juillet 17th, 2012

« Shoot the Girl First » disait Karyo dans le film « Doberman ». Réplique qui arriva aux oreilles des jeunes garçons (et d’une Demoiselle) qui formeront ce groupe d’électro-Metalcore Niçois. Au-delà du nom bien cliché dont la majeure partie de la vague Coreuse du Metal nous assène jours après jours, nous avons ici une bande de jeunets comme les Coreux nous servent jours après jours… Déjà dit, certes, mais c’est bien la façon la plus simple de présenter ce groupe.

Certains d’entre vous auront déjà tilter à l’appellation « Electro-Metalcore ». C’est pourtant la façon la plus simple de décrire la musique de ce groupe. Mais en creusant un peu, on peut rapidement apercevoir que ces musiciens manient plutôt bien de leur instrument. Tout comme le chanteur, qui gère ces growls à la perfection. Oui, à la perfection… Perfection qui se transformera tôt ou tard en un impressionnant sentiment de platitude extrême. Car oui, le son est extrêmement propre. Mais au final, quel manque d’originalité…

Pourtant, le groupe va régulièrement plus loin que la simple appellation Deathcore. La ballade « Aniki, Mon Frère » par exemple sera régie en majorité par un chant clair bien placé, mais trop ressemblant à ce que fait « tout le monde ». Le piano et les synthés symphoniques n’apporteront rien d’original, un brin plus mélodique, oui, mais au final très quelconque. On pourra tout de même retenir la belle performance émotionnelle du groupe, qui livre une pièce somme toute solide.

Et le reste ? Sans être mauvais, le tout reste d’une banalité affligeante… Les méandres d’une scène tournant en rond. Même le court piano de « March of Glory » ne parviendra pas à rattraper la niaiserie des choeurs Hardcore des refrains. Même les semblants de violon pour clôturer « Legend » paraîtront faire preuve d’une grandiloquence bien trop mal vue. Et les passages électro qui parsème « Last Breath for a Capulet » ? Aussi ridicule que les grosses respirations du chanteur avant d’entamer ses growls.

Dire quelques mots sur « Eternal Sunshine » et « A Tumor Called Maria » ? Mis à part que les noms sont aussi clichés et ridicules les uns que les autres, nous avons ici des titres monstrueusement classiques et saoulant dans la vague Metal/Deathcore… Toujours des refrains bien catchy en chant clair, toujours des growls parfois puissants et sympathiques, parfois trop poussifs et inutilement agressifs. Quelques petits breaks électro d’un niveau semblable à la playlist de Fun Radio viendront vous exaspérer davantage. « A Tumor Called Maria » semblera lui vouloir se rapprocher d’une sorte de Deathcore Symphonique, mais tous les instruments trop répétitifs et en désaccord total avec la voix auront vite fait de vous lasser. Sans compter la ridicule intervention en français vers la première minute.

Bon bah voilà. It’s all, on peut dire. Shoot the Girl First et son EP « They Have Clocks, We Have Time » se termine. En espérant que la prochaine fois, ils prendront le temps de construire un disque personnel et non outrageusement pompé (et pompeux) de tous côtés. Les musiciens ont la technique, mais n’improvisent pas. Le chanteur a la voix, mais force dessus bien trop souvent. En clair, le groupe a les armes, mais ne les utilise pas. Alors ?

juillet 16th, 2012

Voyager, entreprendre, découvrir, apprendre, s’apprendre, parler, rencontrer.

Rocky Singh (Asian Dub Foundation) et le producteur David Husser (Y Front et producteur pour Universal, Naive, Mute…) ont jeté leur dévolu sur l’Inde. Un voyage ponctué de rencontres, humaine avant d’être musicale. Débarqués en 2009 à Bombay, les deux compères travaillèrent en étroite collaboration avec de nombreux artistes locaux. Mumbai Queen est née.

Par la suite, c’est un autre voyage qu’effectuera le groupe. Au Studio Blue Frog de Bombay pour les instruments traditionnels, la batterie au Raw Britannia Studios de Londres (qui a notamment vu défiler Pink Floyd), les guitares à la Ferme de Sainte Marie-aux-Mines avant qu’Alan Wilder (Depeche Mode…) ne prenne le relais. Paul Kendall (Depeche Mode ou Nine Inch Nails) puis Pierre Attyasse (au studio parisien Pixel) s’occuperont des voix.

Trois ans furent nécessaires pour imprégner leur musique de l’art Indien et faire de Mumbai Queen un projet ambitieux et raisonné, mélangeant habilement musique traditionnelle et rythme plus « radical » à l’Occidentale. Au-delà du concept musical, on trouve des textes. Là aussi brut, violent, tranchant. Les manipulations des Etats, les silences des médias, le Nouvel Ordre Mondial devront se frotter à leurs verbes, si profonds de vérités et d’engagements.

Il y a un an, devant 5000 personnes, Mumbai Queen donnait sa première représentation. Aujourd’hui, c’est à nos oreilles que l’album éponyme de ce groupe résonne. Quelques notes électro ponctuées de légères sitars et d’une trompette locale et déjà ce chant si groovant, presque rap, tout en chuchotements, introduit l’album. « As Long As You’re Paying for » se fait la parfaite intro, déversant ce qui sera concrètement la base de ce disque. Un voyage entre l’ailleurs et l’ « ici ».

Il y a des titres bruts. « Darkness » place une musique plus puissante au premier plan, un peu plus pop sur ces refrains un peu pompeux, mais toujours bien accompagné de la superbe voix de Rocky. « Terror Got Stars, Terror Got Stripes » déverse guitares massives, rythme de sitar hypnotisant, chants haranguant la populace, violence verbale et subtilité musicale entrecoupée de samples vocaux de journalistes ou de politiciens. « Oh Lord », toujours sur le même schéma musical accompagné d’un chant plus mélodique et de chœurs plus envoûtants. On apprécie également les diverses interventions de la basse, terriblement groovante. « Can’t Make It, Fake It » déverse un impeccable rythme, presque dansant, duo parfait entre art occidental et oriental bien accompagné par une performance vocale intense et remuante et un refrain qui squattera votre cervelet en moins de temps qu’il n’en faut.

Il y a aussi des titres bien plus sombres. « Ikanuna » laisse davantage s’imposer la musique indienne, sitar à l’appui et quelques notes de pungi (flûte utilisée par les charmeurs de serpents) ici où là et basse pour la profondeur pour accompagner un chant magnifique, à la croisée d’envolées somptueuses et de passages plus lancinants. On apprécie également la batterie qui, sans déverser un jeu incroyable, captive l’attention avec talent. « The Art of Keeping Faith » accentue davantage sur le pungi et l’aspect mélancolique de Mumbai Queen. Moins de guitares, plus d’Orient. Le titre de conclusion, « The Man Behind the Curtain » tranche aussi avec une atmosphère plus pesante, une basse plus lourde, quelques petits coups de corde, un chant très attristé…

Puis si vous préférez une atmosphère plus « joyeuse » (difficile de parler de joie dans le cadre textuel très engagé de Mumbai Queen), « You Don’t Know What It’s Like to Be Your Woman » est présente. Opposant un contraste très important entre le ton des paroles et le caractère très groovant et enjoué du trio basse-sitar-guitare, ce titre en demeure l’un des plus impressionnants de cet album. Directement suivi par la très funky « What You Wanna Do », le chant en anglais est cette fois-ci d’une impressionnante facilité de compréhension. Un titre plutôt fun (toujours en contraste avec ces textes) qui fait beaucoup de bien.

La magie de Mumbai Queen atteindra aussi le romantisme effréné de « You Turn Me on ». Des solos de guitare remplis de maîtrise et d’émotions, un chant juste et entraînant, une basse incroyable de présence… Les diverses interventions de musique indienne se feront avec un talent rare. L’autre surprise majeure de cet album provient de l’étonnante reprise de Prince « Purple Rain ». Finalement très semblable à l’original, cette reprise a donc le mérite de ne pas dénaturer l’original, ni de l’égaler. Une bien belle reprise, sans trop de différences, mis à part les quelques discrètes notes orientales, voilà tout.

Mumbai Queen ouvre de nouvelles possibilités au Rock Français, pour un premier album, la maîtrise est là, les musiciens se débrouillent à merveille, les diverses notes orientales ne sont jamais en surplus, toujours idéalement placé au cœur de la musique. Douze titres très diversifiés et accrocheurs, que demander de plus ? Un petit livret avec les textes, peut-être… Dans le cadre très engagé dans lequel Mumbai Queen revendique une place, ne pas comprendre l’intégralité des chansons reste frustrant…

juillet 16th, 2012

Né en 2006, le groupe Cannois Korakore fait ses armes dans un mélange de Metal en –core, parfois Hardcore, d’autres fois plus Deathcore et rien qui ne crève l’originalité au final. Après avoir ouvert pour des groupes comme Gojira, les cinq Azuréens décident de tenter l’aventure du Maxi en sortant « Alive. » en 2008.

Une seule écoute sera suffisante pour emmagasiner la musique du quintet. Beaucoup de déjà-entendus pour de trop rares surprises elles-mêmes extrêmement courtes. Au rayon de l’expéditif, passons rapidement sur des titres comme « Alone » ou « End of Nothing » qui n’apporteront rien au disque. Du Deathcore basique, sans grand intérêt, une écoute et au placard, malgré la bonne prestation des musiciens, double pédale et guitares acérés à l’appui.

Il y a ensuite les titres sympas, mais c’est tout. L’intro « At the Beginning » y a sa place, courte instrumentale qui introduit le disque de façon intéressante, oscillant entre moments plus calmes et d’autres plus bourrins. « Strange Comedy » offre les premiers mots en chant clair de la growleuse Cynthia. Chant clair plutôt chuchoté dans une intonation qui n’est pas sans rappeler Eths (le growl de Cynthia rappelant également parfois celui de Candice).

Du côté des bons titres, « Universe » se distingue comme un morceau, certes déjà-entendus sur sa structure classique (couplet hurlé, refrains clair), mais reste très efficace et bien exécuté. Il y a aussi « Alive » et sa longue intro presque atmosphérique et reposante avant de laisser la place à une structure plus massive et écrasante, proche d’un Thrash sur certains accords, y compris sur le solo (pas très original, mais bien fait) sur le break.

Au final, Korakore ne nous offre pas un disque très original, mais suffisamment bien réalisé pour que l’on puisse y jeter une oreille par curiosité. « Alive. » pourra plaire aux fans de Deathcore et dérivé, les structures sont classiques et les musicos se débrouillent plutôt bien. Pour les autres, il vaut mieux jeter une petite oreille à tout hasard.