mai 24th, 2012

Huit ans. C’est le temps, depuis sa création, que le groupe Abysse a mis pour nous pondre un premier véritable opus. Voir l’évolution d’un groupe de sa création jusqu’à la sortie d’un premier vrai jet est très intéressante, surtout dans le cadre de ce quatuor particulier, ayant pris le parti d’évoluer sans chanteur.

Des trois démos, c’est véritablement « Le Vide Est Forme » (2008) qui a marqué les esprits. Deux titres pour plus de vingt minutes d’art avaient suffi à faire retourner bien des têtes. Et c’est à partir de ce succès que le groupe est rentré pour quatre ans de silence. Mais pas quatre ans à ne rien faire, quatre ans à peaufiner ce que sera le premier album. Avril 2012, Abysse est fier de nous présenter « En(d)grave ».

Pour une durée de quarante-cinq minutes, le groupe continue dans sa voie et n’a donc pas engagé le moindre vocaliste. La musique instrumentale peut déjà en rebuter quelques-uns, les plus réfractaires ayant du mal à trouver leurs marques sans l’apport du chant. Mais libérer des contraintes du chant, Abysse n’en est que plus libre. Libre d’imposer leur façon de jouer, leur façon de nous faire voyager. L’album n’est pas bâti autour d’une personne, chaque instrument a sa place dans l’univers de ce groupe.

Les guitares en sont évidemment le cœur, une pour la rythmique, l’autre pour apposer sa dextérité et sa technique aux compositions aux grès de multiples solos et riffs incisifs. La batterie ensuite, extrêmement technique, variée, puissantes (bien qu’un certain manque de profondeurs et de résonance sautent aux oreilles parfois, mais rien de grave), tournant aisément entre frappes lourdes et lentes, plus rapides et aérienne, double pédale et blast, tout y passe. La basse quant à elle ne s’entend pas. Du moins, c’est la conclusion à laquelle on vient lors de la première écoute. Et puis petit à petit, on la trouve. En symbiose parfaite avec les guitares, elle apporte rondeur, profondeur et ambiance aux sept morceaux qui ornent ce disque.

« En(d)grave » n’est pas l’un de ces disques proposant des morceaux à rallonge au contenu limite intellectuelle tant les distorsions de guitare paraissent furieuse (voire même prétentieuses pour les longs solos grandiloquents) et si seul deux morceaux se trouvent sous la barre des six minutes, sachez que rien n’apportera le moindre ennui. Les guitares sont, certes, très techniques, mais jamais le groupe ne tombera dans l’attitude exubérante du « t’as vu comment je le gère, mon manche ? » comme semble se donner comme politique certains groupes de Progressif (ou non, d’ailleurs) à vous en donner la nausée. Comme déjà dit, tout ici est parfaitement dosé et millimétré, tout en gardant une spontanéité incroyable.

Abysse, c’est du Metal Progressif. Les compostions sont parfois bien longues, opérant d’incessants changements de rythmes, réorganisant à leur sauce le pamphlet « couplet-refrain-couplet-refrain-break-refrain » (notamment sur « Light for Wheke », ou plusieurs retours à l’intro auront tôt fait de prouver que le groupe sait gérer les espaces sans tomber dans les longueurs). Longueurs malheureusement atteinte parfois, comme sur « Forest Monument », ce qui donne parfois l’impression que le groupe veut quand même en faire un peu trop avec des riffs bien trop variés pour que cela en soit naturel. Mais Abysse nous repose aussi avec deux compositions quand même plus courtes et directes que sont « Mastodon » (proche parfois d’un Rock Sudiste plus rapide) et « Sharp and Chrome » (entre Thrash et Heavy).

Abysse, c’est du Metal Expérimental. Une liberté totale d’écriture qui permet au groupe de ne pas s’embrigader dans un seul style. La liste est extrêmement longue. Pêle-mêle, des touches presque Black Metal feront leur apparition lors de l’intro « Ten Thousand Changes », des airs de Metallica ne manqueront pas de sauter aux oreilles sur certains accords de « Mastodon », l’introduction tout en longueur de « Golden Life » ne peut que faire penser à Year Of No Light, la lourdeur du Doom se ressent sur certaines parties de basse ou de guitare sur « Sharp and Chrome », de pures inspirations Heavy sur les accords massifs et entraînants de « Eagle of Haast », la rapidité du Death sur les accélérations foudroyantes de « Light for Wheke »… Et j’en passe encore, mais tout listés serait bien trop compliqué.

Abysse, c’est du Metal Atmosphérique. Des inspirations reposantes comme Anathema ou bien oppressantes comme Year Of No Light sont bien présentes. « Forest Monument » pour une certaine forme de légèreté dans les élans Rock Progressif, « Golden Life » pour l’imposant mur dramatique, noir et étouffant de l’ensemble, magnifié par son break trop calme pour être si reposant, « Light for Wheke » et ses accords inondés d’émotions et de tristesse, perpétuellement relancé sont de toutes beautés. De nombreuses touches ambiantes parsèment ce disque, mais c’est bien sur ces trois morceaux que l’ambiance y est la plus propice à toucher du doigt l’émotion dégagée par le quatuor.

« En(d)grave » est une belle réussite. Jamais l’ennui ne pointera le bout de son nez, on se surprend même parfois après de nombreuses écoutes à encore découvrir de nouvelles choses, de nouvelles sonorités, de nouvelles ambiances. Et alors l’envie de réécouter cet album reviendra une fois la dernière piste écoulée. C’est cela qui prouve la réussite d’une musique, tout simplement. Abysse a mis le temps, mais vu cet épatant contenu, on ne peut que comprendre. Passer à côté d’un tel disque sans prendre le temps d’y poser une oreille serait criminelle, Abysse ne peut que laisser présager le meilleur pour son avenir. Savoir si le groupe sera le nouveau représentant du Metal Instrumental français ? C’est possible, mais encore bien trop tôt pour le dire. En attendant, le rendez-vous au Hellfest le 17 juin est pris.

Le Metal tricolore a encore de très beau jour devant lui…

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