mars 7th, 2014

The Milton Incident : Innocence LostLe Néo-Metal, ce mal aimé. Extrêmement en vogue dans les années 90, beaucoup moins depuis les années 2000, tenant surtout du fait que les groupes phares du genre (Papa Roach, Korn, Linkin Park …) ont depuis longtemps changé de style, il en demeure tout de même un genre qui a toujours eu une place prépondérante dans l’industrie Métallique Française, sacrifiant bien souvent le talent sur l’autel de la musique facile, devenant ainsi des parodies ne menant qu’à la perdition de leurs instigateurs (Enhancer, Pleymo).

Il apparaît bien souvent que le Néo-Metal ne peut pas être un style de carrière, mais plutôt un tremplin. Le genre, alliant rythmique agressive et élément catchy/pop, est relativement facile d’accès pour le Grand Public et il n’est pas rare de voir des groupes partir dans cette direction pour promouvoir une première composition. Ainsi, la transition est toute trouvée pour parler de l’album du jour. The Milton Incident est donc un quintette Parisien, s’orientant dans ce que le groupe nomme « Dark Metal Alternatif », mais qui n’est en fait qu’un simple Néo-« Commun »-Metal.

« Innocence Lost » se dépatouille d’un cambouis sonore extrêmement propre et aseptisé, ce qui rendra l’écoute sur le long terme véritablement difficile tant la lassitude prendra une place prépondérante. C’est véritablement difficile de sortir un titre plutôt qu’un autre, car tous ont la mauvaise habitude de méchamment se ressembler, usant d’une structure très convenu, allant du couplet plutôt mélodique à des lignes de refrains extrêmement catchy, passant parfois par des pré-refrains toujours plus entraînants et imposant régulièrement en fin de titre un gros break, soit très mélancolique/atmosphérique, soit volontairement puissant et aidé par un scream non-émotionnel.

Difficile d’impacter un point en particulier, si ce n’est une production qui ne met pas du tout en valeur la volonté mélancolique que le groupe semble vouloir imposer dans sa musique. L’exemple type du souci de dosage viendra sur la ballade « Irukandji ». D’un point de vue technique, chaque musicien s’en sortira honorablement bien, mais la trop forte égalisation sonore empêchera l’impact émotionnel, que ça soit sur les envolés des refrains, le côté très ambiant des couplets et le thème musical trop ressemblant à une ballade de Slipknot.

La même remarque est présente sur des titres à la volonté de puissance plus évidente, comme « Pyromaniac » et ses « burning » menaçants ainsi que sa batterie virevoltante laissant au final place à un refrain pop qui ne s’accorde pas du tout avec le reste des éléments d’un titre qui semble pourtant construit pour imposer une bonne dose d’headbanging en live. Le plus triste dans tout ça, c’est que l’introduction « Innocence Lost » démarre agréablement, une musique bien ambiante et des bruitages intéressant, parfois mécanique, parfois plus prenant, mais tout cela laisse place à un « Deadset » affreusement plat à la rythmique calqué sur du bon vieux Korn et une voix à la Staind, mais ne procurant pas la même émotion, montant sur des refrains pré-calculés ne surprenant jamais.

J’aimerais vraiment défendre The Milton Incident, on sent que les cinq musiciens ont très envie, que chacun maitrise son instrument et qu’ils sont plus motivé que jamais. Mais pourtant, il n’y a que peu d’éléments réjouissant dans ce disque. C’est peut-être pour cela qu’un titre comme « Deus Ex Machina » (d’ailleurs en featuring avec Shawn Zuzek (Daughters Of Mara), qui a mixé l’album) se savoure bien plus que les autres. La massivité ambiante et les agressions de double sont toujours contrebalancé par la platitude sonore, tout comme le break final manquant de tranchant, mais on profite d’un jolie assemblage vocal, les transitions entre côté lourd et mélodique sont très bien emmenées, tout comme les changements vocaux, davantage dans le ton. On apprécie les guitares, combinant rythmique lead et mélodique agréablement bien. Dans le même registre, la plupart des éléments de « Conspiracy of Silence » reprendront des codes similaires pour livrer une nouvelle composition massive à l’ambiance agréable.

Le groupe arrive également à s’en sortir avec des titres plus ambiancés, comme « Memento », usant d’une atmosphère plus lente, mais utilisant une mélancolie beaucoup trop pré-calculée pour véritablement émouvoir. Néanmoins, ce titre laisse entrevoir un potentiel émotionnel très intéressant, notamment lors des phases de double sur la fin ou sur les transitions mélodiques qui interviennent régulièrement. On peut également retenir certaines parties de « Dopamine », malgré le fait que les couplets fassent preuve d’une terrible platitude et d’un mauvais assemblage avec le chant, le tout trouvant un meilleur équilibre sur les refrains entraînants.

Pour le reste, on pourrait faire la même remarque négative sur la platitude absolue de « Torn Down », se reposant beaucoup trop sur les acquis de la « easy » Néo-Metal Touch, cela jusqu’à cet ultime break mielleux. La très longue « Split Second » ne sera guère intéressante, bonne tentative sur le fond (l’ambiance est saisissante sur certain aspect mélodique) mais tournant trop facilement en rond. Les mauvaises transitions de « Dearest Enemy » ne le seront que par la lenteur d’exécution d’un titre qui aurait très bien pu être plus intéressant que ça. Enfin, « 10-56 » sera plutôt intéressante. Une introduction sombre au piano puis en duo de guitares électro-acoustiques. Le duo de voix fonctionne agréablement et le groupe maitrise plutôt bien ses inspirations, même les chœurs catchy s’en sortiront plutôt bien. La progression de cette ballade se fera de manière très limpide, même si certaines réserves peuvent ressortir de ce bref break plutôt agressif, sans pour autant en contester la qualité.

Il est difficile de véritablement savoir si le problème de cet album demeure son grand manque d’originalité ou sa production terriblement sèche et aseptisée. « Innocence Lost » n’est en soi pas un mauvais album, mais les structures répétitives, le manque de gras, la monotonie croissante, le peu d’émotions ressortant du tout… tout se lient pour livrer un album redondant et qui ne procure au final que peu de plaisir à l’écoute. The Milton Incident se place ainsi dans la place inconfortable d’un Néo-Métal trop FM, nous laissant ainsi à de nombreuses interrogations quant à leur capacité d’offrir une musique convaincante et bien plus personnelle. Et comprenez-moi bien : je n’ai aucun souci avec le fait de proposer une musique basée sur des carcans type, dès l’instant où celle-ci offre ne serait-ce qu’un poil de créativité. Le deuxième album risque déjà d’être décisif.