novembre 5th, 2013

Pryapisme : Hyperblast Super ColliderLa torture est violente. Attaché à ma chaise, les yeux sortant littéralement de mes orbites, je supporte autant que possible l’épreuve nécessaire à la pénétration du monde débridé, loufoque et bordélique des Clermontois de Pryapisme. La cérémonie d’intronisation touche bientôt à sa fin, je vois encore ce foutu chat qui semence des arcs-en-ciel se dandiner avec son regard pervers. Et plein d’images, pleins de choses. Y compris une explication sur le comment les frites sont faites ! Mais pourquoi ai-je regardé ce clip ?

Pryapisme, c’est quoi ? Un problème médical ! Les plus curieux iront voir. Mais dans le cas présent ? Cinq musiciens qui flatulent une musique complètement débridée, fruit d’une rencontre entre un prêtre violeur de chèvre, un obscur groupe de Black Metal du fond de la Sibérie Amazonienne et de Shigeru Miyamoto. Issue d’une violente et malsaine passion pour les chatons, Pryapisme se voit orné d’un petit matou gris au regard férocement pervers et avec une petite croix inversé sur le front, le tout dans un environnement aux couleurs immondes et aux graphismes 8-bits saisissant. Le monde est attirant, de toute manière et j’y vole en chantant des ” Nyanyanyanyanyan “.

Deuxième album de ces pizzaiolo-ninja, « Hyperblast Super Collider » n’est pas un nouveau super-héros d’un dessin animé japonais. Il n’est que l’évolution de « Rococo Holocaust ». Un peu comme un Pokemon, Pryapisme se mut en une bestiole férocement délirante et offrant, sous une débridation sonore parfois à la limite de l’écœurement, une technicité impitoyable difficile à apercevoir, offrant un album à la fois très facile d’accès, mais également impitoyable, sans la moindre respiration.

Dès « Un Druide Est Giboyeux Lorsqu’il Se Prend pour un Neutrino Hyperactif », on est dans l’ambiance. Une explosion de beat techno pour une guitare prenant de plus en plus de place jusqu’à des accords purement Black avant de s’en aller dans vibrations plus kitsch et vintage pour mieux revenir à du Death auquel suivront des passages tous plus raccords les uns que les autres dans leurs ambiances stridentes. Voilà, je viens de décrire les deux premières minutes du morceau. Il en reste encore cinq, vous voulez que j’aille au bout ?

Chroniquer Pryapisme est une sorte de bizutage. Nous sommes lâchés dans un monde régi par le Metal extrême et une compote nauséabonde de ce qui compose la musique depuis les années 80. Les morceaux y sont longs, changeant de rythmes toutes les 30 secondes …. Un truc qui vous feraient sans doute dire que tout cela est terriblement infect. Et bien … Faux !

Car c’est là, la force de Pryapisme. L’album n’est pas qu’un mélange sans aucun sens, car tous les morceaux ont du sens ! Il suffit juste de savoir lequel (si votre esprit est dérangé, vous le trouverez sans mal). Un morceau comme « Random Jean Vigo » qui démarre comme une partie de Nintendo avant d’embrayer sur un Black relayé par une vielle dubstep-Trance puis des passages ambiants et malsains ou plus lourds et rapides, c’est osé. Mais c’est fait avec beaucoup de seconds degrés et surtout une énorme maîtrise des transitions épiques, la pilule passe de ce fait extrêmement facilement. C’est complètement inclassable et absolument jouissif. Même délire avec « Jon-Bon-Jon-Boutros-Boutros-Boutros-Bovi­-Miou-Miou » à la musique synthé digne de nos bons vieux Super Mario sous blast-beat explosifs.

« Lesbian Bordello » est totalement symptomatique de ce “je-m’en-foutisme” musical, balançant une quinzaine d’ambiance différente en seulement 1 minute 40. L’orgie n’en est que plus intense sur « La Notion de Chiralite de Spin et d’Oscillation de Saveur des Particules Supersymetriques Définissant un Champs Scalaire Lors d’une Transition de Conifold en Cosmologie Branaire dans un Modèle Ekpyrotique » (qui vient de me pomper les 3/4 de mon paragraphe) opposant cornemuse, électro/valse débridé perverses, piano excité, groove impitoyable d’un Metal complètement fou et petits chatons.

*miaou* – Non, je dois garder mes esprits, la chronique n’est pas fini ! J’en viendrai presque à réclamer une tape, puisque cette fille énervée me dit « J’ai Envie de te Claquer ». Petit changement d’ambiance ici, l’ensemble se veut plus crade, “lent”, très étouffant, mais aussi avec de brefs passages aériens, mais irrespirable. Comme le reste de l’album, les transitions se veulent barbares et pas du tout approprié, ce qui fait la classe d’un « Je Suis Venu, J’ai Vu, J’ai Sangouinu » où les dissonances assourdissantes de l’ensemble se relayent avec une conclusion électronique tout simplement géniale.

Tout est prétexte à une musique hallucinatoire, « Boudin Blanc et Blanc Boudin » et ses incohérences électro copulent avec une ambiance vintage du plus bel effet avant de partir sur un threesome dantesque de breakdown acéré. On part sur des délires schizophréniques avec ces claviers de « Cochenille, Membrane et Volcanologie ». C’est à la fois cauchemardesque et incroyablement prenant. Ce n’est pas ce saxophone complètement déglingué qui me contredira.

La folie ne s’arrêtera qu’à la dernière seconde du titre « Une Nuit sur le Mont Chauvelu ». Pour beaucoup, il s’agit d’une pièce classique du musicien Modest Moussorgsky (dont le nom original est ” Chauve ” et non pas ” Chauvelu “). Mais pour moi, il s’agira surtout du thème d’introduction du niveau ” What the Heck ” (en enfer avec de la lave, des chats, des fantômes et des banquiers) du cultissime jeu vidéo Earthworm Jim… Nous avons tous nos références ! Toujours est-il que cette reprise est dans la droite lignée du groupe : malgré une intro dans le sillage de l’originale, on divague vite vers un mélange kitsch, parfois extrême, souvent nimportnawak, régulièrement symphonique, mais toujours parfaitement jubilatoire.

Pryapisme est un monde où règne un chaos complètement dégénéré et tordu qui se révèle au final tout ce qu’il y a de plus plaisant. On se complaît avec joie dans les déboires zoophiles de cette Nintendo copulant furieusement avec des chats complètement schizophrènes, bien que l’extrême torture sonore sera à même de repousser les adorateurs des Mr. Bungle et autres joyeuseté du genre. « Hyperblast Super Collider » réclamera à la fois une ouverture d’esprit certaine et aussi beaucoup de temps pour ne pas sombrer par vous-même dans cet univers de débauche pixelisé, qui se révèle au final bien plus poussé qu’un simple délire audio.

*miaou*

juillet 9th, 2013

The Dillinger Escape Plan : One of Us Is the KillerThe Dillinger Escape Plan, ou la porte d’entrée à un monde ou règne la décadence et l’ultra-violence la plus totale et intelligente qui soit. En plus de quinze ans de carrière, le groupe aura pris le temps de nous asséner album après album, mandale sur mandale, prend toi une baffe dans ta gueule et enfonces-toi dans l’univers torturé du maître du Mathcore mondial.

Quinze ans à faire du Mathcore, c’est long, mais ça prouve également la régularité du groupe à nous sortir un nouvel opus, toujours en prenant son temps, généralement tous les trois ans, environs. Et le Mathcore, avec son lot d’expérimentation impromptues offre un genre qu’il est difficile de varier et de réellement pouvoir faire tenir sur la durée.

C’est ainsi de cette manière, après un « Calculating Infinity » à la brutalité technique sans égale et un énorme « Miss Machine » que The Dillinger Escape Plan s’est lancée avec succès sur la voie du Hardcore Chaotique qui sera sa marque de fabrique. « Miss Machine » sera la transition. Car les personnalités de Dimitri Minanakis et Greg Puciato sont aussi complémentaires qu’opposées.

« Ire Works » l’avait déjà prouvé, apposant davantage de “mélodies” dans un disque déconcertant, concept musical davantage travaillé dans un « Option Paralysis » plus mûre dans la nouvelle voie conceptuelle de Dillinger. Mais aujourd’hui, que peut-on attendre d’un groupe ayant déjà énormément prouvé au monde du Metal ?

À la fois beaucoup et pas grand-chose. « One of Us Is the Killer » apparaît comme le résumé de la vie musicale du quatuor américain. Dans une totale continuité par rapport à « Option Paralysis », le Hardcore de Dillinger se veut toujours aussi intellectuel autant que barge. Ainsi, n’attendez pas une révolution, mais plutôt une évolution.

L’évolution la plus importante et extraordinaire se trouve dans l’organe vocal de Greg Puciato. Beaucoup n’ont pu s’empêcher de le relever. Les régulières interventions du chanteur dans un registre plus catchy et mélodique ont divisées. Et la performance du chanteur sur « One of Us Is the Killer » aura de quoi plaire à tout le monde. Jamais encore le chanteur n’avait paru aussi à l’aise dans ses transitions, autant dans ses cris de damnés (« Crossburner ») que dans son chant le plus sensible et délicat qui soit (« One of Us Is the Killer ») en passant par toutes les facettes vocales violentes (« Prancer ») et complètement schizophrénique (« When I Lost my Bet » et son clip parfaitement gore et jouissif) et bien d’autres.

Mais la qualité du chant de Greg ne se complète qu’avec l’excellence musicale d’un début aussi furieux que « Prancer ». L’assaut est frontal, sauvage. Même le léger break atmosphérique ne fera qu’augmenter la pression que le groupe mettra sur nos épaules. Les viols continuels des fûts de Billy sont proprement aussi hallucinants que les nœuds de guitare de Ben. Quant à cet assaut, il ne disparaîtra pas avant un « When I Lost my Bet » tortueux et jazzy. La rage et la puissance de Dillinger n’ont en aucun cas disparu, se trouvant encore davantage perfectionné dans un jeu des plus techniques des trois musiciens (l’étouffante basse de Liam, notamment).

De toute évidence, le groupe n’a aucune envie de lever le pied, et ce n’est pas la Mathcoreuse « Magic That I Held You Prisoner » qui me contredira, la courte durée du morceau rappelant bien les titres à l’atmosphère brève et directe qui pouvait composer les premiers albums du groupe, entre ambiances brutales insoutenables et moments lourdement aériens et perturbants des refrains (et cette voix magnifique de Greg). L’ambiance débridée de « The Threat Posed by Nuclear Weapon » mené par la guitare à 72 cordes de Ben et d’un piano oppressant en arrière-plan sur les hurlements sauvages de Greg. Les réguliers breaks ne feront qu’apporter une délicate ambiance malsaine (la patte de Liam est impressionnante) du plus bel effet.

Le groupe a franchi un cap sur ses transitions musicales comme le démontre l’épatante « Hero of the Soviet Union », démontrant une dualité intéressante de brutalité et de haine, sur une première partie puissante et une seconde mettant davantage en avant une lourdeur musicale couplée au sentiment d’une colère impressionnante dans la tessiture de voix de Greg. « Understanding Decay » et son introduction parfaite de basse possède également les arguments nécessaires à la déstructuration vertébrale des auditeurs. Les multiples passages de voix claire frapperont au cœur par le déluge d’émotions qui en ressort, associés à une guitare extrêmement atmosphérique dans ses solis, se mélangeant adroitement avec l’air sauvage de ce morceau. Et cette conclusion non loin du Grind au niveau des voix ?

Et que dire de l’atmosphère Doom qui ressort de la “”"”lente”"”" « Crossburner », dominé par une basse hypnotique et un chant clair d’une folie chuchotée indécente, autant que pour des passages criés d’une voix des plus dérangés sur une guitare torturée comme rarement, montant peu à peu dans des sommets de violence à la tessiture prog-jazz parfaite ?

Quand on parle de Math-Metal, Messhugah revient régulièrement. Sans non plus comparer ensemble les deux groupes, la surpuissante et hypnotique instrumentale « Ch 375 268 277 Ars » aurait pu émané d’une collaboration de ces deux entités surnaturelles du Metal intellectuel.

Depuis « Ire Works », Dillinger se plait à couper ses albums de morceaux tranchant dans leur calme. D’un « Black Bubblegum » surprenant à une maîtrise assumée de l’univers jazzy d’un « Widower », « One of Us Is the Killer »-titre garde certains éléments, en les perfectionnant encore. La voix de Greg, si aigu, si planante, si délicate, la musique si calme, si prenante, digne introduction d’un polar bien noir se relaie avec maîtrise à des refrains plus entêtants et “basique” dans l’approche de la mélodie catchy tant recherchée.

Mais au-delà de ce break parfait, d’autres moment de “pause” convainc autrement. Si on pourrait retenir la formidable partition de la basse de « Nothing’s Funny », le reste des protagonistes ont crée un morceau beaucoup trop semblables à l’univers qu’ils ont eux-même construit sur les précédents albums. Le morceau n’est pas mauvais ! Loin de là ! Mais il fait quand même une petite tâche à ce beau tableau. De même, mais différemment, pour un « Paranoïa Shields » qui convainc sur ces couplets et break sombres, étouffants, mais qui fatigue sur cette recherche de la sonorité catchy qui fera la différence sur les refrains.

Au final, ce nouveau The Dillinger Escape Plan n’innove pas franchement. Et alors ? Le style du groupe américain, proprement insoutenable et volontairement inaudible lors des premières écoutes, se complaît magnifiquement dans ces expérimentations sonores. Beaucoup plus direct, toujours autant mélodique et catchy, le style n’en reste pas moins extrêmement exigeant et impressionnant. TDEP reste le maître du genre, et la place n’est de toute évidence pas prête de devenir vacante.

mai 25th, 2013

Dire que l’album de collaboration entre 6:33 et Arno Strobl était attendu est un euphémisme. Depuis la parution en mai dernier de l’EP « Giggles, Garlands & Gallows », le combo francilien était attendu au tournant. Sorte de symbiose quasi parfaite des influences des Parisiens et de l’ex-chanteur de Carnival In Coal, l’entente avait accouché d’un EP efficace, varié et nostalgique.

« The Stench from the Swelling (A True Story) » est ainsi le deuxième album de 6:33 (que nous pouvons nommer aujourd’hui tout simplement 6:33 & Arno Strobl), deux ans déjà après l’inimitable « Orphan of Good Manners ». Un second opus qui s’inscrit à la fois dans une voie similaire et très différente de ce premier effort, essentiellement par la patte d’Arno. Il y a déjà quelques années, celui-ci faisait vibrer l’hexagone (et autour) avec Carnival In Coal, musique hybride et farfelue, mixant habilement Grindcore et pop, Black et variété, Death et easy-listening music.

En deux ans, le groupe a mûri d’une excellente manière. « Orphan of Good Manners » était un disque bon, mais difficile à appréhender. Une fois l’oreille familière à la musique « bordélique » du groupe, celui-ci pouvait enfin être vu à sa juste valeur, celle d’une des plus grosses surprises de la scène française de ce début de décennie. Mais voilà : il fallait déjà dresser son oreille. Personnellement, j’ai adoré. Mais je ne suis pas surpris quand on me dit ne pas aimer cet album. Le style du groupe, propre à ne jouer qu’avec des synthés et sans aucune batterie pour tenir le rythme, est difficile à négocier. Et il est vrai que la batterie synthétique de « Orphan of Good Manners » a demandé un gros travail à quelques-uns pour passer par-dessus certaines de ces sonorités « plastifié ». Et sur le son, « The Stench from the Swelling (A True Story) » se part d’un excellent travail ! Nous y reviendrons.

Prévue à la base pour septembre 2012, la sortie fut maintes fois repoussée pour des raisons diverses et variées (sans rentrer dans les détails). Établie à la base comme une « suite » (ou un complément) à l’EP « Giggles, Garlands & Gallows », l’album reprend donc les trois titres présents sur celui-ci et en rajoute trois nouveaux, en plus d’y incorporer « Starlight », tube des Supermen Lovers (et sorti en 2001, voilà qui ne rajeunit personne). Sur la forme musicale, l’ensemble reste profondément ancré dans un Metal Expérimental fait de mélanges improbables et de tournures musicales proprement intéressantes, tout en « adoucissant » (relativement) la force présente sur « Orphan of Good Manners ».

Sur le fond, donc, cet album est tout de même bien moins « brutal » que ne le fut le premier ou bien la discographie de Carnival In Coal. Les growls de maître Strobl sont en sous-nombre, les guitares délivrant bien moins de saturation pour un travail bien plus important sur les profondeurs stylistiques et la variété des sonorités. Quant au point principal de divergence, la batterie, un gros travail a été apporté ! Bien moins au premier plan que sur l’album précédent, celle-ci devient par la même occasion bien plus digeste, rythmiquement impeccable et se confondant souvent avec le véritable instrument !

Ouvrant sur deux inédits, « (I Should Have Known) Her Name Was Boogie » n’est pas sans rappeler l’ambiance débridée et festive des opus de CinC. Seul maître du micro, Arno parvient à nous distiller un groove vocal impeccable, dansant au rythme de ces guitares en saturation et de ces doubles pédales à la vitesse hallucinante (même si électronique, le son reste tout de même plutôt organique). Empruntant sans vague et sans coupure une voie très expérimentale sur son approche, l’ambiance varie régulièrement entre des sonorités plus sombres et quelques éclats magnifiquement incorporés (basse jazzy, chœurs tripants, acoustique “coin du feu”, synthé grandiloquent…). Deuxième inédit: « Burn-In » laisse la parole à Rorschach, nouveau chanteur du groupe parisien. Dans un titre proche musicalement de ce qui se faisait sur « Orphan of Good Manners », la voix de Rorschach vise juste. De moments pop en éclat de voix de dément, l’adéquation avec Arno est parfaite. Profitons bien de son petit growl avant de partir danser sur un « Tango de la muerte » agrémenté de folie guitaristique typiquement 6:33-ienne. Véritablement catchy, ce refrain risque de squatter votre cervelet pendant longtemps.

Le côté très kitsch de Carnival In Coal se ressent sur « I Like It », identique en tout point à la version de l’EP, mais agrémenté cette fois d’un clip qui inspirera la nostalgie des 60’s à ceux qui l’ont connus. Dualité intéressante de rockabilly et de Rock gras, avec chœurs catchy, basse swinguante et effets jazzy en tous genres avant de prendre la direction d’un break plus explosif, à la manière de ce qu’à toujours fait 6:33. Et puis il y a « Starlight ». Impossible que le titre des Supermen Lovers n’ait jamais traversé votre orifice auditif ! Très bel hommage qu’est cette belle reprise, abusant de guitares grasses pour remplacer les effets électro de l’original et de chœurs féminins aussi entraînant que le titre original. Toujours servit par une basse idéale dans sa rondeur et d’une box en rythme, maître Strobl y va de sa plus belle voix de crooner pour nous ramener dix ans en arrière, dans nos boums de jeunes gamins.

Mais la véritable surprise de cet album provient du long titre « The Stench from the Swelling ». La folie Stroblienne-6h33ienne est pour ainsi dire absente. Si l’ambiance confine au malsain, les vagues extrêmement atmosphériques qui s’en dégagent ne peuvent laisser de marbre. Laissant place à une douteuse légèreté et un refrain dans une veine planante et émotionnelle rappelant à la Doom-”ballade” de CinC « D.O.A », la voie progressive suivie par le groupe révèle un visage méconnu de 6:33. Seul titre à ne pas par partir dans élans “n’importe quoi-esque”, celui-ci prouve la valeur musicale du combo parisien, pouvant sans problème ralentir le tempo (et ce même dans le cours passage Death growlé) et s’en sortir incroyablement bien. Et que dire du sublime final ? Riffs et solo aériens, chœurs magistral, ambiance céleste à tomber. Merveilleux.

Le disque se termine sur la doublette de cette sombre histoire de guerre d’un clows cocufié par des nains lui ayant volé sa femme à barbe. Similaire en tout point à la version de l’EP de mai dernier, On retrouve ainsi un « Order of the Red Nose » à l’ambiance festive plongeant l’auditeur dans un cirque de riffs lourds, d’instruments désaxés et d’une ambiance pressante du plus bel effet. Bien plus puissante que la version de l’EP, ce premier chapitre écrase en dix minutes beaucoup de concurrence dans l’univers de la musique désordonnée. Seul vocaliste du tout, Arno nous ramène dans les plus belles années de CinC, tout en se renouvelant constamment. Quant à « M.I.D.G.E.T.S », celle-ci nous prouve qu’une boîte à rythmes peut effectivement blaster à une vitesse folle tout en ayant l’air presque naturelle. L’ambiance est ici bien plus crasseuse et grandiloquente, le son et les influences confinent aux magnifiques, d’élan de brutalité sur fond de symphonie, d’un chant groovant sur des blasts étouffants, des coupures funky pour une basse géniale jusqu’à une parade finale gardant sous le coude de quoi faire incendier les salles de concerts, cette histoire de clows et de nains tient de toute évidence toutes ses promesses. Et si la curiosité de savoir ce qui vous attend réellement dans ces deux chapitres vous taraudent un peu trop : il n’y a qu’à lire mon article détaillé de « Giggles, Garlands & Gallows ».

Malgré tout, au-delà dont se prévaut l’album, le fait qu’il n’y ait “que” 25 minutes d’inédit (dans l’optique où l’EP précédent fut maintes fois rayé par un nombre beaucoup trop supportable d’écoute pour ce pauvre malheureux petit disque) pourrait refroidir certaines ardeurs. Oui et non. Disons qu’on oublie très rapidement l’EP, car « The Stench from the Swelling (a True Story) » a tout pour devenir un disque indispensable et incontournable. Quand un spécialiste de la musique expérimentale s’associe à l’un des meilleurs espoirs de la scène française, 6:33 a tout pour devenir une référence d’ici quelques années. Mais d’ici-là, il reste encore de très nombreuses étapes, car la route est encore bien longue.

mai 15th, 2013

À n’en point douter, les aventures du maître Mike Patton sur les terres de la musique avant-gardiste ont engendrés beaucoup de petit. Du plagiat simpliste et des ersatz mal bâti, à l’honneur maîtrisé et assumé, nous sommes passés par toutes sortes de découvertes, diverses et variés. C’est de cette inspiration que les Aixois de Toumaï puisent leurs influences.

Alliant la puissance du Metal à des influences partant du jazz au rock progressif, sans compter diverses incursions dans la musique funk, psychédélique, ou même hip-hop et ragga, piochant leurs idées dans des maîtres du Metal, tous genres confondus (Rage Against the Machine, Tool, Primus, mais bien évidemment Mr. Bungle ou Faith No More),Toumaï met en musique un art difficilement cernable, dans la plus pure tradition des styles avantgardiste ou fusion.

Faire swinguer un metalleux autant qu’ils sont capables de faire headbanguer un jazzeux, c’est dans cette optique que « Sapiens Demens » se place. Le premier véritable album de Toumaï, orné de peintures désenchantées, de dessin dérangé et dérangeant, dresse un triste constat de ce que l’humanité devient peu à peu. Une marche en avant synonyme de retour en arrière, à l’âge du sapien, une racine commune à tous les hommes. Profondément ancrée dans un second degré complexe, la verve textuelle de Toumaï frappe fort et juste, se déplaçant au gré de la folie vocale d’Antoine, faisant littéralement vivre la folie et la condition humaine au travers de son organe vocal torturé.

« Little Psycho ». So little, donc. Un début jazziste groovant, basse et piano, chant mélodique, mais très vite, la folie fait son apparition, sous la forme de cris suraigus, rappelant facilement le chant d’autruche de Julien Cassarino (Psykup, Manimal). Le groove imparable de cet échange de moment puissant et de groove jazz ne sera pas sans rappeler le titre « Love is Dead » des autruches Toulousaines. Petit aperçu de la technique des Provençaux, les rythmes varient aussi facilement que le chant d’Antoine, tantôt grave et groovant, parfois plus pop et souvent empreint d’une schizophrénie palpable (y compris dans ce petit passage pouvant faire penser à Serj Tankian). Le tout porté par des musiciens impressionnant dans les échanges stylistiques constants, guitares qui claquent de riffs surpuissants, une batterie qui oscille entre rythme et rapidité étouffante, une basse d’une oppression folle et un piano imparable dans sa rythmique entêtante et exceptionnellement varié.

Schizophrénique. Assurément, cet album l’est ! « Anachron » et son début exceptionnellement sombre, fait de voix off agité et d’un chant presque implorant dans sa folie ne laissait surement pas présager un enchainement de rythme quasiment pop et dansant (cette basse funky, miam). La montée en puissance des guitares contraste avec classe avec ce chœur catchy. D’un enchaînement vers une musique presque atmosphérique sur son duo d’orgues et de d’agression à la double pédale est exceptionnel, le tout avant de se finir comme du Toumaï. Et que dire de « Wiki Puppies » . Indescriptible. Tout y passe, une basse funky de génie, des riffs tout droits sorties des 80’s, un chant de folie, rappelant une fois encore celui de Julien Cassarino dans ses impressionnantes variations chant clair/hurlé. Encore une fois, le piano dicte le rythme des parties plus « calmes » (sans pour autant disparaître des passages plus agressifs), pendant que les guitares n’hésitent pas à partir en saturation agressives, bien aidé par un batteur très technique, véritable pieuvre vivante.

Quitte à faire le parallèle Toumaï-Psykup, que dire de « Sapiens Demens (Part I) », dont le rythme de guitare d’introduction ressemble quelque peu à celui de « To Be(Tray)… » des Toulousains. La suite de la piste, petit interlude de « douceur » dans cet album de fou, sera constituée de piano et de trompette faussement mélodique, mais magnifiquement composé par Célia et véritable bonne mise en bouche de la surpuissance des riffs introducteurs de « Sapiens Demens (Part II) » et de l’impressionnante voix d’Antoine. Rarement ces hurlements atteindront une telle perfection avant d’entamer un chant ragga d’une précision exceptionnelle. D’une fin chaotiquement délicieuse à des enchaînements musicaux misant sur une brutalité davantage présente, Toumaï vise juste.

Petit clin d’œil télévisuel, « Madness in Mind » démarre sur le rythme de voix désagréable qui débute la niaise émission people 50 Minutes Inside (TF1). Partant sur une base extrêmement Fonk, la première partie du titre met en dualité des couplets groovant basse-chants ragga et des refrains agressifs entre saturation et hurlement. S’enfonçant dans une schizophrénie improbable, le break piano-basse s’habille du plus beau chant clair dont Antoine est capable. Une douceur incroyable contrastant avec le rythme rapide et furieux de « Sapiens Demens » (l’album). Mais au-delà de cette douceur, le déroulement de ce long break, ou les notes s’accélèrent, où la batterie gagne en intensité, ou le chant se fait de plus en plus oppressant ne peut pas cacher éternellement la folie grandissante qui inonde de plus en plus le vocaliste, dont le chant se fera de plus en plus agité, jusqu’à lâcher des borborygmes inaudibles et à entendre la musique devenir de plus en plus rapide et brutal. Nature humaine, la cible de Toumaï, ce qu’on ressent tous le long de cet album.

Partons sur la dualité présente entre « Petit Punk en Ut #m », plus court titre de l’album, et « Bankster », le plus long. Le premier est un condensé de brutalité, de chant transpirant la folie, qu’il soit clair ou hurlé (et même un très court passage growlé). Titre extrêmement direct, agissant comme une mandale dans la gueule de cette musique radiophonique et insupportable. « Bankster » met davantage d’ambiance sur le devant de la scène. Un duo chœur-basse très intéressant, un autre guitare funky-chant popisant et des coupures balançant des saturations tout en réserve. Clairement différent des autres titres de l’album, « Bankster » met peu à peu en place une sorte de « Fusion Progressive ». Un peu sur la base de « Madness in Mind », le titre progresse en enfonçant l’auditeur dans un monde remplie de folie, de plus en plus brutale (des growls toujours très efficaces) et étrangement coupé par un chant extrêmement aigu et aérien, sortis d’on ne sait trop où… et on sombre à nouveau dans une improbable folie au rythme d’un piano décérébré, d’une guitare désaccordée (l’image, hein) et d’un chant désaxé.

Toumaï conclut son voyage schizophrénique avec un titre différent de l’ensemble. « Prey of Birds », les riffs saturent, agresse l’auditeur, l’étouffe. La batterie témoigne d’un enchaînement de frappes proprement assommantes de puissance. Le chant d’Antoine apparaît de plus en plus fou, encore plus dérangé et violent, les aiguës oscillent entre des voix presque enfantines et des hurlements stridents. Le titre le moins « fou » de « Sapiens Demens » n’en est pas moins le plus cohérent. Que ça soit les sonorités d’orgues ou bien les ensembles de guitares/basses autant saturées l’une que l’autre ou bien la batterie dans ses agressions constantes. Mais peu à peu, la musique s’arrête, ne laissant que des chœurs planants et étranges, sur un univers presque mystique …

Le meilleur de la folie pour un digne petit enfant de Mike Patton pour la maîtrise du style et de Psykup pour cette french-touch irrésistible, grand bien en a fait à Toumaï d’avoir attendu plusieurs années pour faire paraître ce premier opus. Si le style est, comme toujours, difficile à cerner et que la première écoute pourra presque repousser devant cet impressionnant étalage de styles et d’influences, une fois les éléments en place, Toumaï apparaîtra sans nul doute comme un espoir à suivre sur la scène avantgardiste française.

décembre 12th, 2012

L’écriture de chronique musicale est, en tant que passionné que je suis, une chose exceptionnelle. Grâce à ça, on découvre des musiques merveilleuses, insoupçonnables. On se lie d’amitié avec des groupes qui nous font profiter d’exclu, d’extraits, d’interview. Et au-delà même de l’aspect musical, on découvre des personnes attachantes, avec qui on finit même par discuter de tout, de rien… Chroniqueur musical, c’est vraiment le pied.

Pourquoi cette introduction-là ? Et bien, loin de moi l’idée de chercher une quelconque prétention, mais plutôt un moyen innocent d’amener à la découverte du jour. Car oui, faire des chroniques, c’est également recevoir des disques … Perturbant ! En témoigne la première production d’Astyanax, joliment nommé « … Wants You to Die … » et accompagner d’une pochette située entre le laid et le kitsch. Au choix. Sur cette première « offrande », nous trouvons quatre titres pour une durée totale de cinq minutes d’un mix entre le Grindcore, le Hardcore et le Death Metal avec une touche très étrange, dixit l’unique membre d’Astyanax.

Sérieusement, je ne peux imaginer que ce disque est sérieux. Outre le fait que l’auto-prod rend un son vraiment crasseux et désagréable, c’est surtout le fait que durant cinq minutes se succèdent d’interminables cymbales migraineuses (horribles, sur « Tidoudidou »), une guitare grésillante (que c’est dégueulasse sur « N.g.f.x.1 ») semblant n’avoir même pas été accordée… Puis y’a quand même du chant ! Semblable à un rot continuel dont tout le monde est capable un lendemain de cuite… Alors oui, sur « Tidoudidou », on tente l’introduction au piano histoire de varier les choses. Un jeu improbable digne de nos mignonnes petites sœurs.

On va dire que sur ce coup, Astyanax avait perdu à un bras de fer avec un manchot nain d’Amazonie et son défi était de rejoindre des artistes méconnus au rang des plus grandes parties de rigolades autour des pires compositions de l’histoire du Metal. Du moins, j’ose me dire que c’est ceci… Une bonne blague de cinq minutes. Et pour positiver, on va se dire que ce … truc n’était qu’une plaisanterie avant un premier album du feu de Dieu !