octobre 25th, 2013

Dancefloor Disaster : Death Machine Vol. 1Je commencerais cette chronique par une petite anecdote ridicule, mais qui m’a fait beaucoup rire. Une journée d’été en voiture avec mon frère, l’envie de faire péter la sono nous pris, un peu comme Roger dans sa 205 GTI tuné à la mord moi l’noeud. Sauf que nous, c’est des bons vieux classiques de jeunesse, Rammstein et « Du Hast » dans le cas présent. Alors que les baffles crachent au rythme des grognements de Till Lindemann, une voiture se met à notre niveau. La fille (pouf?) l’occupant nous regarde horrifié (mon dieu, des néo-nazis!) et décide de rapidement fermer ses vitres et de verrouiller la portière (des fois que l’envie nous prenne de la sacrifier avec une chèvre).

C’était plutôt rigolo. Après tout, dans des villes embourgeoisées comme Cannes, ne pas écouter le dernier David Guetta est un sacrilège, ne pas posséder le dernier Lady Gaga une honte et ne pas danser sur le dernier Rihanna une raison suffisante pour se faire railler. Je vous entends déjà vous morfondre, mes très chers petits Metalleux (faites au moins semblant, pour la mise en scène, quoi…) en vous demandant comment faire pour faire sortir du Cannibal Corpse des enceintes du Gotha Club de la Croisette ? (Oui, je m’en doute bien que vous en ayez strictement rien à faire, mais c’est ma chronique donc je dis les conneries dont j’ai envie).

La solution à notre problème de gros manque de classe (ou de superficialité, au choix) se trouve à Nantes. Que ce passe-t-il quand Kiemsa, Mamayegro ou Eradicate fusionnent ? Et bien ça donne Dancefloor Disaster ! Le combo avait pu démontrer avec un premier EP que Katy Perry, Lady Gaga ou bien les excellents Prodigy ferait de parfaits titres Metal. La rentrée 2013 voit donc arriver le premier album (ou du moins, le premier disque en bracelet clé-USB) des Nantais ! C’est le moment de sortir du placard votre petite chemise blanche et votre joli col en V et répandre la Death Machine en ville !

À coups de détournements douteux et de jeux de mots complètement nazes, 15 titres techno/dance/pop des années 80 à aujourd’hui se font martyriser, écraser et transformer avec classe ! Le maître du synthétiseur mono-touche se fait prendre deux fois (et on remarque très bien que les intros des deux titres sont identiques… Mono-touche !). Premier assaut avec Gettin Over Crew transformant les breaks en passages mélodiques splendides et les couplets en intenses séances d’headbang. Même remarque pour « Love Is Gone » dont les refrains sont complètement sublimés par un ensemble de mélodies et de chants accordés en parfaite adéquation. Quant aux couplets … Bah c’est grosso-modo la même chose que le titre précédemment cité, toujours ces intenses riffs saccadés, de monstrueuses parties de double pédale …

C’est épatant de voir que les musikos ne sont pas que des gros déconneur. Car oui, ils s’éclatent, mais avant tout, ils maîtrisent ! Rien ne déborde, rien n’est en surdose, le groupe brasse beaucoup de genres et de combinaisons différentes, relayés par des échanges vocaux impeccables, autant dans les registres claires, pop et catchy que dans les growls et les hurlements de dégénérés ! Tout est à sa place pour notre plus grand bonheur !

L’electro-pouf s’en prend plein la gueule ! Les mosh-part de « Till the World Bends » effrayant, au moins autant que l’application à proposer un morceau bourré de riffs donnant une dimension épique à l’ensemble. « Lady Gras Gras » (je vous avais prévenu, pour les jeux de mots…) donne également le ton dans ses couplets catchy et son refrain Metalcore génialement parodique. Rihanna se voit aussi transformée en pop-Metal avec un « Please Don’t Stop the Mosh Part », avec une première partie dédié à se calquer sur l’original pour mieux emmener l’auditeur dans un tourbillon de breakdown sur la deuxième partie.

Aucune raison de ne pas non plus s’attaquer à ces prétendus artistes “dance” ! Et on commence avec « LMFKO », dont le titre n’est qu’un décalque du titre original avec une grosse guitare à la place du beat. Il s’agit peut-être de la reprise la moins intéressante, sans trop de folie… Qu’importe, faisons la dance du poney avec le « Gang Bang Style » et ses gimmicks écrasantes et autres changements de rythmes incessants ! Efficace et entraînante, voilà qui devrait vous réconcilier avec ce lourd buzz coréen.

Mais l’album n’est pas qu’une intense séance de bourrinage réussi, il y a aussi une petite balade à la toute fin ! « Quoi c’est l’Amour ? » a beau compter de nombreux breakdowns et des séances de martyrisation de batterie, il n’en reste pas moins un titre beaucoup plus posé, n’hurlant jamais et transformant une bouillie électro en une vraie pièce de Metal Mélodique et sa conclusion en chant aérien et en voix de môman furieuse. Mais la classe revient à « N’arrête Donc Pas la Fête ». Une première moitié qui respecte metalleusement parlant le rythme de l’original des Black Eyed Peas au travers d’un Neo Metal entraînant et groovy avant d’enchaîner sur des plans plus Hard-Rock (Kiss ?) pour un écart épique et plutôt bien réussis !

Cette première moitié de chronique s’est donc particulièrement intéressée aux titres Pop/Dance des années 2010. Vous l’aurez compris, ces titres comptent pour la plupart une base Metalcore aux breakdowns acérés et au changement de rythmes réguliers. Mais l’autre moitié de l’album se voit agrémentée d’énormes succès de la musique électronique des années 80. Attention au choc des cultures !

Cela commence dès le titre d’introduction de l’album « Corones » (… Non) reprenant « The Rythm of the Night » dans une transition entre lourdeur mélodique et Hardcore à riffs ciselés. C’est seulement beau, en fait. On touche encore à du culte avec le chanteur bègue Scatman, devenant « I’m Escape Man ». Gardant en sample la vitesse de prononciation du chanteur original (qui a donc véritablement fait de son handicap une force, l’original n’a quasiment pas pris de rides) pour nous balancer une syncopation Mathcore à même de retourner les salles.

Vous l’aurez compris, plus question de se moquer, place à de vibrants hommages. Les chansons ne sont plus transformées comme les reprises “récentes”, Dancefloor Disaster bonifie l’ancien pour finalement créer des titres très complets et vibrants d’émotion.

L’électro entêtant est un monstrueux terrain de jeu pour les Nantais et Benny Bennassi devient « Staticfaction » pour ce qui est l’une des reprises les plus furieuses de l’album, multipliant cassures violentes, hurlements sourds et batterie pied au plancher. De l’autre côté, les extraordinaires Prodigy inspirent le « Oh Men ! » des Nantais. C’est simple, la trame électronique des Anglais est conservée et là voilà prolongé par une succession de riffs explosifs et rapides, un bon Metal Fusion qui sent le soufre, avec circle pit dans la tête et hurlements constants, donnant lieu à ce qui est sans doute la meilleure des covers.

Il ne nous reste plus que les titres les plus groovy. Pour Dancefloor Disaster, « Groove Is in the Art » et l’ensemble est rock, dansant, parfaitement maîtrisé et furieusement agréable (ce jeu de basse est exquis). Et nous clôturerons sur le délire de vouloir danser le « Mocoreno » (mais si, vous connaissez la chorée!). Si les paroles sont toujours autant inaudibles, le groove hilarant de l’ensemble sera suffisant pour transmettre une joie communicative sur ces rythmes sourds.

Évidemment, Dancefloor Disaster ne fait que reprendre des tubes avec une vague métallique dont aucun riff ne brillera d’originalité. Mais de toute manière, nous ne sommes pas là pour entendre ça. « Death Machine Vol. 1 » n’est qu’un joyeux bordel extrêmement bien organisé et agencé qui n’aura pour seul but que de faire vibrer toute une communauté sur des airs intemporels pour la plupart. Après tout, des riffs qui claquent dans tous les sens, deux chanteurs parfaitement complémentaires, une batterie ébouriffante de précision. Qu’est-ce qu’il faut de plus ? Une scène et c’est tout !

This is the rythm of the night ! o/

juin 28th, 2012

Peu de temps après la fin de Dying Tears, la chanteuse Jenni Signorino, la claviériste Julie Henau, le guitariste Stef Montiel et le batteur Emmanuel Solive décident de reprendre la route ensemble. Désormais sous le nom d’Interria, hors de question d’évoluer dans le même registre que Dying Tears. Place ici à quelque chose de plus moderne, de plus direct. Une musique jonglant entre Metal et Rock, de nombreuses touches électro habilement transplanté ici ou là et toujours la voix de Jenni Signorino pour dicter le tout.

Très rapidement, Emmanuel quitte le navire, laissant soin à l’ex-membre de The Old Dead Tree Franck Metayer de le remplacer. Fabien Calmon clôturera le line-up en se plaçant derrière la basse. Par la suite, le maxi « Interria » et les affiches de plusieurs festivals réputés (comme le Raismesfest ou le Metal Female Voices Festival) commenceront à faire parler de ce groupe, bien loin de Dying Tears. Sorti en 2009, « Les Corps Impatient » est donc le premier album du groupe francillien, enregistré au Loko Studio, qui a notamment vu passer dans ses locaux Mypollux ou Sidilarsen.

Point fort ou faible selon les goûts, « Les Corps Impatient » est un disque extrêmement facile d’accès. Les titres sont d’une durée standard, tournant toujours autour des quatre minutes, les compos ne sont pas des déluges de techniques, misant tout sur une efficacité certaine et sur des refrains bien catchy et entêtants. La production est, elle, très bien réalisé et propre, même si le son semble parfois trop clean.

Le principal problème pour décrire un album tel que celui-là, c’est la moyenne variation musicale qui s’en dégage. Globalement, chaque piste se ressemble, toujours des couplets sous une musique électro et des refrains plus massifs, flirtant parfois avec quelques relents industriels (« Nemorkia ») ou simplement vers un Rock très bien construit (« [m]road »). Il n’y a pas grand-chose à dire sur les musiciens, ceux-ci maîtrisent plutôt bien leurs instruments, jamais en surdose, même si on aurait bien aimé un peu plus de punch parfois (« Mindustrial » et son rythme indus aurait mérité un peu plus d’énergie).

Du côté de la voix, Jenni s’en sort très honorablement. La chanteuse possède une voix puissante autant que mélodieuse, capable de varier les intonations efficacement. Efficace, mais pas toujours juste, cependant. Le sentiment d’avoir une surdose de chant pop trop surfait avec de désagréables relents très (trop ?) catchy (« Nemorkia »), un peu comme la base des refrains clairs que l’on retrouve dans le Metalcore, par exemple (« Evasion », « Voodoo »). Et c’est désagréable, car Jenni possède véritablement une voix envoûtante quand celle-ci la laisse simplement aller au gré des compositions (« I-Code », « Vice Caché » sur certains passages, « Nouvelle Ere », « Les Corps Impatient »).

Du côté de l’électro, ne vous attendez pas à de l’indus qui tâche. L’électro n’est pas extrêmement présente, souvent mise en arrière, servant régulièrement pour les intro des titres voire comme accompagnement sur les couplets, on retrouve vite avec un amas de son beaucoup trop commun et finalement vite lassant (« L’Instant », « Evasion », « Mindustrial »…). Textuellement, le groupe s’en sort plutôt bien, les textes en français se comprennent assez facilement et sont relativement bien écrits et agréables à l’oreille.

Alors c’était donc ça la « tuerie » Interria ? Ce que d’autre webzine semblait prendre pour la nouvelle révélation française, pour un son extrêmement novateur et original avec une musique qui ne ressemble en rien à ce que l’on trouve dans le monde du Rock/Metal ? Je n’invente rien, c’est bel et bien ce que j’ai trouvé en cherchant diverses petites informations sur le groupe.

Interria n’est pas un groupe ridicule, loin de là ! Les musiciens ont un très bon bagage et une bonne maîtrise, tout comme Jenni qui a vraiment une belle voix. Mais la désagréable impression de toujours écouter la même chose en lassera plus d’un. Peu de diversité, peu d’innovation… « Les Corps Impatient » est un album sympathique, mais c’est tout. Une écoute, puis le placard. C’est malheureux à dire, surtout après les tonnes et les tonnes d’avalanches de compliments inondant le groupe de toutes parts.