février 15th, 2013

Le chemin parcouru depuis l’indémodable album éponyme « Lofofora » en 1995 est conséquent. L’engagement sauvage de « Peuh ! », la noirceur brutale de « Dur Comme Fer », le groove des « Le Fond et la Forme » et « Les Choses Qui Nous Dérangent », la sauvagerie de « Mémoire de Singe ». La question était de savoir dans quelle direction Lofofora se dirigerait. « Monstres Ordinaires » est un album plus singulier, comme l’est régulièrement les premiers albums après un changement de line-up, comme l’avait été « Le Fond et la Forme », premier album avec Daniel Descieux.

« Monstre Ordinaire » est un album bien plus puissant, dans une veine davantage Metal que Fusion/Hardcore (mais sans renier ses styles, bien évidemment). Les titres sont bien plus longs, régulièrement supérieurs à cinq minutes, les compositions sont davantage fouillées, bien plus changeantes sur la durée, bien plus variées, presque mélodiques par moments, pourrait-on penser. Il en va de même pour la voix de Reuno, toute en maîtrise, celle-ci change avec une facilité déconcertante entre hurlements sauvages, poussés graves, vocaux hurlés avec puissance et chant clair malsain, quoique les vocaux féroces sont davantage présent.

« Pour la connerie en barre, il y a toujours de l’espace ! Plus c’est gros, et mieux ça passe ! ». Le message de « La Merde en Tube » est clair et ça le sera sur tout le long de cet album. Le travail textuel est toujours aussi conséquent, malgré que certaines figures de style soient tout de même compliquées à saisir aux premiers coups d’oreilles, et que d’autres textes semblent déjà entendus. Les riffs de guitare claquent avec puissance et efficacité, la basse démontre une oppression et une rondeur excellente pendant que le nouveau batteur claque ses frappes avec force et rapidité. Une « furiosité » impressionnante pendant 50 minutes ! Mais …

Car il y a un « mais ». Le paragraphe ci-dessus, c’est ce que j’ai ressenti lors des premières écoutes. Et puis on laisse un peu tomber cet album, quelque temps. Et en bon fan, on y revient, et là, ça cloche sur quelques points… Dépeint par le groupe comme un album noir et sombre, on se rend vite compte que celui-ci n’atteindra jamais l’excellence de « Dure Comme Fer », bien plus glauque que ce « Monstre Ordinaire ». Il en va de même pour certains titres, agissant sur nous comme un trop important clin d’œil au passé. Je m’explique.

Écouter « La Merde en Tube » revient à écouter une version Punk/Hardcore de « Rock’n’roll Class Affair », « Un Mec Sans Histoire » peut être une sorte de continuité textuelle au titre « Les Gens », « Les Evadés » semble s’inspirer de « Série B », le break final d’ « Élixir» ressemble à s’y méprendre à celui du titre « Mémoire de Singe » avec un Reuno dont la voix semble également crachée dans un haut-parleur… Globalement chaque titre possède plus ou moins sa ressemblance avec une chanson du passé. Il en va de même pour certains textes. Les Doubles vies pour « Un Mec Sans Histoire », la paranoïa (« Le Visiteur »), la musique commerciale (« La Merde en Tube »), l’indifférence du monde (« Elixir »)… Des thèmes qui, s’ils sont toujours merveilleusement écrits, commence un peu à fatiguer. Mais après tout, puisque rien ne change dans ce monde…

Lofofora fonctionnerait-il en roue libre ? Eh bien, pas totalement. Comme dit plus au-dessus, « Monstre Ordinaire » traîne quelques changements musicaux. Et les changements se ressentent dès la production ! Moins froide et lisse que ne l’avait été « Mémoire de Singe », « Monstre Ordinaire » traîne un son davantage crasseux, poisseux et lourd (qui a parlé de Mudweiser ?). Une volonté du groupe sans doute d’insister sur le côté Metal de leur son. Au final, on se retrouve avec un son ressemblant à du Lofofora, sans véritablement être du Lofofora.

On le ressent dès la rapidité de l’introduction « Utopiste ». Furieuse, brutale et martiale sur les couplets, aérienne autant que poisseuse sur les refrains, Reuno démontre un chant Viscéral et agressif qui prend aux tripes. Quand le break intervient, le chant clair et plaintif du vocaliste nous touche en plein cœur, blasé et fatigué avant de laisser court à un passage instrumental lourd de puissance et de maîtrise.

Cette volonté d’aller de l’avant, on la retrouve également avec l’épatante « Élixir ». Ça démarre lourdement avant de partir dans des riffs d’une efficace rapidité. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre les sonorités enivrantes d’une guitare délivrant un ensemble d’accord presque atmosphérique. Mélangé à tout ça un chant où un tel degré de brutalité n’a que rarement était atteint dans la voix de Reuno. La volonté continue des Lofo d’inclure des solos dans leurs titres est également une très bonne idée, surtout quand ceux-ci sont fort bien exécutés.

Au rang des belles réussites de cet album, « Le Visiteur » mérite sa place ! Démarrant lentement avant de laisser libre cours à des riffs lourds, lents, répétitif. Tous les instruments s’accordent avec la voix pour en faire un recueil de schizophrénie parfaite d’un homme en proie à la folie à cause d’un individu frappant sans relâche à sa porte. Le travail de la batterie est intéressant, ici. S’enfonçant de plus en plus dans la folie violente de cet homme, ce titre met toute la lumière sur le titre suivant, portant le juste titre de « Ma Folie ». Ici, on renoue avec un peu de nostalgie… Des riffs empruntant tout droit à un groove Rock’n’Roll, une alternance de grande classe entre chant rauque sur les couplets et un chant clair envoûtant sur les refrains, une Double précise et puissante. « Un Mec Sans Histoire » délivre aussi son lot de musicalité de pression, tant les riffs et la batterie sont écrasantes pendant que Reuno se charge de nous achever de son chant lourd et puissant.

Et puis sur certains passages, on s’ennuie ferme. « Les Évadés » pourrait être sympathique, si Lofofora ne se contentait pas de s’auto-plagier. Les riffs sont sympas, mais déjà entendus. La batterie est relativement simpliste par rapport à ce que Vincent démontre le long de cet album. Le chant de Reuno, constamment hurlé, est vite ennuyeux … On ne retiendra que ce passage groovant uniquement joué à la basse à la toute fin. Il en va de même pour un « Cannibales » trop lent, dont la suite de riffs ne fait que se répéter du début à la fin, sans grande originalité, ou Reuno crie trop souvent de la même manière. Citons également un « Frustrasong » quelque peu sauvé par les cris sauvages et implorants de Reuno sur la fin. Autrement, nous avons affaire à un titre assez ennuyant, pour à peu près les mêmes raisons que « Cannibales » : fort peu d’originalité… Les paroles ne sont pas sans rappeler « Charisman » sur certains aspects. Quitte à me répéter encore, mettons « Les Conquérants » dans le même bateau !

Plus long titre de cet album, « La Beauté et la Bête » est une offrande assez surprenantes, Lofofora nous ayant peu habitué à ce type de piste. Longtemps dicté par la basse, le rythme se veut très lent, très lourd, très pesant. Le chant de Reuno atteint là aussi une puissance insoupçonnée tout en conservant une intense touche émotionnelle. Les guitares très graves et la batterie entre jeu rapide et jeu lourd enfonce davantage l’auditeur dans cette atmosphère lugubre…

Au final, « Monstre Ordinaire » est un album très inégal. En soi, cet album s’inscrit dans la lignée de ce qu’a toujours fait Lofofora, on ne peut pas en vouloir au groupe de continuer à avancer en changeant toujours un peu son style. Néanmoins, les points forts de « Monstre Ordinaires » se muteront en point faible pour certains, et l’inverse est tout aussi vrai. Bien qu’étant un bon album, le fan ne pourra être rassasié. Après quatre ans d’attente et autant d’excellents albums, peut-être deviendraient-ont trop exigeants ?

septembre 14th, 2012

Qu’importent les sorties, les tentatives, les changements de line-up, les changements d’orientation musicale… Pour beaucoup, Mass Hysteria s’est arrêté avec « Contraddiction». Depuis lors, les Mass se sont modifiés, ont tenté de visiter de nouveaux horizons, ont tenté parfois de renouer avec le passé, avec plus ou moins de réussites.

Mass Hysteria, c’est un son lourd, massif, un Metal Industriel puissant sur un flow proche du Hip-Hop où Mouss propulse ses textes, mélange d’engagements sincères, de tournures de textes complexes et de figure de style rondement mené. Beaucoup d’électronique, mais toujours différente, s’orientant album après album vers des cultures toujours changeantes.

Mass Hysteria, ce fut une première période. Celle-ci a débuté en 1995, il y a déjà dix-sept ans. « Le Bien-Être et la Paix », mélange de haine et de mal-être envers cette société déjà corrompue, dont finalement peu de choses ont changé depuis lors. Un son déjà Metal, orienté très électro. Quatre ans plus tard, la bombe, la perfection, « Contraddiction ». Le son y est alors bien plus massif, les textes bien plus engagés et virulents. Un rouleau compresseur musical encore considéré par beaucoup comme LE disque qui a fait ce que Mass Hysteria est devenu aujourd’hui.

Mais fort de cet incroyable succès, le groupe a eu peur alors de tourner en rond, de faire un « Contraddiction 2 », de finalement tourner sur un succès trop simple et entama alors sa seconde période. Mass a calmé le jeu, revu sa puissance à la baisse, les textes furieux laissent place à une prose plus poétique, plus philosophique. Du Metal, on tourne vite à un Rock plus Atmosphérique. Finalement incompris, ce disque se soldera par un échec cuisant. Pour ma part, je trouve simplement que ce disque n’a pas été suffisamment peaufiné, trop maladroit… Un long arrêt, le temps de réfléchir, de changer de label. 2005 : l‘album éponyme « Mass Hysteria » débarque. Le « Black Album » de la bande à Mouss se solde par un nouvel échec, le son de Mass s’orientant alors vers une sorte de Pop-Rock légèrement plus forte, vers un nouvel éveil textuel, un sens du verbe encore inégalé.

At(h)ome est ensuite venu au « secours » de Mass Hysteria en 2007. Un changement de guitariste intervient, Olivier Coursier allant former AaRON et « Une Somme de Détail » arrive. Bien que maladroit sur le fond, cet album tente peu à peu de renouer les liens avec la période « Contraddiction ». Ce fut le début de la troisième période. « Une Somme de Détail » transita ensuite vers « Failles ». Le guitariste Yann Heurtaux fit davantage ressortir ses influences Death récupérées de sa période avec Necrophobia pour un album résolument agressif et haineux. Un album que j’ai pour ma part trouvé bon, mais sans cette petite étincelle… De la puissance, oui, mis lassant à la longue, pas assez varié sur la durée.

Ainsi, quand Yann a annoncé que « L’Armée des Ombres » serait « dans la lignée de Failles et de Contraddiction, mais en plus gros », on aurait pu se poser des tonnes de questions quand on se souvient du virage tendu qui a suivi « Contraddiction »… Verdict sur le septième opus de Mass Hysteria ? Mis à part le houleux départ de Stephan (dont de mauvaises rumeurs disaient que les Mass l‘avait écarté pour son âge), ça reste du bien bon en tout cas.

« Positif à Bloc » est une intro massive, quelques touches électro pour l’introduire et c’est un déchainement de batterie lourde et de guitares saturées qui nous violent les oreilles. Dans la continuité de « Failles », le son se fait encore une fois extrêmement lourd et oppressant, très bien accompagné par cet inimitable flow de Mouss.

Légèrement plus absent de « Failles », les accords électroniques font ici un grand retour, que ça soit pour accompagner la surpuissante « L’Homme s’Entête », pour compléter la puissance Rammsteinesque de « Pulsion » (et ce beau petit pont atmosphérique) ou le côté brut et rapide de « Vertiges des Mondes ».

Faire un album en misant énormément sur la puissance et le côté brut de leur fusion a malgré tous ses inconvénients, comme sur « L’Esprit du Temps » qui sonne un peu trop comme du déjà entendu et refourgué des dizaines de fois. « Vertiges des Mondes » ne convaincra pas tout le monde, la voix de Mouss semblant avoir quelques difficultés à tenir la cadence très rapide du titre sur les couplets. « Commedia Dell’Inferno » possède de bien bon élément, mais un côté qui peut être quelque peu rébarbatif sur la longueur malgré la qualité évidente de ce titre.

Mais de l’autre côté, des titres brillent par leurs talents, comme « Même si J’Explose ». Une longue intro au piano avant de laisser passer des riffs d’une puissance impitoyable et d’une batterie tout simplement parfaite. Pas le temps de s’extasier sur les couplets massifs que Mass nous propulse un break imparable qui sera probablement à même de rassembler toute la foule en un seul et unique pack. « Tout Doit Disparaître » a du talent aussi. Quelque « tic-tac » de pendule pour nous asséner une suite de riffs assassins et bruts (même si parfois, on ne se retiendra pas de regarder vers « Failles »). La puissance de ce nouveau Mass est assez impressionnante, notamment sur les quelques breaks.

D’autres titres qui parsèment ce disque, comme « Sérum Barbare » et sa lourdeur démente et pesante, ne sera qu’un petit plus pour headbanguer davantage en concert alors que « Raison Close » apporte une (très) légère accalmie avec ce côté plus atmosphérique que dégage les passages électroniques en fond et sur les couplets.

Un petit mot sur le nouveau bassiste ? Très présent ! Quelques titres lui réservent même des petits « solos » de basse et sa quatre-cordes ressort à merveille des passages électroniques. Et les textes ? Du Mass noir et sombre, surement plus qu’énervé que rien ne change malgré le temps qui passe. Les textes sont parfois bien tirés par les cheveux, requièrent plusieurs écoutes pour en dégotter le sens exact.

Dire qu’on a avec « L’Armée des Ombres » notre « Contraddiction 2 » serait une erreur. De toute manière, il serait encore plus erroné de dire que Mass Hysteria le fera un jour. Les temps ont changé et le groupe aussi. « L’Armée des Ombres » est ainsi dans la pleine continuité de « Failles » dans des sonorités définitivement massives et lourdes, bien plus industrielle que par le passé. Certains seront heureux, d’autres souffleront. Mais ceux qui n’ont pas aimé « Failles » car trop massif et linéaire devraient tout de même laisser une chance à ce nouvel album.

avril 26th, 2012

« Gore Baby Gore » avait déjà commencé à lancer l’idée. Moins de bourrinages électro et plus de véritables chansons, pour le coup, Punish Yourself avait choisi une voie très différente de celle entamée par l’orgasmique « Sexplosive Locomotive ». Progressivement est venu l’idée au groupe de faire autre chose, quitte à déplaire à des fans désireux de voir Punish Yourself plus souvent sur le devant de la scène. Désireux de s’essayer à autre chose, voilà comment est né 1969 Was Fine.

Ah les années 60… Une décennie charnière dans l’histoire, et avec tout ce qui est arrivé à nos parents et grands-parents dans ces années-là, ça devait être pas mal. C’est sur cette base que part 1969 Was Fine, au travers d’une musique totalement indéfinissable, mélange d’un bon vieux Garage-Rock, de bon Free-Jazz bien pêchu, de Punk vraiment pas content, d’un peu d’électro pour rester dans le ton et d’une bonne dose de relents psychédéliques à en devenir fou. Une musique sous LSD, ni plus ni moins. Le tout bien accompagné d’un … Saxophone !

Vx, Miss Z et Pierlox jettent les pots de peinture et apparaissent « à nu ». Le son ici est bien plus Rock, plus brut, moins de fioriture due à l’électronique et cela se ressent dès les premiers instants de « Vietnamsexbomb », on sent que ça va bouger. Le son sature, l’ensemble est extrêmement pêchu et énergique. On retrouve le chant typique et complètement fou Vx accompagné de la voix si caractéristique de Miss Z. On ne retiendra pas la batterie, au même niveau que Punish Yourself, à savoir : aucune variation dans les morceaux, très fixe, très linéaire, mais elle a bien le mérite d’imposer un mur rythmique. « Living in the City » voit la basse dominer l’ensemble avec force, accompagnant idéalement le chant lancinant et « shooté » des vocalistes. Les guitares, bien que fixe, imposent un ensemble très massif qui fait vraiment du bien. Avec « Bloodstone », on a affaire à du pur Hard-Rock, des samples mimant ainsi des claquements de mains, un chant suffisamment varié et transcendant avec en fond les hurlements de Miss Z sur les refrains. C’est Rock, ça sent le bon carbu, ça tâche. C’est sacrément bon et c’est tout ce qui compte ! Le break de la mi-chanson ne peut que laisser présager l’explosion à venir ! Et comment ne pas mentionner la claque de « Altamont Baby » (qui mentionne un regrettable évènement lors d’un concert des Rolling Stones…), entre cette introduction imposant un mur de guitare à laquelle répond un saxophone purement et simplement saturé et schizophrénique. Le chant de Vx est parfait dans sa dépravation, imposant un mal-être incroyablement puissant. C’est incroyablement bon, notamment sur les explosions des refrains et surtout sur ce finale, remplie de violence et de crasse.

La patte Punish Yourself ressort à de nombreux endroits toutefois, voulu ou non, cela casse la cohérence des morceaux et fait parfois ressortir le tout comme une sorte de best of. « Doctor Doom » d’ailleurs, qui clôture cet album. Les puristes du groupe Toulousain ne manqueront pas de remarquer qu’un titre du même nom clôture « Gore Baby Gore ». Voulu certainement et même si le son est différent, plus « calme », mais tout aussi électronique, en gardant une orientation assez perverse sur le fond, on a quand même l’impression de manger du très réchauffer. « À Psychosnake » établi quelque rapprochement avec Punish Yourself également, on pourrait remplacer la guitare par la touche électro typique du groupe pour se retrouver avec un titre de la même trempe qu’un « Sexplosive Locomotive ». Plus massif peut-être par contre. « La Muerte Hôtel » impose un rythme également typiquement Punish Yourself, à savoir lourd, sale, avec un côté écrasant et une tonalité de voix très sombre et crasseuse. Miss Z continu dans sa lancé à proposer son chant dépravé et complètement tordu, mais tellement génial.

Le saxophone agit comme un instrument principal de l’album. Il est joué d’une manière anticonformiste, à base de saturations et de sonorités assourdissantes qui vous péteront les tympans à n’en pas douter. Il suffit d’écouter « Freewheelin’ » dont il est l’instrument principal pour se faire une idée précise. Sur « Spiders 375 Necromancers », il joue souvent sur les mêmes rythmes que les instruments à cordes, donnant ainsi un côté énormément plus torturé à la musique et totalement jouissif pour qui aime la crasse typique des Toulousains.

Musicalement parlant, le disque ne se démarque pas pour des compositions incroyables car les guitares varient rarement les riffs, la batterie est linéaire sur quasiment tous les morceaux, la basse, très bien mise en avant d’ailleurs, et par moment assourdissante. Reste que le saxo est impressionnant. Ce qu’il faut noter aussi, c’est que la plupart des morceaux sont à rallonges (dans les 5-6 minutes), c’est dû en grande partie pour la plupart aux intro et aux conclusions sur fond de sample mimant toutes sortes de son (discours, bruitages en tous genres, sonorité dérangeante…). Alors oui, ça contribue grandement à l’aspect punk et volontairement anarchique du groupe, mais pour un auditeur, la présence de ces longs moments où, disons-le, il ne se passe rien peut être un frein à une écoute attentive. C’est bien trop long…

Du côté de la prod, c’est du Punish Yourself, à savoir sale sans être trop crade. Que ça plaise ou non, c’est l’identité propre du groupe de toujours nous proposer cette forme de son et ça contribue grandement à l’aspect dépravé de ce premier opus. « But 666 Is Alright » est un bon album, mais il risque surtout de plaire aux fans de Punish Yourself en premier lieu, dû à leur relative proximité. Maintenant, il est important de savoir si ce side-project va pouvoir perdurer et comment, est-ce que le groupe va se donner les moyens de repousser un peu plus loin les barrières de Punish Yourself ? Wait and see, comme on dit si bien. Mais 1969 Was Fine a tout pour se différencier de son faux jumeau.

avril 6th, 2012

La musique Avantgardiste aime Julien Cassarino et celui-ci le rend bien. Tout d’abord, c’est Psykup qui a ouvert les portes. Les Autruches de Toulouse ont secoué le monde du Metal français de leur musique aussi osée que technique, mélangeant allègrement toute la musique de ces trente dernières années. Dans le même temps, Manimal et son open-Death atmosphérique ont fait trembler les barrières du Death tel qu’on le connaît. Et puis Simone Choule a également fait de petits émules, bien qu’un peu plus discret que ces deux grands frères. Et puis il y a … Rufus Bellefleur. Derrière ce nom plus qu’étrange se cachent Ju’ et Yuz, proposant une vision très saugrenue de la musique. Mélangeant Metal, Country et Hip-Hop dans une musique plus qu’étrange, les voilà prêt à mettre en place une nouvelle idée de la musique.

Rufus Bellefleur est un personnage complètement ringard, originaire de la ville de Montrouge, en Louisiane. Il aime le bon alcool puant. Rien qu’une saleté de fantôme, fan de sexe, qui aime la crasse et qui plus est, a soif de vengeance, autant le dire, il n’est vraiment pas content, sans oublier qu’il aime le bon vieil alcool à vous en trouer l’estomac (déjà dit, mais il est important de bien le préciser). Autant le dire, inutile de chercher une musique sérieuse sur cet album qui sent bon le délire entre potes. Mais n’oublions pas le maître d’oeuvre : Julien Cassarino, autant dire que délire ou non, la qualité ne peut être qu’au rendez-vous.

Le disque commence directement par un coup de fusil sur un pauvre coq. Rufus se réveille et « First Blood » se lance sur un hurlement à glacer le sang, Ju’ hurle tel un damné tout le long de ce premier couplet avant de lancer une petite vague de chant clair bien mielleux mais étrangement plaisant avant de vite rebasculer à nouveau sur ces hurlements connus et reconnus. Une entrée en matière purement réussie en fait. Et tout le long de l’album, Ju’ nous gratifiera de multiples facettes de sa magnifique voix, la torturant et la remuant dans des mesures que le chanteur ne nous avait encore jamais habituées.

Julien nous offrira donc plusieurs fois de somptueux hurlements (« Drink (This Is My Soul) », « The Shop », « All Your Humanity »). Mais finalement, là n’est pas le point principal. Évidemment, ces hurlements si aigus ont la classe, mais c’est bien sur ses autres facettes vocales que Ju’ nous épatera. Comme ce superbe flow hip-hop sur « R.U.F.U.S » ou « A Hole in This Cage », un chant volontairement franglais et hilarant de par cet accent sur-abusé sur « Ma Blonde ». Sa voix se fera aussi chaude et mélodieuse sur « Third Fight Scene » mais également touchante sur la ballade de l’album « Souviens-toi du Bon Temps ». J’en oublierai presque les choeurs popesques et le groove entraînant de « The Rendez-Vous » ou encore le côté dancefloor de « Tonight the Devil Is the DJ ». Enfin vous l’aurez très rapidement compris, tout cet album est un patchwork vocal monstrueux de notre Ju’ national.

Musicalement, l’ambiance de ce disque vaut son pesant de cacahouètes ! Si un côté volontairement country et hip-hop semblent sortir principalement de cet ensemble, n’oublions pas les multiples mélanges qui sortiront du tout. Un fond Metal semblera sortir de cette guitare torturée de « Drink (This Is My Soul) » ou encore un gros côté industriel et bien glauque sur « All Your Humanity ». N’oublions pas non plus un énorme côté kitsch sur « Third Fight Scene » semblant tout droit sorti d’une bonne musique de sous les cocotiers, bercé par une bonne grosse basse bien grondante, ses percussions de Club Med et son final envoutant et aérien. Ajoutez à cela « Tonight the Devil Is the DJ » et son ensemble dance-country, renforcé par son break acoustique et son clip exceptionnellement débile ! À voir absolument pour une bonne tranche de rigolade. Un « R.U.F.U.S » au solo de sifflet (si, si, de sifflet, un vrai sifflet de foot…) et un bon « voulez-vous coucher avec moi ce soir, motherfucker ? » tout à fait élégant, de bonne percu digne d’un bon titre de hip-hop US ou encore d’un « The Rendez-Vous » profondément et typiquement pop sur-commercial et pourtant étrangement entrainant et hilarant prononcé par notre Ju’ et musicalement accompagné par une foule d’instruments tous plus en décalage les uns que les autres. Au fond, on ne se retiendra pas de taper des mains en rythme. « Dirty Feet » et son fond d’orgues et de légère symphonie retiendra l’attention de par son chant groovant et légèrement parlé, véritablement rythmé et efficace. « Souviens-toi du Bon Temps », mélancolique et délicate, se fera accompagner de pures sonorités country et d’un chant mélodique et touchant de Ju’. Bluffant.

Rufus Bellefleur réussit le pari de construire un patchwork musical semblant totalement désordonné, mais apportant peu à peu un sens tout particulier. Au fur et à mesure des écoutes, les subtilités se montrent, se développe, les atmosphères se construisent et libèrent une grâce exceptionnelle et un sens du rythme totalement libérateur et vivifiant. Importé de la country en France est en soi un défi, mais réussir à en faire un pur mélange de cette façon et tout simplement merveilleux. Pas facile d’accès, c’est certain, mais une fois dedans, il est impossible d’en sortir. J’aimerais en dire plus, mais je risque tout simplement de m’embourber, ce qui est quand même un peu le cas.

En fait, il n’y a qu’une chose à retenir de Rufus Bellefleur. Bordel, mais quel kiff !

avril 6th, 2012

Le mélange Rap-Metal ne laisse pas indifférente notre planète musicale. Entre ceux qui s’insurgent et ceux qui admirent, ceux qui y sont indifférents et ceux qui trouvent que cela a de la gueule. Mais malgré tout, nul ne peut passer à côté des succès mondiaux que Rage Against The Machine a engendrés, démocratisant ce style, repris ensuite par Limp Bizkit, Clawfinger ou dans notre hexagone par Lofofora ou Mass Hysteria (à un degré très différent). Hollywod Undead fait aussi partie de cette mouvance Rap-Metal, à la différence que le groupe insiste beaucoup plus sur le côté rap de leur musique.

Hollywood Undead ne fait pas dans la dentelle et s’ils sont adulés par la mouvance « jeune » du Néo-Metal à succès, leurs attitudes exubérantes en font de bonnes têtes de Turcs, à commencer par leurs dégaines masquées probablement inspirées par Slipknot. En 2008, le groupe sort son premier album, joliment intitulé « Swan Songs » qui, s’il ne brillait pas par une originalité hors du commun, avait le mérite d’être suffisamment remuant et musicalement bien entraînant et sympathique pour accrocher l’oreille. Mais avant tout, pour aimer Hollywood Undead premier jet, il faut accepter de baigner dans une ambiance « djeun’z » rythmés à coups de « fuck you, bitch ». Mais mis à part cela, nous pouvons essentiellement retenir le groove entrainant du groupe, qui parvenait à accrocher l’oreille de l’auditeur.

« American Tragedy » sort donc trois ans après cette première offrande. Changement de chanteur clair à la clé et c’est parti ! Autant le dire tout de suite, ce disque est un véritable bordel, de très bons titres côtoyant des étrons, et aucune cohérence ne ressort d’une tracklist semblant avoir été décidée par tirage au sort. Et comme dit plus tôt, les titres étant soit très bons, soit très mauvais, on décroche beaucoup trop souvent. En soit, il y a un côté Rock qui sort plus qu’un côté Metal, les vocaux hurlés de « Swan Song » ont totalement disparu, la verve textuelle de Deuce complètement évaporée au profit de textes prônant les filles, le sexe et l’alcool. Dans cet album se mélangent trois catégories de titres : les rocks, les rap et les autres.

Par quoi on commence ? Par un défaut qui gâche la plupart des refrains. Que ce soient les meilleurs titres comme les plus mauvais, le chant putassier et clairement trop facile et déjà entendu cinquante fois. Véritablement lassantes, ces envolées pops horriblement ratées gâcheront nombre de moment. Danny est l’exemple même de la voix basique qui ridiculise les refrains de beaucoup trop de groupes de Metalcore (simple exemple).

Pour poursuivre, le groupe enchaîne davantage avec côté rap vexant et énervant de par une attitude se voulant provocante, mais finissant tout simplement par devenir ridicule, le tout rehaussé par un électro bien souvent de mauvais goût. « Apologize » en est le parfait exemple avec cet électro basique semblant tout droit sortir d’un vieux délire 80’s, agrémenté d’un rap purement agaçant et d’un chant plat. « Gangsta Sexy » veut se payer une petite ressemblance avec Snoop Dog, mais sans même le frôler, Hollywod Undead parvient à créer LE stéréotype pur et dur du rappeur ridicule voulant se la jouer méchant. Tellement risible que c’est presque une libération d’entendre le niais chant clair sur le refrain. « Lights Out » est digne de passer sur Fun Radio de par une musique purement ridicule et d’un chant rap totalement plat, mené par une partie électro qu’on n’oserait même pas passer en boîtes. « Pour Me » poursuit dans la vague des titres ridicules, mais que le groupe s’est imposé pour respecter son quota de chansons commerciales. Peut-être plus délicate que les autres, mais gâché par toutes ses voix et ses montages purement superficiels.

Outre les chansons purement et simplement mauvaises se trouvent des chansons instrumentalement sympathiques mais vocalement insupportables. « I Don’t Wanna Die » en fait les frais, le piano (clavier) pose les bases d’une musique plus atmosphérique, mais le chant vient tout gâcher de par son caractère trop électronisé et son rap vaguement ressemblant à un Eminem enrhumé ou encore à un Jay-Z constipé. « Coming Back Down » accueille un rythme de batterie entraînant et une guitare acoustique agréable, mais devinez ce qui rend le titre lourdingue ? Le faux réveil de la guitare et le très mauvais chant joueront contre un morceau aux apparences agréables. « Levitate » et « Tendencies » sont du même acabit. Electro sympathiquement remuant pour la première, guitare massive pour la deuxième, mais chant purement stéréotypé bon pour passer à la dernière radio à la mode. Tout comme « My Town » finalement…

Finalement, il reste le pentagone du disque. Cinq titres tout simplement réussis. Comme le titre d’introduction « Been to Hell », massif à souhait, guitare écrasante bien qu’un peu trop synthétique et surtout, les trois chants rap s’accordent à merveille et le chant clair dégage les sinus (!), « Glory » apporte un côté un peu épique avec ses longs riffs et son chant furieux et rapide, ou encore « Hear Me Now » est ses vocaux rapides et énervés qui apportent une grosse envie de se bouger, sans compter sur un chant clair totalement dans le ton (c’est suffisamment rare), sans compter ses riffs étendus et son électro entraînant. Ajoutez à cela la batterie puissante et efficace et vous obtenez le titre parfait de cette galette.

Enfin, il reste deux chansons particulières. La première, « Comin’ in Hot » possède un gros côté lourd, rap stéréotypé, on prend un clip, on met des filles en décolleté et mini-short et on obtient sans contestation le titre rap par excellence. Et pourtant, ses vocaux énervés et son électro intense en fond un titre qui fera sans conteste bouger les foules en live. « Bullet » est une vraie perle ! Aucun véritable rap, les quatre vocalistes se partagent des plages de chants très agréables et la guitare acoustique donne véritablement envie de claquer des doigts, surtout au rythme de cette batterie entraînante. Un coup de cœur.

Au final, « American Tragedy » est un disque purement inégal. Un gros bordel dans la tracklist empêchera une écoute attentive de ce disque. Un côté très lourd, une imagerie et une dégaine trop stéréotypés, trop copiés et finalement de très mauvais goût. Peu de titres vraiment efficaces, trop de chansons gâchées et des morceaux carrément nuls, Hollywod Undead était un groupe très (voire trop) prometteur. Mais trop d’attentes tue l’attente et « American Tragedy » est un disque tout simplement raté et trop long. Surement appréciable pour un auditeur débutant ou archi-fan du genre et de musique typé radio. Mais n’est pas Rage Against The Machine qui veut.