octobre 23rd, 2013

Le Math-Rock est un genre terriblement embouteillé. Instrumental de son état, De Gonzague évolue en duo et tente comme il faut de promouvoir son art mathématique dans un système ne se renouvelant quasiment pas. Guitare-batterie uniquement, la formule en soi n’impose pas franchement l’envie de sauter de joie. « Torpedo Deluxe » est le deuxième EP du duo Lyonnais, portant relativement mal son nom puisque la torpille ne nous foudroiera pas tant que ça.

Car dès le « Box Office » d’introduction lancé, on sait tout de suite à quoi s’attendre : du Math-Rock extrêmement appliqué et reproduisant à la perfection ce que les modèles du genre ont pu produire. Le groupe propose non pas des riffs alambiqué et partant dans tous les sens, mais plutôt une succession de plan orchestrant différentes cassures rythmiques au sein d’un même morceau, ayant de ce fait du mal à véritablement donner un cap et une âme à son essence.

Cette envie de ne pas nous balancer une surenchère de technique pouvant parfois plus s’apparenter à de la branlette de manche qu’autre chose est tout à l’honneur du groupe, sauf que la mayonnaise ne prend pas. Car hormis sur la très efficace et jazzy « S/T #6 », la production manque clairement de profondeur et de puissance, nous laissant sur le carreau avec des morceaux excessivement secs. Une basse ne serait peut-être pas de trop.

De ce fait, l’attention décroît au fur et à mesure de l’album, la production lourde et soporifique n’aidant pas. Dommage, car de nombreux plans sont plutôt intéressants et mériterait de s’y attarder, comme le petit côté rock sudiste de l’ambiance de « Bermudes » ou bien les parcelles atmosphériques explorées avec « Chuck Barry » (faisant parfois penser aux accords de «Beat It » de Michael Jackson, mais bon…). À l’inverse, le côté très brouillon de cette superposition de riff sur « Practical Workshop » aura de quoi coller des migraines à l’auditeur le plus attentionné.

« Torpedo Deluxe » n’est pas aussi bon qu’il aurait pu l’être. De Gonzague maîtrise le cœur même du Math-Rock, mais ne parvient pas à le restituer de la meilleur des façons sur un disque que l’on peut considérer soit de très sec, soit de mal produit, trop de netteté tue la netteté et ce genre de musique demande nettement plus de vie et d’ambiance. Mais toutefois, il n’y a aucune raison qu’avec plus de crasse dans l’enregistrement et une guitare bien plus grasse, les Lyonnais ne pourront pas rivaliser avec la bonne classe !

octobre 18th, 2013

J’écris. Je rature. Je souffle. Je réécris. Je m’énerve. Je laisse tomber. Je reprends. Je fixe. J’attends. Il est rare qu’une chronique me perturbe à ce point, m’empêchant de trouver un rythme, une phrase d’accroche, une bonne tirade d’introduction. Et ça m’agace. Cette chose me touche et m’empêche d’avoir des repères d’écritures. Alors bon… Allons-y ! Et tant pis si le sens se perd !

Alchimic Neons est un OMNI. Un unique musicien pour beaucoup de travail, douze compositions, douze combinaisons pour le jeu d’échecs dans lequel cet étrange album, « La Diagonale du Fou », nous convie. Tel un fou, Alchimic Neons se déplace en diagonal sur le plateau musical servi, multipliant les styles, les idées, les inspirations. Un album totalement homogène, mais extrêmement cohérent. Le musicien n’en fait pas trop au sein même des morceaux.

Le problème, c’est la manière de décrire l’intérieur de l’album. L’album est un parfait duo entre la musique et les textes, une fusion idéale qui sera peut-être encore complexifiée par une imagerie dont le musicien garde le secret, les morceaux étant pour le moment magnifiquement mis en valeur par une galerie photographique d’une jeune artiste, Yana Kaede, photographie visible sur le site d’Alchimic Neons. La majeure partie des textes de l’album sont extrêmement personnels. Le musicien se raconte, parlant de sexe quand tout va bien et d’amour quand tout va mal. On se retrouve ainsi bien souvent avec des chansons perverses sur des rythmes presque … Joyeux. Une fausse joie, mais la sensation est là, vicieuses, mais envoûtante. À l’inverse, les textes les plus noirs et les plus belles ballades parlent d’amour. Celui qui fait souffrir, qui n’apporte que haine et regret. Un titre comme « J’Veux du Silence » tranche la thématique, d’ailleurs, décrivant la vie de ces gens qui ne prennent justement pas le temps de vivre, toujours à courir derrière une image, un boulot, une réussite …

Les textes seront ainsi le point central de l’album, celui qui décidera de votre sentiment sur le disque. Vous aimerez. Où vous n’aimerez pas. Mais il n’y aura pas réellement de compromis. La voix aussi. Très bien articulé, Alchimic Neons ne chante pas forcément juste. Mais il chante vrai, l’essentiel est là. On ressent immédiatement sa peine, ses regrets ou bien encore sa rage, son hilarité…

Et musicalement ? L’ambiance globale se voudra prise d’une grande trame rock/atmosphérique/électronique. Mais ça serait vraiment simpliste de s’arrêter là. On retrouve des ambiances simples et pop (« Ce Qui Me Reste », « Brûle-Toi », « Let’s Run Away »…), rock gras sur fond de double-pédale (« Ancré ») ou bien mélancolique à la guitare acoustique (« À l’Iris »), emplie de tristesse dans des compositions au piano (« Ton Abîme », la splendide « Juste un Pétale » et ses transitions de guitare »), psychédéliquement perturbante (« Madame X », les rythme de violon très convenu de « Post Coïtum, Animal Triste » davantage hip-hop à l’image de « Vortex Rhapsody ») ou plus progressive (hypnotisante « Aléa ») et la kitchissime « J’Veux du Silence ».

Pour le reste, Alchimic Neons est un One-Man Band qui demandera de l’attention, de la compréhension, de la patience et du temps. « La Diagonale du Fou » est une toile vierge qui n’attend que votre coup de pinceau pour se dévoiler. Instantanément, comme son créateur. Énigmatique. Mais assurément à découvrir lentement, avec les textes.

mai 26th, 2012

Si Toulouse est devenue aux grés des années une place forte du Rock/Metal français, c’est dû en partie à l’apport du collectif Antistatic. Instauré par trois groupes qui ont eu chacun à leur tour leur heure de gloire, ils ont notamment vu passer dans leurs rangs Leiden. Parmi ces créateurs, c’est Sidilarsen qui bénéficie de la lumière aujourd’hui. Un peu avant, c’est Psykup qui a régalé la scène française et alentour. Et au tout début, ce fut donc Delicatessen. À eux trois, ils ont formé le triangle du Rock/Metal Toulousain du début des années 2000.

Delicatessen n’est donc pas le film de Jean-Pierre Jeunet, bien que nous ayons également affaire à un monde étrange, farfelu, burlesque, mais aussi extrêmement poétique. Une démo « A l’Ombre des Lithis » et un premier album « Zoologic » ont permis au groupe d’étaler leur culture, leur univers si expérimental, si coloré et original, empreint de passion, d’émotion et d’un cynisme ravageur dans une musique des plus rocambolesques. « … Moments d’Absence… » est différent. On y retrouve toujours la patte humoristique et dérangée du quatuor, mais ici, il y a autre chose. Il y a de l’amour, il y a de la poésie, il y a de la passion, il y a de la peine, il y a de la souffrance, il y a de la tristesse… Tristesse masquée derrière un mur de cynisme écœurant, mais si parlant…

L’ensemble est chanté d’une voix de maître, bien qu’extrêmement déconcertante au premier abord. François peut faire un chant proche du rap dépressif (« Hibreak »), un long discours narratif et rempli d’émotion (« Indie »), une voix arrondie, presque mielleuse (« XX613 »). Mais c’est bien sur sa voix purement émotionnelle, planante, magnifié par des textes d’une incroyable poésie (« Hostenwall », « Anathème ») qu’elle nous touchera principalement… Mais le chanteur sait aussi nous faire rire, notamment sur ces courts hurlements presque Heavy mêlé à des intonations semblables à un speaker (« Jaz is the Teacher ») ou encore cette voix d’une incroyable puissance oppressante (« D-Stress »). Sa voix se fait instrument, ni plus ni moins.

Musicalement, l’ensemble se révèlera également d’une incroyable pureté. D’instruments saccadés et assourdissants de par leur sensation de jeu désaccordés (« Hibreak », « D-Stress ») ou tout simplement d’un jeu incroyablement fin et précis et magnifié parfois de solos d’une force atmosphérique sans pareil (« Indie », « Hostenwall », « Cesare », « Anathème ») et encore d’un sens inné de l’improvisation intelligente et du changement de rythme effréné (« Georges Superlover de l’Istanbul Club », « Jaz In the Teacher »). La basse en est presque l’instrument principal, sa rondeur, sa précision chirurgicale et surtout le fait que le mixage la mette autant en avant ne peut en faire aucun doute, sa puissance n’en est que plus palpable sur « George Superlover de l’Istanbul Club » ou « XX613 ». La batterie, sans imposer une technique incroyable, s’en sort avec beaucoup d’honneurs en proposant des frappes aux sonorités très variées, parfaitement en adéquation avec la musique.

La musicalité du groupe sera notamment démontrée sur les trois pistes instrumentales. Si « In Die… » se fait une formidable introduction à « Indie » avec ce son de corne apportant une atmosphère sombre et dramatique du plus bel effet, « Until Tomorrow’s Dawn »pousse l’expérimentation encore plus loin avec ces bruitages angoissant pour introduire le chef-d’œuvre de ce disque, « Hostenwall » ; entre explosion d’émotion et longs moments d’attente angoissante. « Cesare », qui conclut l’album, permet de calmer nos émotions, de nous offrir un repos bien mérité après ces quarante minutes d’émotions intenses. Le bruit des vagues sur les rochers, la guitare qui caresse ses notes d’une manière délicate et pure, une basse d’une rondeur parfaite…

Vocalement et musicalement, ce disque impose un panel de sensation sans pareil. Mais textuellement, le groupe franchit un cap. D’une envie d’amour poussant au suicide (« Hibreak ») à celle poussant à la souffrance la plus pure qui soit (« Indie »), de l’érotisme passionnel et du désir charnel (« Anathème ») à la déclaration la plus mielleuse (« XX613 »). De la folie simple et émouvante (« Hostenwall ») jusqu’au délire de se croire irrésistible alors que nous ne sommes rien (« Georges Superlover de l’Istanbul Club ») en passant par des délires incompréhensibles et complètement barrés (« D-Stress », « Jaz Is The Teacher »).

Mais « … Moments d’absence… » n’est pas un disque que l’on peut précisément décrire. Ce disque est tellement varié et bouleversant qu’il collera à la peau chacun de nous tout en étant foncièrement différent selon notre ressentie personnelle (l’indescriptible « Mécanique Solution »…). Malheureusement, le groupe n’est plus et ce depuis maintenant sept ans.

Découvrir une œuvre comme celle-ci tant d’années après n’en est que plus attristant …