mai 30th, 2012

Il fut un temps pas si lointain, Carnival In Coal était le prophète d’une musique délirante, extrêmement expérimental, bordélique, mais finalement terriblement inspirée et maîtrisée de main de maître par son duo infernal Arno Strobl et Axel Wursthorn. Aujourd’hui, Carnival In Coal n’est plus et ses ersatz sont nombreux. Il y a quelques années, 6:33 naissait avec l’album « Orphan of Good Manners » et recueillait de bien belle critique, une déstructuration de la musique et une belle inspiration et fraicheur furent citées entre autres.

Quel est le rapport entre Carnival In Coal et 6:33 ? Mise à part que CinC reste l’inspiration principale du groupe parisien, Arno Strobl a surtout participé sur un titre du premier album du groupe. Et c’est donc tout naturellement que l’ex-Carnivalien a décidé de rempiler pour cette fois-ci un EP complet.

Ce « Giggles, Garlands & Gallows » est donc un album concept d’une belle durée de vingt-six minutes pour seulement trois chansons. Il va falloir tenir la distance ! Avec deux titres supérieurs à dix minutes, les allergiques de longs morceaux en seront à leurs frais. L’histoire de ce concept-album est d’une débilité sans nom.

Il était une fois un clown qui rentre chez lui après une sale journée. Soudain, il découvre sa femme (une belle femme à barbe…) au lit avec un nain. Naturellement, il pète un câble et, dans un accès de rage, décide de supprimer les nains de la surface de la planète, et devient donc “serial killer” de nains. Mais sa lutte impitoyable n’est pas gagnée d’avance… Il suffit de regarder le trailer pour se retrouver immergé dans cette histoire, pleine de romantisme, d’amour, de passion… Ou pas.

Alors évidemment, c’est Arno qui dominera vocalement l’ensemble, mais il acceptera volontiers de partager son micro avec Rorschach (nouveau chanteur des 6:33, d’ailleurs) et Sombr I Yahn, chacun aura sa présence sur un titre et Arno se réserve le premier chapitre pour lui tout seul.

Le rideau se lève sur le premier chapitre de cette fabuleuse et merveilleuse petite histoire digne d’un conte sous amphétamine. « Order of the Red Nose » s’ouvre sur la voix mélodique et planante d’Arno accompagné de sonorité entre classique et cirque. Cela ne vous rappelle rien ? Mais hop ! Pas le temps de tergiverser que la batterie rentre en place. Tout de suite, nous nous rappellerons au bon vieux souvenir d’un Carnival In Coal et le sourire se dessinera sur notre visage. Les délires auditifs seront présents durant ces dix premières minutes. Du piano, des guitares lourdes, une batterie variant du double à la simple pédale entraînante. Et si Arno privilégie son (magnifique) chant clair, il ne reste pas moins un formidable hurleur comme le prouve les deux passages growlés de toute beauté.

Une atmosphère entre folie douce et mélancolie furieuse se forme le long de ce titre séparé en trois parties. La première et la troisième prône le côté déjanté du groupe alors que le break du milieu oppose quelque chose de plus posé, de moins fou, sans doute pour mieux redémarrer ensuite. Du Mike Patton se dégage de ces explosions bruitistes totalement surprenante et de ces cymbales frappées violemment. Un côté cabaret/cirque se démarque quand les guitares se calment, quelque chose qui fait penser à un savant mélange entre Mr. Bungle et Ministry (oui, il faut une sacrée imagination), notamment sur la fin. Le tout s’achève sur un côté presque Pop de grande classe sur la voix de crooner de notre cher Arno. La batterie présente tout le long est surprenant. Pas par sa technique en particulier (bien qu’il y en a), mais surtout parce que le groupe n’a pas de batteur ! La prog fait le métier et le fait plutôt bien.

Il est l’heure de changer la scène pour laisser place à « M.I.D.G.E.T.S » (qui signifie Malevolent Intelligence from Dwarves Getting Extremely Tricky and Satistic, ou en français “L’intelligence malveillante de nains qui deviennent extrêmement farceurs et sadiques”). Douze minutes d’un bordel musical encore plus énorme que le titre précèdent. Impossible de faire l’impasse sur les délires audio de Faith No More ou même de Frank Zappa sur les quelques passages de saxo qui donne tout son charme à ce titre incroyable. Arno et le nouveau chanteur de 6:33, Rorschach (qui n’apparaîtra qu’à la fin, toutefois), se partage la vedette avec une efficacité redoutable, les alternances entre l’un et l’autre, entre passages chantés, parlés, hurlés, growlés, jazzés ou croonés qui sont d’une facilité improbable.

Et musicalement ? Indescriptible ! La rapidité inimitable de la batterie bifurquant en moins de deux à des passages « calmes » et revenant en moins de temps qu’il n’en faut à des blasts d’une effrayante vitesse. L’ensemble est glauque, puant, malsain, mais qu’est-ce que c’est bon ! D’une précision chirurgicale dans les changements musicaux, de nombreuses bizarreries sonores sortent de cet amalgame de sons et de couleurs. Le piano présent à de nombreux moments rajoute à cette atmosphère angoissante un élan digne d’un film d’horreur, témoins de la puissance de la guerre entre les clowns et les nains. Des guitares tantôt massives, d’autres fois plus lourdes et groovy, le tout bercées par une basse catchy et kitsch qui gérera idéalement les différents breaks et assurera la transition entre les différentes phases de ce titre. Au fond, on ne comprend absolument rien de ce qu’on écoute. Mais c’est exceptionnellement bon. Et si bon qu’on l’écoute avec grand plaisir ! Heureusement que ce gentil public nous applaudira avec générosité à la fin de cet héroïque morceau, conclût sur un gros coup de feu !

Troisième titre de cet EP et non des moindres, l’excellentissime et dansant « I Like It ». Le titre le plus court de cet EP n’a pas vraiment de rapport avec l’histoire principale, mais l’ensemble est tellement bon, joyeux, remuant… Aucune présence de growls, ce qui fait de ce titre le « Cartillage Holocaust » de cet EP, en version un peu plus Rock de grande classe. Pas de violence ici, on est dans du Rockabilly de haute volée, avec une pointe de Rock Sudiste ici ou là, des chœurs féminins de toute beauté, de quoi fortement finir cet EP en beauté. Si beau et si envoûtant, laissez-vous transporter par ces guitares joyeuses !

Et là, vous me direz probablement que je parle très peu de l’histoire et du déroulement de ce concept-album. La raison est simple : il ne s’agit que de deux extraits ! Un album complet (toujours avec Arno) est prévu pour les environs de septembre. On y retrouvera ainsi les trois titres présents ici accompagnés d’une foule d’autres compositions. Restez aux aguets. Les fans de Carnival In Coal seront aux anges ! Quant à ceux qui aiment découvrir toutes sortes de musiques anticonformistes, nul doute que vous trouverez votre bonheur ici.

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