mai 16th, 2012

Pour encore de trop nombreuses personnes, AqME est un groupe membre de la fameuse Team Nowhere aux côtés des fiers Enhancer, Pleymo, Vegastar … mais AqME a rapidement quitté les rangs de ce collectif de la fine fleur de la French-Touch du Néo-Metal. Grand bien lui en a fait. Là où Vegastar et Pleymo ont coulé et où Enhancer ne fait que s’enfoncer album après album dans la plus pur des médiocrités, AqME progresse d’une manière formidable.

Pourtant, tout n’était pas franchement gagné… « Sombres Efforts » (2002) et « Polaroïds & Pornographie » (2004) ont posés les bases du style AqME, un Néo Metal plutôt mélancolique, bien construit mais finalement assez quelconque. Pour certains, AqME était même devenu un groupe à midinettes avec ces paroles pompeuses, sucrées, dépressives… « La Fin des Temps » (2005) a presque coulé le groupe de par un disque mou et de moins en moins inspiré, plus proche d’un univers pop. Et puis « Hérésie » (2008) a pris le temps d’arriver mais a démontré un nouveau visage du groupe, plus massif, plus puissant mais finalement trop proche du bourrinage gratuit. Et en 2008, AqME perd un membre principal : le guitariste Benjamin “Ben” Rubin. Beaucoup prédisent alors la fin du groupe. Mais très vite, AqME rebondit, engage Julien Hekking et sort « En l’Honneur de Jupiter » en 2009. Et le changement est là. AqME devient enfin le groupe que tout le monde attendait au gré de compositions puissantes, vraiment recherchées et travaillées. Trois ans plus tard, « Epithète, Dominion, Epitaphe » sort.

Alors que l’album sort à peine, la nouvelle tombe et secoue tout sur passage. Thomas “Koma” Thirrion fait ses bagages et quitte le groupe pour se concentrer sur sa passion du tatouage. Une décision mûrement réfléchie par le chanteur avant même la sortie de l’album, mais qui a pris tout le monde de court. Thomas est la démonstration même du chanteur qui s’est grandement amélioré au gré des années. D’un début poussif de par son chant très désagréable, mélange de pop acidulée et de poussifs hurlements extrêmement désagréables, il a peu à peu trouvé son style. Et « En l’Honneur de Jupiter » a démontré toute la puissance vocale dont est capable le chanteur. Et sur « Epithète, Dominion, Epitaphe », Thomas nous livre sa plus belle prestation. Un départ en beauté, oui, on peut le dire.

« Epithète, Dominion, Epitaphe » travaille davantage les expérimentations sonores déjà apparues sur « En l’Honneur de Jupiter » pour accoucher de onze compositions extrêmement variées dont le maître mot sera puissance. Le chant clair de Koma est réduit à sa plus simple expression, quelques lignes ici ou là, mais c’est bien son chant hurlé dont le chanteur nous fera profiter le plus souvent. Du côté des musiciens, le travail est là aussi extrêmement conséquent. Julien ne déçoit pas, variant son jeu avec une aisance incroyable, s’autorisant de nombreuses tentatives dans divers genres parfois très éloignés du style AqME. Etienne “ETN” Sarthou délivre une performance impressionnante à la batterie. Lui qui était tout juste bon sur les premières œuvres du groupe, il s’est révélé par l’intermédiaire de « En l’Honneur de Jupiter », frappant sur ces fûts avec une incroyable puissance et une technique irréprochable. Technique visible également sur ce nouvel album, où le batteur fait véritablement tout ce qu’il veut faire. Charlotte Poiget reste également à la même place où on l’aime, sa basse grondant à de judicieux moments, ni plus ni moins. Le plus souvent, la basse reste dans la même mouvance que les guitares. Les quatre musiciens délivrent sur cet album une performance tout bonnement incroyable afin de pousser ce « Epithète, Dominion, Epitaphe » comme l’album de la maturité, le tout extrêmement bien produit par Magnus Lindberg (Cult Of Luna).

Pourquoi faire une introduction ? « Idiologie » démarre directement par un mur de guitares, les hurlements de Koma et c’est parti pour trois-quarts d’heure intenses ! L’ensemble est massif, extrêmement sombre et violent, pas une goutte de chant clair ne sortira de ce titre, pas un seul moment de répit. Ça hurle, ça cogne, ça groove, les riffs sont terriblement incisifs, les frappes de la batterie se révèlent véritablement variées et réussies. Beaucoup d’expérimentations ici pour à chaque fois faire mouche, comme sur « Luxe Assassin » ou le riff frôle quelque chose de semblable au Black Metal sur cet étirement de riff et ce sentiment d’enfermement constant ou bien même ses différents blasts. Les quelques passages en chant clair auront du charme et les hurlements plaintifs de Koma en conclusion se montreront tout simplement bouleversants. « Adieu! » lui se rapproche presque d’un Metalcore de très haute volée, le chant clair en moins, les riffs suffisamment techniques pour conserver une agressivité constante sur tout le morceau, on apprécie également les divers passages de la basse qui nous régalera de sa puissance. « La Dialectiques des Possédés » se rapproche aussi du Metal extrême. Des blasts effrayants, des hurlements à glacer le sang et une guitare incroyable de violence et de puissance. C’est que cela en devient presque insolent d’expérimenter des passages comme celui-là et de réussir aussi facilement… Que dire aussi de ce moment où la musique disparaît quelque peu pour laisser Koma hurler quelques secondes seul. À glacer le sang, je vous le dis.

Si le chant plus clair devient très rare sur cet album, Koma ne l’a pas définitivement rangé au placard, en témoigne la « ballade » de ce disque : « Plus Tard vs Trop Tard ». On retrouve un chant clair similaire à « En l’Honneur de Jupiter », à apprécier au goût de chacun sur des textes moyennement inspirés comparé au restant de l’album, qui a effectué un vrai travail là-dessus. Les couplets sont délicats dans leur grande majorité, joués sur une base proche de l’électro-acoustique, bien accompagnés par la basse. Les refrains alternent eux le chant clair et hurlé avec une grande sincérité et sensibilité, ainsi que des accords presque atmosphériques dans la forme qu’empruntent les guitares. Que dire ensuite de ce magnifique solo que nous offre Julien ? Bourré de maîtrise et d’émotions. Plus le titre se dirige vers sa fin, plus il s’enfonce dans la noirceur et l’agressivité la plus totale avant de finir sur une note plus calme. Une vraie réussite. « Epithète, Dominion, Epitaphe », titre éponyme offre également sa dose de chant clair. Mais ici, le rythme est quand même bien plus lourd. Ce titre est un véritable voyage entre des envolées claires très aériennes sur une rythmique excessivement lourde et une puissance de noirceur impitoyable sur la fin. « L’Empire des Jours Semblables » débute très lentement, des riffs en résonance avant de démarrer sur un riff presque Heavy agressif. Et c’est sur les couplets que la particularité du morceau fera son apparition. En effet, les couplets seront musicalement doux, peu de guitare, surtout de la basse, mais pourtant Koma nous offrira des hurlements d’une grosse puissance. Au contraire des refrains qui enverront du bois sur une alternance claire/hurlée avec grand talent et surtout beaucoup d’émotions. L’alternance de moments extrêmement lourds et d’autres bien plus rapides à base de double pédale très agressive sera très réussie, tout comme le final qui conservera cette alternance « calme/violence ».

« My English Is Pretty Bad » s’ouvre sur une mélodie presque Post-Rock, aérienne aussi bien que lourde, accompagnée par des coups de batterie bien rapides, à la manière des défilés un peu militaires par exemple. Le chant clair de Koma est calme, presque rempli de chagrin, la rythmique est martiale, lourde, mais aussi très progressive, les instruments se révélant peu à peu. Les deux invités ne tardent pas à montrer leur visage. Stéphane Buriez (Loudblast) accompagne le chant rageur de Koma sur les refrains en propulsant son chant Death typique sur une double pédale affolante de vitesse. Néanmoins, le chant purement Death de Stéphane s’accorde bizarrement avec les hurlements de Koma… Junior (Darkness Dynamite) conclut le titre sur des cris par contre assez en accord avec celui de Koma. La musique par contre sature désagréablement à la fin… « Marketing Armageddon » pousse par son côté violence gratuite bien exécutée. Aucune fioriture, les riffs sont agressifs, la batterie très puissante et les breaks plus ambiants avec le chant clair sont formidablement placés pour éviter une lassitude qui serait probablement venue sans. Julien nous gratifie là aussi d’un beau solo, même si du point de vue cohérence dans le morceau, il semble un peu en trop… « Quel Que Soit le Prométhéen (Ou le Nihiliste) » bloque un peu avec un ensemble un peu trop linéaire au niveau des hurlements de la voix de Koma. Mais l’introduction et le break presque solennel, un peu sur des sonorités ressemblant vaguement à un orgue seront véritablement originaux, mais c’est bien le tout d’un titre qui n’est pas faible, bien au contraire, mais un peu trop lassant. Néanmoins, la formidable performance de la batterie, entre double et frappe sèche, est très agréable.

« 110.587 », qui clôture l’album, est un titre très particulier, bien loin de l’AqME que l’on connaît, bien plus progressif. Un début doux, mais très froid, bercé par le chant clair de Koma qui sonne très juste et reposant avant de basculer dans un côté plus violent, mais toujours extrêmement froid. L’ensemble reste extrêmement planant, la basse bien présente y contribue grandement. Koma offre à nouveau son chant clair très aérien avant de servir de nouveau des hurlements d’une violence pure. Souvent très grave, son chant est très émotionnel, quelles que soient les variations qu’il emprunte. Chaque musicien offre une partition parfaite, sans fausses notes, enfonçant ce titre dans la noirceur la plus totale et la plus brutale. Même le break, qui ramène ce semblant d’orgue solennel sur le devant, transpire le négativisme et la noirceur du groupe. Un final grandiose vous attend ensuite, mais je vous laisse le découvrir.

« En l’Honneur de Jupiter » avait lancé les hostilités et « Epithète, Dominion, Epitaphe » le confirme, AqME n’est définitivement plus le groupe gentil bon à passer à la dernière radio à la mode. De plus en plus sombre et noir au fil de ses compositions, le groupe signe ici son chef-d’oeuvre. Ni plus, ni moins. Chaque musicien est dans son élément. Les textes respirent enfin des paroles sincères et déjà plus travaillées, même si plusieurs écoutes sont probablement nécessaires pour tout saisir. Vincent Peignart-Mancini, qui remplace Thomas, a fort à faire ! Thomas quitte le groupe sur sa meilleure performance. « Epithète, Dominion, Epitaphe » est sans doute la meilleure réponse que pouvait faire le groupe à tous ses détracteurs.

décembre 13th, 2011

La Team Nowhere a eu son heure de gloire dans l’hexagone. Des groupes tels que Pleymo, Enhancer ou encore Vegastar pour ne citer qu’eux se sont englués dans une musique qui ne leur correspondait peut-être pas en fin de compte et sont les parfaits exemples que ça n’est pas avec un gros budget que l’on réalise les meilleurs résultats. AqME a quitté l’influence de Nowhere il y a déjà un bon moment et malgré une petite pub et un label n’ayant certainement pas la même influence que ceux de ses ex-compagnon de routes, le quatuor parisien a récolté de bien meilleures résultats. En fait, AqME ne fait rien comme son ex-team. Alors que leurs membres se sont tournés vers un Rap-Metal pas des plus folichon, AqME a choisi la voie du Neo Metal mélancolique.

« University of Nowhere » fut le coup d’essai d’AqME avec notamment la présence de Mark (Pleymo). Un disque jugé « crade » de par sa production très moyenne, mais qui a reçu des chroniques dans l’ensemble sympathique. « Sombres Efforts » a permis au Parisien de prendre leurs indépendances et a réellement lancé le Neo typique d’AqME, avec un beau succès à la clé. Mais le groupe ne se repose pas sur ses lauriers et décide deux ans plus tard de sortir « Polaroids et Pornographie ». Alors, confirmation ou échec ?

« Polaroids et Pornographie » surfe sur la réussite de « Sombre Effort » et alors que tout ce qui est frappé de leurs noms se retrouve très vite en rupture de stock (notamment sur les concerts), AqME décide de miser sur la continuité et retourne donc en Suède avec le même producteur. Et cela se sent, car finalement, « Polaroids et Pornographie » est une suite pareillement composée, on retrouve très vite ses marques. La rythmique est lourde, très lourde, massive même, la basse est omniprésente sur chacun des titres et passe même régulièrement par-dessus une guitare archi saturé, qui impose un mur oppressant tout le long de ces trois quarts d’heures.

« Pornographie » ouvre le bal sur une rythmique déjà entendue, entraînante, mais qui n’apportera rien à l’auditeur ayant déjà entendu « Sombres Efforts ». Mais le groupe pose vite les bases du premier break de l’album et « A Chaque Seconde » permet de retrouver la mélancolie classique qui sied bien à AqME. La voix de Koma semble légèrement essoufflée et reste dans la même tonalité, même sur un refrain légèrement plus massif avec une guitare qui a tendance à passer un peu trop devant tout le monde. Mais nous avons affaire à un titre agréable, bien plus subtil que ne peut le laisser penser la légère envolée lyrique « popesque » final. Le très étranges « 3:38 » respecte de forts belles manière son titre. Sur un titre pas franchement génial, basé sur la voix lancinante et planante de son chanteur, les musiciens stop net la chanson à … trois minutes et trente-huit secondes exactement alors qu’elle ne semblait même pas terminer. Allons bon.

Le disque enchaîne ainsi les chansons très calmes, sur des influences pops souvent très marquées et une émotion palpable et une tristesse vocale que certains n’hésiteront pas à qualifier d’émotion chouinarde. Certes, des fois, on a l’impression que Koma en fait trop, mais comment rester de marbre devant ce chant si grave et sombre de « Tes Mots me Manquent » ou bien la beauté déprimante de « La Vie est Belle », instrumentation peu présente, mais qui s’accorde seulement à faire ce qu’il faut pour faire transparaitre une tristesse aussi bien vocal qu’atmosphérique, montrant ainsi toute l’ironie d’un titre qui ne semble pas à sa place. Le final purement lourd ne pourra que confirmer ce malaise ambiant et savoureux.

« Vampire » est un titre tout à fait particulier, progressif à souhait, nous faisant attendre une explosion qui tarde à venir, mais le tout dans une très belle maîtrise et doté ainsi d’une légère complexité peu habituelle chez AqME. « Comprendre » dessert une rythmique excessivement lourde, où des guitares puissantes et rythmées accompagnent un chant toujours lancinant, mais qui aurait peut-être bien mieux fonctionné si les hurlements seraient plus présents. On a un peu l’impression de mélanger des atmosphères frôlant l’indus avec des relents pops, ce qui n’est pas forcément de très bons goûts. « Ce que tu Es » souffre du même défaut, le chant très clair/pop de Koma ne correspond pas à l’agressivité ambiante de ce titre.

Et oui, Koma hurle beaucoup moins sur cet album, laissant la place à cette voix entre tristesses et relents pop. En soi, l’idée est bonne, elle permet de transmettre des émotions quasiment nouvelles même si l’ombre de « Sombres Efforts » plane forcément au-dessus, « Polaroïds et Pornographie » n’étant finalement pas si différent de son aîné. Toutefois, si vous vous posez des questions à savoir si ça hurle quand même bien fort rien qu’un moment sur ce disque, vous pourrez retrouver « La Réponse » à la toute fin. Une guitare ULTRA saturée, une batterie des plus massives, une basse grondante et un chant totalement incompréhensible tant les hurlements sont sévères, colérique et enragé. Particulièrement jouissif d’un point de vue défouloir, totalement dérangeant d’un point de vue cohérence dans cet album.

Presque rien de nouveau sur « Polaroids et Pornographie » donc, AqME nous ressert une recette qui a bien marché sur « Sombres Efforts ». Pourquoi changer une combinaison gagnante me diriez-vous. Néanmoins, le disque s’enfonce pourtant dans une monotonie au fur et à mesure de l’écoute qu’il demeure particulièrement difficile de rester concentré du début à la fin. Du AqME bon, certes, mais relativement insuffisant.

décembre 13th, 2011

AqME : voici l’un des groupes français les plus influents parmi d’autres. Certainement pas le meilleur, mais la place qu’on leur donne est telle que n’importe qui pourrait à présent connaître le quatuor parisien. Naissant au travers de la Team Nowhere au côté des fiers Enhancer, Pleymo, Watcha et d’autres encore, AqME a laissé de côté le style Hardcore/Rap de ses comparses pour se pencher davantage vers un Neo Metal plus triste, plus poignant.

« University of Nowhere » (1999) est la démo made in Team Nowhere réussie, mais sans plus. « Sombres Efforts » (2002) est le premier véritable jet d’AqME. Une très belle réussite qui masque encore de petites imperfections ici et là. « Polaroïds et Pornographie » (2004) restent dans la veine de son aîné et propose ainsi très peu de changement. Voilà seulement un an plus tard la troisième pousse des franciliens : « La Fin des Temps ».

« La Fin des Temps » sonne comme l’album du changement. Exit la Suède et Dan Bergstrand, bonjour Paris et Steve Prestage (Black Sabbath, Peter Gabriel…). Exit également la Team Nowhere. Si le groupe n’avait déjà plus vraiment de rapport (musicalement parlant) avec le collectif, cette fois-ci, le départ est signé. Exit également le Neo Metal des albums précédents et bonjour à un son bien plus rock et massif. Bouh que cela en fait du changement. À noter également que cet album fut produit assez vite, car préparé durant la tournée de l’album précédant.

On dit parfois que le travail rapide et/ou dans l’urgence pouvait être une source de stimulation, entrainant ainsi une concentration optimale et un travail efficace et bref. Mais malheureusement, force est de constater que tout ceci ne s’applique pas forcément partout et « La Fin des Temps » semble avoir était préparé bien trop vite et pas vraiment sérieusement. Tout ici semble étranger à une oreille habituée à ce son ultra saturé typique d’AqME. Alors oui, la guitare sature toujours, mais nettement moins puissante qu’avant, plus proche d’un doom (mais sans être du doom naturellement), la basse se fait légèrement plus technique qu’avant et le son nous permet de très bien l’entendre (ce qui est donc un bon point) et la batterie garde toujours ce rythme constant, mais qui devient légèrement lassant par moments. Mais le plus gros à dire reste sur le chant de Koma…

Vous avez trouvé que ça hurlait trop peu sur « Polaroïds et Pornographie » ? Préparez-vous à être déçu car ici, les hurlements sont encore moins présents que sur l’album précédent. Koma nous délivre donc davantage de chant clair triste, mélancolique et chargé d’émotions. Mais malheureusement, si sur l’album précédent nous pouvions légèrement pardonner certaines incohérences, ici elles seront bien plus difficilement supportables. Cette sensation que Koma chante faux très souvent vous reviendra en pleine face sur quasiment toute la longueur de ce disque et c’est franchement désagréable car les instruments semblent bien plus mis à égalité, du coup, le chant est bien moins masqué.

Qui dit chant plus clair et qui dit instruments moins forts dit donc mise en avant des textes. Et là c’est le drame. Que c’est bateau parfois ! Mais ce que c’est simple ! Maitre Capello se retournerait dans sa tombe devant un français si mal utilisé. Non pas qu’AqME était réputé pour des essais philosophiques de toute beauté, mais les disques précédents nous ont habitués à des textes mieux construits, plus sincères et plus en adéquation avec la musique. Ici rien n’y fait, on décroche malgré nous.

Alors oui, je parle en globalité, mais que donnent donc ces titres en précision ? Rien de vraiment catastrophique toutefois mais rien de bien folichon. « La Fin des Temps » met en avant un univers différent des anciennes compositions. Rien que la présence de « Ainsi Soit-il » (neuf minutes), « Rien au Monde » (sept minutes trente) et « La Belle Inconnue » (six minutes trente) met en avant le fait qu’AqME désire construire des atmosphères progressives. Et qu’est-ce que ça donne ? Un genre de mélange entre un côté doom, une touche de stoner et une base très post-rock rend relativement bien et délivre une ambiance dépressive du plus bel effet. L’occasion de parler du chant discret de Koma. Quand il hurle, ça rend bien, quand il chante ça rend mal, mais quand il chuchote, ça angoisse, ça prend aux tripes et ça donne franchement un bon résultat. Mais voilà, il préfère nous lancer un chant faux horripilant et c’est vraiment dommage quand on connaît ses talents de vocaliste.

Alors voilà pour les trois longues compositions. Et le reste ? Et bien les « courtes » souffrent d’un très mauvais rapport entre instruments et voix. Le tout semble ne pas se trouver, mais plutôt se chevaucher avec une étrange sensation plate terriblement désagréable (« Une Vie Pour Rien » en est un très bon exemple). « Des Illusions » fait absolument rager. Ce titre aurait pu être très bon mais rien ne fonctionne ensemble, Koma gueule deux ou trois fois pour « la classe », la batterie et la guitare ne s’accordent pas, si ce n’est pour masquer une basse parfois très timide. Quant au single (« Pas Assez Loin »), il est d’un classique et d’un déjà vu qui surprend venant d’AqME. Aucune prise de risque, aussi bien textuelle que musicale.

Les mélodies tentent de nous faire accrocher, mais le son s’alourdit tellement qu’il en devient ennuyant. Sur un chant morne d’un type semblant au bout du rouleau et des instruments qui veulent sortir des rythmes innovants, mais qui se cassent la gueule sur des compositions bien trop mal construites, on ne retiendra de cet album que les trois longs morceaux, qui dissimulent moult ambiance prenante. La guitare s’autorise de petits solos de-ci de-là, mais tout semble également déjà entendues ailleurs (peut être aussi tout simplement sur les premiers albums).

Quelle déception ! Il n’y a pas d’autres mots pour un album décevant qui aurait pu être très bon. Si le changement peut être bénéfique, AqME a pris le virage bien trop vite, ils auraient dû davantage réfléchir à ce qu’ils voulaient, à tête reposée par exemple. Vouloir composer pendant une tournée donne assez rarement des résultats incroyables. Bien qu’à cette époque, rien n’était prévu, « En l’Honneur de Jupiter » a bel et bien prouvé que Koma est davantage un hurleur qu’un chanteur.