octobre 30th, 2013

Moby est une source intarissable de détente et d’émotions. J’ai découvert ce DJ chauve à l’apparence chétive et timide quand j’avais 10 ans. Mon père m’avait offert une boîte noire contenant un double CD : « Play » et « 18 ». 11 ans plus tard, j’écoute cette musique avec la même nostalgie, le même plaisir. Le plaisir d’écouter un artiste composant essentiellement pour lui, pour son plaisir de développer son univers onirique, électronique, très ambiant et reposant.

Beaucoup plus en retrait depuis un « Hotel » plus rock, je n’ai jamais cessé de me pencher sur les avancées plus discrètes du DJ américain. Enfermé dans son studio depuis plus de dix-huit mois à pondre la suite d’un « Destroyed » mélancolique et froid, l’artiste s’est entouré de six amis pour fonder ce « Innocents ».

” Les Innocents sont devenus le thème qui a inspiré l’album, incluant la vulnérabilité humaine et le désir de la connexion entre humains, tout en célébrant l’imperfection dans un monde qui, trop souvent, prône en haute estime une perfection irréaliste et artificielle. ” – Richard “Moby” Melville.

Extrêmement discret et modeste malgré plus de 20 millions d’albums vendus, le compositeur n’a, pour son onzième album, plus rien à prouver. Libre et sans aucune forme de pression, « Innocents » n’est ni une évolution, ni une régression. Il avance avec son temps, prenant le temps de s’ouvrir à nous par une communication s’étendant depuis déjà plusieurs semaines.

Quand « Innocents » se présente à nous, nous sommes toisés de haut par treize personnes portant des masques d’animaux (treize apôtres ? Moby étant croyant, cette inspiration ne serait pas étonnante). « Everything That Rises » ouvre l’album, la patte Moby se ressent. Ces samples de voix répétitives, ces percussions hypnotisantes, ces nappes de claviers grandiloquentes … La boucle atmosphérique se répète inlassablement, c’est juste beau. Qu’importe que ça soit du déjà-entendu, ça transporte, on ne demande que ça, au fond.

Six personnes interviennent vocalement sur cet album. À deux reprises, on retrouve le timbre soul et élégant de Cold Specks, la voix planante de Damien Jurado (musicien américain de Rock Indépendant), la voix douce et mélancolique de Skylar Grey (très connus pour ses nombreux featurings avec des rappeurs comme Eminem ou Dr. Dre), la crooneuse Inyang Bassey (qui a déjà participé sur l’album « Destroyed ») Wayne Coyne (du groupe The Flaming Lips) et enfin Mark Lanegan (ex chanteur de Queens Of The Stone Age, notamment).

Si les featurings sont ainsi plus nombreux, Moby les entrecoupe régulièrement de ces longues plages d’ambiances dont lui seul a le secret. L’ambiance symphonique et le piano de « Going Wrong », la World-Music hypnotique comme seul lui peut le réaliser avec « A Long Time » ou encore les rythmes plus puissants et lourds de « Saints », digne B.O d’un film d’action.

Cold Specks apparaît à deux reprises, imposant une soul magnifique et atmosphérique sur le single « A Case for a Shame », magnifié par son piano et son rythme lent, tout l’inverse d’un « Tell Me » plus électronique et glaciale, ponctué de somptueux effet que beaucoup pourront trouver trop grandiloquent. Dans un registre de voix du même univers, Inyang Bassey accompagne l’expérimentation jazz/blues à la tessiture Trip-Hop d’un « Don’t Love Me » de crooneur.

Comme la plupart des albums de Moby, de superbes balades prennent place. La douce mélancolie et la voix céleste de Damien Jurado nous portent tout le long de la magnifique « Almost Home ». Dans une ambiance non éloignée de « 18 », « The Last Day » est l’un de ces titres magnifique dont Moby garde le secret. La structure progressive et minimaliste du morceau et ces samples incantatoires derrière la sublime voix de Skylar Grey nous conteront une poésie touchante sur la fin des temps.

« The Perfect Way » fait déjà beaucoup parler. En bien et en mal. Ce titre tranche radicalement l’ambiance de l’album. Le duo avec Wayne Coyne est terriblement joyeux, l’ambiance gospel qui sort de la dizaine de voix composant les chœurs et l’atmosphère pop-rock fait office de single commercial tout trouvé. Cela sera à la convenance de chacun, j’aime ce titre, son clip amusant et son atmosphère légère. « The Lonely Night » et son ambiance crépusculaire (sublime clip ici encore) sur la voix caverneuse et délicate de Mark Lanegan. La mélodie est minimaliste et épurée, reposante.

L’album se termine sur une longue pièce de neuf minutes, « The Dogs ». L’ambiance est rock, mais extrêmement calme. Moby y est seul derrière le micro, on reconnaît sans peine son timbre de voix si particulier, pas forcément juste, mais toujours empreint de la même émotion et sincérité. À la moitié du titre, Moby coupe le micro pour laisser l’ambiance musicale clôturer « Innocents ».

Que dire … « Innocents » n’est pas une pièce d’originalité dans la discographie de Moby. Et alors ? Le fait de ne pas être surpris ne nous empêche aucunement d’être happé dans l’atmosphère intimiste du musicien. « Innocents » n’est qu’une pierre de plus sur le chemin spirituel et profondément délicat qui relie cœur et esprit dans une même entité. De la nostalgie, de la beauté… Le voyage est toujours magique. Moby restera toujours l’un de ces artistes magiques transcendant sans peine les émotions.

février 18th, 2013

Phillipe Prohom fait partie de ces artistes en mouvement perpétuel, cherchant encore et toujours une nouvelle source d’inspiration à épuiser en nouvelle composition. La carrière de Prohom a véritablement débuté en 2002 avec son album éponyme. Un monde électronique régi par une énergie rock. En 2004, « Peu Importe », album Rock-Electro, remplis d’efficacité et de puissance offre à Prohom son rayon de soleil. Une immense tournée de 650 dates pour ces deux albums, un rythme intense qui va pousser le groupe à exploser.

La suite va être plus laborieuse… Après avoir rompu avec son label, Philippe va sortir son troisième album en 2007, « Allers-Retours », plus introspectif, comme « un voyage qui parle au corps ». Mais ce voyage parlera moins que l’époque Rock des deux premiers albums. Les médias ne répondront pas vraiment présent, et le public sera moins enthousiaste qu’à l’époque des « Ca Oublie d’Aimer ». Les années suivantes, la disparition de François (batteur et ami de Prohom), l’EP de renaissance « La Vie Sans » en 2009… Autant d’aventures, d’expérience et de tristesse qui vont aider Prohom à forger son nouvel album : « Un Monde pour Soi ».

Dans une certaine forme d’un retour aux sources, cet album sera en grande partie électronique. Une électronique poignante, envoutante… Souvent relayé par un piano ou une batterie, parfois par des flûtes, des guitares, des basses… Un album extrêmement mature, apaisant, aérien, entre ombres et tristesses et lumière et joie.

Les années passent, mais Prohom ne perd pas sa verve textuelle. Dès le titre introducteur « Comment Lutter », son électro sombre, pressante, son instrumentation arrivant progressivement, sa guitare aérienne… La voix de Philippe, toujours grave, parfois dure, mais agréable à l’oreille, lance ces vers et ces proses dans un français adéquat, qui s’adapte parfaitement à la musique. Loin d’un Saez et de ces mots crus (mais efficace, la plupart du temps), les textes de Prohom offrent une approche plus poétique à la bouillie ambiante qu’est le monde d’aujourd’hui. Dans la même idée de chanson engagés, nous pouvons relever l’impeccable « À Quoi me Fier ? ». Entièrement électro, elle appose une atmosphère saturée et malsaine du plus bel effet, la voix de Prohom semblant partagé entre l’essoufflement et la peur.

Mais au-delà de l’engagement personnel, cet album semble surtout avoir était créé pour sortir la tristesse et la peine de Philippe et celle se trouvant en chacun de nous. Encore très électronique, même si l’on peut s’imaginer sans mal une guitare aux accords discrets, « L’Encre au Bout des Doigts » est un morceau très intéressant, l’histoire de ce que chaque artiste nomme l’inspiration, celle qui vient, celle qui s’absente, celle omniprésente, celle débordante. Un sujet rondement et talentueusement amené. Carmen Maria Vega apporte une jolie dose d’émotion sur la balade « Au Coin des Rues ». Profondément reposante, entre batterie planante et guitare ambiante, le charme opère dès les premiers chantés entre eux deux.

Il y a beaucoup d’amour dans cet album. L’amour que l’on voudrait voir revenir, tout d’abord. « Quand Reviendras-Tu » est assez basique sur ces paroles, belle, mais simple. La musique n’est pas inoubliable non plus… Entièrement électronique, atmosphère planante, quelques notes de claviers presque enfantines sur son ambiance. « Dis-Toi » est dans la même veine textuelle, convaincre l’autre personne qu’elle a tort. La musique, une électro en réverbération et résonnance, un ensemble extrêmement aérien et dansant. Difficile à appréhender, mais efficace sur la durée. Puis il y a « Demande Moi ». La guitare bien mise en avant, nous avons ici affaire à un vrai bon morceau de Pop-Rock, groovant et entraînant à souhait, la voix de Prohom est excellente tant son groove s’adapte excellemment bien à l’ambiance, le break piano-basse est épatant. Nous aussi on voudrait bien de l’amour, si c’est toujours aussi dynamique !

Puis à bien regarder, il y a surtout de l’amour triste, celui qui brise sévèrement, comme il en existe trop souvent aujourd’hui… « Un Mot Sur Tes Lèvres » dépend les pensées d’une personne jouant avec les sentiments d’un autre, Prohom étant l’amoureux face à une indifférente. Titre très particulier, celui-ci joue sur un duo de guitares, acoustique et « funky ». Un mélange détonant, bien agencé avec l’électro remuante du morceau. « Mon Âme Or » est un morceau sublime. Une batterie discrète pour accompagner cette atmosphère solennelle, une voix reposante. Un morceau épique, montant de plus en plus dans cette intensité dramatique sublime… « Il est l’heure de faire la mort, mon âme or »…

L’amour se vit à deux. Par conséquent, la seconde personne a toute son importance dans une relation qui échoue… Pour Prohom, il s’agit de vider son sac sur ces personnes. « Madame Canaille » dessine le portrait d’une personne belle en apparence, mais détestable en profondeur. La basse est en prédominance ici. Rapide et très grave, l’ambiance y est oppressante, les claviers et violons rendent l’atmosphère encore plus sombre, la guitare pousse davantage l’auditeur vers cet univers glauque. Les confidences d’un homme tuant verbalement. Confidence sur le titre qui sert de premier single à cet album, au nom évocateur : « Je Voudrais Que Tu Sois Morte ». Étrangement détaché dans sa façon de parler, Prohom parle presque avec indifférence de son envie de voir cette personne morte. La batterie, lente, est puissante et sourde, accompagnée idéalement d’un piano simple, mais efficace.

Long de plus de sept minutes, « Un Monde pour Soi » clôture l’album avec talent. L’ambiance électronique alterne efficacement entre rythmiques aériennes sur les refrains, plus pesante sur les couplets. Les riffs tout en répétition de la guitare imposent une dose de massivité bienvenue et efficace. La conclusion, entre le pur électro-rock d’un côté et la voix off décrivant l’amour dans sa forme la plus pure est très intéressante.

Avec ce quatrième album, Prohom marque un pas décisif dans sa carrière en semblant être libre à 100% dans ses compositions. Plus électronique, rock quand il faut, poétique et envoutant, « Un Monde pour Soi » est un album entièrement assumé par Philippe Prohom, dans lequel son histoire se ressent à chaque vers et ne peut que nous toucher de son émotion.

juillet 16th, 2012

Voyager, entreprendre, découvrir, apprendre, s’apprendre, parler, rencontrer.

Rocky Singh (Asian Dub Foundation) et le producteur David Husser (Y Front et producteur pour Universal, Naive, Mute…) ont jeté leur dévolu sur l’Inde. Un voyage ponctué de rencontres, humaine avant d’être musicale. Débarqués en 2009 à Bombay, les deux compères travaillèrent en étroite collaboration avec de nombreux artistes locaux. Mumbai Queen est née.

Par la suite, c’est un autre voyage qu’effectuera le groupe. Au Studio Blue Frog de Bombay pour les instruments traditionnels, la batterie au Raw Britannia Studios de Londres (qui a notamment vu défiler Pink Floyd), les guitares à la Ferme de Sainte Marie-aux-Mines avant qu’Alan Wilder (Depeche Mode…) ne prenne le relais. Paul Kendall (Depeche Mode ou Nine Inch Nails) puis Pierre Attyasse (au studio parisien Pixel) s’occuperont des voix.

Trois ans furent nécessaires pour imprégner leur musique de l’art Indien et faire de Mumbai Queen un projet ambitieux et raisonné, mélangeant habilement musique traditionnelle et rythme plus « radical » à l’Occidentale. Au-delà du concept musical, on trouve des textes. Là aussi brut, violent, tranchant. Les manipulations des Etats, les silences des médias, le Nouvel Ordre Mondial devront se frotter à leurs verbes, si profonds de vérités et d’engagements.

Il y a un an, devant 5000 personnes, Mumbai Queen donnait sa première représentation. Aujourd’hui, c’est à nos oreilles que l’album éponyme de ce groupe résonne. Quelques notes électro ponctuées de légères sitars et d’une trompette locale et déjà ce chant si groovant, presque rap, tout en chuchotements, introduit l’album. « As Long As You’re Paying for » se fait la parfaite intro, déversant ce qui sera concrètement la base de ce disque. Un voyage entre l’ailleurs et l’ « ici ».

Il y a des titres bruts. « Darkness » place une musique plus puissante au premier plan, un peu plus pop sur ces refrains un peu pompeux, mais toujours bien accompagné de la superbe voix de Rocky. « Terror Got Stars, Terror Got Stripes » déverse guitares massives, rythme de sitar hypnotisant, chants haranguant la populace, violence verbale et subtilité musicale entrecoupée de samples vocaux de journalistes ou de politiciens. « Oh Lord », toujours sur le même schéma musical accompagné d’un chant plus mélodique et de chœurs plus envoûtants. On apprécie également les diverses interventions de la basse, terriblement groovante. « Can’t Make It, Fake It » déverse un impeccable rythme, presque dansant, duo parfait entre art occidental et oriental bien accompagné par une performance vocale intense et remuante et un refrain qui squattera votre cervelet en moins de temps qu’il n’en faut.

Il y a aussi des titres bien plus sombres. « Ikanuna » laisse davantage s’imposer la musique indienne, sitar à l’appui et quelques notes de pungi (flûte utilisée par les charmeurs de serpents) ici où là et basse pour la profondeur pour accompagner un chant magnifique, à la croisée d’envolées somptueuses et de passages plus lancinants. On apprécie également la batterie qui, sans déverser un jeu incroyable, captive l’attention avec talent. « The Art of Keeping Faith » accentue davantage sur le pungi et l’aspect mélancolique de Mumbai Queen. Moins de guitares, plus d’Orient. Le titre de conclusion, « The Man Behind the Curtain » tranche aussi avec une atmosphère plus pesante, une basse plus lourde, quelques petits coups de corde, un chant très attristé…

Puis si vous préférez une atmosphère plus « joyeuse » (difficile de parler de joie dans le cadre textuel très engagé de Mumbai Queen), « You Don’t Know What It’s Like to Be Your Woman » est présente. Opposant un contraste très important entre le ton des paroles et le caractère très groovant et enjoué du trio basse-sitar-guitare, ce titre en demeure l’un des plus impressionnants de cet album. Directement suivi par la très funky « What You Wanna Do », le chant en anglais est cette fois-ci d’une impressionnante facilité de compréhension. Un titre plutôt fun (toujours en contraste avec ces textes) qui fait beaucoup de bien.

La magie de Mumbai Queen atteindra aussi le romantisme effréné de « You Turn Me on ». Des solos de guitare remplis de maîtrise et d’émotions, un chant juste et entraînant, une basse incroyable de présence… Les diverses interventions de musique indienne se feront avec un talent rare. L’autre surprise majeure de cet album provient de l’étonnante reprise de Prince « Purple Rain ». Finalement très semblable à l’original, cette reprise a donc le mérite de ne pas dénaturer l’original, ni de l’égaler. Une bien belle reprise, sans trop de différences, mis à part les quelques discrètes notes orientales, voilà tout.

Mumbai Queen ouvre de nouvelles possibilités au Rock Français, pour un premier album, la maîtrise est là, les musiciens se débrouillent à merveille, les diverses notes orientales ne sont jamais en surplus, toujours idéalement placé au cœur de la musique. Douze titres très diversifiés et accrocheurs, que demander de plus ? Un petit livret avec les textes, peut-être… Dans le cadre très engagé dans lequel Mumbai Queen revendique une place, ne pas comprendre l’intégralité des chansons reste frustrant…

mai 29th, 2012

L’art d’avoir du succès provient surtout de l’art de savoir improviser. C’est de cette manière que Joseph Mount a construit la réussite de Metronomy. Le temps du hasardeux disco-pop « Pip Paine (Pay the £5000 You Owe) » (2006) suivi de ses innombrables remix (Gorillaz ou Britney Spears entre autres) est extrêmement loin. « Nights Out » (avec son single « Heartbreaker ») a prouvé que Metronomy savait faire autre chose, capable de balancer une Pop-Rock électronique pas avare de bons moments.

Mais même en pleine gloire, tout n’est pas forcément très rose, surtout quand un membre principal du groupe quitte le navire. Gabriel Stebbing a des envies d’ailleurs et laisse Joseph Mount et son cousin Oscar Cash un peu seuls… Mais pas pour longtemps, car Joseph a une idée bien précise de ce que sera le futur Metronomy : un groupe plus naturel, dans le sens où il désire intégrer une vraie batterie et une vraie basse, plus question d’un enchainement de synthé. Gbenga Adelekan s’occupera de la quatre corde et Anna Prior de la batterie. Hélas, la nouvelle formule peine à convaincre en live et Metronomy décide de se retirer pour prendre le temps de travailler sur le troisième opus, baptisé « The English Riviera ».

« The English Riviera » marque une grande évolution, trois ans après la réussite de « Nights Out ». La musique paraît bien plus naturelle ici, Gbenga faisant un travail remarquable à la basse, aidant à créer avec ses différents accords une base très 70’s-80’s à la Pop électro du quatuor. Electronique ne signifie pas forcément un amas de bruitages infect. L’électro de Metronomy est d’une grande classe, la pop acidulée juste comme il faut, le mélange passe vraiment bien et ne gêne aucunement. Une british touch de classe, quand même.

Metronomy soigne son entrée avec le court titre éponyme « The English Riviera » et son mélange de mouettes, de vagues s’écrasant sur la plage et quelques petits violons avant de laisser la basse introduire seule « We Broke Free ». Guitare discrète, mais progressive avec notamment de bons passages au niveau des (très) courts riffs, basse très présente, batterie bien rythmée et surtout la voix si particulière de Joseph, pas avare en émotion d’ailleurs. C’est que ça transpire les années 80 tout ça.

L’album a pu compter sur ses différents singles, proposant une variété très intéressante comme ce passage entre électro et guitare acoustique sur un duo tout en émotion de Joseph et Roxanne Clifford sur « Everything Goes My Way ». Pour un côté un peu plus Pop-Rock, « She Wants » sort son épingle du jeu avec sa basse extrêmement ronde et entraînante et sa guitare vibrante sur les refrains. Pour le tube de l’été, comptez sur « The Bay », déjà diffusé des millions de fois, mais qu’est-ce que c’est bon d’entendre cette basse puissante, cette voix enivrante et ces chœurs si entraînants. En une écoute, tout sera en tête et ne vous quittera plus. « The Look » également a dû passer par votre système auditif. Totalement addictive, Joseph surprend en propulsant sa voix dans des aigus diablement efficaces pour un ensemble mélancolique et très 80’s, notamment sur le côté très kitsch des chœurs.

Ce troisième album peut également compter sur quelques passages qui sortent du lot, notamment ce retour à l’acoustique pour un ensemble tout en douceur et en finesse sur « Trouble ». Et encore cette merveilleuse basse pour accompagner un chant tout en émotion. Comment ne pas citer la très Pop-Rock kitsch « Corinne » qui, bien que son côté disco 70’s puisse en agacer certains, demeure bien plus agréable et profonde que ça. L’atmosphère Jazz-Pop qui se dégage du saxo de « Some Written » diversifiera encore davantage un disque qui ne se pose pas de question avec tel ou tel style.

Par contre, on passera volontiers l’inutile « Loving Arm » qui fait un peu office de remplissage et surtout pâle copie de ce qu’était « Nights Out », entièrement disco de mauvaise qualité et titre vite énervant. « Love Underlined » en agacera plus d’un par un côté très bordélique au niveau du son, qui contient, en six minutes, plus ou moins tous les genres musicaux explorés par Metronomy. Bonne idée au départ, il en ressort vite un capharnaüm innommable et désagréable qu’on s’empresse bien vite de quitter, malgré les quelques éclairs de génie non suffisants qui en émanent.

Metronomy n’est évidemment pas la révélation musicale incroyable du siècle. Mais le quatuor ne se pose aucune question et fait uniquement la musique qu’ils ont envient de faire, ni plus ni moins. Et cela réussit plutôt bien, car la Pop-Rock électronique du groupe est propre, extrêmement bien construite et férocement agréable. À écouter sans aucune prise de tête !

décembre 18th, 2011

Moby est un petit phénomène, le musicien ayant révolutionné avec les Massive Attack ou autres Depeche Mode la musique électronique. Le palmarès principal de Moby fut des premières parties de Björk (entres autres), des albums plus ou moins réussis et lorsque l’arrière-petit-neveu d’Herman Melville (auteur du fameux « Moby Dick » d’où le surnom du DJ américain) sorti « Play » en 1999, il ne pouvait raisonnablement pas imaginer un seul instant l’explosion qu’il allait engendrer.

Classer Moby comme de l’électro-rock est une grosse simplification, mais elle se justifie dans le fait que Moby utilise énormément de sample tout en s’inspirant de cette musique qui a permis de construire le rock tel qu’on le connaît. Beaucoup de blues, un soupçon de gospel, une trace de jazz et tout cela teinté d’une grosse touche ambiante.

« Play » n’est pas un album qui se laisse dompter facilement, il faut le cuisiner, le laisser frémir, le goûter, le remettre en cuisson, le regoûter, il faut parvenir à en séparer les saveurs, ne pas hésiter à le laisser pour y revenir plus tard. C’est un disque très difficile d’accès, car, outre contenant un nombre assez important de titre (dix-huit tout de même), le nombre incalculable d’ambiances en ressortant en fait un disque technique (dans un sens).

Alors oui, les samples sont omniprésents ici, on reconnaît volontiers que Moby chante excessivement peu, laissant la voix à des chanteurs(ses) plus ou moins présent au travers de sa mécanique d’ambiance. « Play » est surtout une volonté marquée de rendre un hommage à toutes les musiques qui ont fait que Moby est devenu Moby. Il puise là sa force, tout mélanger et mixer pour faire des titres intemporels, que l’on entend encore tous les jours.

Certains morceaux peuvent être « facilement » classés dans un style en particulier. « Find My Baby », basé sur une voix répétitive voit les instruments venir peu à peu, la basse en premier plan, quelques cordes ensuite, un joli petit riff de guitare et des chœurs magnifiques prouvent que l’on n’a pas besoin de textes grandiloquents pour faire un bon titre et la magnifique « Natural Blues », la voix grave, l’ambiance distillée par ce long titre suffit à vous faire voyager sur des contrées lointaines. Deux chansons purement blues, mais très différente. « Bodyrock » touche ce qui ressemble déjà à une fusion entre un chant très typé rap et des riffs de guitares extrêmement entrainant, le tout à écouter avec les bass poussés au maximum. « Honey » et « Why Does my Heart Feels so Bad » se rapprochent bien plus d’un gospel tant l’ambiance semble spirituelle sur le second et totalement mouvante et presque dansante sur le premier. « Machete » touche à l’électro pur et dur (enfin dur…) et reste peut-être l’un des titres les moins indispensables. « Run On » semble tout droit sortis d’une de ces vieilles comédies musicales complètement jazz tel que seuls Broadway peut fournir. Vos doigts claqueront tout seul au rythme de cette mélodie frénétique.

D’autres titres sont déjà plus durs à classer, comme « If Things Were Perfect » (basse rapide et répétitive, voix lancinante et grave, quelques frottements d’une main sur un CD, une autre voix semblable à un écho… Déroutant). Certains titres ne sont là que pour entrainer une sorte d’atmosphère spatiale comme « The Sky is Broken », une batterie, un ”ding” et une voix grave, qui semble résonner. « 7 » forme une sorte d’interlude, totalement dispensable car elle n’apporte vraiment pas grand-chose à l’album. « Down Slow », très lente et répétitive atmosphère a l’horreur de servir de musique d’attentes lors des délibérations des nominations lors des superbes (erk…) télé-réalité TF1.

Mais que fais-je ? Non, je ne peux pas oublier « Porcelain », sans doute l’une des plus belles ballades que la terre rock a pu enfanter… Est-ce possible de faire chanson aussi prenante, aussi délicate, aussi planante aujourd’hui ? Comment rester de marbre devant ce piano émouvant, cette voix entre l’étouffement et la tristesse… Comment oublier « Everloving » qui laisse place à une splendide guitare acoustique, un piano si élégant et une batterie dans un tempo parfait ? Le coup de cœur, encore aujourd’hui. Comment ne pas relever « Guitar Flute & String » et son influence classique ouvertement mise en avant ? Comment mettre de côté le sublime conclusion qu’est « My Weakness »…

« Play » nous transportes dans toutes les émotions… A son écoute, on est émerveillé, on est emporté… Rêver est encore permis, que diable ! Et ce disque nous en donne les moyens… « Play » est un (si ce n’est Le) disque majeur de la discographie du DJ américain. Autant de variété, d’émotions et recherche ne suffiront malheureusement pas à laisser l’artiste perdurer dans cette voie. Si ses futurs albums seront tout de même réussis, aucun ne dépassera « Play ». Un disque intemporel comme dit plus haut, un disque que, 11 ans après sa sortie, on a toujours un plaisir de gosse à ressortir.