novembre 14th, 2013

Spellbinding : Par-Delà l'Hymne des SouffrancesL’opposition du bien et du mal dans une fiction est un concept usé depuis très longtemps et surtout construit dans tous les sens possibles. La pochette du premier album de Spellbinding en est un exemple : ce qui semble être l’humanité en arrière du disque, le diable au milieu et des silhouettes dérangeantes de l’autre. « Par Delà l’Hymne des Souffrances » se veut recueil d’un combat peut-être perdu d’avance.

Combo indépendant venant de Picardie, le groupe nous avaient déjà asséné un EP en 2009, disque ayant permis au groupe d’ouvrir notamment pour Dagoba, L’Esprit Du Clan, ADX ou encore Vulcain et Treponem Pal. Après de multiples changements de line-up, le groupe nous as donc sorti l’été dernier son premier album, entièrement auto-produit. La haine envers le monde sera la pièce centrale des textes de l’album, multipliant les tacles envers les erreurs de l’Homme et de ses conséquences sur son environnement (guerre, violence, politique, religion, consommation, censure…), le tout étant plutôt très bien écrit. Le Bien, le Malin et le Mal.

Musicalement, le groupe s’oriente dans un savant mélange de Death Mélodique à tendance coreuse dans certains vocaux. Le duo de chanteurs, entre un growl caverneux et une voix plus criarde, ne sera pas sans rappeler la belle complémentarité présente sur les premiers Black Bomb A. Mais la chose intéressante avec Spellbinding viendra surtout du fait que les paroles seront intégralement en français, la production les mettant efficacement en valeur de manière à les rendre parfaitement compréhensibles.

D’une manière générale, il y aura des plats peu originaux sur ce disque. Reprenant avec succès une voie Death Mélo classique, le groupe ne s’embarrasse de voix claires et chacun aura son avis là-dessus. Le sujet est très maîtrisé, les multiples transitions entre les couplets massifs et les refrains accrocheurs et mélodiques seront très bien ajustées, l’agencement des pistes nous laissera ainsi en terrain connu, retirant de ce fait toute surprise à l’écoute du disque.

On aura donc un « Lumen Gentium » à l’introduction pesante avant d’embrayer très rapidement sur un ensemble hurlé et massif, sans jamais renier la mélodie pour donner un côté presque épique à l’ensemble. Ce côté-là sera apporté par l’utilisation plutôt judicieuse de clavier. Cela peut être pour emmener des introductions plus industrielles comme les plus lourdes « Dernier Honneur » et « Indus », voire de piano pour « Telostigma » au rythme Hardcore pouvant ressembler à certaines intro des titres des Tagada Jones et au solos plutôt sympathiques, solos présents également sur un « Réprouvé » à l’atmosphère cristalline et à la rythmique plus “posé” d’une certaine manière.

Beaucoup de titres mettent en avant un rythme plus écrasant, notamment la nerveuse « Dans le Parjure » aux petites coupures bien senties ou bien une « Renaissance » et une « Innocente » plus Metalcore aux blasts et hurlements nerveux. « Anastasie » a tout pour devenir le single en puissance de l’album, tant par son ambiance très mélodique que ces samples bien sélectionnés ou encore des refrains catchy et très facilement mémorisables. Quant au titre de fin, « Ascension Divine », il sera plutôt bien emmené, plus calme d’une certaine manière, toujours très mélodique et rapide, le groupe laissera ensuite place à une longue plage de sonorité ambiante en guise de conclusion.

L’auto-production de l’association Metal Karnival est, dans l’ensemble, très bonne, même si certains pesteront d’un manque de profondeur de l’ensemble. Spellbinding offre des bases très solides pour l’avenir, proposant de bonnes idées (la meilleure étant le chant en français) sur un lit d’influence, certes reconnaissable, mais bien exécuté. Le disque tient la route et offre un bon départ à ces Picards, qui devront confirmer le tout par la suite. On en deviendrait presque exigeant…

octobre 29th, 2013

Wormfood (FRA) : Décade(nt)Wormfood est un groupe à part dans l’univers Metal Français. Pour ainsi dire, il est quasiment impossible de coller une seule étiquette, si ce n’est celle de l’hybridation du Death Metal parmi de très nombreux débordements stylistiques, mais gardant comme trame scénaristique son style très théâtral atypique, entre cirque humain et autres déviances, où la Mort domine ce monde extrêmement torturé que l’on appelle … La vie. Sombre, ironique et inspirée. Une personnalité propre qui colle à Wormfood, quel que soit le style adopté.

Après avoir opté pour un style radicalement différent avec « Posthume », Emmanuel Lévy, seul rescapé de la formation originelle, et Apathia Records décidèrent de dépoussiérer le premier disque de la formation : « Eponyme », sorti en 2002 à plus ou moins 250 exemplaires. Autant dire que le disque est quasiment devenu introuvable. Mais ce n’est pas tout. Hormis la remasterisation de l’album par Axel Wursthorn (ex-Carnival In Coal, où Lévy a joué) au ” Walnut Groove Studio “, l’album contient le concert du groupe au Blast Fest de 2005 ainsi que deux reprises de Type O Negative et Serge Gainsbourg, deux artistes ayant largement influencé la musique du groupe. Le tout savamment nommé « Decade(nt) ». Nous avons donc affaire à 18 titres retraçant chacun une partie de la vie du groupe.

« Eponyme » est le premier souffle de vie de Wormfood. De ce fait, le groupe adopte un style complètement différent d’aujourd’hui. La décrire est particulièrement difficile, on pourrait dire que nous avons affaire à un mélange sauvage de Death, de Doom, de Black, d’une intense touche groovy et de nombreuses sonorités Dark et Industrielle, tout cela avec un côté extrêmement avant-gardiste et débridé, n’hésitant pas à franchir les barrières de la provocation. Le chant d’Emmanuel est très régulièrement growlé, mais toujours empreint de folie glaçante, n’empêchant pas quelques lignes déclamées presque clairement afin d’insister sur le côté très théâtral de l’œuvre.

L’introduction « Carpathian Carousel » nous fait pénétrer dans cet inquiétant train fantôme. Des cris, des rires pervers, le bruit de ce wagonnet grimpant les rails de l’attraction et « Human Circus » débute. Les guitares lourdes se taisent parfois pour laisser la basse prendre le devant, le chant d’Emmanuel se fait excessivement sombre, les régulières plages de silence apposées aux morceaux n’en sont ainsi que plus inquiétantes. L’alternance de voix anglaise/française nous pousse davantage à rentrer dans ce cirque dégénéré.

Au fond, « Eponyme » peut être vu comme la version démo des titres de « France », « Human Circus » pour le « Miroir de Chair » ou bien la Doom et incantatoire « The Dead Bury the Dead » pour « ? = Ø » à la basse martiale et aux toms résonnants. Il est particulièrement difficile de trouver ses repères, le groupe jouant un Metal extrême n’étant pas dans la puissance brute, préférant davantage son atmosphère glaçante et très gothique, comme la bande sonore de la folie pure, comme pour la dérangée « Abortion Exit », entre pleure de bébé, chant clair très agité et growls complètement fou. Les touches électro du début ou la présence d’orgue insisteront davantage sur l’impression d’écouter un groupe qui était alors en recherche de son style.

Orgue que l’on retrouvera sur la surprenante « The Night of the Elderly » contenant une version plus Rock de « Dans la Halle du Roi de la Montagne ». Ce n’est pas vraiment Doom, ni Black, ni Death. C’est rapide et extrême, sans jamais être brutale. Toujours électronique sur les breaks et accompagné d’orgue. Et quitte à rentrer de plein-pied dans le lugubre, « Licking the Bones » propose une inspiration presque Black Symphonique, des couplets hystériques de cris en tous genres et des passages plus ” posé ” de symphonie et de guitares torturées.

Il y a peu de respiration à prendre dans l’univers malsain du groupe, hormis la perverse « Grandpa’s Remission ». Un fond sonore avec la musique de « Douce Nuit », un rythme cardiaque qui s’accélère et un souffle dans un respirateur qui s’emballe. Il y a aussi des titres plus ” classiques ” comme la davantage Death « Hunger Anger », ses bruitages dérangeants et ses chœurs célestes ou encore le groove particulier de « Schlachthaus ». Voix d’outre-tombe et passage de basse extrêmement groovy, particulier, mais très intéressant. Puis l’album s’arrête sur l’atmosphère bruitiste et assourdissante de « Acouphène »… « Eponyme » est un disque intéressant à plus d’un titre. Outre le caractère collector de la chose, il est intéressant de suivre l’évolution musical de l’ensemble, aussi éloigné que proche de « France ».

Place à la deuxième partie : le live ! Quand on sait que le groupe est relativement rarement sur les planches, c’est tout de même agréable de se plonger dans l’univers grand-guignolesque de la bande à El Worm, même en CD. Pour le live, on retrouvera cinq titres de « France » avec un son très correct (quelques mini-soucis, mais rien d’énorme). L’ambiance est extraordinaire, le public est très réactif, Emmanuel haranguant la foule avec malice et énergie, insistant encore et encore sur l’atmosphère théâtrale du tout. Au final, intégrer ce concert est une très bonne idée, ressentir la manière dont Wormfood fait vivre ses multiples ambiances et sa farandole de titres extrêmement élaborés sur scène est grisante.

Dernière partie de l’album : les reprises. Deux artistes, deux influences majeures de Wormfood. La première concerne Type O Negative. Le groupe du regretté Peter ” Steele ” est une énorme source d’inspiration du groupe. Au terme de 12 minutes d’ambiance, Wormfood s’approprie le « Christian Woman » des Américains. Une saveur orientale, des chœurs féminins et arabisants, de nombreux passages en français, davantage ancrée dans le Metal actuel des Rouennais … Wormfood s’éloigne finalement de l’œuvre originale pour intégrer parfaitement cette reprise à l’univers des vers. Douze minutes à la fois sombres et poétiques, à découvrir. Pour « La Decadanse », on touche un air beaucoup plus calme mais empli de malaise, entre Doom et Gothique… Un choix très audacieux, à la convenance de chacun.

Cette réédition ne se moque pas de nous ! Pouvoir revenir à l’origine et au premier balbutiement de ce groupe complètement barré est totalement délicieux, la rétrospective est véritablement intéressante et la progression dans les différentes parties de l’album plutôt instructive. Wormfood est comme un grand cru, il faut lui laisser le temps pour le déguster de la meilleure des manières. Et pouvoir (re)découvrir « Eponyme » près de dix ans après est vraiment une excellente idée de la part d’Apathia Records.

mars 9th, 2013

Créé en 2007, Fate Of Fallacy est un groupe curieux dans sa composition. En effet, avec cinq membres ayant chacun leurs projets dans des styles tournant régulièrement autour du Black/Death à tendance progressive (Havenless ou Ossuaire, pour ne citer qu’eux), on se demande encore pourquoi Fate Of Fallacy n’avait pas produit un petit opus avant. Mais la chose est réparée en ce début 2013 avec ce « Versus and One », premier EP autoproduit.

Fate Of Fallacy produit un Heavy Death ou se côtoie des touches Progressives et Techniques. Les quatre titres de cet EP s’enchaînent très bien, chacun utilisant en son sein des constructions assez similaires de solo rapide et bien exécuté (extra sur « Way of the Faker »), de passage de guitares rapide et mélodique, quelques riffs faisant largement penser à un bon vieux Heavy Metal (l’introduction de « Mirror of your Fear ») pendant que d’autres optent pour un développement plus épique, d’une certaine manière (« Shifting Bullet »), mais sans trop tomber dans la débauche de technique qui provoquerait sans doute un sentiment d’indigestion profond.

Ce qui pourrait éventuellement coincer, c’est l’originalité de la chose, qui est relativement absente. Mais étant une première démo, on pourrait légitimement penser qu’il s’agit avant tout pour le groupe de se jauger pour une première tentative. Mention également de la qualité du son, plutôt satisfaisante, même s’il s’agit bien d’une “qualité démo”. Le chant, quant à lui, mériterait d’être davantage approfondi. Tout en puissance et en growl sur tout le long de cet EP, il apparait quelquefois en perte de sensations, et certains couplets peuvent donc sembler un peu plat, par moment. Au fond, ça n’est pas non plus préjudiciable à la bonne écoute de ce « Versus and One ».

Dans tous les cas, cette première offrande du groupe démontre efficacement la belle technique dont font preuve les musiciens, qui ont déjà un bon bagage. Reste plus qu’à attendre patiemment un deuxième disque pour confirmer tout ça.

octobre 13th, 2012

Un dernier petit tour et puis s’en va. C’est un peu comme ça que se finit l’aventure Manimal. Les tribulations d’un groupe pas comme les autres n’ayant plus sorti d’album depuis l’improbable « Succube » en 2005. Pourtant, sept ans après, on aurait aimé autre nouvelle que celui du départ de « Vidda » Castel, mais c’est malheureusement la vie qui veut ça… Mais le groupe a tout de même tenu à clarifier les choses : l’album sortira et une tournée d’adieu aura lieu !

Mais dans quel état d’esprit ? Celui d’un groupe en proie au désarroi de devoir s’arrêter soudainement ? Un album fait « vite fait » pour faire plaisir à quelques fans ? Et bien non, c’est bien mal connaître le groupe de Ju’. Dans un absolu respect de leurs passions musicales et du public, « Multiplicity » est un disque regorgeant de nouveauté et d’ancienneté. Le vieux Manimal muté avec une bête complètement incontrôlable, mais débordant d’inspirations sur tous les bords ! Comme le dit une célèbre chanson, « Le Monstre Est Vivant » et il a manifestement l’appétit !

C’est simple, Julien n’a jamais été aussi performant dans sa voix. Beaucoup de growl féroces bien évidemment, mais également ses éternels cris suraigus rappelant aux bons souvenirs de Psykup, une voix claire au groove imparable et sur-efficace, quelques vocaux échappés de son autre projet Rufus Bellefleur. Une diversité vocale frémissante et ahurissante.

Les musiciens ne sont pas en reste. La basse arrondie résonne à chaque coins, les guitares accordées très graves perpétueront cette sensation d’enfermement tout en sachant tourner autour d’accord extrêmement rapide et d’autres beaucoup plus long et prenant. Et la batterie ? Explosive, jouée de main de maître par Brice. Les frappes sont extrêmement diversifiées tout au long de ce disque, jouant allègrement de double incroyable de vitesse vers d’autres phases beaucoup plus posé et carré.

Du côté de l’album, on passe par tous les états. Un coup d’œil dans la tracklist impose un questionnement. Pourquoi avoir choisi neuf prénoms ? Est-ce une volonté d’humaniser la chose ? De raconter l’histoire de chaque personne ? En soi, « Multiplicity » est un concept basé autour de ces neuf prénoms. Pour le reste, Julien s’occupera d’illustrer le tout par photo et textes à venir très prochainement. Pas plus d’informations pour le moment.

L’ « Open-Death » de Manimal n’a jamais été aussi open que dans cet ultime album. C’est simple, on traverse un monde chahuté, renversé, détourné, tout ce que vous voulez. Dès l’intro « Michael », on sent que ce qu’on va écouter sent très bon. On retrouve avec un plaisir non dissimulé toutes les facettes de la voix de Ju’ accompagné d’un ensemble lourd et puissant. Mention spéciale à « Nicholas » (et pas parce que sans le « h », ça fait mon prénom) et sa folie propre rappelant parfois ce qu’étais Psykup. Les échanges éclairs entre voix claires, chant plus pop, growl violent et hurlement aiguë de damnées. Difficile de dire si la musique s’accorde au chant, ou bien l’inverse tellement tout est en symbiose parfaite ici, mention à la vitesse de Brice ainsi qu’à la précision des guitaristes.

Seul prénom féminin de la liste, « Laura » est d’une finesse incroyable. Riff et frappe millimétré et duo de voix impressionnant entre Ju’ et Lussie (MyPollux), les deux vocalistes ayant la folie au bout de la langue. On pourrait aussi mentionner le déferlement de vitesse de « Christian », dont nos oreilles peinent souvent à tout suivre tellement le jeu est affolant. Et toujours au milieu, ce groove Manimalien, imparable et improbable. Groove extrêmement bien représenté sur « Ben », le chant de Ju’ provoque une contagieuse envie de virevolter autour de cet amas musical indescriptible, mais totalement jouissif.

Premier titre présenté au public, « Corey » tranche nettement avec le reste du disque. Malgré que l’on retrouve quelques codes du Death, notamment ses riffs accéléré sur une double pédale régulière et puissante, le titre joue grandement sur ces couplets clairs uniquement rythmée par la basse, laissant la guitare finalement très légèrement en retrait avant d’entamer une prestation explosive sur les refrains. « Scottie » tient son charme du son strident et dérangé de la guitare, sur l’intro et les refrains, rappelant là aussi certains premiers titres de Psykup comme « Teacher » par exemple.

Jour et nuit, nous avons d’un côté « Frank », sans doute le titre le plus brutal de ce disque avec ces riffs secs et puissants, tantôt sous forme de mur sonore, et cette batterie tout en maîtrise et en génie. Le chant de Ju’ est tout simplement génial, quelque sois ses tonalités. De l’autre côté, nous avons « Edmond », chanson bien trop calme pour ne pas cacher quelques subtilités que les explications du concept décriront peut-être. Car pour clôturer ce disque, Manimal a préféré le charme d’une guitare acoustique et du chant clair-parlé de Ju’. Et cela a beaucoup de charme.

C’est un testament de luxe que nous offre Manimal. « Multiplicity » a beau être court (à peine plus de 37 minutes), il n’en demeure pas moins rempli de classe et de qualité, mélangeant facilement les diverses influences des membres du groupe (Psykup, Rufus Bellefleur, Dwail …) pour en sortir une musique unique et magique, entre Death crade et classe. La tournée d’adieu a commencé et s’achèvera en décembre à Toulouse. Qu’attendez-vous ?

juin 25th, 2012

Pas musicalement, mais personnellement, Tuomas Saukkonen a quelques points communs avec le génie Devin Townsend. À eux deux, ces musiciens combinent un nombre incroyable de projet et de sortie d’albums. Bombardant la scène Metal de régulières nouvelles offrandes, ces deux artistes ont un second point commun : la qualité. Rarement décevantes, leurs verves créatrices ne semblent avoir aucune limite.

Mais laissons le Canadien à ses multiples compositions, car aujourd’hui, c’est le Finlandais qui nous intéresse davantage. Pendant que celui-ci continue de faire tourner Bonegrinder, Dawn Of Solace, The Final Harvest ou encore Black Sun Aeon parmi d’autres, il décide de remanier à nouveau le line-up de Before The Dawn. Le batteur Atte Palokangas et surtout le bassiste/chanteur clair Lars Eikind se voit donc indiquer la porte de sortie. Une certaine stupéfaction gagne le public, le chant clair particulier de Lars était l’un des instigateurs de la patte gothique du groupe. Qui pourra alors le remplacer ?

Personne. Voilà la réponse. Exit le chant clair et plus léger de Lars, Tuomas s’occupera dorénavant intégralement des partis vocales au travers de son growl aux relents légèrement Dark. De ce fait, Before The Dawn gagne davantage en puissance dans cet opus, se rapprochant impassiblement de la scène Death Mélodique, Tuomas Saukkonen décrivant lui-même son album de « plus épique, plus rapide, plus heavy ».

Si l’alternance clair-obscur vocale disparait, c’est pour davantage la retrouver au travers des échanges instrumentaux de cet album. La guitare acoustique fait de nombreuses apparitions, notamment sur les introductions de quelques titres (« Throne of Ice », « Closure ») ou même en tant que coupure en plein milieu (« Eclipse »), tout comme le clavier a de judicieux moments (notamment sur l’introduction « Exordium » sous une forme presque symphonique bien accompagné toujours par cette guitare acoustique) ou même d’un très beau passage au piano (« Phoenix Rising ») pour des moments de calme que l’on ne peut qu’apprécier.

La disparition des vocaux clairs du groupe fait la part belle à une violence plus importante qui fait de ce « Rise of the Phoenix » l’un des albums les plus puissants de la discographie du groupe. Bien évidemment, nous sommes très loin d’un simple bourrinage gratuit et sans intérêt. Il y a toujours cet incroyable apport mélodique, voire même mélancolique, pour diversifier avec la manière un disque qui marque clairement une volonté de changement de la part de son frontman.

À vrai dire, le titre « Phoenix Rising » ne laissait guère de place au doute. Des blasts affolants de vitesse, une rythmique violente sur les hurlements de Tuomas, mais toujours cet intact côté mélodique qui domine sur les refrains. Malgré tout, cette débauche de violence marque le pas sur certains titres comme sur le déjà-entendus « Cross to Bear » qui garde une structure terriblement classique tout en étant finement ciselée pour ne pas lasser l’écoute. Même remarque pour « Fallen World » dont l’introduction toute en résonance marque l’entrée du groupe dans les terres de « l’extrême mélodique ». Les refrains sont d’ailleurs toujours aussi somptueux, variant idéalement avec l’oppression globale de ce titre.

Remarque, dès l’introducteur « Pitch-Black Universe », on s’attend à cette débauche de technique à venir, le titre variant intelligemment et remarquablement bien entre des moments plus lourds et des accélérations soudaines, bien aidé par ce court piano séparant les différentes parties. Les growls de Tuomas sont empreint d’émotions et de mélancolie en restant facilement compréhensible, excellent point. Une émotion que l’on retrouve magistralement sur le plus long titre de cet album : « Throne of Ice ». S’ouvrant sur une splendide mélodie, entre claviers imitant de discrètes cordes, une guitare acoustique dont les notes sont caressées avec délicatesse et un lent soli remplis de mélancolie. Même lors de l’accélération soudaine, mélange de double pédale et de frappe lourde avec une guitare plus acérée, rien ne viendra troubler ce moment d’émotions intense. Aucune remarque ne pourra non plus être formulée envers les splendides growls du chanteur.

L’absence de chants clairs se ressent sur tout cet album, c’est évident. Mais sur la technique « Perfect Storm », c’est encore plus criant… Ce refrain intense et mélodique ne s’accorderait-il pas mieux avec une voix claire ? Tout dépendra des goûts assurément, mais il est évident qu’un manque de réelles innovations pourrait se faire ressentir sur certains passages. Il en va de même sur la pénétrante « Eclipse », habile mélange d’éléments violents avec des growls à la fois furieux et remplis d’émotions. Une alternance de voix sur le break acoustique aurait peut-être pu mettre davantage en avant ce titre, assurément l’un des meilleurs, mais dont il manque ce petit truc pour faire partie des meilleurs.

Le temps que la splendide conclusion « Closure » nous fasse plonger dans un Death aux portes du Metal Atmosphérique, il est temps de faire le bilan de cet opus clairement marqué par le changement. S’il n’y a rien à dire sur la production, parfaite, juste, sans fausse couche, certains pourront probablement déplorer que le virage plus « brutal » du groupe ne se fasse pas avec une production légèrement différente, pour insister davantage sur le nouveau visage que le groupe veut donner de lui.

C’est difficile de trouver à redire sur « Rise of the Phoenix », tout dépendra des goûts. Peut-être que l’absence totale de chant clair en rebutera certain, peut-être que la présence intégrale d’un chant guttural dont on ne peut trouver à redire tant celui-ci garde une variété à toutes épreuves attirera de nouveaux adeptes. Peut-être que la transition vers un Death moins Gothique, mais plus Mélodique divisera les fans. Peut-être… Les goûts et les couleurs, comme on le dit si bien.

Mais jamais nous ne pourrons blâmer Tuomas Saukkonen sur sa capacité à créer des compositions toujours cohérentes et ultra-créatrices, ne se répétant jamais et explorant de multiples recoins de notre univers musical, si vaste… De mon idée, il s’agit d’un album extrêmement complet, mais dont le changement d’orientation s’observera davantage avec les futurs sortis. Chacun se fera son opinion, son idée. Sûrement pas un album fantastique, mais un très bon album dont il serait vraiment dommage de ne pas lui laisser ne serait-ce qu’une chance.