juin 18th, 2013

Heart Attack (FRA) : Stop PretendingLe “Revival Thrash” vit ses heures de gloire. On ne compte plus, à aujourd’hui, le nombre imposant de groupes s’évertuant à faire revivre les gloires passées (ou actuelles) des années 80. Nul doute que Heart Attack partage également cet idéalisme qui a su lancer une vague imposante de longue chevelure et de technique s’orientant encore et toujours vers une démonstration pure et simple.

Heart Attack, quatuor Cannois né en 2007. Cannes n’est certainement pas connu pour ses groupes de Metal, pourtant intéressant. Sikh avait déjà démontré par le passé que l’on pouvait faire un Metal de qualité dans une ville embourgeoisée jusqu’aux os. Pour Heart Attack, nous tournons cette fois-ci dans un registre Thrash/Groove, avec de légères incursions dans des parcelles proches du Heavy ou du Death.

Un unique EP « Lullabies for Living Dead » et de prestigieuses premières parties des groupes les plus en vue de la scène tricolore (Dagoba, Loudblast, The Arrs…) auront suffi à attirer Apathia Records. Et en ce début d’été 2013, Heart Attack passe à la vitesse supérieure pour lancer « Stop Pretending » et sa nonne chasseuse ornant sa pochette.

La rythmique est lourde. Extrêmement lourde. La production tourne probablement volontairement entre un exosquelette sonore à la fois old-school tout en respirant une onde Modern Metal qui n’est pas désagréable. Le disque, plutôt court (45 minutes), ne laisse que peu de place à des temps morts.

La batterie claque et « Stop Pretending »-titre se lance. La guitare est massive, la batterie frappe d’un tapping énergique, se lançant dans des pointes de vitesse judicieusement placés. La voix de Kevin transpire le Thrash, mais aussi le chant extrêmement grave et viril qui casse l’originalité vocale de son organe, laissant transparaître à de nombreux moments le sentiment que le chanteur se force.

Thrash oblige, les solos et les ponts instrumentaux sont nombreux. Dans un pur esprit Groove Metal, ceux-ci sont souvent très bien réalisés, dans l’esprit du titre concerné et suffisamment court pour ne pas “décontenancer” trop l’auditeur. Heart Attack maîtrise plutôt agréablement son sujet, se permettant de varier les styles avec une jolie aisance.

Parmi la dizaine de titre, nous dénombrerons deux featurings. Le premier, « Sweet Huntings » propose un duel de voix intéressante entre le groove de Kevin et les growls de Shawter (Dagoba) dans un style pouvant se rapprocher quelque peu du groupe phocéen. Ses couplets lourds et son refrain laissant place à des envolées guitaristiques sur fond de dualité chants clairs-hurlées, sans compter son break aux chœurs discutables et son atmosphère épique bien assumée et intéressante. Deuxième featuring, la brève « 1902 » ou la sauvagerie vocale de William Ribeiro (Moghan-Ra) accompagne le groove distillé avec talent par la batterie. Ce titre court, direct et accrocheur et ses “hey, hey” feront probablement le bonheur du public.

Le Metal plus moderne n’est jamais très loin, la future culte « Wasted Generation » et ses passages s’affiliant sans trop de mal à des élans Deathcore de qualité auront de quoi faire headbanguer les foules, surtout sur son break semi-acoustique, introducteur d’une dernière mandale. Aussi direct qu’a pu l’être « 1902 », « Lazarus » ne laisse aucun repos à l’auditeur, misant sur une lourdeur démente et une batterie étouffante de puissance et de rapidité, le tout entouré par une basse asphyxiante et mise magnifiquement en avant (et dans de nombreuses compositions).

Certaines inspirations surprises font également leurs apparitions. Sur « Down the Way » par exemple. Les transitions entre passages massifs et atmosphériques ne vous rappellent-elles pas Gojira et son « Liquid Fire » ? Plagiat ou hommage, à vous de trancher. La qualité du morceau est de toute manière bien présente et intéressante, les passages de basses et le solo dans une même veine épique seront suffisants pour opter sur l’hommage, même si on pourrait relever un chant clair qui sonne terriblement faux sur le refrain.

Dans cet album, nous pouvons retrouver deux titres de l’EP précédent retravaillé pour l’occasion. « Face the Music » tout d’abord. Un alliage de rapidité et de puissance pour un résultat pouvant se rapprocher quelque peu d’un Thrash Death gardant sous le coude une aura mélodique (ce magnifique solo) et lourde intéressante sur un chant presque clair toujours faux et des growls de talent. Deuxième titre remis en lumière : « Raging Load » et son atmosphère barbare de viol de batterie et de rythmique imposante. Un chant clair perfectible et des growls toujours autant réussis parsèmeront la performance vocale de Kevin. Ce solo presque Heavy de Chris montreront une fois de plus le côté caméléon du soliste.

Histoire de clôturer en beauté ce premier full-lenght, nous voilà prit en tenaille par la brutalité ambiante de « Thrash Your Neighbour ». Les hurlements revendicatifs de Kevin trouveront place parmi les meilleurs performances du chanteur sur ce titre à la violence significative et maîtrisée de main par une avalanche de solo, d’une batterie variant le rythme avec une facilité passionnante et un groove impressionnant à la basse. Et au final, la lourdeur mid-tempo de « Black Box » aura raison de nous. Dans l’atmosphère poisseuse de “Thrash Doom” du plus long titre de cet album, nous ne pourrons que nous incliner sur les rythmiques étouffantes des guitares et de cette batterie décidément jouée par une pieuvre. Kevin livre sa plus belle prestation. Que ça soit son chant clair qui relève enfin la tête, ses growls Death à la puissance insoupçonnée, ses hurlements Trashy extrêmement talentueux … Un titre qui tranche sérieusement le style habituel de Heart Attack, mais qui ouvre également de nouvelles portes pour le futur du groupe …

« Stop Pretending » est une belle surprise. Maîtrisant les bases d’un style de plus en plus saturé par des ersatz, Heart Attack appose les bases de son propre style, qu’ils devront encore perfectionner davantage pour ne pas s’enliser eux aussi dans une certaine facilité. Il y a bien quelques points à améliorer (notamment le chant clair de Kevin) et une certaine folie à faire sortir (le jeu de basse de Flora gagnerait notamment à être poussé davantage vers l’avant), ou encore quelques inspirations un peu trop évidentes (de Pantera à Lamb Of God), bien que ça ne soit pas préjudiciable pour le moment. Au final, Heart Attack a tout à gagner à continuer d’aller de l’avant, car le talent est, de toute évidence, présent. Et ce talent ira ouvrir début août pour Exodus.