octobre 9th, 2013

Dimitree : Nine LivesLa scène Toulousaine, l’une des plus riches de France assurément, tiens sa longévité et sa réussite de ses associations de musiciens. Des caméléons n’hésitant aucunement à se mélanger, à vadrouiller d’un groupe à l’autre. Créer et modeler un enchevêtrement de nouvelles inspirations et ambiances semblent parfois si faciles. Dimitree ne déroge pas à la règle et propose une association de cinq musiciens ayant et opérant toujours pour la plupart parmi une solide base de groupe s’orientant dans la musique extrême (au sens vaste du terme).

« Nine Lives ». Neuf vies. L’être vivant que l’on dit régulièrement posséder autant de vie n’est autre que le chat. Remontant aux croyances égyptiennes, dont le peuple fut le premier à domestiquer ces félins, ils étaient très étonné de la résistance des chats (l’animal retombe toujours sur ces pattes lors d’une chute), si bien que les Égyptiens pensèrent ainsi que le chat possédait donc neuf vies, neuf étant un chiffre étrange qui pourrait porter bonheur. Un joli conte accorde aussi que ce serait la déesse Shiva qui aurait donné neuf vies à un chat s’étant endormi au chiffre neuf en voulant lui montrer qu’il savait compter jusqu’à l’infini. Mais là n’est pas le sujet…

Plebeian Grandstand, Zubrowska, Senor Flores… Autant de maîtres de la délicatesse pour former ensemble Dimitree (venant de DMT, substance hallucinogène ouvrant de nombreuses portes de notre subconscient). Mais pour nous, les neuf vies et le DMT ne seront que propice à nous faire pénétrer dans monde entouré d’une aura mystique et spatiale …

Spatiale autant que « Jonah ». Douceur et envolée atmosphérique. Un gros côté Post-Rock à la Explosions In The Sky sortira de cette belle pièce d’introduction. Mais si la délicatesse des guitares n’aura de cesse de nous émerveiller, nous ne pourrons faire l’impasse sur l’épais duo basse-batterie, annonciateur de la suite de l’opus.

Car nos cinq musiciens se sont spécialisés dans une musique plus extrême et « Psema » nous fera bien vite remettre les pieds sur terre. La maîtrise musicale est là, difficile de décrire ce que l’on écoute. Du Metalcore ? Du Death ? Du Black ? Tout va vite, les plans s’enchaînent, devenant Mathcore à certains moments, mais n’oubliant jamais l’importante place de l’atmosphérique dans les compositions au travers d’un chant hurlé avec haine et émotion, s’autorisant de bref passage parlé avec peur et étouffement. « Nine Lives »-titre nous livre le même compte rendu de l’hécatombe musicale qui s’abat sur nous. Des chœurs noirs de menace, des cris remplis de haines, une sensation d’écrasement totale pour une rythmique guitare-batterie folle de vitesse et un break d’une lourdeur épuisante.

Mélanger atmosphère brutale avec une autre atmosphère brutale. « Ultraviolet » et la présence de Mathieu Noges (Eryn Non Dae). La brutalité y est étouffante, écrasante, mais larmoyante. Le duo de voix entre les deux amis fonctionne à merveille sur une rythmique parfois proche de ce que Mathieu fait avec Eryn Non Dae, les plans de guitare, aussi bien lourd que plus mélodique dans leur puissance, puisent dans notre être pour en faire ressortir toutes la haine et la violence, comme sur cette soudaine accélération finale.

Il est important de faire respirer l’auditeur, Dimitree le sait. « Astral » nous propose ainsi une mélodie cristalline et délicate pour accompagner un récit prononcé d’une voix à la fois calme et émouvante, mélancolique. « Mithra » est différente. Sans non plus pouvoir nommer cela une ballade, Dimitree parvient à apposer son ambiance si noire et funeste dans une composition magnifiée par son calme ambiant, porté par une basse sublime de rondeur. Un Post-Rock à la fois délicat et lourd, trouvant sa beauté dans les hurlements de chagrin de Stephen.

Dimitree démontre l’étendue de son art dans un « Black Hole » en forme de synthèse parfaite. Longue sur son déroulement, elle pousse la folie de Stephen à son paroxysme, sa voix se désincarnant de plus en plus jusqu’à nous mettre mal à l’aise pour finalement nous pousser à hurler notre haine avec lui. Les multiples coupures et changement de rythme permettront à chaque musicien de nous montrer leurs différentes facettes, que ça soit pour une basse étouffante sur le break, une double pédale martelant ses caisses avec férocité ou des guitaristes aussi à l’aise pour apposer des ambiances étouffantes que faussement libératrices.

Beaucoup d’idées. Beaucoup de variation. Dimitree ne révolutionne pas la musique atmosphérique (dans le sens vaste du terme), mais y appose une pierre vraiment très intéressante. Dans un univers vibrant et pénétrant, les Toulousains jouent, ne se posent pas de questions, livrant un disque très riche, du Post-Rock au Black, de l’Ambiant au Metalcore. « Nine Lives » est un album intense et cohérent, qui demandera sans doute une période de compréhension.

NB

mai 28th, 2012

Le split-album est une galette à double tranchant. Pour certains, il ne sert qu’à coller son nom à un autre, peut-être plus connu, pour attirer les regards. Pour d’autres, il s’agit avant tout de s’entraider avec un autre groupe devenu progressivement un complice. Pour Another Moon et Sick Sad World, c’est plutôt vers le deuxième point que l’on se tournerait. « Ruins of a Forgotten World » n’est nul autre qu’un projet commun, se basant sur un plan commun : une musique longue et très mélancolique.

Another Moon est un one-man band, Sébastien Lombard en est donc l’unique membre. Déjà deux démos à son actif (Welcome to Another Moon en 2007 et Rebirth of a Dead World en 2008) et une présence sur la compilation Falling Down (2008) aux côtés des perles du Post-Core (dans un sens général). Sick Sad World est un groupe nantais, lorgnant du côté d’un Post-Hardcore plus traditionnel avec alternance de chants clairs et hurlés sur une base musicale oscillant entre moments de calme et d’autres plus saturés. Autant dire que la musique des deux groupes se rejoint sur quelques points. La principale différence étant qu’Another Moon est entièrement instrumental alors que Sick Sad World mise beaucoup sur le chant de Julien « Judas » Daden.

C’est donc Sébastien « Another Moon » Lombard qui ouvre les hostilités avec « There Will Be No Sunshine Anymore ». D’emblée, on reconnaît sa patte dans le déroulement de ce titre introducteur. L’intro est très ambiante, douce. L’effet est euphorisant autant qu’écrasant dans ce merveilleux alliage de sonorités atmosphériques à laquelle se couplent la lourdeur et la puissance des instruments, la guitare aux avant-postes. Si le morceau n’a en soi pas grand-chose d’original, on se laisse vite absorber par les riffs sombres et très étirés du musicien, alternant avec brio sa force de jeu et nous ouvrant en grand une porte sur son monde ravagé, à l’image de la belle pochette. « The End of All Things » part un peu sur le même schéma tout en insistant davantage sur la facette « calme » d’Another Moon. Pendant un très long moment, c’est le synthé qui définira le rythme avant de laisser une batterie excessivement lente et oppressante prendre le dessus. La guitare sortira quelques discrètes notes en arrière-plan. Plus le titre avance, plus le musicien fait pleurer les cordes de ses guitares pour un très long passage émotionnel de toute beauté. Le titre se construit doucement, mais sûrement, on apprécie cette lenteur si reposante dans sa tristesse. Même quand la chanson se fait plus agressive, la guitare n’oublie pas de rester très atmosphérique et prenante.

C’est sur le titre éponyme « Ruins of a Forgotten World » que les deux groupes se rejoindront légèrement. En effet, Julien, chanteur de Sick Sad World, poussera la voix sur ce titre. Et là, ça coince… L’instrumentation est toujours fabuleuse, débutant de façon très agressive, les riffs sont secs et tranchants, le passage plus ambiant est parfaitement fait, rempli d’émotion, idem pour la conclusion plus rentre-dedans toujours en émotions. Mais Julien me bloque… Son chant ne correspond pas vraiment à la philosophie de jeu d’Another Moon, son chant clair est fade, ses screams sont extrêmement douloureux pour l’oreille tant ceux-ci sont faux et poussifs. Une drôle d’association… Mi-figue, mi-raisin.

Sick Sad World rentre en piste. La musique du combo nantais est à la fois différente mais également proche d’Another Moon. Le son est puissant, même si la batterie manque nettement de profondeur, les guitares distillent une très belle atmosphère, sombre et légèrement mélancolique. Mais le chant de Julien est là encore difficile à appréhender. Sur une alternance claire larmoyante et hurlée avec une grosse voix bien enrouée, ses vocaux sont très rapidement insupportables… Julien n’hésitant même pas à tenter divers délires comme un chant presque étouffé, d’autres moments où il ne fait que parler et enfin des millisecondes où il rigole… Et c’est vraiment dommage, car en écoutant les instruments, on se rend vite compte que les musicos en ont sous le capot. Les guitares, sans être impressionnantes de technique, se révéleront suffisamment variées et aériennes dans les moments judicieux, le batteur joue intelligemment, sans surplus, et la basse ressort dans les bons moments, apportant une profondeur sympathique au morceau.

Du point de vue de l’ambiance globale des morceaux, tous sont relativement similaires. Les morceaux sont très travaillés, les envolées bien maîtrisées et les atmosphères plaisantes, parfois complètement frigorifiant ou voire même assez glauques. Mais globalement, les morceaux suivent le même schéma même si le tout se révèle tout de même très varié, tantôt assez Hardcore, parfois très atmosphérique, presque acoustique à des moments… Malheureusement pour ces titres en apparence sympathiques, le chant de Julien sera à l’appréciation de chacun, personnellement, je l’ai trouvé complètement à côté sur chacune de ses interventions quasiment, toujours à vouloir en faire trop. Du point de vue des voix, seul « Just Break » s’en sort honorablement, le chanteur semblant bien mieux dans ses baskets, certaines lignes de chant étant ainsi férocement agréables même si l’ensemble peinera à convaincre…

En parlant de la voix, je ne ferai pas de commentaire sur la prononciation anglaise, qui peine à convaincre également. Du point de vue musical, le chaos est là, avec une guitare pour le rythme global et l’autre pour les riffs étirés. Tantôt violent, rapide, hargneux ; tantôt délicat, atmosphérique, émotionnel. Et souvent très téléphoné.

Ce split album est donc une réussite, sans plus. La performance très efficace des deux groupes est malheureusement bien gâchée par le peu de capacités de Julien. Le chanteur ne possède pas une voix désagréable en soi (la preuve lorsqu’il se contente du nécessaire sur « Just Break ») mais il gâche tout bonnement ses lignes de voix à force de trop vouloir en faire. Et quatre titres sur six, ça fait quand même beaucoup. Je ne noterai pas ce disque, Another Moon et Sick Sad World n’ont pas à avoir leurs performances occultées par tous les ratés du vocaliste. Pour les adorateurs de musiques atmosphériques et de Post-Core instrumental, ce disque devrait vous convenir, on y retrouve musicalement ce qui se fait de mieux dans le milieu.

mai 26th, 2012

A Day to Remember est bien l’un de ces groupes que l’on adore détester. Mais que l’on aime ou non, on ne peut que reconnaître l’énorme succès que le groupe engendre, partout où il passe. Quatrième album qui a la lourde tâche de succéder au bien relevé « Homesick » qui a lui-même su suivre les deux bombes qu’avaient créées « And their Name Was Treason » et « For Those Who Have Heart ».

Tout n’était pas gagné pour le groupe lors de la sortie du premier album. Leur savant mélange (entre autres) Pop-Hardcore-Punk était raillé de tous les côtés. Inutile de dire que si le groupe était issu des contrées françaises, il aurait bien eu du mal à percer. Mais aux Etats-Unis, ce genre de groupe est à la mode et les performances d’A Day to Remember ont bien aidé à sauver le label Victory Records.

« What Separates Me from You » n’a pas vraiment était composé dans les meilleures conditions qui soient. Depuis « Homesick », le groupe n’a quasiment pas cessé d’écumer les planches de concert, sans doute pas le meilleur moyen d’enregistrer et de construire avec une bonne inspiration. En France, AqME avait tenté l’expérience d’enregistrer « La Fin des Temps » en express pendant la tournée de « Polaroids & Pornographie ». Résultat : « La Fin des Temps » s’est complètement planté. Verdict pour A Day to Remember ?

Je le dis dès le début : les adeptes des mosh-part et des vocaux hurlés seront déçus, car ceux-ci sont en très larges minorités. Le chant clair et le Punk-Pop ensoleillé ont pris le pas et le tout reste très désagréable à l’oreille tant le manque d’inspirations du groupe semble évident. Pourtant, tout commence vraiment bien, « Sticks & Bricks » s’ouvre sur un growl sauvage et intense vite rattrapé par la violence des guitares et la très bonne vitesse et précision de la batterie. Et puis on retrouve vite les marques du Metalcore basique avec ce refrain hyper catchy et popisant à apprécier au goût de chacun.

Ce qui risque également de surprendre dans cet album est la curieuse disposition de la track-list. C’est très étrange de passer du ultra-tubesque « This Is the House That Doubt Built » qui réunis en une piste tous les clichés du groupe basique (intro acoustique + pop entendus mille fois au refrain et break ennuyant au possible avec ce mauvais côté Blink 182) et d’enchaîner directement avec la courte, mais brutale, « 2nd Sucks », deux minutes et demi d’une violence jouissive sans aucune trace d’un quelconque chant clair. Un titre à même de retourner tout une salle de concert par son explosivité. Même remarque (mais en pire) pour le tube à même de faire mouiller les petites écolières toutes baveuses sur la pompeuse « All Signs Point to Lauderdale », entre fausse demi-larme sur les mauvaises envolées émotives des couplets et l’image de la bande de jeunes qui se dandinent sur la plage que nous apportent les refrains et qui se fait suivre par « You Be Tails, I’ll Be Sonic » entre rapidité accrue et puissance à tous les niveaux (et même les refrains sont vraiment entrainants, bien que le chant clair soit toujours autant catchy).

Mais mis à part trois titres purement Punk-Hardcore, l’ensemble de l’album tournera sur une très désagréable facilité de très mauvais goût. Ce ne sont pas des titres presque Pop comme « Better Off This Way » et ses refrains d’une débilité absolue que les rares hurlements ne parviendront pas à rattraper qui me contrediront. Néanmoins, même sans se faire violence, le groupe nous propose quand même des titres agréables comme « Out of Time ». Ici non plus, l’originalité ne brille pas, mais force est de reconnaître qu’il y a quelque chose de bien sympathique sur ces guitares bien maniées et ce chant bien entraînant. Néanmoins, inutile de citer le « It’s Complicated » faisant nettement penser à un Simple Plan ou un « If I Leave » bien trop sucrée pour être naturelle.

Pour relativiser, on peut toujours retenir la production, toujours clean et efficace malgré tout, un Jeremy McKinnon qui a toujours la pêche malgré son absence de vocaux rageurs comme on aime, des gratteux bien présents et qui manient leurs manches avec efficacités malgré le peu d’inspirations de leurs musiques et enfin un batteur qui assure ses parties d’une bien belle manière. Et puis on peut toujours se rassurer en se disant que ce disque ne dure qu’à peine plus d’une demi-heure…

À l’image du clip de « All I Want » et de sa pléiade de star coreuse et pop, l’album n’aura aucun mal à trouver son public. Mais voilà, reste que malgré trois titres rappelant le bon vieux A Day to Remember et quelques bribes de bonnes idées trop mal exploités, cet album est cruellement et salement mielleux et culcul. Un virage de style extrêmement dangereux que le groupe a semble-t-il composer beaucoup trop vite.

mai 1st, 2012

Il y a eu quelques titres mis sur un célèbre réseau social. Il y a eu un appel de Ross Robinson. Il y a eu une rencontre avec ces « trois musiciens assis ». Il y a eu une refonte intégrale du son. Il y a eu la sortie et le succès de « Amen ». Il y a eu cet album acoustique. Il y a eu l’EP « A Red Square Sun ». Il y a eu cette annonce d’un deuxième album. Mais tout ça, ce fut après. Il est temps d’opérer un retour à l’origine.

Et l’origine, c’est 2007, quand My Own Private Alaska voit le jour. MOPA, c’est la réunion de « trois musiciens assis ». Un pianiste qui nous fait voyager le temps d’une symphonie délicieuse, un batteur qui frappe comme si la fin du monde allait avoir lieu demain et un chanteur condamné à hurler sans aucun répit. Tristan, Yohan et Matthieu forment à eux trois cette entité bouleversante, à la croisée de Will Haven et Chopin.

« My Own Private Alaska » est donc le premier jet de ce groupe atypique. Et pour ceux qui ont déjà écouté « Amen » (car « The Red Sessions » est à classer à part), il va falloir réviser votre copie. Rien ici n’est réellement comparable au premier véritable album du groupe. Tout ici n’est que chaos, bien loin de la perfection du son d’ « Amen », bien aidé par Ross Robinson. « My Own Private Alaska » est fait maison et ça se sent, le son y est sec, sombre, très noir même. Milka hurle sur quasiment tout l’album, ne s’autorisant qu’un peu de répit sur un seul titre. La batterie est nettement moins profonde, mais bien plus frappante que sur l’album. Le son est différent et ça contribue grandement à cette atmosphère chaotique si chère au trio. Les pistes sont bien plus longues que sur l’album et ici, nous avons six titres pour près de quarante minutes d’art.

Les auditeurs d’ « Amen » auront vite remarqué quatre titres. « Die for Me (if I Say Please) », « Page of a Dictionnary », « Kill Me Twice » et « I Am an Island ». Quatre ébauches. Les morceaux ont été retravaillés avec un son plus pur afin de paraître sur « Amen ». Mais ici, la pureté est symbolisée autrement. Ainsi « Die for Me (if I Say Please) » met plus de temps à s’ouvrir, le piano a ainsi plus longtemps la parole. Le jeu de Tristan est pur, sincère, mélancolique… Mais très vite, la vérité nous rattrape, la batterie claque d’un seul coup et les hurlements de Milka nous détruisent le système auditif. Peut-on faire plus violent de tristesse ? Tout le long de ces huit minutes, l’ex-Psykup (qui l’était encore à la sortie de l’album) nous bouleverse par tant de haines et de peines mélangées. Le temps de quelques secondes par-ci par-là, le chant de Milka devient très grave pour repartir ensuite vers des aigus surpuissants. « I’ll tell you how to do ». Phrase symbolisant toute la peine de Matthieu, seule phrase quasiment en chant clair le long de ce chaos ambiant. La batterie de Yohan impose une rythmique extrêmement lourde et relativement lente, alors que le piano de Tristan nous bouscule par tant de tristesse et de maîtrise, on peut voir d’ici les doigts du musicien caresser chaque note dans une symphonie d’émotions… Bien plus brutale que la version de l’album, qui mise beaucoup plus sur la peine et la détresse du chanteur. La version de l’EP semble ainsi uniquement se concentrer sur la haine de Matthieu (tout en gardant évidemment la tristesse, devenue marque de fabrique du trio). Les hurlements de conclusion sont tout simplement bouleversants alors que la double pédale « lente » de Yohan installera de nouveau cette sensation de malaise…

« Page of a Dictionnary » nous prend davantage aux tripes, à moins d’être totalement insensible… Milka hurle à s’en écorcher la voix, à s’en détruire les cordes vocales. Ce long passage où la voix de Matthieu est uniquement accompagné par la batterie lourde et rythmée de Yohan accentue encore un peu plus cette sensation étouffante. Le piano, sans être un virtuose sur ce titre, se démène pour apporter notes après notes ce désespoir qui vous mettra entièrement à nu. Milka surprendra sur la fin par des growls à fleur de peau. Effrayant… Tout comme ce soudain hurlement qui clôture ce voyage avant d’entamer le suivant. Restons en terrain connu et c’est « Kill Me Twice » qui se lance. Milka introduit seul ce morceau. Des hurlements sauvages, crus, violents qui contrastent très nettement avec la douceur et la mélancolie du piano. La batterie semble ici bien plus puissante mais également bien plus lente. Mais déjà, Milka nous offre une légère pause… Son chant devient très calme, limite chuchoté. Le chanteur apparaît terriblement fatigué et épuisé. Le calme s’étire en longueur, on redoute très vite la nouvelle explosion qui ne tarde guère à arriver. Des hurlements sortent en voix off, mais toujours accompagnés d’un chant calme. Et quand le piano recommence à se faire beaucoup plus rapide, Milka hurle à nouveau sa haine, de plus en plus fort, de plus en plus remplie de hargne. La musique est audacieuse, n’hésitant aucunement à Amener le piano vers des contrées toujours très différentes tout le long de ce morceau très évolutif. Le chant de Milka retrouvera ses growls furieux mêlés à une voix plus screamée pour un mélange des styles totalement bouleversant.

« I Am an Island ». C’est ici que l’album trouvera son apogée dans sa brutalité et dans sa haine. Jamais encore Milka n’avait offert des screams aussi puissants, jamais il n’avait vociféré sa haine d’une manière aussi violente. Sa colère nous épuise. « I Am an Island » crie-t-il. Où ai-je pu entendre un chant aussi brutal et haineux que celui-ci ? La batterie ne calme pas le jeu. Rapide, forte, elle bâtit un bunker émotionnel incroyable. Et le piano ? Bouleversant dans sa maîtrise et sa vitesse de jeu, tout en finesse, en émotions et en technique. Mais c’est encore sur ce très long break qu’il reste des choses à dire. La batterie résonne de coups brûlants, le piano explose, Tristan semble le frapper peu à peu dans une démence peu commune, uniquement accompagné par des hurlements terribles et torturés de Milka. « My Own Private Alaska » hurle-t-il. Et le tout redémarre plus doucement, le piano est grave et déprimant, la batterie frappe notre cerveau, Milka continue ses screams émotionnellement forts. On a tellement envie de l’accompagner dans le bilan déplorable que celui-ci fait de notre monde corrompu…

Il reste encore deux compositions. Deux titres pas dénués d’intérêt, bien au contraire, mais que le groupe a choisi de laisser là, à l’état de test. « Ego Zero » tire son épingle essentiellement grâce à sa mélodie de piano, profondément mélancolique et judicieusement mise en avant. Le chant de Milka y apparaît comme à son habitude, déchirant et à fleur de peau. La batterie est lourde, puissante, régulière, très dure. Les compositions regorgent de rage et de haine jetée à la gueule du monde. Et que dire de plus lorsque le chant de Milka devient intensément grave ? Le piano monte en intensité peu à peu, inquiétante mélodie qui résonne de plus en plus fort, bien accompagnée à la batterie par un Yohan en grande pompe. Il n’impose surement pas un jeu extrêmement novateur, mais ces frappes balancent une violence entièrement psychologique effarante. Mais pourquoi donc ce morceau a-t-il une fin ? Trente-deux minutes de violence, de haines, de peines, de tristesses, de mélancolies intenses. Mais tout a une fin, même les compositions les plus bouleversantes. Mais My Own Private Alaska ne partira pas comme ça. Pas avant d’avoir livré un « First Steps » terriblement triste. Pas de voix ici, pas de batterie non plus. Tristan est le maître de cette composition. Plus de sept minutes de piano. Indescriptible… C’est si beau, si émouvant. Sans venir dans la composition complexe et incompréhensible, Tristan nous amène dans un monde à part. Ailleurs, là où tout est noir, là où le bonheur n’a pas sa place, là où tout n’est que tristesse et larmes. Chaque note ne peut que nous toucher, une note pour une larme, un accord pour un sentiment… Une beauté sombre. Que jamais ça ne s’arrête. Certains ne manqueront pas de le trouver soporifique. C’est simplement la beauté de ce groupe, qui a la capacité de transporter chacun de nous dans un univers très différent.

Il fait si froid en Alaska. Il fait si sombre en Alaska. On se sent tellement seul dans notre propre Alaska. My Own Private Alaska sonne comme l’un de ces groupes capables de bouleverser tous les codes établis. Une déferlante de violence pure mélangée à une émotion et une sensibilité incroyables fait de cet EP une œuvre d’art, tout simplement. Mais My Own Private Alaska a surtout ce petit quelque chose qui vous collera à la peau, qui vous fera ressentir de nombreuses émotions. De l’indifférence pour certains, à un bouleversement émotionnel pour d’autres, chacun trouvera son mot à dire sur ce disque, résolument différent des autres.

Touchant et déchirant, laissez-vous entraîner dans les profondeurs glacées de votre propre Alaska.

mai 1st, 2012

Mélangeant avec une facilité déconcertante et une émotion sans pareil le piano, la batterie et les hurlements, My Own Private Alaska est parvenu avec seulement un EP à s’attirer les faveurs de Ross Robinson, sans doute l’un des producteurs les plus connus de l’univers Metal (Korn, Slipknot, Machine Head ainsi que le groupe de rock The Cure sont déjà passés par lui). Ainsi naquit l’album « Amen », qui permit au groupe de s’étendre bien plus loin. Peu après, « The Red Sessions » montra le groupe sous un autre jour, avec des versions acoustiques plus ou moins bien réalisées des titres d’ « Amen » ainsi qu’un titre inédit, « Red », première chanson du groupe intégralement en chant clair. « A Red Square Sun » est ainsi le premier aperçu de ce que sera probablement le second album du groupe.

D’emblée, dans les trois compositions de cet EP se démarque une : « Red ». Mais détrompez-vous, le groupe n’a pas copier-coller sa piste d’un album à un autre. L’instrumentation est globalement la même, peut-être un peu plus forte au niveau du volume et nous avons toujours ce piano joué très grave et d’une pureté sans pareil ainsi que cette batterie rapide, un peu comme des percussions, résonnante… Mais c’est Milka qui, à lui tout seul, perturbe le tout. Fini le chant clair intégral, les refrains sont puissamment hurlés de sa voix déchirée et écorchée vive. Même si on a parfois le sentiment que le chanteur abuse un peu de la corde, ses cris n’en restent pas moins bouleversants de sensibilité, de fatigue, de folie. Notamment sur l’accélération finale où il en devient terrifiant… Quant aux passages en chant clair, ils sont si débordants d’épuisement et de fatigue, mais au final très similaire à la première version… Une refonte qui n’en reste pas moins excellente et impressionnante de ce titre déjà sublime sur « The Red Sessions ».

« There Will Be No One » avait déjà était présenté quelque temps avant. Un piano épique et furieusement rapide pour introduire le tout avant de laisser une batterie toute en martèlement imposer un rythme des plus impressionnants. Le chant est un habile mélange de passages en growl, en hurlement écorché, en clair émouvant. L’ensemble est massif et puissant. On regrettera par moments des hurlements masquant légèrement le piano, mais se serait chipoté sur ce morceau, qui semble revenir à des sonorités bien plus sombres, un peu comme sur le premier EP. Le final tout en violence et frappe sèche de batterie est sublime. Tristan semble s’améliorer de plus en plus, ces compositions au piano étant déjà magnifique par le passé, elles le sont encore plus sur cet EP… Chose qui se remarque dès l’introduction de « Speak To Me ». On s’imagine déjà ses mains dansant sur les touches de son piano. Le chant de Milka y apparaît clair pour débuter, incroyablement larmoyants et bourrés d’émotions, ses hurlements, distillés intelligemment sont tout bonnement impressionnant, si sensible, si vrais… Aucun artifice ici. La tristesse se métamorphose en peine, la colère devient haine. Plus le titre avance, plus l’ambiance tombe de plus en plus dans la déchéance la plus totale et la plus brutale, Yohan se démenant comme un diable derrière ses fûts pour maintenir la noirceur ambiante de ce morceau incroyable…

« Amen » m’avait quelque peu déçu, ne retrouvant pas suffisamment la haine et les écorchements vifs que m’avaient procurés l’EP « My Own Private Alaska ». Légèrement déçu, évidemment, la qualité des compositions étant bien présente. « A Red Square Sun » me fait retrouver ses sensations incroyables qu’ « Amen » avait à mon goût trop dissipé. Cet EP fait que My Own Private Alaska me bouleverse à nouveau en plein coeur, l’attente du second album se fait de plus en plus intense à présent. My Own Private Alaska à la particularité de toucher chaque auditeur différemment, mais toujours en plein cœur.