novembre 28th, 2013

The Browning : HypernovaLe credo du Metalcore électronique est une tendance en vogue depuis quelques années, Sybreed ayant lancé les hostilités par de nombreux éléments dans son album « Antares », des groupes comme Asking Alexandria ont par la suite démocratisé le genre, l’apportant à la réussite de projet comme Enter Shikari, Crossfaith ou We Butter The Bread With Butter pour ne citer que ceux-là. L’électro-core, comme nous le nommerons ici, est une évolution-type, un Metalcore 2.0, décalant de cela encore plus une mouvance déjà très critiquée dans l’univers du Metal.

Perdurant dans un style raillé bien trop souvent pour une simple question de look (qui est parfois, il faut l’avouer, atroce, même si certains Blackeux… Je ne rentrerais pas dans ce débat sans fin), The Browning a pénétré de plain-pied dans ce domaine avec un premier album qui s’est inscrit dans la lignée des productions des groupes cités ci-dessus. La volonté de faire du Dancefloor une scène Metal à part entière n’est pas une chose que la plupart pourront apprécier, mais il faut reconnaître qu’à aujourd’hui, les groupes osant des mélanges particulièrement osés deviennent légion, bien que la qualité, elle, soit la plupart du temps absente.

« Hypernova ». Deuxième album après « Burn This World » donc. Ce premier jet avait régulièrement eu comme principale remarque l’absence de plans Metal marquant, la plupart n’étant pas du tout appuyés, donnant l’air d’écouter un disque d’électro greffé de quelques guitares et d’une base hurlée parfois trop mise en avant. « Hypernova » s’inscrit dans une évolution logique du concept adopté par The Browning. La production, comme toujours dans le milieu, se veut parfaitement propre et organique, la différence viendra maintenant de la place des instruments. Bien entendus, les claviers et autres effet électronique tiendront une place prépondérante dans l’ossature globale de la chose, mais les Américains vont maintenant bien au-delà.

La surprise avait été vraiment importante pour le premier opus et il était clair que les Américains ne pouvaient en aucun cas se contenter de se reposer sur leurs acquis. « Hypernova » est donc un album entre deux chaises, fruit d’un groupe évoluant sans réellement savoir quelle direction donner à son avenir. Ainsi, sur « Hypernova » se côtoie des titres aux effets extrêmement Dancefloor, multipliant les effets électroniques apportant une dimension atteignant une trance palpable et les courants électro désormais démocratisé (la Hard-Tek ne fait plus peur à personne, aujourd’hui). Mais de l’autre côté, le groupe propulse des variantes bien plus virulentes, purement Metal/Deathcore. Les guitares y tiennent ainsi une place plus que prépondérante, la batterie ressortant facilement du mixage, le chant, toujours growlé, trouvant une nouvelle dimension dans un registre plus mélodique.

L’ « Invasion » de départ est une introduction plus que facile, multipliant déjà les mélanges organiques et synthétique avec des riffs déjà purement dans la mouvance –coreuse. Ce sera l’un des points de divergence de l’album, néanmoins, « Save the World » démontre déjà la volonté du groupe de faire ressortir les inspirations Metal, les guitares sont nettement en avant, l’électro ne domine plus et ne sert que d’accompagnement.

« Hypernova » s’apprécie comme un sandwich. Il y a deux tranches de pain (à savoir les premiers et derniers titres) qui s’apprécient correctement et un cœur qui révèle tout le potentiel du groupe. Commençons par le pain. Il se matérialise avec l’électro catchy et les breakdowns de « Gravedigger », jouant comme au tennis entre des parties à dominance Metal et d’autres plus Electro. Il y a aussi « Industry », plus clinique et froid. Un Metal Industriel plus rapide, des growls furieux, tous les éléments sont en adéquation sans jamais trop dépasser. Puis il y a l’incroyable triplette « Breaking Point », « Planet Hate » et « Cross the Line ». La rythmique est classique, un Deathcore de base, les breakdowns sont dessinés de la même façon, les ponts électroniques très bien jumelés entre les pistes, parfois symphonique, parfois sous forme de chœur plus céleste. Un impressionnant manque d’inspiration et une facilité assez déconcertante.

Le déroulement de cet album est extrêmement intéressant. Le groupe ouvre et ferme son disque de la même manière : par de l’in-originalité, se contentant de piocher des rythmiques usées jusqu’à la corde et des parties technos que ne renieraient pas les dernières boîtes à la mode. On pourrait interpréter le début par un : « Eh les mecs, vous avez vus ? C’est encore nous ! » qui permettrait que le fan ne soit pas désabusé. Puis l’album se conclurait par la même touche d’in-originalité pour montrer au fan que « Et ouais, c’est toujours nous ! ». Et au milieu ?

Tel un bon steak saignant, le groupe propulse un « Hypernova » extrêmement dynamique dans son déroulement, multipliant interludes et breakdowns avec un talent certain, rien n’est en omniprésence, le groupe dispose ses éléments dans la justesse, que ça soit dans la lenteur extrême ou d’étouffantes frappes de double. On capte une rythmique tout aussi dynamique du côté de « Type 1A », plus industriel sur ses ambiances très mécaniques (son sublime break électro) et martiales, donnant dans des growls parfois plus émotionnels, moins dans la violence.

Des titres comme « Fifth Kind » prouvent également que le groupe sait bâtir des morceaux plus ambiants. N’attendez pas non plus des ballades, le chant clair n’existe pas ici (même si un semblant de chant électronique fera son apparition sur le refrain), je parle davantage d’ambiance. Les breaks sont moins sombres, plus reposant et en total adéquation avec la lourdeur des parties Metal et des growls caverneux de Jonny McBee. De la même manière, la courte « Black Hole » se fera plus atmosphérique, les hurlements iront même parfois jusqu’à se montrer plus implorant. L’électro emmènera d’ailleurs parfaitement le rythme.

Et de l’autre côté, nous voyagerons au Moyen-Orient avec l’arabisante « Slaves ». Oui oui, du point de vue de la cohérence avec le reste de l’album, c’est moyen, mais nous sommes forcés de reconnaître que c’est particulièrement bien réussis, aussi bien dans la synthétisation des ambiances que dans la brutalité des blasts et des riffs plus orientaux. L’album se clôturera par la suite sur un « Fearplex » plus angoissant, entre un piano pesant et une lourdeur mécanique impeccable sur des growls d’une violence sublime.

The Browning nous livre un disque en demi-teinte, entre une partie plombée de pompage rageant et une autre remplie de trance et d’ambiances enivrantes. De ce fait il est difficile d’émettre un vrai jugement sur la valeur du groupe, nous prouvant à la fois le pire de la scène –coreuse et également en quoi elle peut habilement se sublimer. Pour The Browning, la réponse est claire : le cap du troisième album risque d’être décisif. L’ombre ou la lumière ?

novembre 27th, 2013

Stonebirds : Kreiz-Breizh Sessions Vol. 1En Bretagne, il n’y a pas que la pluie (le vilain cliché…). En farfouillant encore plus loin, on peut trouver de très belle découverte Métallique et plutôt que de nous intéresser à un groupe en particulier, aujourd’hui, je vous en propose deux ! Stonebirds et Stangala sont donc deux groupes Bretons, l’un de Lorient, l’autre de Quimper et évoluant tous deux dans une sphère Doom/Sludge aux inspirations toutefois très différentes. Pour leur première collaboration, les deux groupes nous offrent donc ce « Kreiz-Breizh Sessions Vol. 1 », comportant dix pistes, cinq pour chaque groupe.

Commençons par Stonebirds. Créé en 2011, leur premier album, « Slow Fly » a été enregistré seulement deux semaines après la formation du groupe, il en a donc résulté un album moyen, car manquant grandement d’expérience. Deux ans après, la route a forgé un peu plus le caractère et l’entente des membres, qui reviennent avec un son brut, entre la lourdeur d’un Doom/Sludge et le groove du Stoner/Southern Rock.

« Red Is the Sky » est une entrée en matière extrêmement correct. Le son est très classique, mais efficace, gras dans ses riffs rock’n'roll teinté de Stoner. Fañch possède un timbre de voix grave et viril, comportant quelque chose d’émotionnel, même si le sentiment que le chanteur exagère le tout ressortira plus d’une fois. Concernant l’ensemble, les guitares sont grasses comme il faut, déversant un groove impeccable, tandis que le duo batterie/basse se fera discret, mais toujours parfaitement dans le ton.

Néanmoins, une fois cette introduction rock passée, le groupe s’enfoncera de plus en plus dans les atmosphères poisseuses caractéristiques du genre. « Game Over » est davantage Doom, offrant des riffs hypnotiques et plus lourds, lancinant, dimension évidente du Stoner. Le chant s’autorise même quelques growls bien sentis, même si relativement imparfait. Le côté crade de la musique ne sera pas nous rappeler quelques petites réminiscences des chefs de file que sont par exemple Down ou Eyehategod. Et le rythme suivra une évolution de plus en plus malsaine par la suite, notamment sur la plombée « Outro Drama », avec basse pessimiste et atmosphère en saturation et hurlements constants. Dans une ambiance plus psyché, Stonebirds frappe juste, osant même quelques passages de voix plus célestes sur la fin.

Mais la suite ne nous offrira pas tant de surprise que ça, « Red Lights » revenant à des passages Desert Rock tendant vers le Sludge et un groove plus grunge, notamment dans la voix. « Dark Passenger » clôture la face A sur une rythmique Stoner plus classique avec un groove excellent, mais qui marque une disparition inexpliquée de la batterie. La voix est envoûtante, lorgnant vers Soundgarden sur certains éclats avant de laisser place à une conclusion se rapprochant des constructions Post-Rock avant de conclure définitivement sur les sonorités d’une vieille cassette audio déréglée.

Place maintenant à Stangala. Peu de chose à voir avec Stonebirds, le son sera plus expérimental, une hybridation de Doom/Stoner avec une musique plus folklorique et celtique et un chant intégralement en breton et sans livret de parole. Chauvinisme régional ou totale prise de risque ? Ce sera à vous de décider, d’autant plus certain que cela ne vous laissera pas totalement indifférent.

« Kemper » ouvre le bal sur une ambiance folk assez basique, presque sage, saxophone et basse (synthé ? Comme le bassiste n’est pas crédité dans le livret…) au premier plan pour emmener une guitare extrêmement lourde sur une attitude qui confinera à une sorte de pop très sombre sur un chant réverbéré à outrance et à la dimension hypnotisante plus que présente. C’est très classique là aussi, mais ça n’en sera pas moins plutôt léger et réjouissant, même si nous serons bien loin du véritable talent et de la pure folie présente sur « Boued Tousek Hag Traou Mat All ».

La suite n’en sera que plus perturbante, « Konk Kerne » opposant le pire (ces blasts sans aucun sens et des hurlements à la peine) au meilleur (certaines lignes de chant presque incantatoires ou encore ce saxophone complètement habité) sans véritable fil conducteur. En parlant de cris, ceux-ci ne sont pas prédominants dans la musique de Stangala, mais « Evel ar re Yen » nous apposera à certains moments un chant presque Black sur une rythmique qui confinera au rock sale des amateurs de Stoner Doom. Étrange, mais pas inintéressant, d’autant plus que le chant clair est toujours aussi prenant et que l’atmosphère complètement psycho et bruitiste de l’ensemble sera plutôt bien retranscrite.

Et si on parle de bruit, pourquoi ne pas également parler de la schizophrénique « Ar Stang » au groove rock assez indéfinissable sur un son vraiment sale qui colle plutôt bien au tout. De nombreux hurlements en tous genres prendront place ici, permettant de débrider encore davantage cette ambiance très glauque, qui perdurera sur le titre bien nommé « St. Alar et les Algues Hallucinogène ». Entièrement instrumental, la rythmique y sera très répétitive, lente et véritablement psychédélique. Le saxophone complètement fou n’aura de cesse de donner de la vie à un morceau beaucoup plus sombre.

Pour Stangala, on regrettera peut-être que les délires à la Electric Wizard soient bien moins présents sur leurs partitions, semblant préférer quelque chose de plus « droit ». De plus, le son sera bien moins chaud que Stonebirds, nuisant quelques peu à la concentration sur certaines pistes et même si le son sale est un parti pris, il y a quand même certaines limites. Pour Stonebirds, donc, le contrat sera rempli sans dépassement, jouant sa partition sans véritables fausses notes et surtout avec une rigueur très professionnelle. Ce volume 1 est un split plutôt bien ficelé qui saura contenter tous types d’amateur de Stoner-Doom, que celui-ci préfère écouter une musique sérieuse ou plus fun, dans tous les cas, nous attendons le volume 2 avec impatience.

novembre 27th, 2013

Pro-Pain : The Final RevolutionQuinze albums en vingt-et-un ans de carrière. Rares sont les groupes à pouvoir compter sur un combo longévité-régularité-qualité semblable au quatuor américain Pro-Pain, qui ne semble jamais vraiment vieillir. Et seulement un an après le davantage thrash « Straight to the Dome », l’enfant de Gary Meskil propulse sa quinzième pousse à l’intitulé direct : « The Final Revolution ». En espérant évidemment ne pas avoir affaire au final du groupe.

Pour ce disque, Pro-Pain est sur sa continuité, enjolivant sa musique de nombreux éléments allant du Thrash/Heavy à de nombreux relents Hardcore/Punk, une recette qui fait le succès des New-Yorkais depuis déjà vingt, rappelons-le. Sortis seulement trois mois après la clôture de l’enregistrement, ce « The Final Revolution » ne fera pas dans la dentelle. Douze titres pour un total de 36 minutes, cela n’en sera que plus intense.

La production est très lourde, puissante, offrant un son très moderne, mais pas dénué d’âme, au contraire, la rythmique écrasante et rapide de l’ensemble offre ainsi un modèle de Hardcore dynamique et prenant. Jamais dans la violence gratuite, Gary appose une voix rageuse et brutale, dans un accord parfait avec la musique, qui respectera bien souvent un schéma très similaire entre les pistes, un corps massif et souvent groovy, des refrains parfois plus mélodiques dans leur lourdeur, le tout régulièrement entrecoupé de breaks plutôt judicieux et de solos efficaces suffisamment brefs pour ne pas tronquer le rythme.

Il devient ainsi difficile d’extraire quelques pistes pour les décrire, tant les plans se ressemblent et ne laissent finalement qu’assez peu de surprise, nous offrant un disque compact qui s’écoute très facilement tout en sachant viser juste pour nous rester en tête pendant un bon moment. Mais s’il faudrait retirer certaines pistes, peut-être parlerais-je de l’écrasante et directe « Problem-Reaction-Solution », de la maîtrise stylistique de « Southbound » ou encore de la pure colère parfaitement retranscrite d’ « All Systems Fail ».

Les breakdowns de « Want Some ? » ou le refrain très réchauffé de « Fall from Grace » me confirmeront que nous sommes bien dans le quinzième album d’un groupe parfois en manque d’inspirations. Mais les pistes étant suffisamment courtes pour ne pas s’ennuyer, ce genre de choses ne perturbera au finale pas tant que ça l’audition d’un album qui ne renverse certes rien, mais demeure parfaitement jouissif pour peu que le Hardcore revendicatif soit votre came.

Quand c’est parfaitement exécuté comme ce nouveau Pro-Pain, on ne peut rien dire de plus, si ce n’est l’envie gueuler et de relâcher la pression. Ce « The Final Revolution » ne cassera pas les codes et ne fera peut-être pas date dans la discographie du groupe, probablement remplacé d’ici l’année prochaine par un seizième opus. Mais au même titre que Biohazard et tant d’autres, Pro-Pain démontre toute la puissance d’un Punk/Hardcore US qui a encore de très beaux jours devant lui.

novembre 26th, 2013

It Came From Beneath : When No Light RemainsLe nom reste bien dans les clichés du Deathcore. It Came from Beneath est donc un groupe Lyonnais sortant cette année son premier méfait, sobrement intitulé « When No Light Remains », offrant une quarantaine de minutes bien ancrées dans un Deathcore primaire et hargneux. Mais au-delà de ça, on se pose sans arrêt la légitime question coreuse : qu’est-ce que ce disque apportera à un genre déjà extrêmement bien (et trop) fourni ?

La question n’aura clairement pas de réponse. It Came from Beneath s’impose d’emblée dans un carcan classique du milieu, sans pour autant s’enfoncer dans la facilité. Aujourd’hui, si on veut sortir de la masse, il faut s’en dégager de soi-même, convaincre le chroniqueur que le groupe en question possède les armes pour s’en sortir, pour lui faire dire qu’il écoute quelque chose « d’autre ». It Came from Beneath possède ces armes… Par intermittence.

Clairement, les pistes tendent à se ressembler et à mutuellement s’empiéter sur leurs territoires. Comment cela ? Et bien les Lyonnais veulent nous montrer que la technique ils l’ont. Ce disque transpire d’une technique globalement bien maitrisé. Mais où est le souci ? Il réside dans le fait que le groupe semble clairement hésiter dans la marche à suivre.

Ainsi, tous les morceaux tendent à se ressembler dans leurs approches brutales, mais pour ne pas s’enliser, le groupe multiplie cassures rythmiques, breakdown, break… Tout le temps ! Si l’idée est en soi intéressante, tous les morceaux ne dépassent généralement pas les 3-4 minutes. Et quatre minutes dans lesquelles le rythme change sans arrêt, c’est extrêmement épuisant. Pour vous donner un exemple TRES basique et sans aucun rapport, prenez du Dream Theater. Dans des morceaux d’un quart d’heure, le groupe a le temps de distiller ses ambiances, de casser ses rythmes, de changer d’univers. Alors qu’ici, on finit très vite par se retrouver à surnager devant autant de changements en trois minutes.

Cela nuisant à la concentration globale, on notera des choses quasiment inutiles. L’introduction « Kassapian » par exemple. Elle part d’une bonne idée, classique certes, mais bonne : celle de l’ambiant inquiétant, avec grincement et voix lointaine. Sauf qu’en fait, l’intro de « Suicide Icon » débute de façon totalement hors-sujet, directement massive et sans aucune continuité. Autre chose : la production. Elle est propre, mais extrêmement sèche, étrange en sachant Will Putney (Suicide Silence, notamment) à la masterisation. Si la batterie ressort du mixage, elle passe trop allégrement devant les guitares, la partie mélodique étant d’ailleurs complètement invisible à cause de ceci, autant que la basse. On arrive donc à un résultat malheureux : l’album perd quasiment toute sa brutalité par sa platitude ambiante, la preuve en est avec les intros de chaque piste, débutant quasiment tout le temps par des blasts, retirant tout l’effet de surprise.

C’est flagrant, tout l’album semble être dans une hésitation constante. Outre les changements de rythmes trop incessants pour être naturels, la voix pâtit de ce capharnaüm d’influences. Constamment en hurlement, le chant manque clairement de folie, même si on pourrait soulever les tons Postcore déchirant de la plus touffu « Dedication » et les tentatives intéressante, mais pas suffisamment poussé, de pig squeals sur la très facile « Buried Under Dejections ». Et sur le reste de l’album, ce sera festival de growls mal mis en avant et de hurlements assez monocordes, même si bien prenant.

On note donc que l’album contient des petites perles qu’on aurait sans doute aimé entendre davantage. Les hurlements revendicatifs et Hardcore sur « Daylight in Agony » ou « Dead and Gone », la partie piano sous-exploité sur « Collapse Aftermath », la belle démonstration d’un Deathcore sobre et violent avec « Fill the Silence » ou encore l’instrumental « Bright Shadows », marquant une pause bienvenu, extrêmement bien foutus, mais manquant d’émotion encore une fois à cause de la production globale. Mais cela ne suffira pas à sauver un album extrêmement maladroit trouvant son point d’orgue dans le bordel qu’est « One Thousand Failures », combinant en trois minutes tous ce que le groupe n’a, semble-t-il, pas pu intercaler dans les pistes précédentes.

« When No Lights Remains » n’est donc pas profondément un mauvais album. Mais à trop vouloir en faire, It Came from Beneath a littéralement créé un disque redondant et épuisant dans le mauvais sens du terme (tout l’inverse des belles prestations scéniques), vomissant beaucoup trop d’idées pour réellement accrocher l’auditeur. On sent un très bon potentiel, toutefois, suffisamment pour se dire que le groupe peut faire bien mieux. La davantage maîtrisé « The Answer Remains Unknown » finale me laisse en tout croire à ceci, maintenant, tout repose principalement sur le groupe…

novembre 20th, 2013

Bad Tripes : Splendeurs et ViscèresIl est de ces groupes auxquelles on pourrait en demander parfois trop. Bad Tripes et l’un d’eux, un groupe qui débarque sans que l’on s’y attende vraiment et qui bouscule son petit monde de provocation calculé et d’humour déglinguant. « Phase Terminale » avait lancé les hostilités d’un Metal Industriel lourd et puissamment varié, parlant ouvertement de sexe, de perversion, de foutre et de sang.

Dire que ce « Splendeurs et Viscères » était attendu relève de l’euphémisme. L’attente est déjà très longue depuis plusieurs mois et la diffusion du clip sanguinolent de « Les Noces de Sang ». Mais où en est Bad Tripes, alors ? Aurons-nous un groupe ancré dans son univers ou plutôt enclin à s’émanciper pour vagabonder en d’autres lieux ?

Si « Phase Terminale » était profondément génial par ce côté “je-m’en-foutisme” du propos général, donnant lieu à un disque extrêmement instantané, « Splendeurs et Viscères » ne perdurent qu’à moitié dans cette voie. Le fait que le groupe se sache attendu au tournant a probablement joué dans la composition globale de l’album. On se retrouve donc avec deux styles de titres : ceux à la musicalité bien classique et d’autres tentant l’originalité en se forçant parfois trop, souvent comme il faut. Trêve de bavardage : développons tout ça.

Dès le départ canon de « Chair à Canon » (un peu facile…) on se retrouve en terrain connu. Cette manière d’emmener des couplets très électroniques et ces riffs écrasants et lourds et, d’une certaine manière, plus mélodique sur les refrains en font par exemple une trame utilisée depuis les premiers Rammstein. Cela n’est pas clairement un reproche en soi, puisque l’ensemble se voit magnifié par la voix d’Hikiko Mori.

La chanteuse soulève la plupart des titres de l’album de son grain complètement schizophrénique. Le chant y est parfois clair, souvent pervers, régulièrement hystérique à base de cris de damnées nous entraînant dans un monde de débauche et de démence. La voix n’a pas réellement changé depuis le premier album et on la retrouve avec plaisir, même si pour le coup une certaine lassitude pointera le bout de son nez. J’y reviendrai un tout petit plus tard.

Certains titres ne font que ressasser sans trop s’éloigner la rythmique classique de l’industriel. On citera par exemple un « Hana to Hebi » bien ancré dans ces rythmiques écrasantes, notamment par son break plus mélodique et très efficace. « Viva la Vida » s’inscrit dans la continuité, notamment dans ses riffs en extrême saturation électronique et cet étalage de double étouffant. L’ambiance se modifie régulièrement, portée notamment par une basse de génie trop rare sur l’ensemble de l’album.

La lassitude décriée plus haut dans l’article se ressent notamment sur la triplette de fin d’album. Si « Sire Quetard » et ses riffs “Deutsche Qualität” (heureusement bien relevé par ses solos et son ambiance Southern Rock et ses accordéons) et « La Laideur du Geste » (avec chant très mélodique et clavier plus symphonique) peuvent aider la pilule à passer, « Ami Public Numéro 1 » démontre que Bad Tripes aussi peut être dans une totale perte d’inspiration. Les écrasements assourdissants ou autres riffs lourds complètement téléphonés ne seront que vaguement rattrapés par des bons éclats de voix malheureusement vite lassant.

Au-delà de ça, le groupe ne se contente pas uniquement d’une rythmique bêtement industrielle. « La Mauvaise Éducation » commence pourtant ainsi, avant de laisser place à une ambiance débridée avec une dualité entre un genre d’accordéon et un piano très strident. Piano que l’on retrouve encore sur la « Tokyo Decadence (nom et sample pouvant peut-être faire référence à Murakami Ryû et son film du même nom) entre ambiance asiatique et lourdeur malsaine, où l’on retrouve un chant grandiose, entre comptines parfois enfantines et cris violents et stressants. Puis si on parle d’ambiance asiatique, ce n’est pas pour faire l’impasse sur la saveur orientale de « Dans le Désert », qui appose là aussi le même type d’échange d’ambiance entre légèreté voyageuse et lourdeur industrielle. On notera l’excellent break à la limite de la symphonie et aux plages vocales encore une fois somptueuse.

Bad Tripes reste heureusement Bad Tripes, on sent cela sur la fête complètement débridée de « Foutre Tombe » à l’ambiance folk aux riffs débridés qui ne sont pas sans rappeler très légèrement les délires de Korpiklaani. Les accordéons plus posés et les arpèges mélodiques du titre « Le Radeau Ivre » nous rappelleront que Bad Tripes sait aussi détendre l’atmosphère, la rendant mélancolique sans pour autant oublier de la découper d’élans massifs et autres hurlements viscéraux. Et telle une B.O d’un film d’horreur second degré, « Les Noces de Sang » représente l’essence de Bad Tripes. L’ambiance se dévergonde allègrement, parfois mélodique et calme, souvent explosive et puissante, le chant clair y est parfait, autant que les cris schizophréniques d’Hikiko.

La très classique et bien faite « Mr l’Artiste » et sa description réaliste du Star System d’artistes capitalisant sur leur unique talent, celui de ne pas en avoir, me permettra de conclure ma chronique sur un thème essentiel : les textes. Intégralement chantés en français et plutôt facilement compréhensible, les textes traitent le plus souvent de sexe dans ses côtés les plus obscurs (petit canaillou…), de la violence la plus perverse… Tout ce qui a trait aux sinistres et à l’angoisse trouve son âme torturée dans une verve textuelle impitoyable, mais également extrêmement poétique et écrites à la perfection, multipliant figure de style et détournement bien ficelé. Je ne vais pas en parler plus que cela, je vous recommande vivement d’avoir les textes sous les yeux lors de l’écoute, à vous ensuite de les interpréter et les apprécier à votre guise.

« Splendeurs et Viscères » n’est pas forcément un disque plus sage que son prédécesseur, il est surtout plus mûr, dosant sa folie et son énergie avec maîtrise au risque malheureusement de décrocher l’auditeur lorsque la redite commencera à se faire trop intense dans la fin de l’album. Mais au-delà de ça, on se passionne pour ce romantisme violent et cet amour noir de la vie dans ses travers et sa débauche. Les Phocéens confirment les espoirs portés sur eux malgré quelques brefs passages dispensables, à moins que l’ont deviennent tout simplement très exigeants avec cette jeune scène talentueuse… Le Metal français a encore beaucoup de choses à dire, à n’en pas douter !