novembre 6th, 2013

Tides From Nebula : Eternal MovementHier, je me suis attelé à l’une des pires (et meilleurs) bizarrerie qu’il m’a été donné d’entendre, quelques choses entre un Metal très extrême et un mélange brute et bizarroïde de tous styles musicaux confondus : Pryapisme. Après avoir eu l’esprit complètement torturé par des chats pervers, il est temps pour moi de revenir à la base de mes influences, plus propice au repos : le Post-Rock.

Tides From Nebula est un quatuor Polonais évoluant dans un registre combinant atmosphère Post-Rock et quelques incursions vers un univers plus progressif. Offrant ainsi une musique atmosphérique onirique, fragile et instrumentale, le groupe s’inscrit dans la droite lignée des maîtres du genre, allant sans vergogne taquiner les célestes God Is An Astronaut ou bien s’approchant facilement d’Explosion In The Sky.

Les Polonais nous ont déjà offert deux albums. « Aura », entre Metal Atmosphérique et incursions Rock bien sentis, qui avaient rapidement mis les Varsoviens en lumière. Toutefois, un « Earthshine » moins inspiré et beaucoup trop peu rythmée avait freiné les ardeurs autour du groupe. Il fallait pour le groupe mettre les bouchées double afin de remonter la pente avec ce « Eternal Movement ». Pour ce faire, l’association avec Christer Andre Cederberg, qui a notamment enregistré le « Weather Systems » des Anglais d’Anathema, devrait permettre au groupe de repartir sur de bien meilleures bases. Mais dans un genre dominé de main de maître par les groupes précédemment cité, sans compter Mogwai et Sigur Ros, peut-on encore apporter une nouvelle pierre à cet édifice ? Avec une pochette autant géométrique que spatiale, Tides From Nebula va essayer de nous apporter une réponse.

Il apparaîtra assez rapidement que la musique des quatre Polonais ne révolutionne que peu de choses, « Laughter of God » est un titre relativement classique, bien que l’introduction lançant des airs de guitares pouvant rappeler la manière de jouer de Dream Theater. Pour le reste, c’est un Post-Rock classique et classieux qui nous est offert. Guitares aériennes et planantes, mur basse/batterie, break ambiant avec dualité piano et léger tapping de batterie accompagné d’une guitare très douce avant de mieux repartir. Ceci sera la trame globale de l’album, même si de nombreux titres apporteront leurs lots de variations, bien évidemment.

Sans véritable folie, le jeu est carré et fort bien exécuté. On le remarque aisément avec « Satori », partant sur des airs un peu pop avant de laisser des atmosphères douces et chaleureuses prendre le pas en accompagnement de guitares plus rock, empreint de positivisme et d’un certain soulagement. De la même manière, « Only with Presence » appose des guitares aux rythmiques hypnotisantes et aériennes sur de nombreuses sonorités cristallines aux explosions trop contenus, pas assez marqué par rapport à la rythmique d’ensemble.

Ne demandant qu’à nous faire lâcher prises sur la réalité, « Now Run » n’est pas aussi pressé que son titre. La batterie résonne (un peu trop) sur une atmosphère envoûtante, les nappes de claviers et de guitares apportant une véritable mélancolie. On regrettera pour définitivement planer la lourdeur de la batterie, qui ressort beaucoup trop forte de l’ensemble. C’est d’ailleurs un constat : sur la seconde moitié de l’album, la batterie est beaucoup trop forte, rendant l’immersion beaucoup plus compliqué, mais pas non plus catastrophique.

On peut le remarquer sur « Hollow Lights », où la grosse caisse semble masquer les guitares et les passages plus délicats. Les atmosphères plus rock et direct ont pourtant leurs charmes, mais ça coince. Même remarque sur « Let It Out, Let It Flow, Let It Fly », là encore plus pop et mettant en route un ascenseur émotionnel plutôt bien géré, même si ayant tendance à vouloir expérimenter un peu trop de changements musicaux sans mettre au point des transitions vraiment prenantes.

Dans des atmosphères plus progressives, « Emptiness of Yours and Mine » appose une belle mélancolie sur son duo piano-guitare. L’ambiance prend tout son temps. Les “problèmes” de batterie forte commencent ici, même si ce n’est pas réellement préjudiciable sur ce morceau, l’atmosphère plus pesante jouant efficacement dessus. L’arrivée de passages plus massifs, sans pour autant toucher la moindre violence, n’en est que plus bénéfique. Le final « Up from Eden », entre Post-Rock minimaliste et mélodie envoûtante, noyé d’ambiances célestes sur ses passages plus calmes et apposant une intensité bien menée sur les passages plus puissants. Une conclusion totalement réussie …

… Ce qui n’est pas le cas de tout l’album. Si « Eternal Movement » est un bon disque, il ne bouleverse pour ainsi dire pas grand-chose dans le milieu. Car si l’album dans son ensemble appose une touche de beauté et de calme avec un savoir-faire extrêmement plaisant, il en reste de nombreux éléments pouvant bloquer l’immersion totale, comme une hésitation à envoyer plus de puissance dans les passages plus directs, le mixage très moyen de la batterie (tantôt trop fort, parfois trop faible) et l’architecture globale plutôt classique de l’ensemble. Mais malgré ça, il reste de Tides From Nebula un groupe qui maîtrise vraiment bien son atmosphère très épurée et propice à la détente, à écouter au calme, dans le noir. Le groupe offre avec « Eternal Movement » une digne suite à « Aura ».

octobre 25th, 2013

La main tendue, on attrape ce brin d’herbe qui dépasse. La terre est fraîche, encore humide d’une pluie brève tombée il y a peu. Se rafraîchir l’âme dans un courant d’air glacé, s’apaiser de la pression du monde, se nourrir d’un univers banal. La nature peut reprendre le pouvoir pour au moins quelques instants. Combattre notre peine par des ondes de bonheur, notre inquiétude par des instants de douceur.

On dit souvent que “la musique adoucit les mœurs”. Dans le cas présent, elle réconcilie l’âme en torpeur, l’inconscient dans sa chaleur. La simple sensation de se retrouver hors du monde, beaucoup trop loin pour associer cet environnement onirique. Un souffle musical, un brin de vent qui s’adresse à nous, en silence, en délicatesse pour mieux nous happer dans sa contrée sauvage où la verdure à encore les pleins pouvoirs.

Apathia Records fut monstrueusement inspiré le jour où ils ont décidé de se pencher sur Lyan et Blien Vesne, deux porteurs de sensations différentes se rejoignant sous la barrière lyrique du Post-Rock. Une association de talents pour un disque : « Esperar Eternity ». Notre voyage commence à Lyon, avec le duo Lyan. Un Post-Rock ambiant, fleurant vers le Shoegaze, dominé par des nuances électroniques où se couple un chant céleste.

« Tôi Chò Doi » nous ouvre les portes d’un monde où reigne la quiétude et la beauté. Trio piano-percussion-violoncelle, l’atmosphère y est relaxante, bercée par ce qui semble être un didgeridoo suppléé par une rythmique trip-hop somptueuse. Lyan ne force jamais le passage, préférant des atmosphères épurées à une grandiloquence trop inutile.

Les Lyonnais ne sont donc pour ainsi dire jamais agressifs dans leur musique, à dominante apaisante, sur un ensemble souvent simple mené d’une batterie, d’une basse et essentiellement d’un clavier. Si l’ambiance n’est pas non plus d’une originalité débordante, elle est rassurante et délicate. Nous n’en demandons pas plus.

Les lignes de chant sont empruntées de lyrisme et d’émotions, probablement inspiré de la douceur du chant de Jónsi (Sigur Rós). C’est d’ailleurs à découvrir sur l’onirisme de « Cotton House », entre ambiant et mécanique, ambiance lunaire et feutrée. De l’autre côté, nous retrouvons davantage une composition Post-Rock traditionnelle avec « Lulled to Eternity », atmosphère plus orientale, guitare plus présente, percussions délicates et des lignes de chants féminins somptueuse …

La nature prend davantage de pouvoir sur les lignes de vocales incantatoires de « Childhood’s Seasons » et « When I Was a Little Child ». C’est mélancolique, c’est triste, c’est calme … C’est beau. Aussi fragile qu’une goutte d’eau sur des lèvres, le piano fait son effet sur la première nommée, autant que l’apport tragique d’une contrebasse somptueuse. Tout est plus posé, sensible… Ce chant féminin apporte une âme supplémentaire. C’est long à se dessiner, nous poussant à fermer les yeux, à ne plus penser à ce qui nous entoure. Sur la seconde, l’ambiance débute sur une berceuse pour enfants ponctués d’une sensation dramatique et pesante. Le chant reprend ses droits, l’ambiance évolutive du morceau nous emmènera aux confins d’une composition plus progressive et torturée que jamais. Peut-être plus déconcertant que les titres précédents…

Mais Lyan dépose les instruments, la nature reculant finalement, nous laissant emprisonner dans notre monde de béton et de peine. Mais le voyage n’est pas encore terminé. Blien Vesne arrive. L’Argentine vient à nous, nous proposant une atmosphère différente, bien plus proche des ambiances électriques allant aussi bien du côté des instants éthérés de Godspeed You! Black Emperor. Et bien au-delà, encore… La musique du groupe Argentin est bien plus directe que celle du duo lyonnais, plus proche d’un Post-Rock traditionnel, harmonies des cordes et régulières montées en puissance au programme.

« La Cara y el Suelo » fait office d’introduction. Atmosphère reposante, piano, contrebasse et sample vocaux… Une douce guitare bercera la mélodie ambiante, minimalisme épuré qui amènera parfaitement le titre suivant, « Sanar ». Ça démarrera fort, saturation mélodique, effet Shoegaze immédiatement reconnaissable, batterie sourde, mais ça s’arrêtera vite. Blien Vesne rentrera dans le rang, dans une atmosphère Post-Rock plus traditionnelle, entre des apports mélodiques de violon et des arpèges de guitares parfaitement détendus. La force mise dans l’émotion est épatante, même les remontées en puissance seront bien construites, si bien qu’on puisse se poser la légitime question concernant la capacité du groupe à s’extraire de la grande mouvance “classique” de ce type de musique. Car la beauté ne fait pas forcément tout dans le Post-Rock aujourd’hui …

Dans une veine plus progressive, le groupe continu dans ses suites de titres se suivant sans interruption avec « Rendir », longue de 11 minutes (14 en prenant en compte « Esperar »). Blien Vesne ne se précipite pas, laissant son atmosphère grandir très lentement. Les couches mélodiques montent progressivement, ne s’étouffe pas, préférant de loin nous bercer. Quelques voix sortent du silence, apposant un grain très ambiant, proche cette fois-ci de Duncan Attwood (Blueneck). Néanmoins, les montées sont parfois beaucoup trop longues… Ne supprimant en rien la beauté intérieure de ce morceau, les raccourcir aurait pu être plus judicieux, d’autant plus que l’explosion sonore finale ne sera pas aussi puissante que nous auront pu l’espérer, nous laissant toutefois le soin de nous offrir une rythmique hypnotique de beauté sur le court épilogue « Esperar ».

Plus aucun bruit après ça. Rester au calme peut faire tellement de bien. La main tendue, on attrape ce brin d’herbe qui dépasse, soupirant de la beauté éphémère des choses d’aujourd’hui. Ce split entre Lyan et Blien Vesne est une invitation. La repousser serait d’une stupidité absolue. Les deux groupes se transcendent et dans une époque où la musique se jette comme un vulgaire papier, il serait malvenu de ne pas prendre le temps de respirer. L’éternité comme seul chemin, des marques sur nos âmes pour témoigner du temps qui passe. Un temps qui n’a pas d’emprise sur un disque comme celui-là.

Le calme peut faire tellement de bien …

octobre 21st, 2013

Dès les premières secondes où mes yeux se sont posés sur la jaquette, j’ai cru à une erreur. Mon cher Peacewalker m’aurait-il par mégarde envoyé l’album « Reanimation », dernier né de Lights & Motion ? On pourrait confondre, la pochette arborant les mêmes effets de flou et lumières lointaines, dans une teinte plus sépia, il est vrai. Ici, nous avons plutôt affaire à Slowrun, un duo de Post-Rock instrumental et ambiancé, sorti des bagages du label russe Slow Burn Records, sous-division de Solitude Production, davantage spécialisé dans le Doom, pour les connaisseurs.

Ce « Prologue » est donc le premier album des deux Finlandais, mettant en avant bon nombre d’atmosphère aussi froide que chaleureuse, dans un dédale de riff atmosphérique, respectant scrupuleusement les codes du genre. Il est clair, lors de l’écoute de cet album, que les Finlandais maîtrisent parfaitement le style. Peut-être un peu trop d’ailleurs.

En fait, l’album ne nous transporte pas totalement, la faute à un enchaînement de titres n’osant pas véritablement casser les codes du Post-Rock. La très grande majorité de l’album se case sur une atmosphère feutrée et émotionnelle, laissant la guitare apporter un rythme mélancolique et délicat et une batterie parfaitement dans le ton et se mouvant avec aisance avec la six-cordes.

Si « Approaching » mélangera atmosphère calme et d’autres plus rythmée, c’est « On a Fading Road » et « Ripples and Time » qui débuteront véritablement le voyage. Une musique tout à fait somptueuse et relaxante, ne cassant jamais ce rythme délicat et en constante et lente ascension. Bonheur et insouciance. À peu près ça…

La fausse note viendra de « Glow in Isolation ». Le titre est parfait, beaucoup plus triste, entre guitare discrète et doux piano, il aurait mérité une fin plus correcte que la désagréable saccade qui le fait directement transiter avec un « Escapism »qui n’est pas du tout dans le prolongement mélancolique du titre précédent. Les vibrations de la guitare sont prédominantes, apposant une nouvelle sorte de légèreté à l’ambiance globale.

Tout « Prologue » engage une suite. « Void » est peut-être une piste à suivre vers le futur. Davantage dans le ton de « Glow in Isolation », l’atmosphère globale se veut plus négative, lente, pesante… Sensation d’enfermement extrêmement perpétré par une ambiance plus Post-Metal, surprenante quant au déroulement global du disque, mais pas du tout inintéressante. À confirmer pour la suite.

« Prologue » est un album finalement complet, bien que pleinement ancré dans la mouvance habituelle du Post-Rock. Très émotionnelle dans son déroulement, la musique du duo semble se contenter trop souvent d’une solution de facilité (même si rien n’est simple dans cet art jouant avec nos émotions). Ça manque un peu de folie, d’envolée… Mais ça ne manque pas de beauté. Et au fond, c’est peut-être tout ce qu’on demande.

septembre 23rd, 2013

God Is An Astronaut : OriginsDans les profondeurs insondables de l’espace, sans emprise sur notre personne et notre âme, il convient parfois de se laisser porter. Quelques notes, mi-haine, mi-chagrin, entre puissance et délicatesse. Portant un regard bienveillant sur le pauvre être humain que nous sommes, God Is an Astronaut fait définitivement partie des grands de ce cercle restreint de la musique stratosphérique.

Ne cessant de pousser ses expérimentations d’album en album, trouvant sa culminante quelque part entre la force émotionnelle de « All Is Violent, All Is Bright » et la puissance maîtrisée d’un éponyme tout en nuances, nous avions laissé les frères Kinsella en proie à certaines incertitudes sur un « Age of the Fifth Sun » n’apposant pas le renouvellement tant attendu par l’apparition de ce quatrième membre, claviériste à “temps plein”.

Et si la solution était de revenir au début ? Là où tout à commencer ? Jusqu’au Big Bang de l’univers aérien et spirituel de God Is an Astronaut. « Origins ».

Nous avons affaire à un album différent, perturbant. Le sentiment de se trouver dans une terre inconnue déjà foulé, dans des mystères dont nous connaissons la solution sans avoir envie d’une quelconque résolution. Ce sentiment que ce nouvel album n’innove pas, se repose sur ces acquis. On est déçu. On zappe.

Puis on se souvient de « Age of the Fifth Sun » et de son apparente facilité laissant apparaître une complexité nouvelle au fil des écoutes. Alors on remet « Origins » sur la platine. On prend notre temps, cette fois. Car cet album d’apparence si simpliste cache un univers onirique bien plus poussé que ça.

On se surprend de la relative facilité de « The Last March ». Les éléments se mettent en place. Mais s’entrelacent un peu trop, pour un rendu plus ou moins brouillon, laissant une superposition musicale trop brute. Le temps que les éléments se mettent en place pour démarrer la combinaison victorieuse de guitare sentimentale et d’une rythmique … Apaisé. Pas foncièrement joyeuse, mais plus libérée.

Libéré au point de rajouter des voix. Un corps à l’ensemble. Et si God Is an Astronaut reste avant tout un groupe instrumental, la massive « Calistoga » et son magnifique duo guitare-basse laissera le temps d’un refrain exploser une voix cybernétique, incompréhensible, mais berçant encore davantage notre imaginaire, d’une nouvelle humanité, celle qui prend le temps de planer. Une voix qui prend le temps de revenir, plus désespéré encore, mais si porteuse d’espoir dans la sublime mélodie de « Reverse World », entre boucles de piano et explosion atmosphérique.

Écho lointain sur la profondeur stratosphérique de « Strange Steps », qui prouve que le groupe Irlandais n’a rien perdu de ses appositions de plages ambiantes sur des mélodies tournant continuellement en rond sans jamais lasser, la voix se veut presque plus humaine, moins robotique, mais sans jamais laisser trahir ses mots, dans un environnement presque solennel, un peu comme « Weightless », semblant lorgner ses atmosphères dans des voies se rapprochant subtilement du Shoegaze, même si cette tentative restera beaucoup trop lente dans sa mise en place.

Plus au-dessus, je parle “d’apparente facilité”. Le groupe ne se bloque pas pour influer diverses ambiances plus pop dans leur musique. On relèvera les balances électroniques de « Transmissions » (qui transite vers un Post-Rock simple, mais diablement efficace dans son déroulement), un « Exit Dream » plus direct dans son approche riffique, guitare au premier plan, “chant” planant, mais relativement téléphoné, passage de guitare lourde rappelant les prises de position de l’éponyme. « Signal Rays » balance une ambiance rock plus rythmée et dynamique, notamment par sa sublime basse qui transite qui vers passages atmosphériques très conventionnels, mais toujours dans une beauté sans pareille.

Mais écouter God Is an Astronaut, c’est également se mettre à nu. La beauté pénétrante de « Autumn Song » vous y aidera. Entre piano émotionnel, guitare acoustique discrète et ambiance feutrée au possible, la relaxation absolue ne sera pas loin.

De la détente à l’énergie, il n’y a qu’un pas franchi par le palier Électro-Rock de « Spiral Code ». Déstructuration et basse sans agression aucune, délimitant un univers torturé entre le planant et la démence, confirmé par la puissance libératrice d’un « Red Moon Lagoon », aux arpèges tortueux et à l’ambiance bien plus énervée et cohérente, où une guitare turbulente fera sa loi.

Mais il est temps de regagner terre avec la pénétrante « Light Years from Home ». Voix de plus en plus audible, atmosphère chaleureuse dans sa froideur, le Post-Rock de GIAA dans l’une de ses formes les plus primaires, les plus belles, les plus instantanées. Car là est la marque de fabrique du groupe Irlandais. Un sentiment pour un titre, capturé à l’instant T.

« Origins » divisera, mais ne sera pas non plus un incontournable. Mais comme tout album du genre, il nécessitera de nombreuses écoutes et une dissection lente et délicate pour en extirper chaque parcelle de sentiments. Une simplicité masquant avec talent une complexité que chacun devrait prendre le temps de découvrir.

septembre 23rd, 2013

Antimatter : Fear of a Unique IdentityL’endoctrinement. La volonté d’obliger subtilement une population à établir un même ordre d’idée, de volonté, de manière de vivre, d’être, de s’habiller, de croire. Un monde de plus en plus ancré dans le conformisme, où l’individu préfère se fondre dans la masse plutôt que d’assumer sa propre identité. Car l’individu choisit la facilité et ceux qui parviennent encore à garder les yeux ouverts ont peur que le monde bascule en un mouvement, en une identité unique.

« Fear of a Unique Identity »

Antimatter est souvent grossièrement décrit comme le petit frère d’Anathema. Duncan Patterson (compositeur d’Anathema ayant quitté le navire à la suite du fabuleux « Alternative 4 » des frère Cavanagh) a construit Antimatter avec Mick Moss. Ensemble, ils ont bousculé la musique atmosphérique avec le trip-hop ambiant de « Saviour » et « Lights Out », ainsi que la musique acoustique avec « Planetary Confinement ». Une fois le premier nommé parti vers d’autres contrées (Ion, Alternative 4 …), Mick a poursuivi l’aventure avec Danny Cavanagh. « Leaving Eden ». Plus sombre, plus électrique. Maintenant Mick Moss est seul.

Maître du navire Antimatter, celui-ci a décidé que cinq ans serait le temps nécessaire à la conception de SON premier album. Entouré de Colin Fromont à la batterie, David Hall au violon et Vic Anselmo (dont les interventions toujours extrêmement justes sont malheureusement sous-exploitées) pour le chant féminin, Mick s’occupera de la guitare, de la basse et du synthétiseur. Ensemble, ils vont poursuivre le chemin perpétré depuis plus de dix ans. Antimatter évolue avec son temps et « Fear of a Unique Identity » n’est que la suite logique de la discographie du groupe.

« While the sea is so cold ? »

L’ingrédient de base n’a pas changé. Un ensemble profondément mélancolique, la voix de Mick Moss transporte toujours autant dans son registre atmosphérique, capable à lui seul de transcender un morceau aussi perturbant qu’ « Uniformed & Black ». Ce titre, présenté peu avant la sortie de l’album avec un clip, ne ressemble pas vraiment à Antimatter, du moins pas à l’idée qu’on a finit par s’en faire. L’ensemble y est plus direct, plus “grand public”, plus accessible, lorgnant du côté d’une Pop-Rock se mélangeant à la mélancolie du groupe.

Mick s’essaye à de nouvelles expériences, notamment avec la longue « Firewalking ». Lorgnant légèrement vers un Rock Progressif, elle en demeure relativement molle et beaucoup trop longue à se mettre en place. Rappelant du même coup les élans électroniques des premiers albums, ce titre dénote à lui seul la volonté de changement dans la continuité qu’opère ce cinquième album. L’ensemble se veut d’une certaine façon beaucoup plus direct et accessible sans renier le travail accompli.

Et de ce fait, le groupe semble hésiter entre laisser libre cours à ses idées (les réguliers passages de batterie à la double pédale, par exemple sur le titre cité précédemment) et “moderniser” le passé. « Monochrome » en est un exemple criant. Les couplets électroniques ne sont pas sans rappeler les ambiances enivrantes de « Saviour » alors que la présence de guitares saturées sur les refrains démontre bien la volonté du groupe de continuer à avancer dans une musique plus dynamique.

Plus dynamique, est-ce vraiment raisonnable pour Antimatter, qui a toujours préféré les atmosphères à incorporer doucement ? Le groupe est quelquefois à la peine. « Paranova » possède de nombreuses bonnes idées. Cette batterie plus marquée, cette basse ronflante, ce chant extrêmement prenant, cette dualité guitare électrique et violon. Mais le final plombe la cohérence du morceau, balançant deux minutes instrumentales lentes et pas foncièrement intéressante, calquant sa mélodie sur les mêmes partitions que celles explorées avec Mick Moss.

Mais ce disque est bon ou mauvais ? Ni l’un, ni l’autre. Quelconque ? Non !

Concrètement, ce disque sera apprécié à hauteur de votre implication dans l’écoute de cet opus. Il est en effet relativement compliqué de rester pleinement impliqué dans les 50 minutes de ce disque sans décrocher. « Fear of a Unique Identity » ne possède pas l’émotion d’un « The Immaculate Misconception », les larmes d’un « Mr. White », d’envolées sublimes comme « Another Face in the Window ». Mais Antimatter maîtrise ses ambiances en modernisant les traits de ses contours musicaux.

« Fear of a Unique Identity »-titre, bien que longue sur son déroulement, impose une juste sensibilité. Minimisant son apport musical à un groupe piano-voix-acoustique, elle ne révèle sa beauté que lorsque la guitare électrique s’envolera. « Here Come the Men » remontera à l’époque de « Planetary Confinement », sur un ensemble somptueux d’acoustique et de voix. « Wide Awake in the Concrete Asylum » se situera non loin d’Anathema sur cette monstrueuse capacité d’accélérer l’acoustique pour faire exploser son cœur sur un ensemble atmosphérique magistral sur les refrains.

L’état d’esprit de l’auditeur sera encore une fois mis à l’épreuve, le poussant dans ses retranchements émotionnels jusqu’à le surprendre à verser des larmes que l’on croyait évaporé depuis longtemps. Plus dynamique, oui. En quelque sorte. Mais toujours aussi noir, sombre, désespéré. Aussi désespéré qu’une ultime parade.

« The Parade » est émouvant. C’est tout. Instrumentale de bout en bout, elle symbolise à elle seule la puissance d’Antimatter dans le registre ambiant. Explosive, jouant de bout en bout avec nos peurs, nos pleurs, nos haines. Accélérant sa batterie au fur et à mesure que le violon détruit les barrières de notre sensibilité juste qu’à saturation, jusqu’à l’envie de pousser notre pire hurlement. Et de tout stopper brutalement pour conclure l’album sur l’acoustique magique et si magnifique de « A Place in the Sun ». Quelques voix énigmatiques après les dernières notes et nos interrogations. Méritons-nous vraiment une place au soleil ?

Antimatter la mérite, dans tous les cas. « Fear of a Unique Identity » n’est pas la pépite qu’on était en droit d’attendre après cinq ans d’absence. Mais comme tous ses albums, Antimatter transcende la réalité pour nous faire pleurer nos plus grandes hontes. Mais il manque encore une nouvelle étincelle, une flamme qui serait capable d’embraser nos cœurs comme avait pu le faire « Planetary Confinement ». Véritable ode à la mélancolie, « Fear of a Unique Identity » réclamera de nombreuses écoutes pour en déceler toutes les parcelles de sentiments dont le disque regorge…