mai 2nd, 2012

Année 1991. Serge Gainsbourg s’éteint, Freddy Mercury laisse orphelin des millions de fans, Metallica concrétise sa domination sur la scène Heavy/Thrash avec son « Black Album », U2 frappe un grand coUp avec « Achtung Baby », Dire Straits sort son dernier album, Nirvana et les Red Hot Chili Peppers bouleversent la musique avec respectivement « Nevermind » et « Blood Sugar Sex Magik » et Oasis effectue sa première sortie publique. Sans oublier les deux volets de « Use Your Illusions » des Guns N’ Roses et le succès grandissant de Noir Désir, un an avant la bombe « Tostaky ». Une année riche en évènements.

Le 19 février 1991, REM propulse « Losing My Religion » sur les ondes. Et ce fut le commencement. Un mois plus tard sort « Out of Time ». L’album recevra trois Grammy Awards et sera certifié quatre fois disque de platine aux Etats-Unis. « Out of Time » a beau être le septième album du quatuor anglais, c’est pourtant avec celui-ci que le groUpe accèdera à une reconnaissance planétaire.

L’impressionnant succès d’ « Out of Time » est essentiellement dû à deux titres : « Losing My Religion » et « Shiny Happy People ». Le premier est même devenu un hymne. Ces accords de mandoline et la chaleureuse et envoûtante voix de Michael Stipe en sont les principaux artisans. Un titre profondément mélancolique (à l’image de son clip très particulier), un titre tout simplement culte servi par une partition sans aucune erreur, des chœurs tout en émotions et disposés à bon escient. « Losing My Religion » est l’un de ces titres cultes que chaque groUpe désirerait posséder. Un titre qui ne vieillira probablement jamais. Côté pile et côté face, le single « Losing My Religion » représentait la mélancolie et le côté triste et émotionnel du groUpe, « Shiny Happy People » représente lui tout le positivisme de REM. En duo avec Kate Pierson, du groUpe The B-52’s, ce titre transpire la bonne humeur tout le long. Malgré un côté extrêmement niais et popesque à 100%, il a le mérite de faire sourire (et rire si on prend en compte la « sublime » chorégraphie de danse du groUpe sur son clip). Très « Pop-Rock Folk », très facile, Michael a toujours refusé de l’interpréter en Live.

Le problème avec « Out of Time », c’est l’après. Une fois qu’on a écouté ces deux titres, on n’a guère envie d’aller plus loin, de peur d’être déçu en quelque sorte. Pourtant, il faut bien s’y résoudre. Le disque s’introduit d’une manière particulière avec « Radio Song ». Le début est profondément mélancolique, douce guitare et douce voix, puis tout se relaye avec un bon côté rock qui groove tout en restant assez quelconque en fait. Michael apporte un certain dynamisme dans la nonchalance de sa voix et on pourrait se demander si l’intervention du rappeur KRS-1 est véritablement nécessaire… Il ne gâche pas la chanson, loin de là, mais on se serait volontiers passé des « hey, hey, hey » qu’il balance ici et là. On apprécie également la bonne présence de la basse. « Near Wild Heaven » reste dans un ton toujours joyeux et positif avec une bonne pop sucrée et chaleureuse. Clairement trop facile, ce titre ne devient finalement qu’un simple divertissement de par ses chœurs assez niais sur les refrains et ses guitares trop dansantes, même si bien maîtrisées. « Texarkana » marque un retour à un son plus rock, plus énergique, toujours dans une orientation assez folk sur l’ensemble. Bien meilleur que le reste des chansons à prétentions rock de l’album, elle impose un bon mur rythmique grâce à cette basse bien en forme et des accords rapides et endiablés de la part de la gratte. Dommage que les bons titres comme ça ne durent finalement que peu de temps.

Ce disque nous fait passer également du chaud au froid (sans aspect péjoratif). Ainsi, les chansons mielleuses et sucrées sont rapidement relayées par des ballades très mélancoliques (ou même carrément suicidaires parfois). C’est le cas donc de « Low », vraiment très longue à démarrer. La voix est extrêmement grave, la musique également très sombre entre basse lourde et cordes mis en arrière entretenant ce mur de négativisme. Puis plus le titre avance, plus la musique (guitare et cordes mis en avant) se fera à nouveau claire sans pour autant être positif. Tout cela avant de revenir peu à peu à l’ensemble dépressif du début. « Endgame » est du même acabit. Chanson en apparence sympathique, mais les « lalala » complètement niais de l’introduction et l’ensemble répétitif de ces accords vu et revu de guitare feront très vite que cette chanson restera là où elle est. Chanson un peu trop longue et les nombreux instruments présents n’y changeront rien. « Belong » remonte un peu la pente uniquement musicalement. Une bonne basse groovante et une guitare entraînante et rythmée par une batterie suffisamment variée suffiront à oublier la morne voix parlée des « coUplets » et les envolées fatigantes des refrains. L’ennui continuera de pointer son nez sur « Half a World Away ». Bien que sympathique, ce duo entre guitare acoustique et orgue s’avérera au final assez épuisant, heureusement bien accompagné par la très belle voix de Michael.

La plUpart des ballades, sans être fondamentalement niaises sont donc malheureusement rattrapées par une lourdeur et un ennui… Heureusement, les trois titres qui concluront l’album rattraperont un peu l’ensemble ! La bien rock « Texarkana » (ville située entre l’Arkansas et le Texas, séparée en son milieu par la frontière entre ces deux États, si je ne me trompe pas) qui est déjà décrite un peu plus au-dessus, il y a ensuite la sublime « Country Feedback ». L’orgue, la guitare acoustique, les légères touches un peu classiques et même un peu country ainsi que la guitare électrique se révéleront tout simplement splendides. Et que dire du chant de Michael ? Tout en émotions, n’hésitant aucunement à monter de plus en haut, un titre magnifique, ni plus ni moins. Et puis il y a aussi la conclusion « Me in Honey », de nouveau avec Kate Pierson. Ni rock, ni ballade, simplement une chanson très agréable, des accords de guitare extrêmement simples, une batterie toujours sur le même rythme, une basse trop discrète, mais au final, le chant de Michael et les chœurs de la demoiselle auront raison de l’ennui et parviendront à distiller une pêche contagieuse.

Le succès monumental d’ « Out of Time » se doit essentiellement aux deux singles à succès que sont « Losing My Religion » et « Shiny Happy People ». Ensuite, il y a deux ou trois chansons qui tirent leurs épingles du jeu. Mais au final, « Out of Time » est un album extrêmement facile, beaucoUp trop simple, mielleux et sur-pop parfois agaçant, avec un peu trop de maladresses. Cet album ne semble pas respirer réellement ce que l’on attend de REM, il semble plutôt fait pour être une réussite et non pour vraiment coller à l’image du groUpe. Reste toutefois que la production est très propre et qu’un soin tout particulier est apporté à tout ce qui concerne les rajouts d’instruments et les compositions. « Out of Time » est donc le plus gros succès du quatuor anglais, mais il est très loin d’être le meilleur album de REM. Vraiment très loin.

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