mars 25th, 2013

Jeune trio francilien, auteur d’une musique alliant autant d’éléments atmosphériques et Post-Rock que d’autres frisant avec talent l’énergie sombre d’un Metal noir et froid, Përl arrive avec discrétion dans le paysage musical français. Trois ans après un premier petit EP « Monochrome », Thibault, Bastien et Aline lâchent un « R(a)ve » dans cette grisaille ambiante qui n’arrangera surement pas la couleur du ciel.

« R(a)ve » est ainsi un disque extrêmement sombre et torturé, profondément poétique et remplis de tristesse, mené par la voix singulière et étonnante d’Aline, capable de basculer de la plus belle douceur à de graves hurlements déchirants de chagrins et de haines. Musicalement, nous avons affaire à un enchainement traditionnel de la musique Post-Rock : des passages très ambiants où se succèdent des plans davantage en saturation, la batterie oscillant elle aussi entre petites percussions et passages de doubles plutôt écrasantes.

C’est avec « Tidjan » que cet album commence. Titre parfait pour l’auditeur, qui sera d’ores et déjà capable de dire s’il supportera ou non la voix d’Aline, plutôt dans un ensemble grave, cassé et, personnellement, pas dénué de charme. Pour celui bloquant à ce niveau-là, le reste de l’écoute sera difficile. Pour les autres, on peut se pencher doucement sur la musique, enchainant moment de calme à la guitare folk avec des ensembles guitare-basse bien plus lourd et étouffant. Quelques accélérations plus ou moins poussives et un passage de mur guitaristique classique de la musique atmosphérique continueront d’établir un beau profil des capacités de Përl.

Mais si « TIdjan » offre un panel assez complet de sonorité, les autres titres du groupe garde chacun une âme unique. La douce et pénétrante « Insomnie », dominée par la basse, lourde et ronde, et des sonorités étranges et hypnotisantes. L’ensemble très délicat est cependant un peu plombé par une voix semblant un peu fausse sur ces diverses envolées, mais pas suffisamment pour ne pas apprécier en continu la montée en puissance musicale et vocale qui arrivera par la suite. Toujours dans une optique plus reposante, « Rêve… » se place, bien emmené par des notes répétitives de guitare, des percussions légères et la voix d’Aline, en écho. On appréciera à la convenance de chacun la fin en queue de poisson de ce bel intermède.

« Rêve » introduit un « …Rave » plus progressif sur son déroulement, plus long morceau de cet album. La voix d’Aline semble cette fois-ci bien plus maîtrisée afin d’enchaîner avec une belle fluidité tous les changements de rythmes présents. Passage mélodique qui s’enchaîne avec passage plus brut à la double, des refrains plus épiques et magnifiés par la belle voix de la jolie brune. « …Rave » pousse chaque inspiration de Përl à son paroxysme pour en ressortir le meilleur dont sont capables les trois musiciens.

Dans un déluge d’émotions, « Fils de Rien » impose des textes extrêmement mélancoliques pénétrant l’âme de ceux se reconnaissant un minimum dans la prose d’Aline. Une voix délicate sur des passages ambiants, une plainte aérienne sur fond de batterie écrasante et de basse étouffante et des hurlements sur une voix brisée et une guitare en saturation complète. D’une manière extrêmement différente, « Parenthèse 56 » entoure l’auditeur d’une délicate enveloppe noir et sombre. La voix d’Aline, très proche du parlé, déverse des vers de haine et de peine. La colère entre les dents, la musique se limitant à des claviers et une batterie lente et oppressante. Aline est volontairement placé au centre de ce morceau, sa voix montant progressivement de la peine à la colère, de la colère à la haine, achevant ce lourd morceau dans des hurlements d’une violence enivrante. C’est aussi sur la fin que le morceau se révèle musicalement, bâti sur des riffs lourds en réverbération totale (la puissance de la basse est épatante) et d’une batterie intense dans sa vitesse et sa force.

Malgré tout, un morceau comme « Fusce Deliria » fait bien d’être placé au début, tant celui-ci n’apporte que peu d’émotion… Bâti sur un rythme presque pop et une voix poussive, les quelques élans de puissance (trop mal agencée) ne suffisent pas à développer avec réussite un morceau dont la présence de samples radiophoniques (est-ce Jean-Michel Apathie qui s’exprime ?) reste une tentative de remplissage bien maigre et d’une utilité douteuse, même si l’idée pouvait être bonne, si la transition était effectuée de façon plus limpide.

Pour un morceau davantage orienté puissance, on se tournera davantage vers la conclusion « Je Songe », introduit par la voix grave et reposante de Thibault avant de se poursuivre sur un rythme ambiant, brutalement interrompu par les hurlements sauvages d’Aline et un ensemble de riffs purement Metal, pouvant d’ailleurs briser quelque peu la cohérence de l’album. Mais judicieusement placé dans le dernier titre de ce disque, cette puissance méconnue chez Përl pourra être interprétée comme un signe de réveil, après ce très long sommeil rempli de sombres cauchemars… Toujours est-il que ce titre trouve une beauté saisissante dans cette débauche de saturations et de hurlements.

Un disque personnel et émouvant, voilà comment décrire en deux mots ce premier album de Përl, un groupe qui porte définitivement bien son nom. Difficile à accrocher dès les premières écoutes, « R(a)ve » se révèle être un voyage majestueux et magnifique au plus profond des souffrances qui nous animent. Un trio à suivre de très près, qui joue de ses imperfections pour en faire des blessures émotives nourrissant avec talent leur musique.

mars 18th, 2013

La scène Toulousaine est décidément extrêmement fournie. Il en va de même pour tous ces musiciens, partageant leurs talents entre différents groupes, tous plus différents les uns que les autres. C’est ainsi Clarence « Mox » (batteur de Naïve) qui m’amena à me pencher sur Le Minus, rejeton Rock/Metal Fusion/Funky.

Le Minus, un nom qui peut prêter (et qui prêtera, sans aucun doute) à sourire. Au travers de ce patronyme, toutefois, nous trouverons un trio bourré de talent. Ne se posant aucune véritable barrière, empruntant la basse slappée d’un Primus, la puissance vocale d’un Korn, un groove empruntant au Red Hot Chili Peppers et la force musicale d’un Rage Against The Machine, non sans s’empêcher d’imposer des breaks plus ambiants à son ensemble. « Make My Day » est donc le deuxième full-lenght du trio, deux ans après un extrêmement discret, « The Book of V. ».

Le premier album était le test, « Make My Day » sera poussé à la lumière ! Une comm bien plus conséquente, pour une pochette prêtant à sourire devant ce petit bambin. Optant pour un ensemble bien plus direct que « The Book of V. », l’album se voit raccourci par rapport à son prédécesseur, en titre (9 pour 12) et en durée. De plus, « Make My Day » supprime les passages en français de l’album précèdent, pour un rendu entièrement anglais, n’en déplaise aux plus british d’entre vous.

« Next » démarre, et on sait immédiatement que l’on va écouter une Fusion groovante à souhait. La basse prédomine tout, funky et puissante, passant aisément par-dessus la guitare, qui ne se prive toutefois pas de riffs puissant et rapide lors des différents breaks. Lord Murray impose un timbre de voix efficace, planant autant que vif et tranchant quand il le faut.

Certains titres matraquent l’esprit par une puissance impressionnante, comme « Never Forgive, Never Forget », imposant rythmique agressive et martiale, pour un ensemble lourd et saturant avec excellence. La voix de Murray est extra sur les refrains, aigue et puissante. Citons également « One Parachute » et son rythme entraînant, plus lourd (toujours une basse impeccablement funky sur ce break) et les riffs épatants de Lionel Lavergne, notamment sur la conclusion, que l’on tempèrera avec les envies de saturations vocales de Lord Murray sur les refrains (à la convenance de chacun).

Des tubes en puissance (et dans le bon sens du terme), cet album en regorge. Surtout « Playing with Echoes ». Les riffs alambiqués et le chant extrêmement haché et maîtrisé font des merveilles, sans compter ce petit côté Pop-Rock pour la conclure. « Told You So » est épatante dans son groove éternellement funky. Les relents complètement délirants de la voix de Murray sur les refrains et les riffs bifurquant facilement de légèreté à lourdeur, bien aidés par un batteur variant avec une sublime facilité ces percussions. « Chaos Rains » aussi. Un petit groove presque dansant, une Valse-Metal de grande classe (c’est l’image qui compte, hein…), une basse en constante saturation, une guitare bien lourde, entièrement fusion et une batterie en rythme : rien de tel pour donner une envie de sauter en rythmes. Reste la voix, parfois à la peine…

Le Minus ralentit le tempo à certains moments. Et c’est avec cela que commencent les quelques défauts du disque… La voix de Murray n’est pas du tout convaincante sur la douceur des couplets de « Castle Doctrine », plate et manquant cruellement d’émotions. On aime davantage l’entendre hausser la voix sur les refrains ! À l’inverse, côté musique, l’alternance planante-lourdeur est d’une exceptionnelle fluidité, encore dominé par la basse, qui s’impose de façon très différente, cette fois-ci. La douceur vocale est davantage maîtrisée sur « Journey’s End », même si on n’atteint pas encore des sommets. Musicalement, l’ensemble peine cette fois-ci à convaincre, si tous les riffs de guitare (et de basse, même) sont exceptionnels de maîtrise, les transitions sont lourdes…

Le moment de parler du deuxième défaut de cet album ! Pris indépendamment, les titres sont tous plutôt extra. Mais écouter « Make My Day » en une fois relève du challenge ! Une fois habitué aux rythmiques alambiquées du groupe, ça passe plutôt bien. Mais la première fois, on frise l’indigestion de référence et d’inspirations ! Le fait que l’album manque d’un fil rouge est pénalisant, on se perd régulièrement dans ce qu’on écoute, on décroche, hop un riff nous rattrape, mais on passe déjà au titre suivant qui nous reperd encore. J’abuse légèrement, il est vrai, mais tout ça pour dire que la démonstration technique du groupe trouve ses limites dans leurs techniques elles-mêmes.

Et par conséquent, un titre plus hip-hop comme « My First and Only Lesson » peine à convaincre véritablement. La tentative est louable, et nous avons régulièrement eu des titres de « Hip-Hop/Rock » très intéressant. Mais la voix de Murray n’est que moyennement taillée à subir et tenir un rythme qui ne fait que lui caresser les cordes vocales sans les accrocher réellement. Les haussements de voix sont poussifs, les instruments, bien qu’extrêmement maîtrisés (cette basse slappée est toujours un régal !), ne sont pas toujours en accord et changent de rythme bien trop souvent. Extrêmement dommage, les riffs étant somptueux pris individuellement. On a même parfois la sensation que le batteur se sent un peu seul…

« Make My Day » est l’un de ces disques complexes à décrire avec impartialité ! Si on prend chaque titre individuellement, on a affaire à un disque groovant, dans la plus pure tradition du Rock/Metal/Fusion à succès. Mais si on tente l’expérience d’une écoute globalisée sur tout l’album, l’attention de certains risques d’être mis à l’épreuve. Mais d’un autre point de vue, il serait complètement malvenu de nier le talent de ces trois musiciens, se suffisant avec talent à eux-mêmes. La volonté de s’affranchir des limites de la Fusion est là, même si incomplète et Le Minus restera un groupe à surveiller de près, nul doute qu’en grandissant encore, « Make My Day » n’étant que le deuxième album du groupe, ces trois musiciens parviendront sans problème à se tenir dans le haut du pavé du Metal français. Le style est, certes, très exigeant, mais Le Minus a les armes pour s’extraire de la masse.

mars 9th, 2013

Créé en 2007, Fate Of Fallacy est un groupe curieux dans sa composition. En effet, avec cinq membres ayant chacun leurs projets dans des styles tournant régulièrement autour du Black/Death à tendance progressive (Havenless ou Ossuaire, pour ne citer qu’eux), on se demande encore pourquoi Fate Of Fallacy n’avait pas produit un petit opus avant. Mais la chose est réparée en ce début 2013 avec ce « Versus and One », premier EP autoproduit.

Fate Of Fallacy produit un Heavy Death ou se côtoie des touches Progressives et Techniques. Les quatre titres de cet EP s’enchaînent très bien, chacun utilisant en son sein des constructions assez similaires de solo rapide et bien exécuté (extra sur « Way of the Faker »), de passage de guitares rapide et mélodique, quelques riffs faisant largement penser à un bon vieux Heavy Metal (l’introduction de « Mirror of your Fear ») pendant que d’autres optent pour un développement plus épique, d’une certaine manière (« Shifting Bullet »), mais sans trop tomber dans la débauche de technique qui provoquerait sans doute un sentiment d’indigestion profond.

Ce qui pourrait éventuellement coincer, c’est l’originalité de la chose, qui est relativement absente. Mais étant une première démo, on pourrait légitimement penser qu’il s’agit avant tout pour le groupe de se jauger pour une première tentative. Mention également de la qualité du son, plutôt satisfaisante, même s’il s’agit bien d’une “qualité démo”. Le chant, quant à lui, mériterait d’être davantage approfondi. Tout en puissance et en growl sur tout le long de cet EP, il apparait quelquefois en perte de sensations, et certains couplets peuvent donc sembler un peu plat, par moment. Au fond, ça n’est pas non plus préjudiciable à la bonne écoute de ce « Versus and One ».

Dans tous les cas, cette première offrande du groupe démontre efficacement la belle technique dont font preuve les musiciens, qui ont déjà un bon bagage. Reste plus qu’à attendre patiemment un deuxième disque pour confirmer tout ça.

mars 4th, 2013

D’un projet en solitaire, jusqu’à être porté par l’une des plus belles voix du Metal français. C’est ainsi que se présente Erdh. Il y a d’abord un fin connaisseur des musiques Metal et des sonorités les plus oppressantes, Nicolas Pingnelain, corédacteur en chef de du webzine/magazine reconnu Obskure.

À l’origine, il voulait créer un projet en s’entourant de plusieurs vocalistes. Mais très vite, il doit se résigner. Et tout aussi rapidement, il croise la route du Worms sacré du métal français, Emmanuel “El Worm” Levy, frontman de la sombre entité Wormfood et ancien partenaire de scène des Carnival In Coal. Une alchimie se forme entre les deux musiciens, Erdh fut ainsi formé : Nicolas à l’instrumentation et Emmanuel distillant son chant unique et ses textes si personnels.

Une musique cinématographique, sombre, oppressante, labyrinthique, entrecoupé de moments libératoires, planant. Le concept d’Erdh se forme autour d’une apocalypse. Mais pas celle d’un monde ou d’un univers. Une apocalypse personnelle, une déchéance suprême, particulièrement violente, mais d’une certaine manière si belle… Entre violence et ambiance, propulsant des riffs atmosphériques autant qu’emprunté à la musique électronique ou industrielle, une voix d’outre-tombe, grave et déprimante, sans laquelle Erdh ne serait pas ce qu’il désire être.

Les habitués des derniers Wormfood (essentiellement l’album “Posthume”) ne seront pas trop dépaysés à l’audition des lignes de chant d’ “El Worm”, très souvent grave, discrète (un peu trop parfois) mais trouvant une beauté unique dans cette débauche de dépression et de noirceur, souvent parlé, quelquefois chanté, toujours avec émotion et un calme remplis de tristesse, lors de rares secondes, Emmanuel libère ses hurlements suraigus.

Unique instrumentaliste du duo, Nicolas maîtrise son sujet avec talent. Imprimant une sorte de duo de guitares entre une première, dominante, à base de riffs agressif, répétitif, telle une musique industrielle bien maniée. La deuxième, plus en retrait, souvent sur les refrains, accueille des ensembles de riffs planant et très étiré, plus ambiant. La batterie programmée s’en sort plutôt très bien, et les allergiques de boîtes à rythmes devrait apprécier.

C’est assez délicat de décrire précisément ce l’on écoute, comme dit plus haut, la musique du duo est presque cinématographique. De ce fait, c’est à chacun de construire et d’y mettre ses propres images pour se bâtir son propre cheminement dans l’histoire musicale de ce “Resilient”.

Sans parler de ressenti, car le ressenti est personnel, nous pouvons toujours apposer une description uniquement musicale des morceaux. Des morceaux industriels traditionnels, comme « Science Affliction », peuvent parler plus facilement à certains. La “double pédale” largement présente ici n’apporte non pas une rapidité supplémentaire, mais plutôt un sentiment d’oppression plus important, tranchant efficacement avec la lenteur massive des riffs présents le long du morceau. Emmanuel révèle déjà tout son talent le long des coupures atmosphériques de ce titre, avec un chant pouvant presque trouver son point d’orgue dans un élan larmoyant.

En guise de coupure dans cet album, en plein milieu se trouve le titre étrange et digital « [O.D.]dity in Neverland ». Uniquement rythmé par des sonorités électro indus, ce titre appose un chant aussi calme qu’agressif de la part d’ “El Worm”, perturbant et étrange, mais aussi excellent, un peu ressemblant au timbre “clair” de Vorphalak, sur l’album « Reign of Light » (Samael), appréciable une fois le rythme martial adopté.

Nicolas semble se plaire à faire des coupures étranges, parfois, comme sur « Oxidized », par exemple, ou le rythme massivement atmosphérique de l’ensemble (ces riffs montant progressivement sur les refrains sont excellents) qui se termine entre martelages bruitistes, électro saturé puis un rythme de violon (électronisé et épuré) dont l’air ne m’est pas inconnu, mais dont la provenance ne me provient plus aux oreilles. Sur « Resilient »-titre, également. Si le début ressemble quand même à celui d’ « Oxidized », on peut noter les diverses incursions, comme un piano sur un chant très intimiste d’Emmanuel ou bien un scratch avant de repartir en toute vitesse dans ces rythmes rapides et puissants, ces variations de voix, Levy propulsant des vagues de chant clair, parlé, aériens et un petit hurlement très discrets, mais dans le ton.

Pour ceux qui préfèrent davantage se retrouver à headbanguer, « Codex Atrox » impose une rythmique écrasante sur les lignes de chant d’aliéné d’Emmanuel, entre une résonance malsaine et une gravité terriblement glauque. Les riffs schizophréniques en agression constante, la double pédale en continu, avant de se terminer en noirceur total, uniquement accompagnés d’une basse ronde et précise. Et ceux qui préfèrent la lourdeur de sonorité proche du doom, « Pink Circuit » est faite pour eux. Tournant régulièrement entre riffs lourd, industriel (ces parties de boîte écrasante…) et synthé aériens avec guitare planante, pour un recueil d’amour noir porté de toute beauté par le chant désabusé d’ “El Worm”.

Probablement le titre le plus organique de l’album, « Sinking » conclut « Resilient » de parfaite manière. “El Worm” maîtrise son organe avec un talent rare, oscillant entre toutes ses facettes de chant avec une facilité déconcertante. Nicolas semble s’amuser et on le sent tant la musique s’écoule de manière très limpide, bien différente de la progression oppressante et déroutante. Les riffs s’approchent davantage d’une approche Metal classique, tout en ne conservant que les variations atmosphériques et des chœurs célestes pour conclure ce premier jet.

L’ambiance est troublante, captivante. Pour un premier essai, l’expérience se ressent. L’expérience d’une vie à écouter les musiques les plus déroutantes pour l’un. L’expérience de joués de ses émotions d’une pureté improbable pour l’autre. Et au final, Erdh signe un premier album mystérieux et surprenant. À suivre, sans aucun doute.

mars 1st, 2013

Véritable homme de scène depuis la fin des années 80, lorsqu’il commence avec ses frangins Sam et Fred dans Les Ogres De Barback ou quand il enchaîne des sessions avec des artistes comme Benabar, Kent, Jacques Higelin ou Catherine Ringer, Jules n’a pourtant décidé de se lancer dans une carrière solo qu’assez tard, en 2007.

De multiples récompenses individuelles et deux albums qui ont connus un joli succès (“sous la menace” dixit l’artiste) portant les noms de « Les Années Douces » et « L’Homme le Plus Fort du Monde », ainsi qu’un passage au Divan du Monde parisien (le prochain passage étant pour le 16 mars de cette année), ont permis au chanteur de se lancer tranquillement dans sa carrière solo. Aujourd’hui, il revient donc pour franchir le cap du troisième album avec « Le Sale Gosse » accompagné du Vilain Orchestra pour assurer l’instrumentation.

Décrire cet album comme du “Rock Alternatif” est un raccourci facile. On retrouve ainsi une énergie rock sur la plupart des titres, mais aussi un côté volontairement pop-variété sur certaines pistes, sur d’autres, l’orchestre appose des touches très jazzy et dansantes, offrant un panel de notes ayant pour but de faire bouger l’auditeur.

La plupart des titres de cet album ne sont pas des démonstrations de technique ou de virtuosité. Le principal objectif de « Le Sale Gosse » est de proposer un enchaînement de titres facilement mémorisable et efficace, se donnant une véritable dimension en live. Les chœurs régulièrement apportés par le Vilain Orchestra donnent une touche catchy (voire kitsch) qui s’accorde plutôt très bien au style global de Jules.

Textuellement, on peut également noter que tout est simple à comprendre. Les mots parfaitement articulés sont faciles, souvent dans le mile, parfois un peu tiré par les cheveux (entraînant souvent une petite grimace de votre cher serviteur…) par certaines maladresses ou figure de style trop banal. On parle de tout dans cet album : de l’influence de la télé-poubelle (« Les Reacs »), les éternels repas de famille (« Le Dimanche Pascal »), la belle vieillesse (« Louanges »), la religion avec l’humour noir de (« Par Amour »), mais aussi de petites histoires (« La Bonne Nouvelle », « Mon Copain Bismarck »…), de l’amour (« Nemours », « Vilain », « Le Prudence »…) ou la solitude (« Maintenant Que Je Suis Seul »). Bien souvent, le second degré sera de mise.

Musicalement, il y a à boire et à manger, le travail réalisé pour faire un album varié est tout de même à noter, même si on tourne de temps en temps en rond, ou bien en puisant un peu trop à droite et à gauche. Aussi en forme que le bonhomme se dévoile avec cet album, on ne peut faire l’impasse sur la sublime « La Prudence ». Piano et batterie accompagnent avec émotion le chant plaisant et sentimental de Jules et de sa guitare planante. Une bonne dose de douceur et d’émotion dont est également chargée « Maintenant Que Je Suis Seul », qui clôture l’album, ode à la solitude, entre guitare acoustique et cordes remplies de tristesse. On ne peut pas s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour ce pauvre homme chanté avec talent par la délicate voix de Jules.

Le Vilain Orchestra est bien souvent mis en avant, pas seulement musicalement, mais vocalement. Choriste sur presque tous les titres, leurs apparitions tantôt plutôt marrantes avec ces vocalises kitsch (« Nemour ») , parfois un peu trop sous forme de remplissage (« Louanges »), mais souvent extrêmement efficace (« Les Reacs », « Par Amour », « Je Me Contente »), leurs ensembles de voix tranche bien souvent avec celui de Jules pour un mélange agréable, lui qui a une voix plutôt classique, une bonne intonation et une bonne tonalité.

Concernant l’apport musical de l’ensemble, on pourra regretter que la guitare électrique soit assez en retrait sur la plupart des titres, même si elle s’offre de bon passage intéressant (« La Bonne Nouvelle », l’énergique « Les Reacs ») tout en apportant son groove en arrière-plan sur tous les morceaux globalement, hormis deux ou trois exceptions. C’est donc le Vilain Orchestra qui impose musicalement l’ensemble.

Et à des moments, le bât blesse. Une bonne vieille variet’ au piano (« Jean-Jacques »), trente secondes pour le titre « Un Cri » qui n’a que moyennement d’intérêt. Le côté Benabar un peu trop présent dans un « Vilain » trop peu inspiré, malgré les bons petits riffs qui en émaillent. Un côté facile trop poussé dès le titre d’introduction « Nemours » ou bien la mi-figue, mi-raison « Mon Copain Bismarck » dont le refrain n’aura rien de bien intéressant, car déjà exprimé maintes fois dans ce même album.

En revanche, on ne peut qu’apprécier les influences jazz qui berce la génialissime « Par Amour » (l’humour noir sera nécessaire, perso, j’adore ce texte), ou celle encore présente sur « Le Dimanche Pascal » aux chœurs bien délirants et à cette conclusion plus folle à la guitare. Le côté pop-rock rondement mené entre piano, guitare et trompette de « Je Me Contente », le groove dansant et remuant de la plutôt marrante « Mal Barré » (premier single de l’album d’ailleurs). La joie vivifiante de la pop de « Louanges »…

Jules, pour son troisième album, nous offres des idées intéressantes dont on pourrait regretter qu’elles ne soient pas suffisamment poussées. Au final, on se retrouve donc avec un album juste bon dont les éclairs de génie ne sont qu’éphémère, mais bien exécuté. Il reste toutefois que « Le Sale Gosse » est un album très sympathique que l’on écoute avec joie après une dure journée. Mais pas sur toutefois que l’on y revienne rapidement…