octobre 28th, 2013

What Mad Universe : A Cosmic Chapter with GaiaLes âmes littéraires l’auront sans doute déjà remarqué. ” What Mad Universe ” est le nom de l’un des romans de science-fiction les plus marquants de la bibliographie de l’écrivain américain Fredric Brown. Ce livre raconte l’histoire de Keith Winston, journaliste propulsé dans un univers parallèle suite au crash d’une fusée sur sa personne, l’envoyant dans un monde fait de pin-ups courts vêtus et spationautes, d’Arcturien tout laid et d’autres curiosités du genre.

Peu de chose à voir avec l’univers déjanté et parodique de l’Américain, si ce n’est la passion commune pour la mythologie et l’astronomie, What Mad Universe est le nom d’un duo Albigeois, première signature du label français Apathia Records. Un duo à l’origine One-Man Band avec RK aux manettes des premières productions avant d’être rejoint par Pep, qui intégrera une véritable batterie aux spectres sonores du groupe.

Musicalement, What Mad Universe évolue dans un environnement oscillant entre lourds plans de Metal Atmosphérique aussi sombre qu’un trou noir et d’autres apposant l’aspect plus spatial et lunaire du Post-Rock en restant instrumental. De Rosetta à Mogwai ou encore de Pélican et d’Isis, nous sommes en terrains connus et surabondés d’ersatz et de jolies trouvailles en tous genres. Et dans quelle catégorie « A Cosmic Chapter with Gaia » peut-il prétendre prendre place ?

« From Alpha Ursae Minoris (part. 1) » appose une lente introduction, entre arpège délicat et synthé minimaliste dans une grande douceur avant d’embrayer directement sur « And the Sun’s Still Silent ». Complémentarité bien ficelée entre batterie en mid-tempo et des riffs écrasants, la tournure musicale reprendra les airs du titre précédent pour mieux acheminer le son vers des parties plus ambiantes et des transitions assez téléphonée vers un retour à la puissance. Seulement deux titres et ça manque déjà de folie.

L’album n’est pas tellement une suite des EPs précédents. S’il en reprend la plupart des bases, il reste néanmoins beaucoup plus direct, quitte à parfois se montrer un peu répétitif sur certaines structures. C’est notamment le cas sur les écrasements sonores d’ « Across the Monolith », opposant d’un côté une rythmique excessivement lourde et lente qui manque justement de puissance et de l’autre des accords plus ambiants mal accordé avec l’ambiance globale. Même remarque pour « Autumnal Forest on Mars », mélangeant sa relative répétitivité avec une construction beaucoup trop évidente dans l’univers de la Post-Musique. Alors certains diront sans doute que c’est un parti pris, et sur ce point-là, je suis d’accord. Cela contribue à donner cette sensation d’infinité spatiale, sauf que ces plans ont été beaucoup trop fait et sur-fait pour que ça en soit surprenant…

Ces énormes non-prises de risque surprennent désagréablement, surtout en sachant que le groupe tente de nombreuses tentatives d’instrumentation intéressante sur l’album. C’est le cas de l’excellente « Eris In the Sky », mélangeant le caractère très rugueux d’une guitare lourde et d’une batterie rapide avec les notes plus enivrantes et exotiques d’un banjo et le caractère très cosmique d’un orgue discret, mais suffisant. Orgue que l’on retrouve d’ailleurs sur le titre suivant, « Mu Area D ». Véritable brasseur d’image, la lenteur de la mise en place n’en est que bénéfique, le caractère presque progressif du morceau jouant particulièrement bien en sa faveur, de la même manière que cette ambiance bâtit idéalement le long voyage spirituel de « Cosmic Chapter », entre leads mélodiques, démarrage lent, oscillation entre moment mid-tempo et cassures en relents Doom ou même l’apparition de chœur très discrets, presque incantatoire. Une atmosphère effrayante sans être malsaine.

Pour une parfaite imagination de sons et d’ambiance, la longue pièce « Orion » apposera les ambiances nécessaires. Le classicisme de certains passages de guitare (que ça soit sur la douce introduction mélodique autant que les réguliers passages dans des atmosphères bien plus violentes) ne masquera pas les bonnes idées du groupe, n’apposant pas de moments trop longs pour faire dérouler son histoire. L’apparition de nouveaux chœurs mystiques et l’apposition de quelques hurlements haineux et hargneux en fin de piste illustreront à la perfection le concept suivi par le groupe : créer un ouragan nous happant dans notre torpeur la plus intense. On finira ce voyage spatial avec l’ambiance de « To Sigma Octantis (part. 2) », uniquement constitué d’un synthé aux sonorités apaisante et cosmique.

« A Cosmic Chapter with Gaia » est un album aussi simple d’accès qu’il est difficile à décrire. Si l’ensemble semble parfois manquer d’unité et souffre de riffs souvent trop classiques dans le milieu, il ne reste pas moins que What Mad Universe affiche déjà une solide personnalité sur la plupart des morceaux, mélangeant habilement sentiment de solitude et de mélancolie (tout comme l’immensité spatiale, au fond). Réclamant tranquillité, sous la chaleur des étoiles, il ne manque finalement pas grand-chose pour faire décoller le groupe encore plus haut. Peut-être encore plus d’émotions, par exemple. Mais la voie et déjà bien tracée et il ne reste qu’à confirmer.

octobre 24th, 2013

Un arbre nu et noir, un fond blanc. Un artwork simple, mais qui colle parfaitement à l’image de Cold Lands. Un souffle froid venu de Grenoble, qui empile son premier album plus d’un an après un premier EP voguant entre les terres riches du progressif et celle plus désolée de l’atmosphérique. Pour ce premier effort, le quatuor grenoblois s’est offert les services de Francesco Alessi du studio Le Hangar 38, d’où sortes de plus en plus régulièrement de belles pièces musicales.

D’une durée moyenne de 5-6 minutes, Cold Lands réalise le beau tour de force de proposer une musique à la fois riche, mais également très simple d’aspect. L’écoute de cet album, qui dure tout de même une heure, se révèlera au final d’une magnifique simplicité non dénué de technicité. C’est donc après quelques changements de line-up que le groupe sort « Inside », dans la continuité de l’EP éponyme.

L’atmosphère est très froide, mais pas pesante. Dès « The King of the Broken Chair », nous ne sommes pas surpris par l’écoute. Des guitares à la fois lourdes et reposantes, une complémentarité basse-batterie qui se sublimera tout au long de l’album, un chant pouvant quelque peu rappeler celui de Vincent Cavanagh (Anathema) dans cette capacité de brusquer ou d’apaiser le rythme sans jamais forcer sur son chant pur.

Pour les auditeurs ayant pu écouter l’EP précédent, le groupe se fait un plaisir en réorchestrant les titres « The Thing » et « Jail ». La complainte du premier portera tristement l’ignorance du monde. Un chant à fleur de peau, un refrain mélodique entraînant… C’est touchant et au final très intime. Malheureusement, la petite tentative de chant plus violent sur la fin cassera la rythmique ambiante, de même que ces riffs lourds. « Jail » mène un rythme profondément Post-Rock, encore amener par un très beau chant remplis d’émotion, sublimé par de touchants chœurs féminins.

Il y a dans les morceaux de Cold Lands une véritable maîtrise de l’atmosphérique dans toutes les facettes. Néanmoins, et comme c’est beaucoup le cas aujourd’hui, le groupe n’évite pas les redites… De même que les structures des morceaux. Mais là où cela n’est que moyennement gênant, c’est par la technicité du groupe. Tout est maîtrisé à la perfection.

Cette manière d’envoyer des couplets très mélodiques et délicats, de nous pondre des refrains autant catchy que réussis par un rythme souvent entêtant… Ça peut sembler bizarre, surtout quand on parle de musique atmosphérique. Mais n’y voyait pas là un point négatif, peut-être seulement un point à améliorer. Car il y a des titres tout simplement parfait dans leur genre, comme « Inner World » sombrant dans une folie à l’approche de ces boucles de guitares, ou bien un « Avenged of the New World » à la rythmique simple et entraînante, autant rapide que puissante.

Il y a aussi des titres plus intimistes. Telle une musique toute en retenue, où chaque instant semble être la volonté d’extraire nos sentiments les plus enfouis. « When O Die » impose le visage plus doux du quatuor. Des chœurs somptueux, un beau violon (trop discret) et un chant remplis d’émotion. C’est cette émotion qu’il faudrait faire encore ressortir davantage ! Alexandre à parfois l’air de se retenir, de rester dans sa facilité… Pour le coup, la beauté peut laisser place à une sorte d’ennui, c’est franchement dommage. Un peu la même remarque pour « Cold Lands »-titre, belle dans sa simplicité et sa musique épurée, mais longue à se mettre en place…

Malheureusement, ce qui risque de nuire à la bonne écoute de l’EP se tient en deux points. Le premier, il ne vous aura pas échappé, c’est l’originalité de la chose. C’est du déjà-entendu beaucoup de fois et ça ne manquera pas de sentir la lassitude lors de l’écoute prolongée du disque. C’est classique. Très bien exécuté, mais classique. Les musiciens de Cold Lands sont des élèves appliqués et c’est globalement ce qui sauve ce disque : pour un premier essai, c’est plutôt très intéressant et ça laisse présager des idées des risques à prendre pour la suite.

Le deuxième défaut est un tout et il sera aussi apprécié à votre convenance. Je parle de la performance globale. Le chant est excellent, l’anglais se comprend facilement et l’articulation génialissime. Mais ça manque tout de même de variété, de folie, de culot (comme sur la tentative plus offensive de « Signs », trop timide) ! Surtout quand autant de thèmes sont abordés, l’album tournant régulièrement autour d’un cercle spirituel traitant de la solitude, de la mort… D’une épaisse fourchette de sentiment qui laisse finalement place à notre propre vision de ce que la musique nous inspirera. Musicalement, ça tient très bien la route, la batterie impose un rythme efficace, de même que la basse, présente quand il le faut. Les guitaristes sont appliqués, peut-être que les refrains et les parties plus puissantes manquent un peu de pêches (l’introduction de « One Day » est un peu trop plate), mais au fond, ça n’est pas non plus trop préjudiciable, le tout est rattrapé par de nombreux solos bien agencés et des rythmiques mélodiques prenantes. En résumé, ça suit beaucoup trop un schéma propre au style sans jamais trop oser s’en extirper.

Mais au final, les reproches adressés à ce très beau premier album ne peuvent masquer la beauté des compositions des Grenoblois. Dans une ambiance très communicative, en toute sincérité. Déjà bien taillé pour un premier album, Cold Lands ne peut que mûrir encore pour nous offrir un deuxième opus peut-être plus personnel, cette fois. D’éparses petites erreurs qui n’entretiennent que la sincérité du groupe. On attend la suite, messieurs.

octobre 18th, 2013

Collase (FRA-2) : The FallLa musique instrumentale est un art très particulier. Formaté selon des codes complexes, sans le repère narratif et sonore d’un quelconque chant, il lui faut insuffler une énergie particulière pour parvenir à raconter une histoire cohérente qui ne décrochera pas l’auditeur. Dans ce douloureux et difficile monde, nous prenons aujourd’hui la destination de Grenoble, avec le trio Collapse, qui sort « The Fall », leur deuxième opus.

La chute. Douleur et froideur, autant que cette mystérieuse silhouette blanche, sans émotion, craquelée, pleurant des larmes d’encre. Est-ce des larmes de désespoir ? De colère ? De confusion ? De doute ? Le groupe déclare son album inspiré par des personnages réels ou fictifs ayant mis fin à leurs jours. Toucher la racine des émotions humaines, tel est le but de Collapse.

« Your Grace Is Out of Time » introduit l’album. Une voix féminine, calme, simple, un sentiment entre la peur et la fatigue dans la voix. La basse est très lourde, introduisant une guitare qui se veut plus ambiante. Bien sertie par une ambiance électronique du plus belle effet, bien aidé par un violoncelle trop discret, la rythmique oscille entre un rock lourd et une ambiance metal extrêmement cohérente, bien que convenu. Je reviendrai sur ce point plus tard.

La majeure partie des morceaux laissent place à une ambiance écrasante et massive, habillé par une guitare lourde et une basse excellemment mise en avant. C’est le cas de « Jesco’s Ghosts », direct dans son approche, elle mélange efficacement mélodie touchante et puissance inquiétante sans jamais être trop étouffant. Même remarque pour « Inner Chaos (Born, Burn and Fall) », optant pour une construction traditionnelle, que ça soit les riffs offensifs ou les breaks plus ambiants.

Collapse entrecoupe son album de moment plus posé. Ça peut être de longue composition, comme « Shiver for Eternity ». Davantage de douceur dans les riffs, un semblant de violon, une montée progressive sans jamais tomber dans la surenchère … Mais plutôt dans la prévisibilité. Je touche du doigt le problème majeur de « The Fall ». Et pour l’illustrer, je descends dans la track-list pour me pencher sur « The Dream Is Over ». L’atmosphère inquiétante, la façon de jouer de la guitare (très Steven Wilson sur la majeure partie de l’album, d’ailleurs), la montée en puissance sur une boucle mélodique se répétant inlassablement. L’univers de Mogwaï n’est vraiment pas loin. Même remarque pour les deux intermèdes ambiants, « Tearn » et « Last Chance to Live », trop courte pour rentrer dedans.

Et c’est ça qui fait bloquer le voyage. Collapse fait mouche par intermittence, nous laissant trop souvent sur le carreau à nous ressasser des sentiments déjà ressentis ailleurs. Le titre final « I Hope your in Peace Now » en est un exemple parfait. La structure est très solennelle, optant là aussi pour des boucles mélodiques. Mais à ce moment, la concentration n’est plus la même. L’ensemble est très intéressant, gorgée d’une lumière tamisée plaisante, mais qui peine à véritablement convaincre sur sa forme, malgré la beauté évidente de cette ambiance de fin. La “Hidden Track” met par contre du temps à arriver, une fois les dernières notes jouées, laissant un trou de 2 minutes avant de faire revenir une douce ambiance d’orgue et de piano hypnotisant.

Il reste cependant à parler de la sublime « Bringing Out the Dead », pièce maîtresse de dix minutes. Véritable titre best-of, celle-ci nous met sur le tapis toute l’essence de Collapse. Des riffs proches de l’industriel, des rythmes sourds, violents, mais aussi des guitares acoustiques extrêmement épurées, des cassures très atmosphériques, beaucoup d’élan mélancolique. Jamais en surdose, Collapse manie les enchaînements à la perfection, l’ensemble restant ainsi toujours cohérent (même si certains les trouveront beaucoup trop long, notamment dans les montées).

Véritable B.O de la conclusion d’une vie, « The Fall » souffre de la comparaison avec la manne atmosphérique actuelle, faisant que l’album souffre de moment peinant à convaincre un auditeur déjà habitué aux mêmes sonorités. Malgré cela, Collapse livre un album complet, oscillant de façon intéressante entre moments de douceur et de violence. Mais ils manquent encore l’étincelle attendue dans ce type de musique extrêmement exigeant.

mars 25th, 2013

Jeune trio francilien, auteur d’une musique alliant autant d’éléments atmosphériques et Post-Rock que d’autres frisant avec talent l’énergie sombre d’un Metal noir et froid, Përl arrive avec discrétion dans le paysage musical français. Trois ans après un premier petit EP « Monochrome », Thibault, Bastien et Aline lâchent un « R(a)ve » dans cette grisaille ambiante qui n’arrangera surement pas la couleur du ciel.

« R(a)ve » est ainsi un disque extrêmement sombre et torturé, profondément poétique et remplis de tristesse, mené par la voix singulière et étonnante d’Aline, capable de basculer de la plus belle douceur à de graves hurlements déchirants de chagrins et de haines. Musicalement, nous avons affaire à un enchainement traditionnel de la musique Post-Rock : des passages très ambiants où se succèdent des plans davantage en saturation, la batterie oscillant elle aussi entre petites percussions et passages de doubles plutôt écrasantes.

C’est avec « Tidjan » que cet album commence. Titre parfait pour l’auditeur, qui sera d’ores et déjà capable de dire s’il supportera ou non la voix d’Aline, plutôt dans un ensemble grave, cassé et, personnellement, pas dénué de charme. Pour celui bloquant à ce niveau-là, le reste de l’écoute sera difficile. Pour les autres, on peut se pencher doucement sur la musique, enchainant moment de calme à la guitare folk avec des ensembles guitare-basse bien plus lourd et étouffant. Quelques accélérations plus ou moins poussives et un passage de mur guitaristique classique de la musique atmosphérique continueront d’établir un beau profil des capacités de Përl.

Mais si « TIdjan » offre un panel assez complet de sonorité, les autres titres du groupe garde chacun une âme unique. La douce et pénétrante « Insomnie », dominée par la basse, lourde et ronde, et des sonorités étranges et hypnotisantes. L’ensemble très délicat est cependant un peu plombé par une voix semblant un peu fausse sur ces diverses envolées, mais pas suffisamment pour ne pas apprécier en continu la montée en puissance musicale et vocale qui arrivera par la suite. Toujours dans une optique plus reposante, « Rêve… » se place, bien emmené par des notes répétitives de guitare, des percussions légères et la voix d’Aline, en écho. On appréciera à la convenance de chacun la fin en queue de poisson de ce bel intermède.

« Rêve » introduit un « …Rave » plus progressif sur son déroulement, plus long morceau de cet album. La voix d’Aline semble cette fois-ci bien plus maîtrisée afin d’enchaîner avec une belle fluidité tous les changements de rythmes présents. Passage mélodique qui s’enchaîne avec passage plus brut à la double, des refrains plus épiques et magnifiés par la belle voix de la jolie brune. « …Rave » pousse chaque inspiration de Përl à son paroxysme pour en ressortir le meilleur dont sont capables les trois musiciens.

Dans un déluge d’émotions, « Fils de Rien » impose des textes extrêmement mélancoliques pénétrant l’âme de ceux se reconnaissant un minimum dans la prose d’Aline. Une voix délicate sur des passages ambiants, une plainte aérienne sur fond de batterie écrasante et de basse étouffante et des hurlements sur une voix brisée et une guitare en saturation complète. D’une manière extrêmement différente, « Parenthèse 56 » entoure l’auditeur d’une délicate enveloppe noir et sombre. La voix d’Aline, très proche du parlé, déverse des vers de haine et de peine. La colère entre les dents, la musique se limitant à des claviers et une batterie lente et oppressante. Aline est volontairement placé au centre de ce morceau, sa voix montant progressivement de la peine à la colère, de la colère à la haine, achevant ce lourd morceau dans des hurlements d’une violence enivrante. C’est aussi sur la fin que le morceau se révèle musicalement, bâti sur des riffs lourds en réverbération totale (la puissance de la basse est épatante) et d’une batterie intense dans sa vitesse et sa force.

Malgré tout, un morceau comme « Fusce Deliria » fait bien d’être placé au début, tant celui-ci n’apporte que peu d’émotion… Bâti sur un rythme presque pop et une voix poussive, les quelques élans de puissance (trop mal agencée) ne suffisent pas à développer avec réussite un morceau dont la présence de samples radiophoniques (est-ce Jean-Michel Apathie qui s’exprime ?) reste une tentative de remplissage bien maigre et d’une utilité douteuse, même si l’idée pouvait être bonne, si la transition était effectuée de façon plus limpide.

Pour un morceau davantage orienté puissance, on se tournera davantage vers la conclusion « Je Songe », introduit par la voix grave et reposante de Thibault avant de se poursuivre sur un rythme ambiant, brutalement interrompu par les hurlements sauvages d’Aline et un ensemble de riffs purement Metal, pouvant d’ailleurs briser quelque peu la cohérence de l’album. Mais judicieusement placé dans le dernier titre de ce disque, cette puissance méconnue chez Përl pourra être interprétée comme un signe de réveil, après ce très long sommeil rempli de sombres cauchemars… Toujours est-il que ce titre trouve une beauté saisissante dans cette débauche de saturations et de hurlements.

Un disque personnel et émouvant, voilà comment décrire en deux mots ce premier album de Përl, un groupe qui porte définitivement bien son nom. Difficile à accrocher dès les premières écoutes, « R(a)ve » se révèle être un voyage majestueux et magnifique au plus profond des souffrances qui nous animent. Un trio à suivre de très près, qui joue de ses imperfections pour en faire des blessures émotives nourrissant avec talent leur musique.

mars 4th, 2013

D’un projet en solitaire, jusqu’à être porté par l’une des plus belles voix du Metal français. C’est ainsi que se présente Erdh. Il y a d’abord un fin connaisseur des musiques Metal et des sonorités les plus oppressantes, Nicolas Pingnelain, corédacteur en chef de du webzine/magazine reconnu Obskure.

À l’origine, il voulait créer un projet en s’entourant de plusieurs vocalistes. Mais très vite, il doit se résigner. Et tout aussi rapidement, il croise la route du Worms sacré du métal français, Emmanuel “El Worm” Levy, frontman de la sombre entité Wormfood et ancien partenaire de scène des Carnival In Coal. Une alchimie se forme entre les deux musiciens, Erdh fut ainsi formé : Nicolas à l’instrumentation et Emmanuel distillant son chant unique et ses textes si personnels.

Une musique cinématographique, sombre, oppressante, labyrinthique, entrecoupé de moments libératoires, planant. Le concept d’Erdh se forme autour d’une apocalypse. Mais pas celle d’un monde ou d’un univers. Une apocalypse personnelle, une déchéance suprême, particulièrement violente, mais d’une certaine manière si belle… Entre violence et ambiance, propulsant des riffs atmosphériques autant qu’emprunté à la musique électronique ou industrielle, une voix d’outre-tombe, grave et déprimante, sans laquelle Erdh ne serait pas ce qu’il désire être.

Les habitués des derniers Wormfood (essentiellement l’album “Posthume”) ne seront pas trop dépaysés à l’audition des lignes de chant d’ “El Worm”, très souvent grave, discrète (un peu trop parfois) mais trouvant une beauté unique dans cette débauche de dépression et de noirceur, souvent parlé, quelquefois chanté, toujours avec émotion et un calme remplis de tristesse, lors de rares secondes, Emmanuel libère ses hurlements suraigus.

Unique instrumentaliste du duo, Nicolas maîtrise son sujet avec talent. Imprimant une sorte de duo de guitares entre une première, dominante, à base de riffs agressif, répétitif, telle une musique industrielle bien maniée. La deuxième, plus en retrait, souvent sur les refrains, accueille des ensembles de riffs planant et très étiré, plus ambiant. La batterie programmée s’en sort plutôt très bien, et les allergiques de boîtes à rythmes devrait apprécier.

C’est assez délicat de décrire précisément ce l’on écoute, comme dit plus haut, la musique du duo est presque cinématographique. De ce fait, c’est à chacun de construire et d’y mettre ses propres images pour se bâtir son propre cheminement dans l’histoire musicale de ce “Resilient”.

Sans parler de ressenti, car le ressenti est personnel, nous pouvons toujours apposer une description uniquement musicale des morceaux. Des morceaux industriels traditionnels, comme « Science Affliction », peuvent parler plus facilement à certains. La “double pédale” largement présente ici n’apporte non pas une rapidité supplémentaire, mais plutôt un sentiment d’oppression plus important, tranchant efficacement avec la lenteur massive des riffs présents le long du morceau. Emmanuel révèle déjà tout son talent le long des coupures atmosphériques de ce titre, avec un chant pouvant presque trouver son point d’orgue dans un élan larmoyant.

En guise de coupure dans cet album, en plein milieu se trouve le titre étrange et digital « [O.D.]dity in Neverland ». Uniquement rythmé par des sonorités électro indus, ce titre appose un chant aussi calme qu’agressif de la part d’ “El Worm”, perturbant et étrange, mais aussi excellent, un peu ressemblant au timbre “clair” de Vorphalak, sur l’album « Reign of Light » (Samael), appréciable une fois le rythme martial adopté.

Nicolas semble se plaire à faire des coupures étranges, parfois, comme sur « Oxidized », par exemple, ou le rythme massivement atmosphérique de l’ensemble (ces riffs montant progressivement sur les refrains sont excellents) qui se termine entre martelages bruitistes, électro saturé puis un rythme de violon (électronisé et épuré) dont l’air ne m’est pas inconnu, mais dont la provenance ne me provient plus aux oreilles. Sur « Resilient »-titre, également. Si le début ressemble quand même à celui d’ « Oxidized », on peut noter les diverses incursions, comme un piano sur un chant très intimiste d’Emmanuel ou bien un scratch avant de repartir en toute vitesse dans ces rythmes rapides et puissants, ces variations de voix, Levy propulsant des vagues de chant clair, parlé, aériens et un petit hurlement très discrets, mais dans le ton.

Pour ceux qui préfèrent davantage se retrouver à headbanguer, « Codex Atrox » impose une rythmique écrasante sur les lignes de chant d’aliéné d’Emmanuel, entre une résonance malsaine et une gravité terriblement glauque. Les riffs schizophréniques en agression constante, la double pédale en continu, avant de se terminer en noirceur total, uniquement accompagnés d’une basse ronde et précise. Et ceux qui préfèrent la lourdeur de sonorité proche du doom, « Pink Circuit » est faite pour eux. Tournant régulièrement entre riffs lourd, industriel (ces parties de boîte écrasante…) et synthé aériens avec guitare planante, pour un recueil d’amour noir porté de toute beauté par le chant désabusé d’ “El Worm”.

Probablement le titre le plus organique de l’album, « Sinking » conclut « Resilient » de parfaite manière. “El Worm” maîtrise son organe avec un talent rare, oscillant entre toutes ses facettes de chant avec une facilité déconcertante. Nicolas semble s’amuser et on le sent tant la musique s’écoule de manière très limpide, bien différente de la progression oppressante et déroutante. Les riffs s’approchent davantage d’une approche Metal classique, tout en ne conservant que les variations atmosphériques et des chœurs célestes pour conclure ce premier jet.

L’ambiance est troublante, captivante. Pour un premier essai, l’expérience se ressent. L’expérience d’une vie à écouter les musiques les plus déroutantes pour l’un. L’expérience de joués de ses émotions d’une pureté improbable pour l’autre. Et au final, Erdh signe un premier album mystérieux et surprenant. À suivre, sans aucun doute.