mai 28th, 2012

Il fut un temps où Oomph était prophète d’une nouvelle façon de jouer de la musique industrielle. Atmosphère malsaine (« Oomph! » en 1992, « Sperm » en 1994, « Defekt » en 1995), violente et haineuse (« Wunschkind » en 1996) et même carrément noire et glauque (« Unrein » en 1998). Même quand le groupe a calmé le jeu en quittant l’industriel noir et violent pour passer à une musique bien plus atmosphérique (« Plastik » en 1999) ou rock (« Ego » en 2001), le talent était toujours présent. Même la reconnaissance mondiale tardive (« Wahrheit Oder Pflicht » et son hit « Augen Auf » en 2004 suivi de « GlaubeLiebeTod » en 2006) n’a jamais détourné le groupe de sa musique de qualité, toujours classe et recherché.

Mais certains l’avaient déjà aperçu sur « Monster » (2008). Le groupe, au milieu de titres remarquables, n’avait pas pu s’empêcher d’incruster des relents pop assez désagréables, mais finalement pas trop importants au vu de la musicalité globale, quand même bien réussie. Puis le best-of « Truth of Dare » en 2010 avait déjà laissé un grand froid. Pourquoi avoir décidé subitement d’enregistrer les classiques du groupe en anglais ? C’est justement la langue de Goethe qui donne tout son charme à la musique du trio !

Mais revenons en arrière. Revenons à l’origine de ce qu’est le groupe que beaucoup ont injustement accusé de recopier Rammstein. Le succès des six gars de Berlin est arrivé bien plus rapidement que pour le trio de Wolfsburg, mais l’ancienneté penche du côté de Dero, Flux et Crap. Car oui, c’est Rammstein qui s’est inspiré d’Oomph et non l’inverse. Le principal point commun entre les deux groupes tient ainsi à leur incroyable longévité. Malgré les coups durs, Dero (chant et batterie), Flux (guitare et claviers) et Crap (guitare et basse) ont toujours avancé ensemble, prenant conjointement les différentes orientations du groupe.

Ainsi, la force principale du trio fut de balancer un nombre important d’albums sans vraiment de temps-mort depuis 1989. Dix albums de qualité, quelques en soi le genre. Voilà ainsi quatre ans que l’on attendait une nouvelle offrande du groupe. La dernière fois que l’attente fut si longue, c’était après la sortie d’ « Ego » et le groupe avait accouché de l’excellent « Wahrheit Oder Pflicht ». Mais « Ego » était aussi très bon. Or pour en revenir à aujourd’hui, « Monster » a laissé bien trop d’interrogation… et quatre ans plus tard, le groupe sort « Des Wahnsinns Fette Beute ». Et je ne sais pas par où commencer…

Ah si. Je suis déçu. Terriblement déçu d’un groupe qui m’a fait découvrir la musique industrielle, d’un groupe que je tenais en haute estime, qui semblait incapable de décevoir son auditeur. Mais voilà, tôt ou tard, n’importe quel groupe plonge tête la première dans le « easy-listening » de mauvais goût et « Des Wahnsinns Fette Beute » et de ceux-ci. Cet album est un étron, une insulte à la carrière du trio teuton.

Quatorze titres. Ô joie, me diriez-vous. En temps normal, oui. Mais là, non. C’est long… Très long… Trop long et quel ennui ! On a beau dire que Oomph ne surprend plus personne, j’ai envie de dire que c’est faux. Ici, vous serez (désagréablement…) surpris par la nullité ambiante de la … Musique ? Je ne sais même pas si on peut appeler cela comme ça… Le groupe s’est tourné vers une incroyable facilitée et chaque titre de ce disque se ressemblera désagréablement. Le son est synthétique au possible, les guitares sont désagréablement saturées et leurs sons est dégueulasse, la batterie (boîte à rythme ?) sonne terriblement fausse. Alors oui, le groupe nous avait évidemment habitués à des sonorités de batteries très électroniques, mais sans oublier parfois de nous rappeler à la vraie puissance de cet instrument. Mais ici, rien n’y fait. C’est du « poum scratch poum scratch » pendant une heure. Infect.

Le pire dans ce disque, c’est que quelques arrangements semblent sympathiques. Ces mélodies quasiment jazz-dance de « Zwei Schritte Vor » partent volontiers d’une bonne idée mais l’ensemble est extrêmement plat et d’une facilité nauséeuse. Globalement, c’est quand même une grosse pop vulgairement commerciale qui sortira des (faibles) compositions de ce disque. Pêle-mêle, on sortira « Kosmonaut » au riff plat, au synthé digne des tubes de David Guetta et à la voix monocorde de Dero. Cela fait bien longtemps que ces envolées vocales ne transportent plus personne… Il y a ensuite la ballade de l’album, « Regen ». Mais même sur ces ballades, le groupe se plante lamentablement. Celle-ci n’est qu’un vulgaire copier-coller de ce que le groupe a fait par le passé. Et au fait ! Dero avait promis un retour des violons, d’orchestration et tout cela ! Eh bien oui, c’est de retour, mais uniquement sur ce titre. Et inutile de dire tout le côté pathétique que prend la chose…

J’ai cité ci-dessus le maître de l’électro prise de tête, ennuyant et répétitif qu’est David Guetta. C’est malheureusement l’exemple le plus probant pour décrire l’électro-pop dans laquelle s’embourbe le groupe les deux pieds en avant jusqu’à ce retrouvé totalement enseveli ! « Such Mich Find Mich » et son beat digne des meilleurs platine Playskool, « Bis Der Spiegel Zerbicht » et sa fausse mélodie téléphonée à vingt kilomètres, sortes de mauvais remix de l’époque « Plastik », « Deine Eltern » et sa musique de jeux vidéo 8-bits. Mais il n’y a pas que de l’électro de Game Boy, il y a aussi les « Bonobo » ! S’ouvrant sur des cris de singes, il en demeure bien l’un des titres les plus ridicules de cet album. Dero garde un rythme de chant affreusement linéaire sur tout le titre, même sur les refrains dont la musique fait affreusement penser au groupe Néo Metal basique et ses sonorités de DJ.

Et puis c’est de pire en pire… du Simple Plan sur « Komm Zurück », un mélange vague-accordéon ridicule au possible avec « Seemannsrose », tentant desesperement de reproduire le même effet que « In Deinen Hüften » (album « Monster ») avec un Dero roulant ses « r » à la manière de Till. Till a la classe quand il le fait… Ici, ça fait seulement une sorte de mauvaise reprise de « Hisse et oh ». Aucun commentaire ne sera fait sur la fausse tentative de sensualité du chant ennuyant de Dero avec « Aus Meiner Haut ». Dommage, car c’est avec ce morceau que Crap et Flux nous montrent que oui, ils ont participé à cet album. Quelques sonorités plus rock font leurs apparitions… Quelques…

Finalement, deux titres à retenir pour leurs côtés moins ridicules que les autres. L’introduction « Unzerstörbar ». Ici seulement, on retrouvera un Oomph qui n’est désormais plus que l’ombre de lui-même avec ces guitares saturées, rythmées, tranchante, ce chant d’une efficacité redoutable, entre hurlements de grande classe et chant entraînant au possible. « Unendich », morceau de conclusion, s’ouvre sur des sonorités faisant vaguement penser à « Unrein » avant de se faire rattraper par un riff lent, peut-être de vagues inspirations Doom (vague…). Ce morceau se sépare du reste de par son caractère très lent, calme, sans artifices, uniquement un chant agréable et des refrains parfaitement émotionnels, comme le groupe sait (ou savait) si bien les faire…

Mais il me reste un coup de gueule à passer. « Kleinstadtboy ». Les accords de guitares et de synthé ne vous tromperont pas. Il s’agit bien de la reprise la plus insultante et la plus ridicule qu’il existe désormais du hit « Smalltown Boy » du groupe de New-Wave britannique Bronski Beat. Là où l’original se veut mélancolique par la voix suraigu de Jimmy Somerville, cette reprise se veut plus festive avec le chant de Dero. Au final, ce que nous avons ici se rapproche bien plus du massacre qu’autre chose, ou comment transformer un titre émouvant en une reprise digne des remixe électro des années 80 en un peu plus « dur ». Ridicule et fortement dispensable (pour une reprise de qualité, tournez-vous vers celle de Sidilarsen, qui conserve intact l’émotion initiale tout en y apposant une dureté très intéressante).

Dispensable comme cet album d’ailleurs, éloignant le groupe (ou Dero, étant donné que Crap et Flux sont quasiment invisibles ici…) à des milliers de lieux de ses origines industrielles pour le faire rentrer de pleins pieds dans une variété-pop de très mauvais goût. Oomph accuse sérieusement le coup… Le trio semble s’éloigner dangereusement de ces bases pour ne parler qu’à la masse populaire désormais. Mais ça n’est pas possible… Oomph ne peut pas sortir un étron comme celui-là. Ou alors peut-être n’est-ce qu’une récréation ? Au fond, le groupe doit savoir que ce disque ne peut que les amener six pieds sous terre et ruiner presque vingt-cinq ans de carrière incroyable en un seul album.

Oomph est-il est tellement désespéré pour se dire qu’il n’a plus rien à perdre ? Est-ce un album suicidaire ou simplement je-m’en-foutiste complet ? Seul l’avenir nous le dira, désormais…

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