juin 24th, 2012

Le regard tourné vers la Finlande… Que voit-on ? Des classiques ! Children Of Bodom, Lordi, Stratovarius, Sonata Arctica, Ensiferum, Korpiklaani ou encore Nightwish. Du beau monde ! The Rasmus ? Certes, tout dépendra des goûts pour un groupe qui n’a réussi qu’à placer un tube sur un titre médiocre. Mais un peu hors-sujet par rapport à l’étrange découverte qu’est ce groupe atypique. Il y a beaucoup de cordes, mais ni guitare, ni basse. Tout de même une batterie. « Apocalyptica ! » entendais-je. Et bien non, puisqu’il y a des cuivres également. Plus personne ne voit ? Et bien voici Alamaailman Vasarat !

Alamaailman Vasarat est une formation à part, bien loin de nous. Une inspiration parfois proche du Progressif Finlandais des années 70. Beaucoup d’élan vers un mélange de légères inspirations parfois Folk et surtout de Jazz afin de créer un son atypique qui résonne Rock. Les influences ne se limitent pas à la Finlande ou à la Scandinavie. Elles vont bien au-delà, explorant toutes les cultures qui parsèment le globe. Au fond, on ressent une force presque Punk. Une personnalité unique, les finlandais peuvent s’en prévaloir.

Ce «Finnish group playing kebab-kosher-jazz-film-traffic-punk-music with a unique Scandinavian acoustic touch!» (comme ses musiciens se plaisent à se décrire) casse ses habitudes de pochettes flash et phosphorescente pour une vieille et ragoutante galeries d’insectes à l’apparence véritablement ancienne. « Huuro Kolkko » sera ainsi leur cinquième album, empreint d’influences diverses et variées (musique balkanique, jazz, Metal, classique, noise, punk, tendances orientales, latines…), mises en musique grâce à de nombreux instruments à cordes ou cuivres (violoncelle, bandonéon, piano, trombone, clarinette…).

Ce cinquième album est un album concept, l’histoire de l’explorateur finlandais Huuro Kolkko. Un homme qui a exploré le globe au début du XXe siècle dans l’espoir de trouver des mondes et des espèces inconnues (les insectes ornant la pochette seraient d’ailleurs l’œuvre de ces diverses récoltes). Les neuf titres composant cet album sont des invitations à voyager en terres diverses et variées, décrites sans apport vocal, uniquement par un ressenti musical. Tantôt burlesque, à d’autres instants plus tendres, parfois remplie d’émotions, ou bardé de violence, chaque arrêt du groupe sur une île ou un lieu en particulier varie du tout au tout. Et pourtant, ce cinquième opus demeure sans doute l’album le plus cohérent du sextet. La diversité musicale pour une diversité des peuples à travers ce voyage.

Faire une description des pistes est quasiment impossible. On peut éventuellement traiter des diverses inspirations, mais difficilement parler d’un album aux influences telles que celui-là, se promenant avec une aisance certaine à travers les styles, au travers de multiples émotions, au travers de tant de paysages multicolores.

Mais cette chronique ne vous apprend finalement que peu de choses… Alors je pourrais développer un petit peu en parlant notamment des influences atmosphériques qui sortent de ce long dédale de cordes étirées de « Liskopallo », de l’impressionnant groove de la contrebasse et d’une batterie claquante sur le titre jazz « Luonto Tuli Lähelle », dansante et mémorisable en moins de temps qu’il n’en faut. Quoi d’autres ? Le petit voyage dans le Moyen-Orient que nous offrent les Finlandais avec « Meressä Ei Asuta ».

Ensuite ? Des titres bien pêchus et féroces comme l’introduction « Mielisaurus », idéal introduction rythmée, remuante, puissante avec toutes ces cordes saturées et ces cuivres résonnants, mélangeant allègrement passages rapides et d’autres plus longs et prenants. « Tujuhuju » s’impose comme l’un de ces titres capables de faire headbanguer un jazzeux. J’abuse peut-être un peu, mais la batterie rapide, alliant des « blast lents » à des frappes vigoureuses et les cordes extrêmement rapides, avec de vagues inspirations orientales en font un titre étrangement puissant. Saturation et explosivité sont les maîtres mots de cette grandiose composition. Et que dire de la conclusion de ce morceau ?

Mais il y a également beaucoup de douceurs, notamment avec « Natiivit ». Atmosphère plus intime, plus romantique, mais toujours en conservant ce petit groove dansant. La longue « Luola » perpétue sur une voie plus indienne, davantage de pression ressort de ce morceau, mais sans jamais tomber dans de l’explosivité. Un calme au service d’une atmosphère angoissante. On se croirait très vite dans un de ces films de suspense ou la pression monte peu à peu jusqu’à son paroxysme. Changement d’atmosphère pour quelques choses de plus léger avec la dansante « Omalla Ajalla » ou la délicate et presque enfantine « Lautturin Viivat », concluant ainsi ce voyage dans une atmosphère chaleureuse et reposante.

La particularité de « Huuro Kolkko » n’est pas vraiment de présenter un concept album basé sur un voyage. La particularité est justement de ne pas détailler ce voyage, de laisser libre le choix de la destination à l’auditeur tout au long de ces neuf destinations inconnues qui ne demandent qu’à être découvertes. N’ayez pas peur d’embarquer avec Alamaailman Vasarat, nos Finlandais ont un petit air bourru, mais il n’en est rien. Ce sont des artistes, ni plus ni moins. Un univers si particulier, mais tellement immergeant et intriguant qu’il ne lâchera plus votre oreille.