mai 25th, 2013

Dire que l’album de collaboration entre 6:33 et Arno Strobl était attendu est un euphémisme. Depuis la parution en mai dernier de l’EP « Giggles, Garlands & Gallows », le combo francilien était attendu au tournant. Sorte de symbiose quasi parfaite des influences des Parisiens et de l’ex-chanteur de Carnival In Coal, l’entente avait accouché d’un EP efficace, varié et nostalgique.

« The Stench from the Swelling (A True Story) » est ainsi le deuxième album de 6:33 (que nous pouvons nommer aujourd’hui tout simplement 6:33 & Arno Strobl), deux ans déjà après l’inimitable « Orphan of Good Manners ». Un second opus qui s’inscrit à la fois dans une voie similaire et très différente de ce premier effort, essentiellement par la patte d’Arno. Il y a déjà quelques années, celui-ci faisait vibrer l’hexagone (et autour) avec Carnival In Coal, musique hybride et farfelue, mixant habilement Grindcore et pop, Black et variété, Death et easy-listening music.

En deux ans, le groupe a mûri d’une excellente manière. « Orphan of Good Manners » était un disque bon, mais difficile à appréhender. Une fois l’oreille familière à la musique « bordélique » du groupe, celui-ci pouvait enfin être vu à sa juste valeur, celle d’une des plus grosses surprises de la scène française de ce début de décennie. Mais voilà : il fallait déjà dresser son oreille. Personnellement, j’ai adoré. Mais je ne suis pas surpris quand on me dit ne pas aimer cet album. Le style du groupe, propre à ne jouer qu’avec des synthés et sans aucune batterie pour tenir le rythme, est difficile à négocier. Et il est vrai que la batterie synthétique de « Orphan of Good Manners » a demandé un gros travail à quelques-uns pour passer par-dessus certaines de ces sonorités « plastifié ». Et sur le son, « The Stench from the Swelling (A True Story) » se part d’un excellent travail ! Nous y reviendrons.

Prévue à la base pour septembre 2012, la sortie fut maintes fois repoussée pour des raisons diverses et variées (sans rentrer dans les détails). Établie à la base comme une « suite » (ou un complément) à l’EP « Giggles, Garlands & Gallows », l’album reprend donc les trois titres présents sur celui-ci et en rajoute trois nouveaux, en plus d’y incorporer « Starlight », tube des Supermen Lovers (et sorti en 2001, voilà qui ne rajeunit personne). Sur la forme musicale, l’ensemble reste profondément ancré dans un Metal Expérimental fait de mélanges improbables et de tournures musicales proprement intéressantes, tout en « adoucissant » (relativement) la force présente sur « Orphan of Good Manners ».

Sur le fond, donc, cet album est tout de même bien moins « brutal » que ne le fut le premier ou bien la discographie de Carnival In Coal. Les growls de maître Strobl sont en sous-nombre, les guitares délivrant bien moins de saturation pour un travail bien plus important sur les profondeurs stylistiques et la variété des sonorités. Quant au point principal de divergence, la batterie, un gros travail a été apporté ! Bien moins au premier plan que sur l’album précédent, celle-ci devient par la même occasion bien plus digeste, rythmiquement impeccable et se confondant souvent avec le véritable instrument !

Ouvrant sur deux inédits, « (I Should Have Known) Her Name Was Boogie » n’est pas sans rappeler l’ambiance débridée et festive des opus de CinC. Seul maître du micro, Arno parvient à nous distiller un groove vocal impeccable, dansant au rythme de ces guitares en saturation et de ces doubles pédales à la vitesse hallucinante (même si électronique, le son reste tout de même plutôt organique). Empruntant sans vague et sans coupure une voie très expérimentale sur son approche, l’ambiance varie régulièrement entre des sonorités plus sombres et quelques éclats magnifiquement incorporés (basse jazzy, chœurs tripants, acoustique “coin du feu”, synthé grandiloquent…). Deuxième inédit: « Burn-In » laisse la parole à Rorschach, nouveau chanteur du groupe parisien. Dans un titre proche musicalement de ce qui se faisait sur « Orphan of Good Manners », la voix de Rorschach vise juste. De moments pop en éclat de voix de dément, l’adéquation avec Arno est parfaite. Profitons bien de son petit growl avant de partir danser sur un « Tango de la muerte » agrémenté de folie guitaristique typiquement 6:33-ienne. Véritablement catchy, ce refrain risque de squatter votre cervelet pendant longtemps.

Le côté très kitsch de Carnival In Coal se ressent sur « I Like It », identique en tout point à la version de l’EP, mais agrémenté cette fois d’un clip qui inspirera la nostalgie des 60’s à ceux qui l’ont connus. Dualité intéressante de rockabilly et de Rock gras, avec chœurs catchy, basse swinguante et effets jazzy en tous genres avant de prendre la direction d’un break plus explosif, à la manière de ce qu’à toujours fait 6:33. Et puis il y a « Starlight ». Impossible que le titre des Supermen Lovers n’ait jamais traversé votre orifice auditif ! Très bel hommage qu’est cette belle reprise, abusant de guitares grasses pour remplacer les effets électro de l’original et de chœurs féminins aussi entraînant que le titre original. Toujours servit par une basse idéale dans sa rondeur et d’une box en rythme, maître Strobl y va de sa plus belle voix de crooner pour nous ramener dix ans en arrière, dans nos boums de jeunes gamins.

Mais la véritable surprise de cet album provient du long titre « The Stench from the Swelling ». La folie Stroblienne-6h33ienne est pour ainsi dire absente. Si l’ambiance confine au malsain, les vagues extrêmement atmosphériques qui s’en dégagent ne peuvent laisser de marbre. Laissant place à une douteuse légèreté et un refrain dans une veine planante et émotionnelle rappelant à la Doom-”ballade” de CinC « D.O.A », la voie progressive suivie par le groupe révèle un visage méconnu de 6:33. Seul titre à ne pas par partir dans élans “n’importe quoi-esque”, celui-ci prouve la valeur musicale du combo parisien, pouvant sans problème ralentir le tempo (et ce même dans le cours passage Death growlé) et s’en sortir incroyablement bien. Et que dire du sublime final ? Riffs et solo aériens, chœurs magistral, ambiance céleste à tomber. Merveilleux.

Le disque se termine sur la doublette de cette sombre histoire de guerre d’un clows cocufié par des nains lui ayant volé sa femme à barbe. Similaire en tout point à la version de l’EP de mai dernier, On retrouve ainsi un « Order of the Red Nose » à l’ambiance festive plongeant l’auditeur dans un cirque de riffs lourds, d’instruments désaxés et d’une ambiance pressante du plus bel effet. Bien plus puissante que la version de l’EP, ce premier chapitre écrase en dix minutes beaucoup de concurrence dans l’univers de la musique désordonnée. Seul vocaliste du tout, Arno nous ramène dans les plus belles années de CinC, tout en se renouvelant constamment. Quant à « M.I.D.G.E.T.S », celle-ci nous prouve qu’une boîte à rythmes peut effectivement blaster à une vitesse folle tout en ayant l’air presque naturelle. L’ambiance est ici bien plus crasseuse et grandiloquente, le son et les influences confinent aux magnifiques, d’élan de brutalité sur fond de symphonie, d’un chant groovant sur des blasts étouffants, des coupures funky pour une basse géniale jusqu’à une parade finale gardant sous le coude de quoi faire incendier les salles de concerts, cette histoire de clows et de nains tient de toute évidence toutes ses promesses. Et si la curiosité de savoir ce qui vous attend réellement dans ces deux chapitres vous taraudent un peu trop : il n’y a qu’à lire mon article détaillé de « Giggles, Garlands & Gallows ».

Malgré tout, au-delà dont se prévaut l’album, le fait qu’il n’y ait “que” 25 minutes d’inédit (dans l’optique où l’EP précédent fut maintes fois rayé par un nombre beaucoup trop supportable d’écoute pour ce pauvre malheureux petit disque) pourrait refroidir certaines ardeurs. Oui et non. Disons qu’on oublie très rapidement l’EP, car « The Stench from the Swelling (a True Story) » a tout pour devenir un disque indispensable et incontournable. Quand un spécialiste de la musique expérimentale s’associe à l’un des meilleurs espoirs de la scène française, 6:33 a tout pour devenir une référence d’ici quelques années. Mais d’ici-là, il reste encore de très nombreuses étapes, car la route est encore bien longue.

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