novembre 13th, 2013

The Dawn : They Die Better That WayAprès plusieurs disques de musique atmosphérique en tous genres, j’en viens parfois à réclamer ma dose de violence. Aujourd’hui, il me fallait quelque chose qui défouraille, aussi n’ai-je pas hésité à me rabattre sur la dernière création des Marseillais de The Dawn, livrant leur deuxième album après « Loud Tunes and Furry Tales » en 2006 et le split avec Every Reason To… .

Bien inspiré par Converge, Cursed ou Today Is The Day, The Dawn nous propose un Hardcore chaotique et noisy déjà bien mûr, la preuve en est que Scott Hull (Agoraphobic Nosebleed, Pig Destroyer) se chargera du mastering de l’album. Clairement penché du côté de la grande vague Hardcore de la fin des années 80, les Marseillais nous livrent donc leur deuxième album : « They Die Better That Way », orné d’une pochette plutôt bien inspiré dans son style.

Musicalement parfois proche de Céleste, mais en beaucoup moins crade, nous pouvons séparer cet album en deux parties : les titres courts et les longs. Onze titres ne dureront pas plus de deux minutes trente. Durant ces multiples courts laps de temps, The Dawn nous balancera un Hardcore burné tout ce qu’il y a de plus classique. Si les riffs ne seront pas réellement marquant, la faute surtout à une tendance à ne pas s’éloigner du chemin de ses aînés, le groupe se suffira à lui-même en multipliant frappes rapides et brutales, guitares en saturation constante, usant de dissonances sourdes plus que de raisons. L’excellente production se chargera de mettre en avant les ambiances brutes du groupe, même si on regrettera trop peu de variations dans les intenses hurlements de Nico. Ainsi, si l’ensemble se voudra plutôt bien exécuté dans la majeure partie de l’album, il en demeure certains passages un peu plus lourds.

Le côté “fin de chanson, mais en faite, non” reproduit quatre fois sur « Génocide », le titre qui tente d’être plus violent que la violence elle-même avec « Neon Lights », le côté très répétitif de plusieurs pistes… Et d’autres passages d’être nettement plus réjouissants : le côté très schizophrène de « Let Me Go », les cris complètement fous sur un ensemble frôlant le Black avec « Alien » et « Utrum Virgo Maria Semen Emiserit in Copulatione Cum Spiritu Sancto », ou même les très légères incartades plus Post-Rock et mélodique de « The Question ».

Trois titres se démarqueront, donc. L’introduction « Dive », très lente, les inspirations malsaines Sludge/Doom voulu par le groupe sont plutôt bien emmenées, surtout en dualité avec ce chant terriblement écorché. Inspirations encore une fois présente sur « Turn Around and Shut the Fuck Up », même si on se retrouve simplement avec une autre version de « Dive ». L’ensemble plus Post-Hardcore de « Holy Fear » se voudra également très intéressant. La basse dominera nettement l’ensemble, alors que le groupe testera de nombreuses choses, comme une coupure et une conclusion mélodico/atmosphérique ou bien des cris nettement plus émotionnels dans leurs violences débridées.

Ainsi, sans être un recueil d’originalité, ce deuxième méfait de The Dawn contentera sans nul doute les adorateurs de Hardcore brutal sans concessions. Pour le reste, « They Die Better That Way » use de riffs classiques et de mélodies déjà bien entendu ailleurs, il y a beau y avoir du travail et du talent, ceux-ci demandent encore nettement plus de temps et un brin de maturité supplémentaire pour s’exprimer volontairement. Mais c’est en très bonne voie, dans tous les cas.

— Just an ellipsis —

juin 5th, 2012

C’est vrai qu’à première vue, « With or Without You » fait plutôt penser au tube planétaire des Irlandais de U2. Mais ici, on est très loin du rock de la bande à Bono. Bienvenue dans la capitale italienne pour le nouveau méfait du quatuor Romain Strenght Approach. Depuis déjà 1996 que le groupe écume salle de concerts et studios, Strenght Approach n’a pas hésité à dire que ce troisième opus sera « le plus agressif » parmi ses autres créations.

Premier point qui fait déjà vibrer (positivement ou négativement), c’est la faible durée de cet album. Onze titres pour à peine plus de vingt-quatre minutes… C’est très peu ! Mais il est vrai qu’il faut toujours privilégier la qualité à la quantité. Et qualité, difficile de dire qu’elle est véritablement au rendez-vous…. La qualité musicale est là, oui. Le jeu des guitares est très efficace, bien rythmé, la basse gronde judicieusement au bon moment. La batterie semble quelque peu en retrait par moments, mais on efface vite cela quand le rythme s’accélère. Les vocaux d’Alex sont hargneux et toujours ancré dans des hurlements relativement puissants. Mais le problème n’est pas là.

Le problème, c’est l’impressionnant sentiment de lassitude qui émane de ce troisième album… C’est d’ailleurs très étonnant de vite se lasser d’un album aussi court, mais c’est malheureusement ainsi. Les Italiens ont très bien appris la leçon Hardcore enseignée par leurs professeurs. La récitation est d’ailleurs parfaite. Tellement parfaite que l’on ne ressent rien à l’écoute de ce disque. C’est plat, sans aucune âme ou personnalité, tout semble recopier à droite et à gauche, tous les titres se ressemblent horriblement. Même la production se révèle harassante tant celle-ci ne donne aucune profondeur à la musique du combo.

Alors on peut quand même ressortir deux-trois choses intéressantes… Les petits beat hip-hop qui clôturent « With or Without You » titre. Une bonne idée pour diversifier, mais quand on sait que ce final ne dure que quelques secondes, on se demande pourquoi ces petites tentatives ne sont que minuscules comme ça, autant ne pas les mettre. « F.T.D. » et son break sourd, musique mise en arrière, laissant Alex qui exprime toute sa haine. Le rythme très entraînant de « Dance Hard or Die », oscillant entre rapidité et massivité, avec ce petit solo agréable, mais sans plus. Et globalement, c’est tout ce qui sort de « l’ordinaire » de cet album.

Alors voilà, tout dépendra du point de vue que l’on adoptera sur le Hardcore des Italiens. Il est bien exécuté, mais terriblement plat. Il est très entraînant, mais sans personnalité propre. Autant d’avantages qui trouvent leurs défauts et qui rendent ce disque ni bon, ni mauvais. Juste quelconque.

avril 29th, 2012

La France est une terre très fertile en ce qui concerne le Néo, le Hardcore ou la Fusion. Les Marseillais de Babylon Pression (présent dans le collectif Coriace avec Eths, Tripod ou encore les Toulonnais de Fis(ch)er) ne sont donc qu’un groupe de plus au milieu de toute cette masse. Après un « Classé X » qui a su les mettre peu à peu dans la lumière, Babylon Pression a pu bénéficier du coup de main d’un label pour enregistrer ce premier véritable opus. C’est parti pour la « Négative Génération ».

Du côté de la musique, nous n’avons rien de franchement novateur. Le son est très proche de leur voisin Marseillais Tripod, le chant y est tantôt rappé (la comparaison avec le débit vocal d’Enhancer est assez palpable) ou bien hurlé. Au niveau des textes, inutile de chercher une onde de positif dans leurs paroles. C’est violent, c’est déprimant, le monde, c’est de la merde et le groupe prouve ces pensées grâce à des textes profondément négatifs. En résumé, attendez-vous à des alternances rap/ragga et Metal tantôt Néo, tantôt Hardcore.

Inutile de prendre la musique avec des pincettes, car dès le titre introducteur « Personne », on est dans l’ambiance ! Alors oui, le riff n’a rien d’exceptionnel, mais sa massivité et la sauvagerie des hurlements des refrains suffisent amplement à mettre dans l’ambiance ! L’alternance de chant passe plutôt bien ici et le chant un peu ragga des couplets permet de diversifier un titre assez simple en apparence. Les riffs saccadés et le mal-être de « Skyzo » et ses samples de fausse politesse laissent dans cette ambiance Hardcore. Le chant y est toujours majoritairement alterné entre ragga énervé et hurlement sauvage. La batterie, sans être la plus travaillée qui soit, se charge d’entretenir le mur sonore ambiant et le chaos qui règne, bien relayé par des passages de basse purement reggae au début et à la fin, de quoi varier les plaisirs. Encore un peu de son massif ? « J’Oublie » est là. Les hurlements sont parmi les plus hargneux et haineux de l’album, la guitare encore une fois n’est pas hyper technique mais ce n’est de toute façon pas ce qu’on demande à ce genre de musique. Le chant clair rap fait un peu trop Enhancer et sonne de très mauvais goût avec la cohérence globale du morceau.

Babylon n’a pas la Pression (un peu trop facile, celle-là…) et n’hésite pas à tenter de petites expérimentations, notamment sur les mélodies (osons le terme). « La Fange » par exemple emprunte les codes d’un Néo Metal plus mélodique, beaucoup de chant clair assez agréable (même si rapidement un peu lassant). Peu à peu, le calme laisse place à une progression plus massive sur les refrains et les breaks, mais le fait que le chant soit en grande majorité claire et ne laisse que peu de place à de la violence, les hurlements étant eux-mêmes différents notamment sur la fin et le long cri plus déchirant (mais aussi un peu plus faux au niveau de la voix) donne un petit côté plus accessible au groupe (sans pour autant le rendre accessible au monde radiophonique). Autre petite expérience, « Emeute ». À 100 % rap et uniquement accompagné de sample, à vous de voir si vous appréciez cet intégral rap et ses nombreuses références à des musiques très connues de la variété française (notamment Manau et Pascal Obispo). « R.M.I » apporte une touche originale, le chant devient véritablement clair, limite un peu pop sur les refrains et oppose une dualité intéressante avec le rap des couplets et les hurlements présents en musique de fond. La musique en elle-même est très accessible, bien moins massive que le Babylon Pression « normale » et plus conventionnelle. C’est au goût de chacun toutefois.

Au niveau des délires « samplé », nous avons vu plus haut « Skyzo », maintenant au tour de « Négative Génération » titre éponyme. Uniquement audible à la fin, laissez-vous d’abord bercer par la violence vocale du groupe qui ne laisse que peu de place aux chants ragga clair et préfère toujours garder ce fond de hurlement, plus ou moins massifs, mais au fond un peu ragga quand même. Le déroulement du titre reste très conventionnel, tout comme les riffs droit et puissants, bien dans le ton hardcore comme a pu le faire par le passé Lofofora (la classe en moins). Le final se distingue notamment par un homme déclarant aimé passionnément les enc*lades et par un Patrick Sebastien en grande forme. Du grand art et du très bon goût, en fait. Pour les délires sans les sample, on se tourne vers « Confession » parodiant à la bonne manière un titre de Diam’s en disant « Laisse-moi kiffer la vibez avec mon pet ». Le reste du titre ne se remarque pas et se fond dans la masse avec toujours la même recette : chant rap, musique en arrière-plan, mais la batterie redonne un peu d’aisance au tout en variant intelligemment son jeu. La guitare se distingue également nettement avec ses mélodies douces plutôt que pour les deux accords et demi à peine massifs (si on ne compte pas le côté violence gratuite en conclusion). Et pour conclure, on notera le gros reggae dansante de « Champion Lova » qui, malgré un refrain plus lourd et Metal, se distinguera notamment par une très bonne performance reggae, vraiment très intéressant.

Il est clair que Babylon Pression n’invente rien et se contente de piocher à droite et à gauche leurs inspirations. Un soupçon d’Enhancer, une bonne touche de Tripod et un mélange de la fusion Hardcore de Lofofora et vous obtenez ce « Négative Génération ». Toutefois, il ne faut pas douter que la qualité du son et la maîtrise musicale est présente et bien que les innovations soient proches de zéro, Babylon Pression sort un premier opus vraiment sympathique, qui s’écoute facilement et sans aucune prise de tête.