novembre 20th, 2013

Bad Tripes : Splendeurs et ViscèresIl est de ces groupes auxquelles on pourrait en demander parfois trop. Bad Tripes et l’un d’eux, un groupe qui débarque sans que l’on s’y attende vraiment et qui bouscule son petit monde de provocation calculé et d’humour déglinguant. « Phase Terminale » avait lancé les hostilités d’un Metal Industriel lourd et puissamment varié, parlant ouvertement de sexe, de perversion, de foutre et de sang.

Dire que ce « Splendeurs et Viscères » était attendu relève de l’euphémisme. L’attente est déjà très longue depuis plusieurs mois et la diffusion du clip sanguinolent de « Les Noces de Sang ». Mais où en est Bad Tripes, alors ? Aurons-nous un groupe ancré dans son univers ou plutôt enclin à s’émanciper pour vagabonder en d’autres lieux ?

Si « Phase Terminale » était profondément génial par ce côté “je-m’en-foutisme” du propos général, donnant lieu à un disque extrêmement instantané, « Splendeurs et Viscères » ne perdurent qu’à moitié dans cette voie. Le fait que le groupe se sache attendu au tournant a probablement joué dans la composition globale de l’album. On se retrouve donc avec deux styles de titres : ceux à la musicalité bien classique et d’autres tentant l’originalité en se forçant parfois trop, souvent comme il faut. Trêve de bavardage : développons tout ça.

Dès le départ canon de « Chair à Canon » (un peu facile…) on se retrouve en terrain connu. Cette manière d’emmener des couplets très électroniques et ces riffs écrasants et lourds et, d’une certaine manière, plus mélodique sur les refrains en font par exemple une trame utilisée depuis les premiers Rammstein. Cela n’est pas clairement un reproche en soi, puisque l’ensemble se voit magnifié par la voix d’Hikiko Mori.

La chanteuse soulève la plupart des titres de l’album de son grain complètement schizophrénique. Le chant y est parfois clair, souvent pervers, régulièrement hystérique à base de cris de damnées nous entraînant dans un monde de débauche et de démence. La voix n’a pas réellement changé depuis le premier album et on la retrouve avec plaisir, même si pour le coup une certaine lassitude pointera le bout de son nez. J’y reviendrai un tout petit plus tard.

Certains titres ne font que ressasser sans trop s’éloigner la rythmique classique de l’industriel. On citera par exemple un « Hana to Hebi » bien ancré dans ces rythmiques écrasantes, notamment par son break plus mélodique et très efficace. « Viva la Vida » s’inscrit dans la continuité, notamment dans ses riffs en extrême saturation électronique et cet étalage de double étouffant. L’ambiance se modifie régulièrement, portée notamment par une basse de génie trop rare sur l’ensemble de l’album.

La lassitude décriée plus haut dans l’article se ressent notamment sur la triplette de fin d’album. Si « Sire Quetard » et ses riffs “Deutsche Qualität” (heureusement bien relevé par ses solos et son ambiance Southern Rock et ses accordéons) et « La Laideur du Geste » (avec chant très mélodique et clavier plus symphonique) peuvent aider la pilule à passer, « Ami Public Numéro 1 » démontre que Bad Tripes aussi peut être dans une totale perte d’inspiration. Les écrasements assourdissants ou autres riffs lourds complètement téléphonés ne seront que vaguement rattrapés par des bons éclats de voix malheureusement vite lassant.

Au-delà de ça, le groupe ne se contente pas uniquement d’une rythmique bêtement industrielle. « La Mauvaise Éducation » commence pourtant ainsi, avant de laisser place à une ambiance débridée avec une dualité entre un genre d’accordéon et un piano très strident. Piano que l’on retrouve encore sur la « Tokyo Decadence (nom et sample pouvant peut-être faire référence à Murakami Ryû et son film du même nom) entre ambiance asiatique et lourdeur malsaine, où l’on retrouve un chant grandiose, entre comptines parfois enfantines et cris violents et stressants. Puis si on parle d’ambiance asiatique, ce n’est pas pour faire l’impasse sur la saveur orientale de « Dans le Désert », qui appose là aussi le même type d’échange d’ambiance entre légèreté voyageuse et lourdeur industrielle. On notera l’excellent break à la limite de la symphonie et aux plages vocales encore une fois somptueuse.

Bad Tripes reste heureusement Bad Tripes, on sent cela sur la fête complètement débridée de « Foutre Tombe » à l’ambiance folk aux riffs débridés qui ne sont pas sans rappeler très légèrement les délires de Korpiklaani. Les accordéons plus posés et les arpèges mélodiques du titre « Le Radeau Ivre » nous rappelleront que Bad Tripes sait aussi détendre l’atmosphère, la rendant mélancolique sans pour autant oublier de la découper d’élans massifs et autres hurlements viscéraux. Et telle une B.O d’un film d’horreur second degré, « Les Noces de Sang » représente l’essence de Bad Tripes. L’ambiance se dévergonde allègrement, parfois mélodique et calme, souvent explosive et puissante, le chant clair y est parfait, autant que les cris schizophréniques d’Hikiko.

La très classique et bien faite « Mr l’Artiste » et sa description réaliste du Star System d’artistes capitalisant sur leur unique talent, celui de ne pas en avoir, me permettra de conclure ma chronique sur un thème essentiel : les textes. Intégralement chantés en français et plutôt facilement compréhensible, les textes traitent le plus souvent de sexe dans ses côtés les plus obscurs (petit canaillou…), de la violence la plus perverse… Tout ce qui a trait aux sinistres et à l’angoisse trouve son âme torturée dans une verve textuelle impitoyable, mais également extrêmement poétique et écrites à la perfection, multipliant figure de style et détournement bien ficelé. Je ne vais pas en parler plus que cela, je vous recommande vivement d’avoir les textes sous les yeux lors de l’écoute, à vous ensuite de les interpréter et les apprécier à votre guise.

« Splendeurs et Viscères » n’est pas forcément un disque plus sage que son prédécesseur, il est surtout plus mûr, dosant sa folie et son énergie avec maîtrise au risque malheureusement de décrocher l’auditeur lorsque la redite commencera à se faire trop intense dans la fin de l’album. Mais au-delà de ça, on se passionne pour ce romantisme violent et cet amour noir de la vie dans ses travers et sa débauche. Les Phocéens confirment les espoirs portés sur eux malgré quelques brefs passages dispensables, à moins que l’ont deviennent tout simplement très exigeants avec cette jeune scène talentueuse… Le Metal français a encore beaucoup de choses à dire, à n’en pas douter !

juin 8th, 2012

Si la tendance ramène de nombreux groupes à nous proposer une sorte de « Revival Metal » (notamment pour le Thrash ou le Heavy) et à nous faire manger du vieux jusqu’à l’indigestion, force et de reconnaître que les diverses tentatives de « Modern Metal » se sont malheureusement régulièrement plantées. Un Metal plus moderne et relativement neuf, c’est la recette que nous propose Engel, qui sort cette année son troisième opus, « Blood of Saints ».

En seulement deux albums, le groupe est parvenu à se démarquer efficacement et à gagner une belle place dans la scène Death Mélodique dite moderne. Il faut dire que le groupe n’est pas composé de nouveaux venus ! Un ex-In Flames en la personne du guitariste Niclas Engelin, un ex-Lord Belial avec Daniel “Mojjo” Moilanen à la batterie ou encore l’ex-guitariste de The Crown Marcus Sunesson, le tout accompagné à la production par le grand Tue Madsen. De toute évidence, ce ne sont pas des débutants.

« Absolute Design » (2007) avait fait très bonne impression, mais il souffrait d’une évidente comparaison avec In Flames alors que « Threnody » avait épaté tout son monde par sa modernité et son Metal Mélodique couplé à des inspirations Heavy, Death et Indus. Toujours accompagné de l’écurie française Season Of Mist, « Blood of Saints » va tenter de faire perdurer le groupe sur la voie d’un succès toujours plus grand (comme la première partie de Machine Head dans quelques jours, en Suède).

« Blood of Saints » ne change pas beaucoup la recette que le groupe avait déjà établie par le passé. On retrouve toujours par moments les rythmes typiques du Death Mélodique, accompagnés de refrains catchy et pop, de sonorités très électro, toujours un peu industrielles, voire dubstep par moments. Cet album ne déroge donc pas à la règle d’Engel et est donc extrêmement facile d’accès, les titres sont courts et facilement mémorisables.

« Question Your Place », qui est ainsi le single issu de l’album, en est la preuve vivante. Des riffs lourds, épais, puissants, entrecoupés de mix dubstep et servis par une batterie très synthétique. Immédiatement, l’alternance couplet hurlé-refrain clair (parfois féminin) frappera l’oreille, tout dans ce morceau sent la communication facile et le déjà entendu. Reste que c’est quand même fait avec classe et efficacité. Le mélange Dubstep-Metal reste mieux négocié que le brusque virage de Korn dans ce style.

C’est donc tout naturellement que cet élan Dubstep-électro ressortira à plusieurs autres endroits de la tracklist, comme en témoignent l’introduction et les couplets de « One Good Thing », proche de sonorités de … flûte ? Très synthétique, certes. Quelques sons Dubstep reviendront après les refrains. Les refrains extrêmement pop visent toujours le même but : le succès rapide. Le succès rapide… C’est sans doute ce que cherche le groupe, des titres comme Drama Queen et sa fausse brutalité électronisée et son refrain téléphoné (et son break) ne peuvent que nous le prouver.

C’est ainsi que se déroulera l’album. Plus on avancera vers la fin, plus Engel s’enfoncera dans une sorte de simplicité extrême. Si « Cash King » se démarquera par quelques sonorités sombres et une introduction à la batterie ravageuse, le fait que le son devienne très synthétique et que le côté catchy prédomine de plus en plus de fausses envolées violentes (vocalement et musicalement) laisse un goût amer. Car si sur un titre, cela passe agréablement, force est de reconnaître que le groupe va mettre cette recette à contribution de nombreuses fois sur cet opus.

« Blood of Saints » (dont le refrain est déjà entendu des millions de fois, dommage car la rythmique écrasante est efficace), « Drama Queen », « In Darkness » et « Journey’s End » sont TOUTES identiques. Quelques vagues touches Death Mélodique plus ou moins appuyées, de l’électro-dubstep pour diversifier le tout, des refrains catchy mémorisables en moins de temps qu’il n’en faut, quelques piètres envolées dans des passages plus calmes, mais pas franchement intéressants. La différence avec les albums précédents vient surtout que les riffs sont nettement moins tranchants et accrocheurs que par le passé, ce qui aura tendance à en ennuyer plus d’un, car aucun de ces titres n’est vraiment indispensable.

Reste malgré tout un petit panel de titres qui se démarquent efficacement. « Frontline » par exemple, sans fioritures, Engel nous délivre un titre brut, direct, le chant hurlé de Mangan explose de toute sa puissance et le solo enfonce le clou. Un bon titre de Death Mélodique. « Feel Afraid » reste dans la veine du titre de qualité tout en insistant sur le chant clair, qui se veut poussif et presque épuisé avant de se révéler très agréable sur ses courts refrains. Le rythme constant de la musique ne gêne aucunement ici. « One Good Things » est lui aussi un morceau finalement assez agréable, sans plus. « Numb » est aussi un bon moment, rapide et massif, sonnant même un peu Metalcore sur l’ensemble, tout en gardant une certaine classe et une belle efficacité.

« Blood of Saints » est donc un album difficile à réellement juger… S’il n’y a rien à dire sur la propreté et la formidable production de cet opus, il laisse un gros goût amer… Comme un goût d’inachevé ou de sur-facilité, ce disque aurait mérité davantage de travail, ou du moins d’être amputé de plusieurs titres (voire simplement en raccourcir certains). Engel nous offre un disque sympathique au premier abord, mais qui risque fort de finir au placard en moins de temps qu’il n’en faut.

mai 30th, 2012

Comme un signe, c’est l’année de ma naissance qu’OOMPH sort son premier album. Quelques jours après la cuisante déception que m’a apportée « Des Wahnsinns Fette Beute », je décide de m’envoyer un par un la discographie de ce groupe devenu géant à la suite de « Wahrheit Oder Pflicht ». Un géant qui s’est peu à peu perdu dans les méandres de la soupe commerciale…

La première étape de ce voyage m’amène ainsi excessivement loin. Bien avant le coup d’éclat de Rammstein avec son « Herzeleid », le trio de Wulfsburg propulse son premier album, sobrement baptisé « Oomph! » est donc sorti en 1992. Pour écouter cet album dans les meilleures conditions qui soient, il est nécessaire de tout effacer de votre mémoire. Hors de question de garder en tête le Metal Industriel Noir (pour la période 1994-1998) ou Lumineux (depuis 1999). Sur « Oomph! », tout est synthétique au possible, inutile de compter sur l’apport des guitares, qui sont elles-mêmes extrêmement rares et torturées comme rarement.

Sur ce tout premier jet, Oomph nous fera partager un univers sec, noir, profondément dégueulasse et poisseux. Au travers de la voix déraillée de Dero, la musique ne ressortira qu’électronique, à fréquence de l’EBM classique de cette époque et à forte influence de New-Wave poisseuse. On ressort parfois des sonorités presque disco (« Der Neue Gott »), digne des gros films d’horreur des 90’s (« Breathe », « Wir Leben »), des samples qui amènent à cet univers gothique et sombre si cher au groupe par le passé (« Under Pressure »).

Parfois, la guitare fait de timides apparitions, comme pour délivrer des riffs d’une incroyable monotonie angoissante (« Purple Skin », bien compensé par ses samples), des riffs presque Heavy (« Ich Bin Due ») ou même dans une veine plus Hard-Rock, presque joyeuse (« Gleichschritt »), dans des accords rapides et hypnotisants (« No Heart No Pain »), et évidemment dans des accords monocordes et accordés très grave (« Me Inside You »). J’ignore si la batterie est réelle ou simplement une boîte à rythmes. Reste toutefois à dire que sur « Purple Skin », elle ressort presque naturelle. Pour les autres morceaux, le manque de profondeurs des frappes laisse à penser qu’une boîte s’en occupe à la place d’un musicien. Reste malgré tout son rythme sourd et puissant qui maintient une efficacité accrue.

Mais Oomph n’est pas Oomph sans Dero. Le chanteur livre une prestation à des kilomètres de sa voix calibrée d’aujourd’hui. Son chant est dégueulasse, hargneux, profondément malsain, pervers et violent. Des hurlements sauvages (« Breathe »), angoissant (« Gleichschritt »), extrêmement grave (« Mein Herz », « Me Inside You »). Même quand sa voix paraît plus calme, on sent une tension incroyable dans ses vocalises (« Der Neue Gott », vite rattrapé par quelques cris, « No Heart No Pain » et son introduction sur une voix presque fatiguée). Inutile de chercher le moindre aspect mélodique.

« Oomph! » est un album froid, crade, extrêmement difficile d’accès par son côté « New-Wave » plutôt brutal et carrément gelé. Le son est sec, moche, l’ensemble est violent et complètement glauque. Mais il est là le vrai Oomph, lorsque Dero, Crap et Flux vont persévérer sur cette voie, bercé par une musique noire, perverse, sombre jusqu’à accoucher de la perfection six ans plus tard : « Unrein ».

mai 28th, 2012

Il fut un temps où Oomph était prophète d’une nouvelle façon de jouer de la musique industrielle. Atmosphère malsaine (« Oomph! » en 1992, « Sperm » en 1994, « Defekt » en 1995), violente et haineuse (« Wunschkind » en 1996) et même carrément noire et glauque (« Unrein » en 1998). Même quand le groupe a calmé le jeu en quittant l’industriel noir et violent pour passer à une musique bien plus atmosphérique (« Plastik » en 1999) ou rock (« Ego » en 2001), le talent était toujours présent. Même la reconnaissance mondiale tardive (« Wahrheit Oder Pflicht » et son hit « Augen Auf » en 2004 suivi de « GlaubeLiebeTod » en 2006) n’a jamais détourné le groupe de sa musique de qualité, toujours classe et recherché.

Mais certains l’avaient déjà aperçu sur « Monster » (2008). Le groupe, au milieu de titres remarquables, n’avait pas pu s’empêcher d’incruster des relents pop assez désagréables, mais finalement pas trop importants au vu de la musicalité globale, quand même bien réussie. Puis le best-of « Truth of Dare » en 2010 avait déjà laissé un grand froid. Pourquoi avoir décidé subitement d’enregistrer les classiques du groupe en anglais ? C’est justement la langue de Goethe qui donne tout son charme à la musique du trio !

Mais revenons en arrière. Revenons à l’origine de ce qu’est le groupe que beaucoup ont injustement accusé de recopier Rammstein. Le succès des six gars de Berlin est arrivé bien plus rapidement que pour le trio de Wolfsburg, mais l’ancienneté penche du côté de Dero, Flux et Crap. Car oui, c’est Rammstein qui s’est inspiré d’Oomph et non l’inverse. Le principal point commun entre les deux groupes tient ainsi à leur incroyable longévité. Malgré les coups durs, Dero (chant et batterie), Flux (guitare et claviers) et Crap (guitare et basse) ont toujours avancé ensemble, prenant conjointement les différentes orientations du groupe.

Ainsi, la force principale du trio fut de balancer un nombre important d’albums sans vraiment de temps-mort depuis 1989. Dix albums de qualité, quelques en soi le genre. Voilà ainsi quatre ans que l’on attendait une nouvelle offrande du groupe. La dernière fois que l’attente fut si longue, c’était après la sortie d’ « Ego » et le groupe avait accouché de l’excellent « Wahrheit Oder Pflicht ». Mais « Ego » était aussi très bon. Or pour en revenir à aujourd’hui, « Monster » a laissé bien trop d’interrogation… et quatre ans plus tard, le groupe sort « Des Wahnsinns Fette Beute ». Et je ne sais pas par où commencer…

Ah si. Je suis déçu. Terriblement déçu d’un groupe qui m’a fait découvrir la musique industrielle, d’un groupe que je tenais en haute estime, qui semblait incapable de décevoir son auditeur. Mais voilà, tôt ou tard, n’importe quel groupe plonge tête la première dans le « easy-listening » de mauvais goût et « Des Wahnsinns Fette Beute » et de ceux-ci. Cet album est un étron, une insulte à la carrière du trio teuton.

Quatorze titres. Ô joie, me diriez-vous. En temps normal, oui. Mais là, non. C’est long… Très long… Trop long et quel ennui ! On a beau dire que Oomph ne surprend plus personne, j’ai envie de dire que c’est faux. Ici, vous serez (désagréablement…) surpris par la nullité ambiante de la … Musique ? Je ne sais même pas si on peut appeler cela comme ça… Le groupe s’est tourné vers une incroyable facilitée et chaque titre de ce disque se ressemblera désagréablement. Le son est synthétique au possible, les guitares sont désagréablement saturées et leurs sons est dégueulasse, la batterie (boîte à rythme ?) sonne terriblement fausse. Alors oui, le groupe nous avait évidemment habitués à des sonorités de batteries très électroniques, mais sans oublier parfois de nous rappeler à la vraie puissance de cet instrument. Mais ici, rien n’y fait. C’est du « poum scratch poum scratch » pendant une heure. Infect.

Le pire dans ce disque, c’est que quelques arrangements semblent sympathiques. Ces mélodies quasiment jazz-dance de « Zwei Schritte Vor » partent volontiers d’une bonne idée mais l’ensemble est extrêmement plat et d’une facilité nauséeuse. Globalement, c’est quand même une grosse pop vulgairement commerciale qui sortira des (faibles) compositions de ce disque. Pêle-mêle, on sortira « Kosmonaut » au riff plat, au synthé digne des tubes de David Guetta et à la voix monocorde de Dero. Cela fait bien longtemps que ces envolées vocales ne transportent plus personne… Il y a ensuite la ballade de l’album, « Regen ». Mais même sur ces ballades, le groupe se plante lamentablement. Celle-ci n’est qu’un vulgaire copier-coller de ce que le groupe a fait par le passé. Et au fait ! Dero avait promis un retour des violons, d’orchestration et tout cela ! Eh bien oui, c’est de retour, mais uniquement sur ce titre. Et inutile de dire tout le côté pathétique que prend la chose…

J’ai cité ci-dessus le maître de l’électro prise de tête, ennuyant et répétitif qu’est David Guetta. C’est malheureusement l’exemple le plus probant pour décrire l’électro-pop dans laquelle s’embourbe le groupe les deux pieds en avant jusqu’à ce retrouvé totalement enseveli ! « Such Mich Find Mich » et son beat digne des meilleurs platine Playskool, « Bis Der Spiegel Zerbicht » et sa fausse mélodie téléphonée à vingt kilomètres, sortes de mauvais remix de l’époque « Plastik », « Deine Eltern » et sa musique de jeux vidéo 8-bits. Mais il n’y a pas que de l’électro de Game Boy, il y a aussi les « Bonobo » ! S’ouvrant sur des cris de singes, il en demeure bien l’un des titres les plus ridicules de cet album. Dero garde un rythme de chant affreusement linéaire sur tout le titre, même sur les refrains dont la musique fait affreusement penser au groupe Néo Metal basique et ses sonorités de DJ.

Et puis c’est de pire en pire… du Simple Plan sur « Komm Zurück », un mélange vague-accordéon ridicule au possible avec « Seemannsrose », tentant desesperement de reproduire le même effet que « In Deinen Hüften » (album « Monster ») avec un Dero roulant ses « r » à la manière de Till. Till a la classe quand il le fait… Ici, ça fait seulement une sorte de mauvaise reprise de « Hisse et oh ». Aucun commentaire ne sera fait sur la fausse tentative de sensualité du chant ennuyant de Dero avec « Aus Meiner Haut ». Dommage, car c’est avec ce morceau que Crap et Flux nous montrent que oui, ils ont participé à cet album. Quelques sonorités plus rock font leurs apparitions… Quelques…

Finalement, deux titres à retenir pour leurs côtés moins ridicules que les autres. L’introduction « Unzerstörbar ». Ici seulement, on retrouvera un Oomph qui n’est désormais plus que l’ombre de lui-même avec ces guitares saturées, rythmées, tranchante, ce chant d’une efficacité redoutable, entre hurlements de grande classe et chant entraînant au possible. « Unendich », morceau de conclusion, s’ouvre sur des sonorités faisant vaguement penser à « Unrein » avant de se faire rattraper par un riff lent, peut-être de vagues inspirations Doom (vague…). Ce morceau se sépare du reste de par son caractère très lent, calme, sans artifices, uniquement un chant agréable et des refrains parfaitement émotionnels, comme le groupe sait (ou savait) si bien les faire…

Mais il me reste un coup de gueule à passer. « Kleinstadtboy ». Les accords de guitares et de synthé ne vous tromperont pas. Il s’agit bien de la reprise la plus insultante et la plus ridicule qu’il existe désormais du hit « Smalltown Boy » du groupe de New-Wave britannique Bronski Beat. Là où l’original se veut mélancolique par la voix suraigu de Jimmy Somerville, cette reprise se veut plus festive avec le chant de Dero. Au final, ce que nous avons ici se rapproche bien plus du massacre qu’autre chose, ou comment transformer un titre émouvant en une reprise digne des remixe électro des années 80 en un peu plus « dur ». Ridicule et fortement dispensable (pour une reprise de qualité, tournez-vous vers celle de Sidilarsen, qui conserve intact l’émotion initiale tout en y apposant une dureté très intéressante).

Dispensable comme cet album d’ailleurs, éloignant le groupe (ou Dero, étant donné que Crap et Flux sont quasiment invisibles ici…) à des milliers de lieux de ses origines industrielles pour le faire rentrer de pleins pieds dans une variété-pop de très mauvais goût. Oomph accuse sérieusement le coup… Le trio semble s’éloigner dangereusement de ces bases pour ne parler qu’à la masse populaire désormais. Mais ça n’est pas possible… Oomph ne peut pas sortir un étron comme celui-là. Ou alors peut-être n’est-ce qu’une récréation ? Au fond, le groupe doit savoir que ce disque ne peut que les amener six pieds sous terre et ruiner presque vingt-cinq ans de carrière incroyable en un seul album.

Oomph est-il est tellement désespéré pour se dire qu’il n’a plus rien à perdre ? Est-ce un album suicidaire ou simplement je-m’en-foutiste complet ? Seul l’avenir nous le dira, désormais…

mai 15th, 2012

Mis à part les frasques des groupes plus ou moins NSBM comme Kristallnacht ou Blessed In Sin, la scène Toulonnaise a pu aussi compter sur l’apport de groupe tel que Fis(ch)er (membre du collectif Coriace avec entre autres Eths, Babylon Pression ou Tripod) pour diversifier une scène finalement assez riche, bien que le succès ne soit pas foncièrement au rendez-vous.

Anael (aussi orthographié A.N.A.3.L) est un groupe qui sévit depuis déjà une dizaine d’années, rythmant à coups de démo un style qu’il se façonne, sur des bases diverses comme des inspirations Death ou Black. Mais le cœur de la musique des Toulonnais reste un grand côté industriel. Le mini-album « Page 04 » a déjà réussi à proposer une facette très reluisante du groupe, proposant une musique variant facilement entre brutalités et moments de calme. Et il aura fallu huit ans et l’année 2010 pour enfin y voir un successeur avec « Re-v3rse ». Avec une musique désirant véhiculer un important message positif et spirituel (Anael signifie “Dieu a répondu” en hébreu) ainsi que le grand Tue Madsen à la production (Aborted, Dagoba, Dark Tranquillity ou encore Moonspell ) et Mr. Begnis à l’enregistrement (Eths, Tripod…) dans l’Electric Studio, on sent que cette longue attente ne peut qu’être bénéfique pour le quatuor Varois.

Les caractères hébraïques lorgnant le bas de la pochette ont tôt fait d’inspirer un côté assez oriental à la musique, chose qui se retrouvera dès le titre introducteur « Ananda ». Une introduction en coup sec de batterie et beat électro emmené par la voix reposante de Oilid Djelassi vite rattrapé par des guitares plus martiales, plus sèche, plus dur et un chant pour le coup plus agressif vite rattrapé par des accords légèrement arabisants. C’est sur les refrains de ce titre que le groupe démontrera un potentiel certain a assuré des parties plus atmosphériques, essentiellement avec le chant très varié d’Oilid, capable comme ici de se faire chaud et reposant. Le chant clair sera ici maître puisqu’on le retrouvera très souvent, mais cela n’est pas dérangeant, car le timbre de voix est très agréable. Sur « Too Blind » également, les claviers arabisants et les guitares très lentes et planantes continues d’imposer une rythmique très orientale. Le chant est ici incroyablement lent et planant, entre le simple parler et le chuchoter. Une véritable invitation au voyage, même quand les guitares se font plus agressives, comme un voyage plus tourmenté. Anael maîtrise parfaitement son sujet, rien n’est en trop, les sensations d’ailleurs sont palpables et très agréables.

Mais Anael reste un groupe de Metal Industriel avant tout et des titres comme « No Sense » sont là pour nous le rappeler. La rythmique est plus violente, les lignes de guitares plus martiales et répétitives. Le chant d’Oilid rappelle d’ailleurs un peu celui de Dero dans l’Oomph des débuts, surtout sur les parties hurlées des refrains. Un titre simple, mais extrêmement efficace. Son solo court mais puissant est un grand moment également. « Welcome to New World » est du même acabit, l’électro est omniprésent ici, bercé par des guitares un peu basées sur le « vieux » Rammstein et le chant agressif d’Oilid, toujours un peu ressemblant à Dero d’ailleurs, même sur les courts hurlements. Le passage de la batterie en double pédale nous démontrent les variations de jeu dont est capable le groupe.

Mais les Toulonnais ne se contentent pas de s’inspirer de la scène industrielle et sont capables de grandes inspirations comme sur « My Dark Passenger ». Les guitaristes nous démontrent une grande maîtrise de leur jeu, variant des riffs plus droits et agressifs avec des passages haché et plus rapides, tout comme le chant qui explorera divers horizons, passant facilement du parler au hurler et même au chant standard parfois, les diverses coupures électro se chargeront d’établir les différentes séparations du morceau. « 0v3r » apportera des sonorités très lourdes également, toujours basé sur des riffs en répétitions et martiales sur leurs déroulements sur les couplets et le retour à des guitares plus étirées et atmosphériques sur les refrains, bien bercé par le chant poignant d’Oilid. Certaines transitions seront tout de même assez étranges, un peu déplacé pour permuter de l’agressif à la « douceur ». La courte démonstration de batterie qui précède la partie la plus lourde du morceau reste, elle, très agréable. Les musicos maîtrisent parfaitement leurs instruments et on ne peut qu’applaudir. La basse se fera enfin sentir sur le long passage instrumental du milieu d’ailleurs, elle qui sera plutôt absente sur cet album. Sa suite « …and the Angels » se montrera très efficace, s’introduisant sur les petites tapes d’un petit tambourin avant de laisser libres court à des riffs très différents, légèrement heavy dans le ton avant de démarrer un morceau purement furieux. Le chant sera hargneux, la batterie extrêmement rapide avant de laisser une nouvelle fois un côté magnifique et très ambiant sur le refrain ou le chant d’Oilid sera étrangement planant et émotionnel. Un pur moment. Et que dire du jeu des guitaristes ? Extrêmement efficace de variété et de maîtrise. Sans doute le meilleur morceau de cet album. Morceau bien conclut par une longue plage ambiante uniquement avec la guitare et quelques accords de synthé, ni plus ni moins.

Le morceau de conclusion « Thyresias » termine l’album en beauté avec un titre rempli d’une sensibilité certaine sur ces longs riffs s’étirant en longueur et sur les couplets furieusement chantés puis chuchotés. La base principale sera un électro assez saturé, moyennement agréable. La guitare toutefois prendra vite le dessus, alors on ne chipotera pas dessus. Le chant sera encore une fois très varié, tout comme le jeu des musiciens, toujours entre plages atmosphériques et riff plus saccadé et violents.

« Re-v3rse » est un bon album. Mais il est beaucoup trop court pour être un très bon album, huit titres pour seulement une demi-heure de musique, après huit ans d’attente, on était quand même en droit d’attendre quelque chose de plus consistant. Ici, la sauce prend, la musique d’Anael nous fait voyager d’une belle manière ! Mais au final, on a un peu la même sensation que le train des mines de Disneyland : beaucoup d’attente pour une attraction extrêmement courte. Et pourtant, la musique du quatuor de Toulon fait mouche, extrêmement recherchée, chaque ambiance est vraiment travaillée et distille une atmosphère qu’on a plaisir à explorer. Mais avec deux ou trois titres en plus, cela aurait été parfait.