juillet 9th, 2013

The Dillinger Escape Plan : One of Us Is the KillerThe Dillinger Escape Plan, ou la porte d’entrée à un monde ou règne la décadence et l’ultra-violence la plus totale et intelligente qui soit. En plus de quinze ans de carrière, le groupe aura pris le temps de nous asséner album après album, mandale sur mandale, prend toi une baffe dans ta gueule et enfonces-toi dans l’univers torturé du maître du Mathcore mondial.

Quinze ans à faire du Mathcore, c’est long, mais ça prouve également la régularité du groupe à nous sortir un nouvel opus, toujours en prenant son temps, généralement tous les trois ans, environs. Et le Mathcore, avec son lot d’expérimentation impromptues offre un genre qu’il est difficile de varier et de réellement pouvoir faire tenir sur la durée.

C’est ainsi de cette manière, après un « Calculating Infinity » à la brutalité technique sans égale et un énorme « Miss Machine » que The Dillinger Escape Plan s’est lancée avec succès sur la voie du Hardcore Chaotique qui sera sa marque de fabrique. « Miss Machine » sera la transition. Car les personnalités de Dimitri Minanakis et Greg Puciato sont aussi complémentaires qu’opposées.

« Ire Works » l’avait déjà prouvé, apposant davantage de “mélodies” dans un disque déconcertant, concept musical davantage travaillé dans un « Option Paralysis » plus mûre dans la nouvelle voie conceptuelle de Dillinger. Mais aujourd’hui, que peut-on attendre d’un groupe ayant déjà énormément prouvé au monde du Metal ?

À la fois beaucoup et pas grand-chose. « One of Us Is the Killer » apparaît comme le résumé de la vie musicale du quatuor américain. Dans une totale continuité par rapport à « Option Paralysis », le Hardcore de Dillinger se veut toujours aussi intellectuel autant que barge. Ainsi, n’attendez pas une révolution, mais plutôt une évolution.

L’évolution la plus importante et extraordinaire se trouve dans l’organe vocal de Greg Puciato. Beaucoup n’ont pu s’empêcher de le relever. Les régulières interventions du chanteur dans un registre plus catchy et mélodique ont divisées. Et la performance du chanteur sur « One of Us Is the Killer » aura de quoi plaire à tout le monde. Jamais encore le chanteur n’avait paru aussi à l’aise dans ses transitions, autant dans ses cris de damnés (« Crossburner ») que dans son chant le plus sensible et délicat qui soit (« One of Us Is the Killer ») en passant par toutes les facettes vocales violentes (« Prancer ») et complètement schizophrénique (« When I Lost my Bet » et son clip parfaitement gore et jouissif) et bien d’autres.

Mais la qualité du chant de Greg ne se complète qu’avec l’excellence musicale d’un début aussi furieux que « Prancer ». L’assaut est frontal, sauvage. Même le léger break atmosphérique ne fera qu’augmenter la pression que le groupe mettra sur nos épaules. Les viols continuels des fûts de Billy sont proprement aussi hallucinants que les nœuds de guitare de Ben. Quant à cet assaut, il ne disparaîtra pas avant un « When I Lost my Bet » tortueux et jazzy. La rage et la puissance de Dillinger n’ont en aucun cas disparu, se trouvant encore davantage perfectionné dans un jeu des plus techniques des trois musiciens (l’étouffante basse de Liam, notamment).

De toute évidence, le groupe n’a aucune envie de lever le pied, et ce n’est pas la Mathcoreuse « Magic That I Held You Prisoner » qui me contredira, la courte durée du morceau rappelant bien les titres à l’atmosphère brève et directe qui pouvait composer les premiers albums du groupe, entre ambiances brutales insoutenables et moments lourdement aériens et perturbants des refrains (et cette voix magnifique de Greg). L’ambiance débridée de « The Threat Posed by Nuclear Weapon » mené par la guitare à 72 cordes de Ben et d’un piano oppressant en arrière-plan sur les hurlements sauvages de Greg. Les réguliers breaks ne feront qu’apporter une délicate ambiance malsaine (la patte de Liam est impressionnante) du plus bel effet.

Le groupe a franchi un cap sur ses transitions musicales comme le démontre l’épatante « Hero of the Soviet Union », démontrant une dualité intéressante de brutalité et de haine, sur une première partie puissante et une seconde mettant davantage en avant une lourdeur musicale couplée au sentiment d’une colère impressionnante dans la tessiture de voix de Greg. « Understanding Decay » et son introduction parfaite de basse possède également les arguments nécessaires à la déstructuration vertébrale des auditeurs. Les multiples passages de voix claire frapperont au cœur par le déluge d’émotions qui en ressort, associés à une guitare extrêmement atmosphérique dans ses solis, se mélangeant adroitement avec l’air sauvage de ce morceau. Et cette conclusion non loin du Grind au niveau des voix ?

Et que dire de l’atmosphère Doom qui ressort de la “”"”lente”"”" « Crossburner », dominé par une basse hypnotique et un chant clair d’une folie chuchotée indécente, autant que pour des passages criés d’une voix des plus dérangés sur une guitare torturée comme rarement, montant peu à peu dans des sommets de violence à la tessiture prog-jazz parfaite ?

Quand on parle de Math-Metal, Messhugah revient régulièrement. Sans non plus comparer ensemble les deux groupes, la surpuissante et hypnotique instrumentale « Ch 375 268 277 Ars » aurait pu émané d’une collaboration de ces deux entités surnaturelles du Metal intellectuel.

Depuis « Ire Works », Dillinger se plait à couper ses albums de morceaux tranchant dans leur calme. D’un « Black Bubblegum » surprenant à une maîtrise assumée de l’univers jazzy d’un « Widower », « One of Us Is the Killer »-titre garde certains éléments, en les perfectionnant encore. La voix de Greg, si aigu, si planante, si délicate, la musique si calme, si prenante, digne introduction d’un polar bien noir se relaie avec maîtrise à des refrains plus entêtants et “basique” dans l’approche de la mélodie catchy tant recherchée.

Mais au-delà de ce break parfait, d’autres moment de “pause” convainc autrement. Si on pourrait retenir la formidable partition de la basse de « Nothing’s Funny », le reste des protagonistes ont crée un morceau beaucoup trop semblables à l’univers qu’ils ont eux-même construit sur les précédents albums. Le morceau n’est pas mauvais ! Loin de là ! Mais il fait quand même une petite tâche à ce beau tableau. De même, mais différemment, pour un « Paranoïa Shields » qui convainc sur ces couplets et break sombres, étouffants, mais qui fatigue sur cette recherche de la sonorité catchy qui fera la différence sur les refrains.

Au final, ce nouveau The Dillinger Escape Plan n’innove pas franchement. Et alors ? Le style du groupe américain, proprement insoutenable et volontairement inaudible lors des premières écoutes, se complaît magnifiquement dans ces expérimentations sonores. Beaucoup plus direct, toujours autant mélodique et catchy, le style n’en reste pas moins extrêmement exigeant et impressionnant. TDEP reste le maître du genre, et la place n’est de toute évidence pas prête de devenir vacante.

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