novembre 20th, 2013

Bad Tripes : Splendeurs et ViscèresIl est de ces groupes auxquelles on pourrait en demander parfois trop. Bad Tripes et l’un d’eux, un groupe qui débarque sans que l’on s’y attende vraiment et qui bouscule son petit monde de provocation calculé et d’humour déglinguant. « Phase Terminale » avait lancé les hostilités d’un Metal Industriel lourd et puissamment varié, parlant ouvertement de sexe, de perversion, de foutre et de sang.

Dire que ce « Splendeurs et Viscères » était attendu relève de l’euphémisme. L’attente est déjà très longue depuis plusieurs mois et la diffusion du clip sanguinolent de « Les Noces de Sang ». Mais où en est Bad Tripes, alors ? Aurons-nous un groupe ancré dans son univers ou plutôt enclin à s’émanciper pour vagabonder en d’autres lieux ?

Si « Phase Terminale » était profondément génial par ce côté “je-m’en-foutisme” du propos général, donnant lieu à un disque extrêmement instantané, « Splendeurs et Viscères » ne perdurent qu’à moitié dans cette voie. Le fait que le groupe se sache attendu au tournant a probablement joué dans la composition globale de l’album. On se retrouve donc avec deux styles de titres : ceux à la musicalité bien classique et d’autres tentant l’originalité en se forçant parfois trop, souvent comme il faut. Trêve de bavardage : développons tout ça.

Dès le départ canon de « Chair à Canon » (un peu facile…) on se retrouve en terrain connu. Cette manière d’emmener des couplets très électroniques et ces riffs écrasants et lourds et, d’une certaine manière, plus mélodique sur les refrains en font par exemple une trame utilisée depuis les premiers Rammstein. Cela n’est pas clairement un reproche en soi, puisque l’ensemble se voit magnifié par la voix d’Hikiko Mori.

La chanteuse soulève la plupart des titres de l’album de son grain complètement schizophrénique. Le chant y est parfois clair, souvent pervers, régulièrement hystérique à base de cris de damnées nous entraînant dans un monde de débauche et de démence. La voix n’a pas réellement changé depuis le premier album et on la retrouve avec plaisir, même si pour le coup une certaine lassitude pointera le bout de son nez. J’y reviendrai un tout petit plus tard.

Certains titres ne font que ressasser sans trop s’éloigner la rythmique classique de l’industriel. On citera par exemple un « Hana to Hebi » bien ancré dans ces rythmiques écrasantes, notamment par son break plus mélodique et très efficace. « Viva la Vida » s’inscrit dans la continuité, notamment dans ses riffs en extrême saturation électronique et cet étalage de double étouffant. L’ambiance se modifie régulièrement, portée notamment par une basse de génie trop rare sur l’ensemble de l’album.

La lassitude décriée plus haut dans l’article se ressent notamment sur la triplette de fin d’album. Si « Sire Quetard » et ses riffs “Deutsche Qualität” (heureusement bien relevé par ses solos et son ambiance Southern Rock et ses accordéons) et « La Laideur du Geste » (avec chant très mélodique et clavier plus symphonique) peuvent aider la pilule à passer, « Ami Public Numéro 1 » démontre que Bad Tripes aussi peut être dans une totale perte d’inspiration. Les écrasements assourdissants ou autres riffs lourds complètement téléphonés ne seront que vaguement rattrapés par des bons éclats de voix malheureusement vite lassant.

Au-delà de ça, le groupe ne se contente pas uniquement d’une rythmique bêtement industrielle. « La Mauvaise Éducation » commence pourtant ainsi, avant de laisser place à une ambiance débridée avec une dualité entre un genre d’accordéon et un piano très strident. Piano que l’on retrouve encore sur la « Tokyo Decadence (nom et sample pouvant peut-être faire référence à Murakami Ryû et son film du même nom) entre ambiance asiatique et lourdeur malsaine, où l’on retrouve un chant grandiose, entre comptines parfois enfantines et cris violents et stressants. Puis si on parle d’ambiance asiatique, ce n’est pas pour faire l’impasse sur la saveur orientale de « Dans le Désert », qui appose là aussi le même type d’échange d’ambiance entre légèreté voyageuse et lourdeur industrielle. On notera l’excellent break à la limite de la symphonie et aux plages vocales encore une fois somptueuse.

Bad Tripes reste heureusement Bad Tripes, on sent cela sur la fête complètement débridée de « Foutre Tombe » à l’ambiance folk aux riffs débridés qui ne sont pas sans rappeler très légèrement les délires de Korpiklaani. Les accordéons plus posés et les arpèges mélodiques du titre « Le Radeau Ivre » nous rappelleront que Bad Tripes sait aussi détendre l’atmosphère, la rendant mélancolique sans pour autant oublier de la découper d’élans massifs et autres hurlements viscéraux. Et telle une B.O d’un film d’horreur second degré, « Les Noces de Sang » représente l’essence de Bad Tripes. L’ambiance se dévergonde allègrement, parfois mélodique et calme, souvent explosive et puissante, le chant clair y est parfait, autant que les cris schizophréniques d’Hikiko.

La très classique et bien faite « Mr l’Artiste » et sa description réaliste du Star System d’artistes capitalisant sur leur unique talent, celui de ne pas en avoir, me permettra de conclure ma chronique sur un thème essentiel : les textes. Intégralement chantés en français et plutôt facilement compréhensible, les textes traitent le plus souvent de sexe dans ses côtés les plus obscurs (petit canaillou…), de la violence la plus perverse… Tout ce qui a trait aux sinistres et à l’angoisse trouve son âme torturée dans une verve textuelle impitoyable, mais également extrêmement poétique et écrites à la perfection, multipliant figure de style et détournement bien ficelé. Je ne vais pas en parler plus que cela, je vous recommande vivement d’avoir les textes sous les yeux lors de l’écoute, à vous ensuite de les interpréter et les apprécier à votre guise.

« Splendeurs et Viscères » n’est pas forcément un disque plus sage que son prédécesseur, il est surtout plus mûr, dosant sa folie et son énergie avec maîtrise au risque malheureusement de décrocher l’auditeur lorsque la redite commencera à se faire trop intense dans la fin de l’album. Mais au-delà de ça, on se passionne pour ce romantisme violent et cet amour noir de la vie dans ses travers et sa débauche. Les Phocéens confirment les espoirs portés sur eux malgré quelques brefs passages dispensables, à moins que l’ont deviennent tout simplement très exigeants avec cette jeune scène talentueuse… Le Metal français a encore beaucoup de choses à dire, à n’en pas douter !

novembre 16th, 2013

Au tour d’un petit quatuor Lillois de faire son entrée sur Spirit of Rock ! Aedeyn est un groupe à la musicalité variée, tournant son style d’un rock parfois grunge à un Neo-Metal plutôt posé, le tout sur un chant intégralement en français, parfois pop et se munissant de quelques petits passages hurlés. Bâti à la suite du split de Voix:Off, le groupe propose avec « Impression d’Errer » sa propre vision musicale.

« Au Bout » nous balance un bon condensé de ce que sera cet EP : une rythmique entêtante et mélodique, un chant clair très posé et parfois orienté dans un registre plus aérien, quelquefois faux, mais toujours empreint de sensibilité, tout ça devenant plus massif et lourd sur les refrains. Une trame bien sophistiquée et déjà développée depuis des années, mais qui fait toujours mouche.

De ce fait, la musique des lillois ne brille pas par une originalité extraordinaire, disons plutôt qu’on est dans un groupe exploitant agréablement ses influences, mais sans bousculer tous son monde. Ainsi, un titre très agréable comme « Trop Tard », entre intro délicate, couplet mélodique et refrain direct et catchy avec pont plus puissant, s’inscrit dans la droite lignée des groupes Pop-Rock traditionnels.

Jeremy prouve aussi à certains moments qu’il est capable de se faire violence avec un chant hurlé, toutefois très soft, qu’il fait régulièrement mélanger avec son chant clair, comme sur la conclusion d’« Impression d’Errer »-titre. L’excellent « Changer » est également une belle pièce, naviguant le long d’un chemin démarrant pop et s’alourdissant accord après accord, entre arpèges de douceurs et progression plus agressives pour aboutir à un chant hurlé prédominant et intéressant. On touche ces mêmes échanges avec un « Rester en Place » offrant les vagues de chants clairs les moins convaincantes de l’EP. Les relents très catchys de l’ensemble peineront à convaincre, tandis que les passages plus dissonants et lourds de basse de la seconde moitié rehausseront le ton.

« Impression d’Errer » est un EP tout juste sympathique, nous montrant un groupe qui semble avancer dans une ligne déjà toute tracée : celle d’un Neo-Metal/Rock déjà visité de pleins pieds par un nombre incalculable de groupes français qui n’ont qu’un seul point commun : celui d’avoir rapidement du mettre un terme à leurs activités. Inutile de citer la majeure partie des groupes Nowhere, entre autres. Ceci n’est qu’une ébauche, Aedeyn à encore du temps pour se trouver un rythme et une trame musicale qui lui correspondra idéalement. Il y a du bon, dans tous les cas.

novembre 14th, 2013

Spellbinding : Par-Delà l'Hymne des SouffrancesL’opposition du bien et du mal dans une fiction est un concept usé depuis très longtemps et surtout construit dans tous les sens possibles. La pochette du premier album de Spellbinding en est un exemple : ce qui semble être l’humanité en arrière du disque, le diable au milieu et des silhouettes dérangeantes de l’autre. « Par Delà l’Hymne des Souffrances » se veut recueil d’un combat peut-être perdu d’avance.

Combo indépendant venant de Picardie, le groupe nous avaient déjà asséné un EP en 2009, disque ayant permis au groupe d’ouvrir notamment pour Dagoba, L’Esprit Du Clan, ADX ou encore Vulcain et Treponem Pal. Après de multiples changements de line-up, le groupe nous as donc sorti l’été dernier son premier album, entièrement auto-produit. La haine envers le monde sera la pièce centrale des textes de l’album, multipliant les tacles envers les erreurs de l’Homme et de ses conséquences sur son environnement (guerre, violence, politique, religion, consommation, censure…), le tout étant plutôt très bien écrit. Le Bien, le Malin et le Mal.

Musicalement, le groupe s’oriente dans un savant mélange de Death Mélodique à tendance coreuse dans certains vocaux. Le duo de chanteurs, entre un growl caverneux et une voix plus criarde, ne sera pas sans rappeler la belle complémentarité présente sur les premiers Black Bomb A. Mais la chose intéressante avec Spellbinding viendra surtout du fait que les paroles seront intégralement en français, la production les mettant efficacement en valeur de manière à les rendre parfaitement compréhensibles.

D’une manière générale, il y aura des plats peu originaux sur ce disque. Reprenant avec succès une voie Death Mélo classique, le groupe ne s’embarrasse de voix claires et chacun aura son avis là-dessus. Le sujet est très maîtrisé, les multiples transitions entre les couplets massifs et les refrains accrocheurs et mélodiques seront très bien ajustées, l’agencement des pistes nous laissera ainsi en terrain connu, retirant de ce fait toute surprise à l’écoute du disque.

On aura donc un « Lumen Gentium » à l’introduction pesante avant d’embrayer très rapidement sur un ensemble hurlé et massif, sans jamais renier la mélodie pour donner un côté presque épique à l’ensemble. Ce côté-là sera apporté par l’utilisation plutôt judicieuse de clavier. Cela peut être pour emmener des introductions plus industrielles comme les plus lourdes « Dernier Honneur » et « Indus », voire de piano pour « Telostigma » au rythme Hardcore pouvant ressembler à certaines intro des titres des Tagada Jones et au solos plutôt sympathiques, solos présents également sur un « Réprouvé » à l’atmosphère cristalline et à la rythmique plus “posé” d’une certaine manière.

Beaucoup de titres mettent en avant un rythme plus écrasant, notamment la nerveuse « Dans le Parjure » aux petites coupures bien senties ou bien une « Renaissance » et une « Innocente » plus Metalcore aux blasts et hurlements nerveux. « Anastasie » a tout pour devenir le single en puissance de l’album, tant par son ambiance très mélodique que ces samples bien sélectionnés ou encore des refrains catchy et très facilement mémorisables. Quant au titre de fin, « Ascension Divine », il sera plutôt bien emmené, plus calme d’une certaine manière, toujours très mélodique et rapide, le groupe laissera ensuite place à une longue plage de sonorité ambiante en guise de conclusion.

L’auto-production de l’association Metal Karnival est, dans l’ensemble, très bonne, même si certains pesteront d’un manque de profondeur de l’ensemble. Spellbinding offre des bases très solides pour l’avenir, proposant de bonnes idées (la meilleure étant le chant en français) sur un lit d’influence, certes reconnaissable, mais bien exécuté. Le disque tient la route et offre un bon départ à ces Picards, qui devront confirmer le tout par la suite. On en deviendrait presque exigeant…

novembre 13th, 2013

The Dawn : They Die Better That WayAprès plusieurs disques de musique atmosphérique en tous genres, j’en viens parfois à réclamer ma dose de violence. Aujourd’hui, il me fallait quelque chose qui défouraille, aussi n’ai-je pas hésité à me rabattre sur la dernière création des Marseillais de The Dawn, livrant leur deuxième album après « Loud Tunes and Furry Tales » en 2006 et le split avec Every Reason To… .

Bien inspiré par Converge, Cursed ou Today Is The Day, The Dawn nous propose un Hardcore chaotique et noisy déjà bien mûr, la preuve en est que Scott Hull (Agoraphobic Nosebleed, Pig Destroyer) se chargera du mastering de l’album. Clairement penché du côté de la grande vague Hardcore de la fin des années 80, les Marseillais nous livrent donc leur deuxième album : « They Die Better That Way », orné d’une pochette plutôt bien inspiré dans son style.

Musicalement parfois proche de Céleste, mais en beaucoup moins crade, nous pouvons séparer cet album en deux parties : les titres courts et les longs. Onze titres ne dureront pas plus de deux minutes trente. Durant ces multiples courts laps de temps, The Dawn nous balancera un Hardcore burné tout ce qu’il y a de plus classique. Si les riffs ne seront pas réellement marquant, la faute surtout à une tendance à ne pas s’éloigner du chemin de ses aînés, le groupe se suffira à lui-même en multipliant frappes rapides et brutales, guitares en saturation constante, usant de dissonances sourdes plus que de raisons. L’excellente production se chargera de mettre en avant les ambiances brutes du groupe, même si on regrettera trop peu de variations dans les intenses hurlements de Nico. Ainsi, si l’ensemble se voudra plutôt bien exécuté dans la majeure partie de l’album, il en demeure certains passages un peu plus lourds.

Le côté “fin de chanson, mais en faite, non” reproduit quatre fois sur « Génocide », le titre qui tente d’être plus violent que la violence elle-même avec « Neon Lights », le côté très répétitif de plusieurs pistes… Et d’autres passages d’être nettement plus réjouissants : le côté très schizophrène de « Let Me Go », les cris complètement fous sur un ensemble frôlant le Black avec « Alien » et « Utrum Virgo Maria Semen Emiserit in Copulatione Cum Spiritu Sancto », ou même les très légères incartades plus Post-Rock et mélodique de « The Question ».

Trois titres se démarqueront, donc. L’introduction « Dive », très lente, les inspirations malsaines Sludge/Doom voulu par le groupe sont plutôt bien emmenées, surtout en dualité avec ce chant terriblement écorché. Inspirations encore une fois présente sur « Turn Around and Shut the Fuck Up », même si on se retrouve simplement avec une autre version de « Dive ». L’ensemble plus Post-Hardcore de « Holy Fear » se voudra également très intéressant. La basse dominera nettement l’ensemble, alors que le groupe testera de nombreuses choses, comme une coupure et une conclusion mélodico/atmosphérique ou bien des cris nettement plus émotionnels dans leurs violences débridées.

Ainsi, sans être un recueil d’originalité, ce deuxième méfait de The Dawn contentera sans nul doute les adorateurs de Hardcore brutal sans concessions. Pour le reste, « They Die Better That Way » use de riffs classiques et de mélodies déjà bien entendu ailleurs, il y a beau y avoir du travail et du talent, ceux-ci demandent encore nettement plus de temps et un brin de maturité supplémentaire pour s’exprimer volontairement. Mais c’est en très bonne voie, dans tous les cas.

— Just an ellipsis —

novembre 13th, 2013

Year Of No Light : TocsinYear Of No Light est un groupe qui a tout compris et qui a su s’imposer comme un groupe majeur de la scène Doom/Sludge à tendance atmosphérique. Les Bordelais ont sonné le premier coup de semonce avec « Nord », album autant sombre et malsain qu’embrumé de légères touches de lumières noires, porté par un Postcore ambiant et la voix écorchée de Julien Perez. Mais quand Julien a quitté le navire, YONL ne l’a pas remplacé par un autre. Privilégiant dorénavant les longues ambiances sombres, le groupe a recruté de nouveaux musiciens, d’où le fameux duo de batterie.

De rencontres musicales à de nombreuses collaborations avec des groupes aussi variés que reconnus (Karysun, Rosetta, East Of The Wall, Altar Of Plagues, Mars Red Sky…) depuis la création du groupe en 2004, ils ont pu accoucher d’« Ausserwelt », point d’ancrage de la nouvelle dimension du groupe Bordelais. Plus question de chanteur, uniquement un savant Postcore instrumental lorgnant aussi bien du côté du Sludge et du Doom, voire même du Drone sur certains bourdonnements ou encore du Post-Rock. Avançant à grands pas et en toute discrétion, après la B.O « Vampyr » visiblement peu apprécier chez nos confrères anglophones, le groupe revient avec son troisième opus : « Tocsin ».

Dès les premieres notes de « Tocsin »-titre, nous sommes en terrain connu. Un rythme progressif, mené par des frappes résonnantes, quelques petits arpèges lointains… Tout en lenteur, le titre attend plus de trois minutes pour déployer guitares lourdes et batteries claquantes. Avec le temps, on intègre les ingrédients de Year Of No Light. Les distorsions sont nombreuses, les guitares se détachent de la tête pour laisser en démonstrations des riffs plus implorants et mélodiques, quelquefois pour imposer une rythmique abrasive et offensive, tout en gardant cette trame hypnotisante et monolithique, en la réduisant quelque peu, il est vrai.

« Tocsin » est, de la même manière que l’était « Ausserwelt », un album qui se vit plus qu’il ne se décrit. La trame vocale de « Nord » pouvait empêcher de se créer une histoire, mais le fait que l’ensemble soit dorénavant instrumental rend le tout beaucoup plus imaginatif. De même, en faire une description musicale est extrêmement compliqué sans tomber dans le piège du track-by-track.

L’essence même de l’insondable « Désolation » ne peut pas réellement se décrire avec des mots. On y relèvera une intense et pénétrante mélancolie, de délicats passages Post-Rock sur de somptueux passages mélodiques, des sonorités de cuivres apportant une dimension épique à cette noirceur ambiante… Mais par-dessus tout, la capacité du groupe à nous offrir des stupéfiantes boucles inquiétantes en nous bouleversant encore davantage. Mais plus qu’un groupe à ambiance, « Géhenne » nous prouve que YONL peut accélérer considérablement le tempo sans perdre sa dimension atmosphérique. Les deux batteries explosent le rythme, martelant férocement leurs fûts alors que les guitares se font incroyablement planantes et mélodiques jusqu’à une progression beaucoup plus violente et plombée d’une lourdeur touchante.

Je parle de progression … Deux types de progression s’offrent à nos oreilles. La première dans une lenteur exceptionnelle avec « Stella Rectrix ». Des claviers presque symphonique, une lourdeur flirtant avec le Drone, un malaise musical ambiancé au travers d’une batterie lourde et résonnante. On a parfois la sensation qu’un hurlement perce ce rideau abyssal, aussi léger que pesant sur un ensemble mélodico/atmosphérique extrêmement prenant. La seconde, « Alamüt », clôture l’album. Un début composé de légère saturation, de petites tapes et d’un clavier discret et dramatique. Pour ainsi dire, le titre met plus de cinq minutes à démarrer véritablement pour nous asséner une écrasante partition résonnant de toute la puissance libératrice du groupe. Des breaks ambiants et menaçants, des cordes autant mélodiques que complètement démentes, jusqu’au final. Tout s’arrête sur un Post-Rock agonisant et des guitares étirées au maximum.

Une ambiance crépusculaire comme le fait si bien Year Of No Light … « Tocsin » est simplement la bande-son du film retraçant les événements les plus mélancoliques de votre existence, des moments regorgeant de tristesse et d’émotion qu’une telle force de frappe ne pourra que vous libérer de vos rancœurs. Je me répète, mais plus qu’une véritable pièce musicale, c’est une véritable histoire qui découlera de l’heure d’écoute de ce nouvel opus des Bordelais, qui confirme encore une fois tous les espoirs mis dans ses membres. Year Of No Light et l’un de ces groupes de Doom/Sludge atmosphérique prêt à devenir une véritable valeur sûre de cet univers difficilement compréhensible.