février 15th, 2013

Le chemin parcouru depuis l’indémodable album éponyme « Lofofora » en 1995 est conséquent. L’engagement sauvage de « Peuh ! », la noirceur brutale de « Dur Comme Fer », le groove des « Le Fond et la Forme » et « Les Choses Qui Nous Dérangent », la sauvagerie de « Mémoire de Singe ». La question était de savoir dans quelle direction Lofofora se dirigerait. « Monstres Ordinaires » est un album plus singulier, comme l’est régulièrement les premiers albums après un changement de line-up, comme l’avait été « Le Fond et la Forme », premier album avec Daniel Descieux.

« Monstre Ordinaire » est un album bien plus puissant, dans une veine davantage Metal que Fusion/Hardcore (mais sans renier ses styles, bien évidemment). Les titres sont bien plus longs, régulièrement supérieurs à cinq minutes, les compositions sont davantage fouillées, bien plus changeantes sur la durée, bien plus variées, presque mélodiques par moments, pourrait-on penser. Il en va de même pour la voix de Reuno, toute en maîtrise, celle-ci change avec une facilité déconcertante entre hurlements sauvages, poussés graves, vocaux hurlés avec puissance et chant clair malsain, quoique les vocaux féroces sont davantage présent.

« Pour la connerie en barre, il y a toujours de l’espace ! Plus c’est gros, et mieux ça passe ! ». Le message de « La Merde en Tube » est clair et ça le sera sur tout le long de cet album. Le travail textuel est toujours aussi conséquent, malgré que certaines figures de style soient tout de même compliquées à saisir aux premiers coups d’oreilles, et que d’autres textes semblent déjà entendus. Les riffs de guitare claquent avec puissance et efficacité, la basse démontre une oppression et une rondeur excellente pendant que le nouveau batteur claque ses frappes avec force et rapidité. Une « furiosité » impressionnante pendant 50 minutes ! Mais …

Car il y a un « mais ». Le paragraphe ci-dessus, c’est ce que j’ai ressenti lors des premières écoutes. Et puis on laisse un peu tomber cet album, quelque temps. Et en bon fan, on y revient, et là, ça cloche sur quelques points… Dépeint par le groupe comme un album noir et sombre, on se rend vite compte que celui-ci n’atteindra jamais l’excellence de « Dure Comme Fer », bien plus glauque que ce « Monstre Ordinaire ». Il en va de même pour certains titres, agissant sur nous comme un trop important clin d’œil au passé. Je m’explique.

Écouter « La Merde en Tube » revient à écouter une version Punk/Hardcore de « Rock’n’roll Class Affair », « Un Mec Sans Histoire » peut être une sorte de continuité textuelle au titre « Les Gens », « Les Evadés » semble s’inspirer de « Série B », le break final d’ « Élixir» ressemble à s’y méprendre à celui du titre « Mémoire de Singe » avec un Reuno dont la voix semble également crachée dans un haut-parleur… Globalement chaque titre possède plus ou moins sa ressemblance avec une chanson du passé. Il en va de même pour certains textes. Les Doubles vies pour « Un Mec Sans Histoire », la paranoïa (« Le Visiteur »), la musique commerciale (« La Merde en Tube »), l’indifférence du monde (« Elixir »)… Des thèmes qui, s’ils sont toujours merveilleusement écrits, commence un peu à fatiguer. Mais après tout, puisque rien ne change dans ce monde…

Lofofora fonctionnerait-il en roue libre ? Eh bien, pas totalement. Comme dit plus au-dessus, « Monstre Ordinaire » traîne quelques changements musicaux. Et les changements se ressentent dès la production ! Moins froide et lisse que ne l’avait été « Mémoire de Singe », « Monstre Ordinaire » traîne un son davantage crasseux, poisseux et lourd (qui a parlé de Mudweiser ?). Une volonté du groupe sans doute d’insister sur le côté Metal de leur son. Au final, on se retrouve avec un son ressemblant à du Lofofora, sans véritablement être du Lofofora.

On le ressent dès la rapidité de l’introduction « Utopiste ». Furieuse, brutale et martiale sur les couplets, aérienne autant que poisseuse sur les refrains, Reuno démontre un chant Viscéral et agressif qui prend aux tripes. Quand le break intervient, le chant clair et plaintif du vocaliste nous touche en plein cœur, blasé et fatigué avant de laisser court à un passage instrumental lourd de puissance et de maîtrise.

Cette volonté d’aller de l’avant, on la retrouve également avec l’épatante « Élixir ». Ça démarre lourdement avant de partir dans des riffs d’une efficace rapidité. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre les sonorités enivrantes d’une guitare délivrant un ensemble d’accord presque atmosphérique. Mélangé à tout ça un chant où un tel degré de brutalité n’a que rarement était atteint dans la voix de Reuno. La volonté continue des Lofo d’inclure des solos dans leurs titres est également une très bonne idée, surtout quand ceux-ci sont fort bien exécutés.

Au rang des belles réussites de cet album, « Le Visiteur » mérite sa place ! Démarrant lentement avant de laisser libre cours à des riffs lourds, lents, répétitif. Tous les instruments s’accordent avec la voix pour en faire un recueil de schizophrénie parfaite d’un homme en proie à la folie à cause d’un individu frappant sans relâche à sa porte. Le travail de la batterie est intéressant, ici. S’enfonçant de plus en plus dans la folie violente de cet homme, ce titre met toute la lumière sur le titre suivant, portant le juste titre de « Ma Folie ». Ici, on renoue avec un peu de nostalgie… Des riffs empruntant tout droit à un groove Rock’n’Roll, une alternance de grande classe entre chant rauque sur les couplets et un chant clair envoûtant sur les refrains, une Double précise et puissante. « Un Mec Sans Histoire » délivre aussi son lot de musicalité de pression, tant les riffs et la batterie sont écrasantes pendant que Reuno se charge de nous achever de son chant lourd et puissant.

Et puis sur certains passages, on s’ennuie ferme. « Les Évadés » pourrait être sympathique, si Lofofora ne se contentait pas de s’auto-plagier. Les riffs sont sympas, mais déjà entendus. La batterie est relativement simpliste par rapport à ce que Vincent démontre le long de cet album. Le chant de Reuno, constamment hurlé, est vite ennuyeux … On ne retiendra que ce passage groovant uniquement joué à la basse à la toute fin. Il en va de même pour un « Cannibales » trop lent, dont la suite de riffs ne fait que se répéter du début à la fin, sans grande originalité, ou Reuno crie trop souvent de la même manière. Citons également un « Frustrasong » quelque peu sauvé par les cris sauvages et implorants de Reuno sur la fin. Autrement, nous avons affaire à un titre assez ennuyant, pour à peu près les mêmes raisons que « Cannibales » : fort peu d’originalité… Les paroles ne sont pas sans rappeler « Charisman » sur certains aspects. Quitte à me répéter encore, mettons « Les Conquérants » dans le même bateau !

Plus long titre de cet album, « La Beauté et la Bête » est une offrande assez surprenantes, Lofofora nous ayant peu habitué à ce type de piste. Longtemps dicté par la basse, le rythme se veut très lent, très lourd, très pesant. Le chant de Reuno atteint là aussi une puissance insoupçonnée tout en conservant une intense touche émotionnelle. Les guitares très graves et la batterie entre jeu rapide et jeu lourd enfonce davantage l’auditeur dans cette atmosphère lugubre…

Au final, « Monstre Ordinaire » est un album très inégal. En soi, cet album s’inscrit dans la lignée de ce qu’a toujours fait Lofofora, on ne peut pas en vouloir au groupe de continuer à avancer en changeant toujours un peu son style. Néanmoins, les points forts de « Monstre Ordinaires » se muteront en point faible pour certains, et l’inverse est tout aussi vrai. Bien qu’étant un bon album, le fan ne pourra être rassasié. Après quatre ans d’attente et autant d’excellents albums, peut-être deviendraient-ont trop exigeants ?

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