octobre 1st, 2012

Muse est un groupe étonnant. Toujours à la recherche du grain qui pourra renouveler constamment leur musique. Le groupe en a parcouru du chemin depuis leur début prometteur avec « Showbiz » ou « Origin of Symmetry » jusqu’à la reconnaissance mondiale d’ « Absolution ». Toutefois, « Absolution » n’a pas pu empêcher le groupe de glisser quelques passages pompeux aux milieux de compositions toujours aussi enlevées et prenantes. « Black Holes & Revelations » a laissé un arrière-goût amer. Beaucoup plus facile d’accès, beaucoup moins grandiloquent… « The Resistance » a continué de diviser les fans. Certes, l’apport d’une orchestration cette fois-ci plus organique et pure avait quelque chose de rafraîchissant, mais ça reste un album transitoire pour Muse, vers quelque chose de plus « vendeur »…

« The 2nd Law ». La seconde loi de la thermodynamique. Tout un programme. Déjà, il est question d’une pochette assez … original. Human Connectome, un laboratoire d’imagerie cérébrale, en est « l’auteur ». Le site du laboratoire décrit l’image ainsi : “Architecture de la substance blanche du cerveau. Mesuré avec l’imagerie de diffusion spectrale (DSI). Le code couleur des fibres dépend de la direction. Rouge : gauche-droite. Vert : avant-arrière. Bleu : à travers le tronc cérébral.”

Muse avait déclaré que cet album serait plus sobre, moins orchestré et plus terre-à-terre que les précédents, un album que Matthew Bellamy souhaite plus personnel et émotionnel. Un approfondissement du côté électronique est également de la partie (ceux qui ont regardé le teaser peuvent facilement le deviner). Tirer un trait sur la musique Musienne pour tenter autre chose, au final, une approche plus expérimentale, Dominic Howard déclarera d’ailleurs que cet album lui rappelle le chef-d’œuvre « Origin of Symmetry ».

Les critiques enthousiastes des proches du groupe sur ce nouvel album tombent l’une après l’autre, Muse voit même une de ses chansons devenir l’hymne officiel des Jeux Olympiques de Londres de cette année, un sacré coup de pub dont le groupe n’a peut-être pas franchement besoin. D’un point de vue totalement personnel, quand cet album tombe dans mes mains, en quelque sorte en avant-première, j’ai une petite appréhension… Ni la pochette, ni les quelques titres sortis en streaming depuis ne m’ont donné envie de me repencher sur ce groupe. Mais pourtant, je me jette quand même dessus, je dois savoir où le groupe en est, si le vent glaciale ressentis à l’écoute de « The Resistance » s’est réchauffé.

« The 2nd Law » est un disque déconcertant… Une sorte de crise d’épilepsie musicale, quelque chose dont on ne parvient à trouver le bon sens, parfois persuadé qu’on écoute ce disque à l’envers. On le tourne, on le retourne … Non, il n’est pas rayé pourtant. De toute évidence, ce disque pue l’in-originalité sous couverture d’une « originalité » soi-disant novatrice en ce qui concerne la musique du trio Anglais. Après, textuellement, le groupe écrit sur ce qu’il maîtrise le mieux : l’amour, la peine, la vie et surtout sur le monde qui nous entoure, sur sa corruption et ses blessures.

Maintenant, je m’explique sur la musique. Il n’y a aucun fil conducteur dans ce disque, toutes les chansons sont mises à la queue par simple tirage au sort et aucune ne se démarque comme étant du Muse. C’est simple, ce « riff » de basse qui introduit « Panic Station » semble tout droit sortis d’ « Another One Bites the Dust» de Queen. On sait que l’ancien groupe de Freddie Mercury est l’une des principales sources d’inspirations de Muse, mais là, ça fait un peu pompage en règle. Les envolées vocales et le refrain archi-pompeux perpétuent cette sensation de réchauffage musical en règle. Du côté du premier single, « Madness », on semble se rapprocher davantage d’une mauvaise copie de Prince. L’instrumentation plate et la voix de Matthew qui n’emmène guère plus loin qu’à la boulangerie d’à côté. Même le final grandiloquent ne parviens qu’à ennuyer davantage… « Big Freeze » la joue Rock 80’s à inspirations diverses, sauf ce qui peut être novateur. « Big Freeze » est du même acabit, avec un petit côté U2 sur la guitare.

Rassurez-vous, Muse ne fait pas que pomper les autres, en effet, le groupe aime se pomper lui-même. « Explorer » en est l’exemple-type. Un titre à la croisée d’ « Invincible » (Black Holes & Revelations). C’est très criant à partir de la moitié du titre, même tonalité de voix, même instrumentation. « Follow Me » ressemble un peu trop à « Take a Bow » pour être véritablement prenante. Avouons également que ça n’est pas l’électro façon « feuille qui sort en saccade de la photocopieuse du bureau » qui va sauver les meubles. « Survival » touche également le vieux Muse à un degré différent (ou peut-être même du Supertramp, si on creuse suffisamment), ce titre semble toucher un peu tous les albums dans un groove parfois semblable à « I Belong to You » et à quelque chose de bien trop grandiloquent pour être naturel.

Seul « Supremacy » sauve légèrement les meubles. Un (plus ou moins) véritable Rock-Symphonique où Matthew révèle qu’il a encore une voix prenante sur un titre frissonnant. Les riffs, sans être foncièrement fantastiques, sont suffisamment durs pour accrocher l’oreille, tout comme l’apport orchestral, dans le ton. Quant aux envolées vocales suraigües des pré-refrains… À la convenance de chacun. « Animals » a encore un peu de charme, même si les accords de guitare semblent encore une fois terriblement mal inspirés et trop ressemblant à … du Devin Towsend.

« Save Me » et « Liquid State » sont différentes. Le fait que ça soit Christopher Wolstenholme au chant y est pour quelques choses. Deux chansons profondément mélancoliques et relativement originales, pour le coup. Chris a une voix aérienne et planante, plaisante surtout. Si « Save Me » est étrangement calme, « Liquid State » accélère le tout sur des riffs un peu trop semblables à « Supremacy ». Assez efficace, toutefois.

Comme « The Resistance » et son « Exogenesis », « The 2nd Law » possède sa symphonie finale. Sur neuf minutes instrumentales, uniquement relayé par des chœurs et des samples vocaux, le groupe prouve qu’il est encore capable du meilleur. La symphonie est grandiose, prenante, rythmée, puissante, envoutante. Mais le groupe est aussi capable du plus … perturbant. En témoigne cette coupure Dubstep-Symphonique. Si l’idée en soi est plus ou moins originale (même si on se souvient du nombre de groupe de Rock-Metal tous genres confondus qui se sont cassés les dents à faire des mélanges de ce type), il n’en reste pas moins qu’on parle de Muse, là. L’expérimentation déborde et risque à tout moment de submerger le groupe avec une musique qui ne lui ressemble pas. À l’appréciation de chacun. « Isolated System » conclut l’album sur une note positive, ne se concentrant que sur la symphonie et laissant l’électronique quelque peu en arrière-plan.

Ceux qui ont découvert Muse à partir de « Black Holes & Revelations », ou bien ceux qui parviennent à faire abstraction du passé du groupe peuvent éventuellement aimer ce disque. « The 2nd Law » n’est qu’une pierre de plus posée sur le chemin de l’auto-parodie. Un disque infect, caricaturant Muse sur chacune de leurs tentatives. Tout est en surdose ici, Muse touche tout ce qui a fait le succès de la musique d’aujourd’hui en le transformant en une bouillie répugnante. C’est pompeux, c’est mal fait, c’est d’une facilité affolante, tout juste bon à exciter les jeunes fans en fleurs qui se jetteront sans vergogne sur ce disque pour le transformer malgré tout en un énorme succès.

Je retourne écouter « Origin of Symmetry ». Il y a dix ans, Muse tenait le futur du Rock Anglais. Aujourd’hui, le groupe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Tristesse.

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