mai 28th, 2012

Le split-album est une galette à double tranchant. Pour certains, il ne sert qu’à coller son nom à un autre, peut-être plus connu, pour attirer les regards. Pour d’autres, il s’agit avant tout de s’entraider avec un autre groupe devenu progressivement un complice. Pour Another Moon et Sick Sad World, c’est plutôt vers le deuxième point que l’on se tournerait. « Ruins of a Forgotten World » n’est nul autre qu’un projet commun, se basant sur un plan commun : une musique longue et très mélancolique.

Another Moon est un one-man band, Sébastien Lombard en est donc l’unique membre. Déjà deux démos à son actif (Welcome to Another Moon en 2007 et Rebirth of a Dead World en 2008) et une présence sur la compilation Falling Down (2008) aux côtés des perles du Post-Core (dans un sens général). Sick Sad World est un groupe nantais, lorgnant du côté d’un Post-Hardcore plus traditionnel avec alternance de chants clairs et hurlés sur une base musicale oscillant entre moments de calme et d’autres plus saturés. Autant dire que la musique des deux groupes se rejoint sur quelques points. La principale différence étant qu’Another Moon est entièrement instrumental alors que Sick Sad World mise beaucoup sur le chant de Julien « Judas » Daden.

C’est donc Sébastien « Another Moon » Lombard qui ouvre les hostilités avec « There Will Be No Sunshine Anymore ». D’emblée, on reconnaît sa patte dans le déroulement de ce titre introducteur. L’intro est très ambiante, douce. L’effet est euphorisant autant qu’écrasant dans ce merveilleux alliage de sonorités atmosphériques à laquelle se couplent la lourdeur et la puissance des instruments, la guitare aux avant-postes. Si le morceau n’a en soi pas grand-chose d’original, on se laisse vite absorber par les riffs sombres et très étirés du musicien, alternant avec brio sa force de jeu et nous ouvrant en grand une porte sur son monde ravagé, à l’image de la belle pochette. « The End of All Things » part un peu sur le même schéma tout en insistant davantage sur la facette « calme » d’Another Moon. Pendant un très long moment, c’est le synthé qui définira le rythme avant de laisser une batterie excessivement lente et oppressante prendre le dessus. La guitare sortira quelques discrètes notes en arrière-plan. Plus le titre avance, plus le musicien fait pleurer les cordes de ses guitares pour un très long passage émotionnel de toute beauté. Le titre se construit doucement, mais sûrement, on apprécie cette lenteur si reposante dans sa tristesse. Même quand la chanson se fait plus agressive, la guitare n’oublie pas de rester très atmosphérique et prenante.

C’est sur le titre éponyme « Ruins of a Forgotten World » que les deux groupes se rejoindront légèrement. En effet, Julien, chanteur de Sick Sad World, poussera la voix sur ce titre. Et là, ça coince… L’instrumentation est toujours fabuleuse, débutant de façon très agressive, les riffs sont secs et tranchants, le passage plus ambiant est parfaitement fait, rempli d’émotion, idem pour la conclusion plus rentre-dedans toujours en émotions. Mais Julien me bloque… Son chant ne correspond pas vraiment à la philosophie de jeu d’Another Moon, son chant clair est fade, ses screams sont extrêmement douloureux pour l’oreille tant ceux-ci sont faux et poussifs. Une drôle d’association… Mi-figue, mi-raisin.

Sick Sad World rentre en piste. La musique du combo nantais est à la fois différente mais également proche d’Another Moon. Le son est puissant, même si la batterie manque nettement de profondeur, les guitares distillent une très belle atmosphère, sombre et légèrement mélancolique. Mais le chant de Julien est là encore difficile à appréhender. Sur une alternance claire larmoyante et hurlée avec une grosse voix bien enrouée, ses vocaux sont très rapidement insupportables… Julien n’hésitant même pas à tenter divers délires comme un chant presque étouffé, d’autres moments où il ne fait que parler et enfin des millisecondes où il rigole… Et c’est vraiment dommage, car en écoutant les instruments, on se rend vite compte que les musicos en ont sous le capot. Les guitares, sans être impressionnantes de technique, se révéleront suffisamment variées et aériennes dans les moments judicieux, le batteur joue intelligemment, sans surplus, et la basse ressort dans les bons moments, apportant une profondeur sympathique au morceau.

Du point de vue de l’ambiance globale des morceaux, tous sont relativement similaires. Les morceaux sont très travaillés, les envolées bien maîtrisées et les atmosphères plaisantes, parfois complètement frigorifiant ou voire même assez glauques. Mais globalement, les morceaux suivent le même schéma même si le tout se révèle tout de même très varié, tantôt assez Hardcore, parfois très atmosphérique, presque acoustique à des moments… Malheureusement pour ces titres en apparence sympathiques, le chant de Julien sera à l’appréciation de chacun, personnellement, je l’ai trouvé complètement à côté sur chacune de ses interventions quasiment, toujours à vouloir en faire trop. Du point de vue des voix, seul « Just Break » s’en sort honorablement, le chanteur semblant bien mieux dans ses baskets, certaines lignes de chant étant ainsi férocement agréables même si l’ensemble peinera à convaincre…

En parlant de la voix, je ne ferai pas de commentaire sur la prononciation anglaise, qui peine à convaincre également. Du point de vue musical, le chaos est là, avec une guitare pour le rythme global et l’autre pour les riffs étirés. Tantôt violent, rapide, hargneux ; tantôt délicat, atmosphérique, émotionnel. Et souvent très téléphoné.

Ce split album est donc une réussite, sans plus. La performance très efficace des deux groupes est malheureusement bien gâchée par le peu de capacités de Julien. Le chanteur ne possède pas une voix désagréable en soi (la preuve lorsqu’il se contente du nécessaire sur « Just Break ») mais il gâche tout bonnement ses lignes de voix à force de trop vouloir en faire. Et quatre titres sur six, ça fait quand même beaucoup. Je ne noterai pas ce disque, Another Moon et Sick Sad World n’ont pas à avoir leurs performances occultées par tous les ratés du vocaliste. Pour les adorateurs de musiques atmosphériques et de Post-Core instrumental, ce disque devrait vous convenir, on y retrouve musicalement ce qui se fait de mieux dans le milieu.

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