juin 16th, 2012

« Nous avions des chansons que nous ne voulions pas perdre, que l’on ne voulait pas voir sur une étagère pendant quatre ans, nous avons donc décidé de rompre avec notre manière de travailler et de terminer les chansons rapidement avant de les rendre publiques. C’est 2012, bordel, l’idée d’attendre des mois pour les sortir semble tellement démodé. » – Tom Barman, chanteur de dEUS.

C’est sur ces mots que « Following Sea » sort à la surprise générale. Le groupe Belge nous ayant toujours habitués à des sorties espacées de plusieurs années surprend en sortant leur septième album moins d’un an après « Keep You Close ». Mais en se penchant davantage sur la question de ce nouvel album, on apprend rapidement qu’il s’agit simplement de chutes du studio lors de l’enregistrement de « Keep You Close ».

« On a encore d’autres morceaux de côté mais on les sortira comme EP, des choses plus poppy, plus live, plus explosives, moins polies… Mais pas un album homogène. » – Tom Barman lors de la tournée promotionnel de « Keep You Close ».

Finalement non, une sortie groupée en un seul album suffira amplement. Toujours produit par Adam Noble, « Following Sea » sera-t-il un véritable album ou simplement un recueil de face-B ? Le groupe, pionnier du Rock Belge et l’un des premiers à avoir réussi à s’exporter mondialement, prend un énorme risque en sortant un disque alors que « Keep You Close » est encore d’actualité.

Le groupe en a parcouru du chemin depuis leur début sur la scène anversoise (dont la tradition veut que chaque musicien qui en croise un autre forme un groupe dans l’heure qui suit cette rencontre). Un « Worst Case Scenario » (1994) véritable kaléidoscope d’influences, « In a Bar, Under the Sea » (1996) plus jazz et légèrement plus calme, « The Ideal Crash » (1999), considéré par beaucoup comme l’œuvre suprême de la discographie du groupe. Ce succès entraînera la mise en pause du groupe jusqu’en 2005 et un « Pocket Revolution », le plus gros succès du groupe. Malgré les énormes ventes de « Vantage Point » (2008), les critiques sont plus que mitigées alors qu’ils voient en « Keep You Close » (2011) un certain retour aux sources. Que va donner ce « Following Sea » alors ?

« Quatre Mains » ouvre donc l’album. Mélodique, sombre, chant parlé avec calme, entre un croisement avec un air de Gainsbourg et la tonalité de voix grave et rassurante du chant clair de Reuno Wangermez (chanteur du groupe de Fusion/Hardcore Lofofora, écoutez donc la ballade « L’Eclipse » des Lofo pour constater la ressemblance vocale entre lui et Tom). Le titre mélange allègrement et efficacement des touches Rock avec quelques cordes et des claviers très discrets. « Quatre Mains » est aussi le premier véritable titre (à savoir, sortis sur un album) chanté en français par dEUS. Une entrée en matière terriblement efficace et groovante, malgré que ce titre ne soit qu’une version retravaillée de « Paper Bones » de l’album précédent, formant une sorte de continuité puisque cette chanson en était le morceau de conclusion.

Par la suite, on trouve sur cet album à boire et à manger. Les dix titres composant ce septième opus sont vraiment différents, proposant diverses atmosphères plus ou moins chaleureuses, à la croisée du Rock, du Jazz, de quelques relents pourquoi pas un peu Country… Un large panel d’influences. Et certains sortent moyennement, comme en témoigne la doublette pop « The Soft Fall » et « Crazy About You ». L’ensemble trop pop de ce premier morceau nommé flirte parfois avec une légèreté bien trop sucrée, notamment au niveau des chœurs. Concernant le second, on penche davantage pour la ballade « classique ». Concrètement, elle n’apporte rien de vraiment essentielle à l’album, la légèreté de ce morceau est vraiment identique à ce que l’on entend un peu trop souvent chez les groupes Pop-Rock basique. Alors bien exécutée, c’est certain, mais manquant cruellement d’originalité (encore ces mêmes chœurs).

Au niveau des titres sortant du lot, on peut noter les élans un peu Far West de « Sirens » en s’imaginant un duel au soleil (sans faire de voeux, comprenne qui pourra) dans une rue déserte, uniquement bercé par un vieux cow-boy. « Girls Keep Drinking » la joue un peu funky après cette intro électronique. La basse groove extrêmement agréablement, la guitare propulse de légers riffs dansants, le chant est purement remuant, presque proche d’un flow hip-hop. Agréable, mais finalement très anecdotique. « The Give Up Gene » laisse, elle aussi, la part belle à la basse, peut-être même un peu soul parfois. Très bon moment. Moments brefs avec les deux titres courts de cet album (moins de trois minutes). « Nothings » impose une patte terriblement relaxante, des guitares proches des sonorités des titres les plus calmes d’Agora Fidelio, une voix mélodieuse et franchement agréable. Un régal, ni plus ni moins, qui contraste fort avec « Fire Up the Google Beat Algorithm ». Une atmosphère rock rapide, le chant de Tom redevient similaire à « Quatre Mains », mais se débite à un rythme très rapide, très difficile à suivre et finalement quelconque, à se demander pourquoi ce délire, d’un coup. Ces cinq titres constituent en soi le ventre mou de l’album. Du très bon qui alterne avec du passable au sein d’un même morceau souvent.

Il reste deux titres plus progressifs, plus longs, plus prenant, plus envoûtant. « Hidden Wounds » est un chef-d’œuvre d’émotions et de pureté. Une guitare qui monte en saturation, un chant d’une incroyable beauté… Le morceau dure plus de six minutes et pourtant, il semble si court… Le morceau de conclusion « One Thing About Waves » propose un ensemble plus rock, une guitare tout en résonance pour servir une batterie lourde et puissante. Une voix impressionnante, très expressive, capable de porter à elle seule toute la progression de ce morceau, duo entre les différents vocalistes du groupe. Un chant parfois aigu auquel répond une voix plus grave. Un break pour magnifier l’ensemble très atmosphérique du tout pour partir sur une explosion somptueuse à la guitare. Et cette conclusion au piano… Un duo de titres tout simplement splendides, ni plus ni moins.

« Following Sea » n’est pas vraiment un nouvel album. Ce n’est pas non plus réellement une simple compilation de face-B. C’est un disque à part dans la discographie du grand groupe Belge. On sent toutefois une certaine liberté sur ce disque, une spontanéité un peu retrouvée peut-être. De nouvelles tentatives au niveau du son, de la construction… Mais au fond, un peu trop de tout et de n’importe quoi, quelque chose de très agaçant qui se ressent essentiellement dans les morceaux faisant le cœur de l’album, car que ce soit les premiers ou le(s) dernier(s) morceau(x), la construction relève du dEUS pur et l’ensemble frôle la perfection.

Peut-être qu’un simple EP aurait été suffisant, en fin de compte…

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