avril 10th, 2013

« Chez vos hommes bons, il y a bien des choses qui me dégoutent … Mais leurs vertus consistent à vivre longtemps dans un misérable contentement de soi »

C’est sur ces mots forts que débutent le premier album des nouveaux venus sur la scène Screamo française, Risei. Au travers de leur première production éponyme, les cinq Bergeracois nous distillent un savant mélange de Screamo et de Post-Rock, de touches atmosphériques sur fond de samples vocaux relayés par des accords minimalistes et étouffant sur les hurlements de damnés de Nico.

Pour un premier jet, il va falloir préciser dès le départ que l’originalité n’est pas de mise. Un coup d’œil aux influences du groupe et nous notons le nom d’ « Envy ». Pas la peine d’être un immense fan du groupe japonais pour reconnaître les similitudes entre les deux groupes, que ça soit les samples ou les futs, les textures mélodiques des guitares et le déroulement même de l’album, on se rapproche un peu trop de ce qui fait le succès des Nippons. Sur la brutalité ambiante, nous pourrions retrouver quelque peu la patte d’un Cult Of Luna. Mais heureusement, Risei parvient à se sauver quelque peu.

Car là où un fan s’insurgerait de tant de copie, il faut reconnaître les qualités des Aquitains. Je ne suis pas entièrement adepte des productions dites « Do It Yourself ». Du « juste ce qu’il faut » au proprement inaudible, il n’y a qu’un pas. Pour Risei, l’effort penche tout même du côté « vert » de la balance. L’atmosphère oppressante passe relativement bien, les guitares accordées très basses contribuent grandement aux malaises ambiants, même si pour le coup, la véritable basse, elle, est très masquée. Voilà pour le premier regret, la deuxième, il s’agit de la batterie. Celle-ci est bien trop en retrait (« Opening » en est un bel exemple), plate, sans âme ni profondeurs, se contentant juste de tapes sèches et rébarbatives, ou encore étrangement distordus et produisant de laides résonances (« Life as Concept »).

« Je n’ignore pas la haine et l’envie de votre cœur, vous n’êtes pas assez grand pour connaître la haine et l’envie, soyez donc assez grand pour ne pas en avoir honte »

Le chant de Nico est, par contre, plutôt une réussite. En constant hurlements tous le long de cet album, sa voix participe au chaos ambiant avec talent. Ces hurlements de désespoir, de haine, de chagrin, tous ces sentiments ressortent efficacement de l’organe vocal du chanteur. La seule chose qui blesse, ce sont les paroles. Les textes sont une âme et l’essence même du concept de Risei, traitant de la haine et de la bêtise humaine dans un sens très large. Mais quand Nico hurle ses textes, ce n’est qu’un baragouinement difficilement audible de cris larmoyants qui en ressort, tant sa voix se retrouve en arrière-plan. Même avec les paroles sous les yeux, j’ai du mal à suivre l’intégralité du déroulement textuel des pistes. Comme toute ambiance Post-Hardcore, l’oreille finit par s’y habituer, mais c’est une barrière qu’il faudra forcer difficilement. Les textes sont pourtant intéressants, faisant l’apologie de l’Homme et de sa face la plus sombre et violente.

Mais au-delà des qualités techniques des musiciens, il est essentiel de noter que l’album est beaucoup trop long. Trop long dans le sens où les pistes sont pour la plupart de durées conséquentes (on tourne ainsi régulièrement autour des cinq-six minutes, parfois atteignant les huit) et que rien ne justifie pleinement cette débauche de longueur. En effet, les pistes sont beaucoup trop répétitives, dans leurs structures propres pour commencer, et même entre elles. On tourne ainsi entre des parties ambiantes partant sur une base quasiment toujours identiques s’enchaînant avec des parties bien lourdes (et gardant une petite patte atmosphérique à chaque instant) où les hurlements de Nico creuse le fossé dépressif de l’ambiance de Risei. Et après, la musique se calme pour laisser place à quelques samples vocaux, traitant de l’humain dans sa face la plus obscure. Et enfin, la musique remonte en intensité jusqu’à relancer une explosion quasiment similaire à la première nommée, toujours accompagnée des cris de Nico. En un paragraphe, j’ai décris quasiment la première moitié de ce disque, dont les cinq premières se suivent d’ailleurs sans vraiment d’interruptions. Il n’y a qu’à écouter la doublette « Overcome » et « Predator » pour se demander si nous sommes vraiment passés à la chanson suivante.

« L’homme est quelque chose qui doit être surmonté »

Il reste toutefois quelques fragments sur lesquelles apposés des notes positives, ce sur quoi Risei devra s’appuyer pour perdurer. Les parties de guitares ambiantes sont une réussite. L’introduction de « Predator » calme et mesuré, et son opposition calme/hurlement intéressante, le chœur ambiant de « Overcome »… « Nothing Good » est un bel exemple de démonstration de la force de frappe de Risei. Le titre est extrêmement court, et les Bretons peuvent davantage en profiter pour expédier un titre direct et brutal, servi par un ensemble de riff épique et mélodique et une basse lourde ressortant de façon très juste. Le titre « Life as Concept » est sans aucun doute la plus belle piste de cet album. Les transitions entre phases planantes et puissantes se font en toute fluidité, les riffs prennent le temps de développer des variations très intéressantes et la batterie prend le temps de résonner enfin correctement (en comparaison de sa laide introduction). Un chant clair parlé se fait entendre l’espace de quelques secondes avant de se faire relayer par des hurlements proprement viscéraux.

Proprement Post-Hardcore, « Last Breathe » peine malgré tout à convaincre, en particulier par son chant mal accordé musicalement alors que les guitares continuent de proposer des riffs intéressants, mais pas assez poussé. La batterie déploie toute sa puissance et sa vitesse, même si cela reste tout de même un peu poussif, notamment au niveau du son. « Take Care, Don’t Worry » clôture l’album sur une note presque lumineuse… Les riffs sont nettement moins étouffants alors que les cris de Nico demeurent toujours plus haineux et sombres. Risei gère mieux les répétitions sur cette piste, la structure ne variant une fois encore que très peu, mais sans ressentir ce sentiment de lourdeur que pourrait inspirer la première moitié de l’album. L’intensité du morceau monte peu à peu jusqu’à atteindre son paroxysme dans un final donnant l’espoir d’un autre avenir à l’humanité et à Risei.

Un sentiment très mitigé à l’issue de ce premier album. Le côté « copier-coller » des influences du groupe (Envy et Cult Of Luna en tête), le peu de variations et une première moitié d’album extrêmement rébarbative et répétitive auront de quoi ennuyer l’auditeur. Et si l’originalité ne sera toujours pas de mise sur la deuxième moitié, les variations bien mieux dosées et le côté progressif de la musique bien mieux exploité auront de quoi faire naître de bon espoir sur l’avenir du groupe. Un premier jet mi-figue, mi-raisin qui mérite tout de même une petite écoute, en attendant de voir de quelle manière Risei grandira pour s’affranchir de ses influences.