records, Greatest Hits Vol 1 » (2000). Par la suite, le groupe a fait preuve d’une belle régularité dans ses sorties pour accoucher d’un album tous les deux ans (mis à part entre « Wolf’s Return » et « Iron Will », nécessitant trois ans). Malgré un éloignement constant de ses racines Doom pour rentrer de pleins pieds dans une sphère Heavy Metal plutôt traditionnelle, le groupe n’a jamais vraiment déçu son public. « The Hunt » va donc tenter de faire persévérer le trio sur cette voix, en tirant profit du changement de batteur, Ludwig “Ludde” Witt succédant ainsi à Sebastian “Seb” Sippola.

Force est de reconnaître qu’en deux ans, la recette du groupe n’a pas foncièrement changé. Nous retrouverons ainsi un Heavy Metal très structuré, assez basique sur quelques titres, même un peu trop classique parfois, mais heureusement très bien relevé par la dimension épique voulue par JB. Dimension épique qui a par contre du mal à transparaître efficacement, parfois. Très vite, le chant assez monocorde de JB aura rapidement fait d’en énerver plus d’un. Bien que le chanteur dispose d’une voix très bien contrôlée, agréable à l’oreille, rauque comme il faut, bien groovante sur l’ensemble, on pourra volontiers reconnaître qu’il semble ne pas se donner à fond, ainsi ses lignes vocales ont très vite tendance à se répéter. Le poids des années, peut-être ? Possible, reste malgré tout à entendre que sur des titres comme « Storm King », son timbre deviendra même carrément commun, à une sorte de croisement avec des relents de Judas Priest.

La musique se révélera très épurée, un trio classique guitare-basse-batterie qui semble se suffire à lui-même. Semble seulement, car l’apport de la basse est bien trop mineur, elle qui est élément principal dans la musique Doom, preuve une fois de plus que l’orientation du groupe se tourne de plus en plus vers le Heavy (« Silver Moon » est l’une des rares à vraiment faire ressortir la basse). Ni la batterie, ni la guitare ne parviendront à véritablement donner un coup de boost à l’album, le tout se révélant bien trop souvent comme du déjà-entendu ailleurs.

Néanmoins, certains passages valent véritablement le coup d’oreille. Le long passage acoustique de « Son of the Last Breath » sur un chant très grave est véritablement agréable, la pression et l’intensité montant peu à peu avant de laisser ensuite à la seconde partie de la musique un air de Grand Magus déjà plus commun, avec une atmosphère véritablement pesante. Des titres comme « Iron Hand » par son ambiance plus furieuses et rapide, ou « Silver Moon », très changeante et explosive, notamment sur les belles envolées de JB diversifieront une track-list assez rébarbative sur l’ensemble. Le reste des morceaux n’est pas à jeter, bien au contraire.

Mais des titres comme « Starlight Slaughter » apparaîtront comme du déjà entendus dans le domaine vaste qu’est le Hard-Rock/Heavy Metal, autant au niveau du chant de JB que de la relativement pauvre variation musicale. Même remarque pour un « Sword of the Ocean » moyennement inspiré, bien qu’agréable ou un « Draksadd » extrêmement épique sur ces refrains ou encore un « Valhalla Rising » plus guerriers que la musicalité aura tendance à masquer plus ou moins. On appréciera par contre le côté très mélodique et entraînant du chant de JB, très efficace sur ces refrains.

Il y a à boire et à manger sur ce sixième opus, mais globalement rien de très neuf malgré quelques éclairs de génie. Après tout, Grand Magus ne semble pas décidé à changer sa recette, mais pourquoi faire, finalement ? Car malgré le manque d’inspiration qui se dégage à de nombreux endroits de cet album, force est de reconnaître que les Suédois font avant tout la musique qu’ils aiment. Et ça leur réussit, c’est évident. Qu’importe le regard que l’on peut jeter sur ce disque, Grand Magus reste une valeur sûre du Heavy Metal. Un disque de bonne qualité, bien que trop proche de son prédécesseur et du milieu Heavy en général.

mai 30th, 2012

6:33 And Arno Strobl : Giggles, Garlands & GallowsIl fut un temps pas si lointain, Carnival In Coal était le prophète d’une musique délirante, extrêmement expérimental, bordélique, mais finalement terriblement inspirée et maîtrisée de main de maître par son duo infernal Arno Strobl et Axel Wursthorn. Aujourd’hui, Carnival In Coal n’est plus et ses ersatz sont nombreux. Il y a quelques années, 6:33 naissait avec l’album « Orphan of Good Manners » et recueillait de bien belle critique, une déstructuration de la musique et une belle inspiration et fraicheur furent citées entre autres.

Quel est le rapport entre Carnival In Coal et 6:33 ? Mise à part que CinC reste l’inspiration principale du groupe parisien, Arno Strobl a surtout participé sur un titre du premier album du groupe. Et c’est donc tout naturellement que l’ex-Carnivalien a décidé de rempiler pour cette fois-ci un EP complet.

Ce « Giggles, Garlands & Gallows » est donc un album concept d’une belle durée de vingt-six minutes pour seulement trois chansons. Il va falloir tenir la distance ! Avec deux titres supérieurs à dix minutes, les allergiques de longs morceaux en seront à leurs frais. L’histoire de ce concept-album est d’une débilité sans nom.

Il était une fois un clown qui rentre chez lui après une sale journée. Soudain, il découvre sa femme (une belle femme à barbe…) au lit avec un nain. Naturellement, il pète un câble et, dans un accès de rage, décide de supprimer les nains de la surface de la planète, et devient donc “serial killer” de nains. Mais sa lutte impitoyable n’est pas gagnée d’avance… Il suffit de regarder le trailer pour se retrouver immergé dans cette histoire, pleine de romantisme, d’amour, de passion… Ou pas.

Alors évidemment, c’est Arno qui dominera vocalement l’ensemble, mais il acceptera volontiers de partager son micro avec Rorschach (nouveau chanteur des 6:33, d’ailleurs) et Sombr I Yahn, chacun aura sa présence sur un titre et Arno se réserve le premier chapitre pour lui tout seul.

Le rideau se lève sur le premier chapitre de cette fabuleuse et merveilleuse petite histoire digne d’un conte sous amphétamine. « Order of the Red Nose » s’ouvre sur la voix mélodique et planante d’Arno accompagné de sonorité entre classique et cirque. Cela ne vous rappelle rien ? Mais hop ! Pas le temps de tergiverser que la batterie rentre en place. Tout de suite, nous nous rappellerons au bon vieux souvenir d’un Carnival In Coal et le sourire se dessinera sur notre visage. Les délires auditifs seront présents durant ces dix premières minutes. Du piano, des guitares lourdes, une batterie variant du double à la simple pédale entraînante. Et si Arno privilégie son (magnifique) chant clair, il ne reste pas moins un formidable hurleur comme le prouve les deux passages growlés de toute beauté.

Une atmosphère entre folie douce et mélancolie furieuse se forme le long de ce titre séparé en trois parties. La première et la troisième prône le côté déjanté du groupe alors que le break du milieu oppose quelque chose de plus posé, de moins fou, sans doute pour mieux redémarrer ensuite. Du Mike Patton se dégage de ces explosions bruitistes totalement surprenante et de ces cymbales frappées violemment. Un côté cabaret/cirque se démarque quand les guitares se calment, quelque chose qui fait penser à un savant mélange entre Mr. Bungle et Ministry (oui, il faut une sacrée imagination), notamment sur la fin. Le tout s’achève sur un côté presque Pop de grande classe sur la voix de crooner de notre cher Arno. La batterie présente tout le long est surprenant. Pas par sa technique en particulier (bien qu’il y en a), mais surtout parce que le groupe n’a pas de batteur ! La prog fait le métier et le fait plutôt bien.

Il est l’heure de changer la scène pour laisser place à « M.I.D.G.E.T.S » (qui signifie Malevolent Intelligence from Dwarves Getting Extremely Tricky and Satistic, ou en français “L’intelligence malveillante de nains qui deviennent extrêmement farceurs et sadiques”). Douze minutes d’un bordel musical encore plus énorme que le titre précèdent. Impossible de faire l’impasse sur les délires audio de Faith No More ou même de Frank Zappa sur les quelques passages de saxo qui donne tout son charme à ce titre incroyable. Arno et le nouveau chanteur de 6:33, Rorschach (qui n’apparaîtra qu’à la fin, toutefois), se partage la vedette avec une efficacité redoutable, les alternances entre l’un et l’autre, entre passages chantés, parlés, hurlés, growlés, jazzés ou croonés qui sont d’une facilité improbable.

Et musicalement ? Indescriptible ! La rapidité inimitable de la batterie bifurquant en moins de deux à des passages « calmes » et revenant en moins de temps qu’il n’en faut à des blasts d’une effrayante vitesse. L’ensemble est glauque, puant, malsain, mais qu’est-ce que c’est bon ! D’une précision chirurgicale dans les changements musicaux, de nombreuses bizarreries sonores sortent de cet amalgame de sons et de couleurs. Le piano présent à de nombreux moments rajoute à cette atmosphère angoissante un élan digne d’un film d’horreur, témoins de la puissance de la guerre entre les clowns et les nains. Des guitares tantôt massives, d’autres fois plus lourdes et groovy, le tout bercées par une basse catchy et kitsch qui gérera idéalement les différents breaks et assurera la transition entre les différentes phases de ce titre. Au fond, on ne comprend absolument rien de ce qu’on écoute. Mais c’est exceptionnellement bon. Et si bon qu’on l’écoute avec grand plaisir ! Heureusement que ce gentil public nous applaudira avec générosité à la fin de cet héroïque morceau, conclût sur un gros coup de feu !

Troisième titre de cet EP et non des moindres, l’excellentissime et dansant « I Like It ». Le titre le plus court de cet EP n’a pas vraiment de rapport avec l’histoire principale, mais l’ensemble est tellement bon, joyeux, remuant… Aucune présence de growls, ce qui fait de ce titre le « Cartillage Holocaust » de cet EP, en version un peu plus Rock de grande classe. Pas de violence ici, on est dans du Rockabilly de haute volée, avec une pointe de Rock Sudiste ici ou là, des chœurs féminins de toute beauté, de quoi fortement finir cet EP en beauté. Si beau et si envoûtant, laissez-vous transporter par ces guitares joyeuses !

Et là, vous me direz probablement que je parle très peu de l’histoire et du déroulement de ce concept-album. La raison est simple : il ne s’agit que de deux extraits ! Un album complet (toujours avec Arno) est prévu pour les environs de septembre. On y retrouvera ainsi les trois titres présents ici accompagnés d’une foule d’autres compositions. Restez aux aguets. Les fans de Carnival In Coal seront aux anges ! Quant à ceux qui aiment découvrir toutes sortes de musiques anticonformistes, nul doute que vous trouverez votre bonheur ici.

mai 30th, 2012

Comme un signe, c’est l’année de ma naissance qu’OOMPH sort son premier album. Quelques jours après la cuisante déception que m’a apportée « Des Wahnsinns Fette Beute », je décide de m’envoyer un par un la discographie de ce groupe devenu géant à la suite de « Wahrheit Oder Pflicht ». Un géant qui s’est peu à peu perdu dans les méandres de la soupe commerciale…

La première étape de ce voyage m’amène ainsi excessivement loin. Bien avant le coup d’éclat de Rammstein avec son « Herzeleid », le trio de Wulfsburg propulse son premier album, sobrement baptisé « Oomph! » est donc sorti en 1992. Pour écouter cet album dans les meilleures conditions qui soient, il est nécessaire de tout effacer de votre mémoire. Hors de question de garder en tête le Metal Industriel Noir (pour la période 1994-1998) ou Lumineux (depuis 1999). Sur « Oomph! », tout est synthétique au possible, inutile de compter sur l’apport des guitares, qui sont elles-mêmes extrêmement rares et torturées comme rarement.

Sur ce tout premier jet, Oomph nous fera partager un univers sec, noir, profondément dégueulasse et poisseux. Au travers de la voix déraillée de Dero, la musique ne ressortira qu’électronique, à fréquence de l’EBM classique de cette époque et à forte influence de New-Wave poisseuse. On ressort parfois des sonorités presque disco (« Der Neue Gott »), digne des gros films d’horreur des 90’s (« Breathe », « Wir Leben »), des samples qui amènent à cet univers gothique et sombre si cher au groupe par le passé (« Under Pressure »).

Parfois, la guitare fait de timides apparitions, comme pour délivrer des riffs d’une incroyable monotonie angoissante (« Purple Skin », bien compensé par ses samples), des riffs presque Heavy (« Ich Bin Due ») ou même dans une veine plus Hard-Rock, presque joyeuse (« Gleichschritt »), dans des accords rapides et hypnotisants (« No Heart No Pain »), et évidemment dans des accords monocordes et accordés très grave (« Me Inside You »). J’ignore si la batterie est réelle ou simplement une boîte à rythmes. Reste toutefois à dire que sur « Purple Skin », elle ressort presque naturelle. Pour les autres morceaux, le manque de profondeurs des frappes laisse à penser qu’une boîte s’en occupe à la place d’un musicien. Reste malgré tout son rythme sourd et puissant qui maintient une efficacité accrue.

Mais Oomph n’est pas Oomph sans Dero. Le chanteur livre une prestation à des kilomètres de sa voix calibrée d’aujourd’hui. Son chant est dégueulasse, hargneux, profondément malsain, pervers et violent. Des hurlements sauvages (« Breathe »), angoissant (« Gleichschritt »), extrêmement grave (« Mein Herz », « Me Inside You »). Même quand sa voix paraît plus calme, on sent une tension incroyable dans ses vocalises (« Der Neue Gott », vite rattrapé par quelques cris, « No Heart No Pain » et son introduction sur une voix presque fatiguée). Inutile de chercher le moindre aspect mélodique.

« Oomph! » est un album froid, crade, extrêmement difficile d’accès par son côté « New-Wave » plutôt brutal et carrément gelé. Le son est sec, moche, l’ensemble est violent et complètement glauque. Mais il est là le vrai Oomph, lorsque Dero, Crap et Flux vont persévérer sur cette voie, bercé par une musique noire, perverse, sombre jusqu’à accoucher de la perfection six ans plus tard : « Unrein ».

mai 30th, 2012

Il fut un temps pas si lointain, Carnival In Coal était le prophète d’une musique délirante, extrêmement expérimental, bordélique, mais finalement terriblement inspirée et maîtrisée de main de maître par son duo infernal Arno Strobl et Axel Wursthorn. Aujourd’hui, Carnival In Coal n’est plus et ses ersatz sont nombreux. Il y a quelques années, 6:33 naissait avec l’album « Orphan of Good Manners » et recueillait de bien belle critique, une déstructuration de la musique et une belle inspiration et fraicheur furent citées entre autres.

Quel est le rapport entre Carnival In Coal et 6:33 ? Mise à part que CinC reste l’inspiration principale du groupe parisien, Arno Strobl a surtout participé sur un titre du premier album du groupe. Et c’est donc tout naturellement que l’ex-Carnivalien a décidé de rempiler pour cette fois-ci un EP complet.

Ce « Giggles, Garlands & Gallows » est donc un album concept d’une belle durée de vingt-six minutes pour seulement trois chansons. Il va falloir tenir la distance ! Avec deux titres supérieurs à dix minutes, les allergiques de longs morceaux en seront à leurs frais. L’histoire de ce concept-album est d’une débilité sans nom.

Il était une fois un clown qui rentre chez lui après une sale journée. Soudain, il découvre sa femme (une belle femme à barbe…) au lit avec un nain. Naturellement, il pète un câble et, dans un accès de rage, décide de supprimer les nains de la surface de la planète, et devient donc “serial killer” de nains. Mais sa lutte impitoyable n’est pas gagnée d’avance… Il suffit de regarder le trailer pour se retrouver immergé dans cette histoire, pleine de romantisme, d’amour, de passion… Ou pas.

Alors évidemment, c’est Arno qui dominera vocalement l’ensemble, mais il acceptera volontiers de partager son micro avec Rorschach (nouveau chanteur des 6:33, d’ailleurs) et Sombr I Yahn, chacun aura sa présence sur un titre et Arno se réserve le premier chapitre pour lui tout seul.

Le rideau se lève sur le premier chapitre de cette fabuleuse et merveilleuse petite histoire digne d’un conte sous amphétamine. « Order of the Red Nose » s’ouvre sur la voix mélodique et planante d’Arno accompagné de sonorité entre classique et cirque. Cela ne vous rappelle rien ? Mais hop ! Pas le temps de tergiverser que la batterie rentre en place. Tout de suite, nous nous rappellerons au bon vieux souvenir d’un Carnival In Coal et le sourire se dessinera sur notre visage. Les délires auditifs seront présents durant ces dix premières minutes. Du piano, des guitares lourdes, une batterie variant du double à la simple pédale entraînante. Et si Arno privilégie son (magnifique) chant clair, il ne reste pas moins un formidable hurleur comme le prouve les deux passages growlés de toute beauté.

Une atmosphère entre folie douce et mélancolie furieuse se forme le long de ce titre séparé en trois parties. La première et la troisième prône le côté déjanté du groupe alors que le break du milieu oppose quelque chose de plus posé, de moins fou, sans doute pour mieux redémarrer ensuite. Du Mike Patton se dégage de ces explosions bruitistes totalement surprenante et de ces cymbales frappées violemment. Un côté cabaret/cirque se démarque quand les guitares se calment, quelque chose qui fait penser à un savant mélange entre Mr. Bungle et Ministry (oui, il faut une sacrée imagination), notamment sur la fin. Le tout s’achève sur un côté presque Pop de grande classe sur la voix de crooner de notre cher Arno. La batterie présente tout le long est surprenant. Pas par sa technique en particulier (bien qu’il y en a), mais surtout parce que le groupe n’a pas de batteur ! La prog fait le métier et le fait plutôt bien.

Il est l’heure de changer la scène pour laisser place à « M.I.D.G.E.T.S » (qui signifie Malevolent Intelligence from Dwarves Getting Extremely Tricky and Satistic, ou en français “L’intelligence malveillante de nains qui deviennent extrêmement farceurs et sadiques”). Douze minutes d’un bordel musical encore plus énorme que le titre précèdent. Impossible de faire l’impasse sur les délires audio de Faith No More ou même de Frank Zappa sur les quelques passages de saxo qui donne tout son charme à ce titre incroyable. Arno et le nouveau chanteur de 6:33, Rorschach (qui n’apparaîtra qu’à la fin, toutefois), se partage la vedette avec une efficacité redoutable, les alternances entre l’un et l’autre, entre passages chantés, parlés, hurlés, growlés, jazzés ou croonés qui sont d’une facilité improbable.

Et musicalement ? Indescriptible ! La rapidité inimitable de la batterie bifurquant en moins de deux à des passages « calmes » et revenant en moins de temps qu’il n’en faut à des blasts d’une effrayante vitesse. L’ensemble est glauque, puant, malsain, mais qu’est-ce que c’est bon ! D’une précision chirurgicale dans les changements musicaux, de nombreuses bizarreries sonores sortent de cet amalgame de sons et de couleurs. Le piano présent à de nombreux moments rajoute à cette atmosphère angoissante un élan digne d’un film d’horreur, témoins de la puissance de la guerre entre les clowns et les nains. Des guitares tantôt massives, d’autres fois plus lourdes et groovy, le tout bercées par une basse catchy et kitsch qui gérera idéalement les différents breaks et assurera la transition entre les différentes phases de ce titre. Au fond, on ne comprend absolument rien de ce qu’on écoute. Mais c’est exceptionnellement bon. Et si bon qu’on l’écoute avec grand plaisir ! Heureusement que ce gentil public nous applaudira avec générosité à la fin de cet héroïque morceau, conclût sur un gros coup de feu !

Troisième titre de cet EP et non des moindres, l’excellentissime et dansant « I Like It ». Le titre le plus court de cet EP n’a pas vraiment de rapport avec l’histoire principale, mais l’ensemble est tellement bon, joyeux, remuant… Aucune présence de growls, ce qui fait de ce titre le « Cartillage Holocaust » de cet EP, en version un peu plus Rock de grande classe. Pas de violence ici, on est dans du Rockabilly de haute volée, avec une pointe de Rock Sudiste ici ou là, des chœurs féminins de toute beauté, de quoi fortement finir cet EP en beauté. Si beau et si envoûtant, laissez-vous transporter par ces guitares joyeuses !

Et là, vous me direz probablement que je parle très peu de l’histoire et du déroulement de ce concept-album. La raison est simple : il ne s’agit que de deux extraits ! Un album complet (toujours avec Arno) est prévu pour les environs de septembre. On y retrouvera ainsi les trois titres présents ici accompagnés d’une foule d’autres compositions. Restez aux aguets. Les fans de Carnival In Coal seront aux anges ! Quant à ceux qui aiment découvrir toutes sortes de musiques anticonformistes, nul doute que vous trouverez votre bonheur ici.