mai 6th, 2013

Il vient toujours un moment où l’on se sent irrémédiablement seul. Seul à errer dans des rues sans fin, tout en connaissant la terminaison de chacune. Seul à demander aux autres où se trouve cette personne si chère à notre cœur, là où nous ne sommes qu’un courant d’air dans le sien. Le visage triste et hagard d’un être en proie à la pire des solitudes : l’ignorance.

Anatheme est un trio Post-Rock, originaire de la capitale de la Lorraine, Nancy. Très tôt influencé par les maîtres du genre que sont Mogwai, Explosions In The Sky ou encore God Is An Astronaut, Anatheme puise le meilleur de chacun des groupes suscités pour en créer une essence personnelle et émotive, riche d’un cinquième EP après dix ans d’existence. « Kodama San », un être seul, perdus dans les décombres d’un monde rougeâtre de haine et de peine, tel qu’imaginé par Abdesselam Boutadjine, dessinateur de manga. Les mangas d’ailleurs, dont l’auteur japonais Hayao Miyazaki reste une figure emblématique pour le trio.

Une musique que notre esprit perce avec simplicité pour mieux apprécier la complexité des multiples voyages dans lesquelles le groupe nous transporte. Intelligemment disposé, l’EP ne dure toutefois pas plus d’une vingtaine de minutes, les cinq titres étant chacun à leurs manières parsemés des émotions justes, d’explosions mesurées, de douceur millimétrée. Jamais trop, jamais peu.

« Gizmo VS 21st Passenger » pour une introduction en samples japonais et en guitare lourde sur fond de batterie puissante. Des samples qui seront les seules paroles de l’EP, misant sur de légers chœurs et une instrumentation maîtrisée, comme l’atteste ce court break, laissant la part belle à une guitare presque acoustique et une basse royale dans ces ronflements. Cela avant de repartir dans une suite de riffs puissant et rapide et d’une batterie folle dans sa résonance.

Cinq titres donc. Deux qui misent davantage sur les échanges entre coups de sang énervé et moments d’accalmie somptueux. « Le Russe Blanc » pour ce viol de cymbale sur saturation émotionnellement bouleversante de la guitare. Anatheme nous permet de respirer sur ce break d’une énergie rock excellente, fait de riffs groovy et d’une batterie partageant la rythmique avec une basse d’une rondeur captivante, tout en s’enfonçant encore de plus en plus dans des carcans dramatiques prodigieux… « Hou Ä K » mise moins sur le côté atmosphérique de la musique d’Anatheme, propulsant un rock plus traditionnel, pêchu dans ses moments d’adrénalines, plus pop dans ses envolées de douceurs, mais vraiment pas dénué d’intérêt. Mais le final tout en saturation émotionnelle nous ramène très rapidement à ces paysages sombres si chers à Anatheme…

Deux douceurs, deux émotions. « Entendre les Falaises… » mise sur une répétition de gamme, de notes se complexifiant peu à peu, amenant de nouveaux accords, faisant subtilement monter la tristesse dans un recueil de douceur touchant sur son intensité, mélancolique sur sa lenteur, belle sur son émotion. Un titre qui réclame un état d’esprit adéquat pour en ressentir toute la profondeur. « Take Care, Wolf Will Bite You ! » ne doit pas s’écouter seule, mais plutôt avec le très beau clip vidéo qui accompagne cet article. Peuplé d’image simple, de deux personnes en proie à la solitude, aux déchirements, d’un homme recherchant l’être aimé, d’une femme voulant s’échapper de son autre moitié. Toute l’intensité de ce morceau digne des plus belles compositions de Mogwai, de cette guitare électro-acoustique somptueuse et de cette basse lourde de peines s’accorde avec aisance à l’image pour en faire ressortir encore davantage d’émotions, pour un titre si sobre, mais si déroutant.

Anatheme a cette recette, celle d’une musique si poignante, ne souffrant pas forcément de sa faible durée, les trois membres du groupe adoptant sans mal cette recette du “ni trop peu, ni en surdose”. Les émotions font mouche comme jamais, et au final, on en redemande. Que la mélancolie peut être belle…

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