juin 15th, 2012

On retrouve dans la musique Avantgardiste toute la partie dérangée et farfelue de la face artistique du monde de la Musique. Des artistes qui se façonnent à eux tout seul un style propre et unique, véritable bouffé d’air frais malheureusement négligée pour laisser à la vue de tous un grand carcan musical délivrant une musique stéréotypée, linéaire, sans aucune ou trop peu de prises de risque. L’univers de l’expérimentation sonore est un monde incompris.

Au même titre que Diablo Swing Orchestra ou Pin-Up Went Down chez nous, Akphaezya fait partie de cette nouvelle vague de la musique expérimentale née dans les années 2000. Le groupe d’Orléans a déjà fait parler la poudre quatre ans auparavant avec « Anthology II : Links from the Dead Trinity », délivrant un Metal Avantgardiste détonnant, mais pas que. La musique était bercée par une once incroyable de folie, torturant les codes et les limites pour explorer tous styles de musique confondue dans une rage destructrice emmenée de voix de maîtresse par Nehl Aëlin.

Au-delà de l’inspiration sonore que le groupe impose, c’est surtout l’étrange concept d’Akphaezya qui fait l’une des particularités majeures du groupe. Akphaezya, c’est une histoire, une « Anthology » en cinq volumes dont le premier est toujours inconnu. Le groupe a volontairement choisi d’établir son histoire dans le désordre, décidant ainsi de sortir le deuxième volet de l’histoire en premier. Aujourd’hui, pour son second opus, le groupe décide de nous sortir le quatrième épisode de sa série, baptisé : « Anthology IV : The Tragedy of Nerak ».

Une magnifique pochette représentant un exemple d’illustration que l’on pouvait trouver sur des vases de la Grèce Antique, certains titres de la tracklist écrits en Grec, aucun doute, ce quatrième volet de l’ « Anthology » d’Akphaezya nous emmènera en Grèce, pour un album symbolisé comme une pièce de théâtre en quatre actes, représentant chacun une saison, séparé eux-mêmes en deux scènes, introduit par une introduction « Prologos » et une conclusion « Epilogos » et coupé par un entracte « Trance H.L. 2 ».

L’histoire doit s’apprécier comme il se doit, un long récit sur des amours torturées. « Anthology IV : The Tragedy of Nerak » se déroule ainsi dans le village de Nerak, autour de plusieurs personnages que sont Nimim Ninnom, la famille Dna (Sor-Dna le fils, Saer-Dna le père et Wer-Dna la mère), Khym-Dna-Ninnom (le bébé de Nimim et Sor), le Dieu du Destin Nafets et la Milice. Décrire intégralement l’histoire est une tâche très complexe, seule les points principaux seront détaillés afin de laisser une certaine surprise à l’auditeur. Cet album s’articulera autour du couple formé par Nimim Ninnom et Sor-Dna, se promettant un amour éternel contrarié par la naissance de Khym-Dna-Ninnom, leur enfant. S’ensuivront conflit et querelle, notamment entre Nimim et Wer-Dna, par l’évènement tragique autour de Saer-Dna et des interventions divines et miliciennes. Mais point plus de descriptions, toutes les émotions et enchaînement de personnages se font à la perfection sur cet album par la prestation éblouissante et impressionnante de Nehl.

En effet, nul besoin d’une démonstration théâtrale mettant en scène des chanteurs et chanteuses de tous horizons. L’organe vocal de Nehl se suffit. Son chant est ébouriffant. Stressant et inquiétant (« … The Harsh Verdict »), complètement dérangeant et rempli de folie et d’une joie contagieuse (« Utopia ») ou capable des growls les plus effrayants (« Sophrosyne ») comme de l’ensemble le plus mélodique et pur qui soit (« A Slow Vertigo… »). Une performance déjà impressionnante sur « Anthology II : Links from the Dead Trinity » qui se retrouve ainsi à nouveau bonifié, amélioré et même transcendé sur ce « Anthology IV : The Tragedy of Nerak ». Ainsi, chaque intonation de voix décrite ci-dessus représentera l’un des personnages de cette saga.

L’introduction relativement inutile « Prologos » à base de chuchotement se conclura néanmoins sur un ensemble de coup ponctué par trois coups introduisant les pièces de théâtres. « A Slow Vertigo… » divisera dès le début les fans. Nous sommes en effet extrêmement loin du déferlement de folie d’un « Chrysalis » introducteur de l’album précèdent. Néanmoins, le morceau est très efficace, quelques beat technos pour l’introduire puis un mélange efficace entre des rythmiques rapides et d’autres plus lourdes et/ou lentes. Dès le refrain, Nehl nous fera de nouveau partager ses talents de pianiste suivit de légers accords de violon pour un ensemble terriblement atmosphérique et prenant. Au niveau des titres atmosphérique, « Trance H.L. 2 » s’impose. Uniquement instrumental avec le piano de Nehl pour une courte accalmie entre les deux premiers actes et les deux seconds. Certains accords feront d’ailleurs penser aux refrains de « A Slow Vertigo… » dans une dimension bien plus dramatique.

Une accalmie de la folie propre de « Anthology II : Links from the Dead Trinity » est un peu trop existante sur cet opus. Si le groupe est toujours autant capable de trifouiller efficacement la musique pour en faire des rythmes improbables, il est important de noter que vous ne retrouverez pas les mêmes styles de mélange que sur l’opus précèdent. Les mélanges sont ainsi entre morceaux et plus vraiment dans les morceaux en eux-mêmes, suivant chacun un style propre. Néanmoins, un morceau de la trempe d’ « Utopia » rassurera les amateurs de compos dérangés. Une voix drôlement perchée et un enchainement d’accords totalement extra-terrestre pour un ensemble complètement fou. Pour des incursions de bizarrerie au sein même d’un titre, on pourra se tourner vers « … The Harsh Verdict ». Un ensemble tournant autour d’un Rock un peu trop téléphoné et surtout trop long dans son déroulement, on retrouvera des cassures un peu plus angoissante par moments ou même lorgnant vers un côté dansant avec ces accords de flamenco. On retrouvera également sur ce titre les voix masculines présentes sur la fin de l’album précédent.

Bien entendu, le groupe se réserve des compositions bien plus massives et directes, comme « Sophrosyne » où la courte introduction au piano laissera la place à un titre parfois proche du Black sur les murs imposant de guitare, l’enchainement et la rapidité de la batterie et du piano ou sur les hurlements étrangement graves de Nehl. Les breaks, disposés à bon escient, permettront à l’auditeur de respirer un bon coup. « Genesis » apportera un bon Metal au goût du Rock’n'roll, le tout couplé avec de nombreuses inspirations propres au groupe. Pour un titre direct et accrocheur, « Nemesis » est présent, étalant de nombreuses facettes d’Akphaezya, que ça soit le chant torturé, les enchaînements de passages plus rapides à d’autres plus lents, les hurlements extrêmement sauvages apportant une agression supplémentaire, ce titre demeure efficace pour découvrir le groupe, étant un morceau bien court.

« Dystopia » et « Húbris » apporte chacune à leur manière une accalmie. La première par son mélange acoustique-piano-violon qui se conclut à la Akphaezya, la seconde par son enchaînement plus étrange entre une longue introduction presque Doom Symphonique, oppressante, lente, sombre s’accélérant petit à petit pour pénétrer dans l’univers plus jazz propre au groupe d’Orléans, parfois presque dansante, mais en tous les cas très remuants.

Je touche ici de l’oreille le jazz. Le jazz qui est quelque part le cœur de la musique du quatuor est présent sur quasiment tout l’album, comme le précèdent, que ça soit un accord de guitare, quelques notes de piano ou tout simplement le groove musical. Mais on le ressent légèrement moins, par rapport à l’opus précèdent. Si la production a gagné en clarté et encore davantage en maîtrise, elle occulte beaucoup trop ce qui a fait la force d’ « Anthology II : Links from the Dead Trinity » : la recherche d’expérimentation multiple. Toujours expérimental, ce « Anthology IV : The Tragedy of Nerak » l’est, mais nettement moins dérangé et fou.

Ce point-là sera à différencier selon les ressentis. Néanmoins, il semble clair qu’Akphaezya perd un peu de son jeu propre en masquant davantage les changements de rythmes. Néanmoins, il reste que ce second album est une perle brute dans l’art de marier les styles. La technique est impressionnante, bien loin d’une bouillie sonore, le combo Orléanais nous propose une musique rafraichissante et extrêmement propre. Mais ce choix d’une musique plus « sage » est risqué, car la concurrence est énorme aujourd’hui. Un disque qui reste un bon compromis pour toutes les personnes souhaitant débuter avec ce groupe. Moins cramé, mais toujours aussi bon, Akphaezya est bien partie pour devenir l’une des valeurs sûres de l’expérimental à la française au côté de 6:33 et Pin-Up Went Down.

Vivement le prochain, « Anthology I » !

octobre 12th, 2011

Une anthologie … Par définition, une anthologie est le genre de sortie effectuée par un groupe de quarante ans d’âge afin de faire un gros bilan des cinquante-douze albums déjà parus par le passé. Et Akphaezya ? Et bien cette Anthology II n’est donc que leur premier album. Outre ce nom déroutant, on retiendra également le fait que cet album soit le deuxième volet d’une série qui attend toujours son premier opus. Pour cause, Anthology II repose sur un concept bien plus qu’étonnant qui verra le groupe publié ces albums dans le «désordre», le prochain prévu étant le numéro quatre, qui sera suivi du premier, du troisième puis du cinquième. Passons donc cette formule originale et concentrons donc sur la galette qui nous intéresse ici : Anthology II : Links from the Dead Trinity.

Pour commencer, la pochette est aussi déroutante que le contexte : aussi étrange qu’illisible et incompréhensible avec ces genres de monstres et de symboles tous plus bizarres les uns que les autres. L’habit ne fait pas le moine cependant et la première piste se lance dans mes écouteurs. Et finalement, la musique est à la hauteur de la pochette : incompréhensible. Vous voilà partis pour une heure d’une musique profondément touchée par un mélange plutôt incroyable entre des parties très métal, d’autres beaucoup plus pop, emmenés parfois par une touche bien sentie, nous reposant quelquefois sur des bases plus éloignées telles que le jazz, la country, voire même parfois reggae, avant de nous secouer pour de brefs passages death puis de nous faire voyager par diverses inspirations asiatiques ou orientales. Les compositions du groupe regorgent de surprises en tous genres et il est extrêmement difficile de savoir à quoi s’attendre, le rythme changeant du tout au tout plusieurs fois en une seule chanson, rien que Chrysalis devrait suffire à vous donner un aperçu de tout le potentiel des quatre membres du combo Orléanais. Les musiciens conservent une maîtrise de bout en bout, ainsi les très nombreux changements de rythme seront terriblement fluides, aucunement brouillons et entraîneront une surprise quasiment constante sur toute la durée de cet album.

Mais la force majeure d’Akphaezya, c’est cette femme : Nehl Aëlin. La vocaliste du groupe module son organe dans tous les sens possibles, étant capable de chanter des ballades d’une terrible douceur (Beyond the Sky) ou de propulser des growls (certes courts) mais terriblement féroces (Chrysalis, The Golden Vortex of Kaltaz) ou de tourner sa voix dans des folies torturées incroyables (Khamsin, Reflections). À noter également qu’il n’y a bien qu’elle qui chante dans cet album (certes, on entend un très court passage masculin sur The Bottle of Lie mais ça reste assez anecdotique, chanson surprenante par son groove purement jazzy et sa technique, assez progressive dans l’ensemble) et le travail effectué pour faire des voix en fond, en surface et en superposition est très réussi et il n’y en a jamais trop. De plus, outre son organe vocal, la demoiselle révèle une dextérité sur son piano, ses notes étant en parfait accord avec la musique, quelle qu’elle soit.

Tout ce déluge technique cache un point faible récurrent dans ce genre de pratique musicale : l’accessibilité. L’expérimental, tout comme le progressif à titre de comparaison, fait fuir les oreilles peu habituées à des compositions aussi techniques et riches, où le rythme peut changer toutes les trente secondes. Il vous en faudra des écoutes afin de trouver toutes les subtilités mises ici. De plus, pour continuer dans les (tout petits) points faibles, l’album souffre parfois de quelques longueurs, dues à des changements de rythmes pas toujours très judicieux. Mais globalement, il n’y a rien de véritablement nuisible à une bonne écoute de cet album. Faire un track-by-track serait à la fois inutile et bien trop compliqué, chaque chanson se démarquant de la précédente et aucune n’étant à dénigrer, il serait bien plus judicieux que ça soit vous qui décidiez de poser une oreille sur ce disque. Akphaezya met déjà la barre très haute et il n’y a aucun doute que Anthology IV sera attendu de pied ferme, au vu de cette déjà très grosse performance. Il y a du talent ici, je vous le dis.

Anthology II est une œuvre aussi riche qu’indéfinissable, Akphaezya nous délivre une musique aussi rocambolesque que maîtrisée. Leur musique mérite que les plus réticents y posent une oreille attentive, quant aux plus aguerris, ils y trouveront sans doute leur compte dans un des groupes les plus variés que la planète Metal a pu porter.