octobre 1st, 2012

Muse est un groupe étonnant. Toujours à la recherche du grain qui pourra renouveler constamment leur musique. Le groupe en a parcouru du chemin depuis leur début prometteur avec « Showbiz » ou « Origin of Symmetry » jusqu’à la reconnaissance mondiale d’ « Absolution ». Toutefois, « Absolution » n’a pas pu empêcher le groupe de glisser quelques passages pompeux aux milieux de compositions toujours aussi enlevées et prenantes. « Black Holes & Revelations » a laissé un arrière-goût amer. Beaucoup plus facile d’accès, beaucoup moins grandiloquent… « The Resistance » a continué de diviser les fans. Certes, l’apport d’une orchestration cette fois-ci plus organique et pure avait quelque chose de rafraîchissant, mais ça reste un album transitoire pour Muse, vers quelque chose de plus « vendeur »…

« The 2nd Law ». La seconde loi de la thermodynamique. Tout un programme. Déjà, il est question d’une pochette assez … original. Human Connectome, un laboratoire d’imagerie cérébrale, en est « l’auteur ». Le site du laboratoire décrit l’image ainsi : “Architecture de la substance blanche du cerveau. Mesuré avec l’imagerie de diffusion spectrale (DSI). Le code couleur des fibres dépend de la direction. Rouge : gauche-droite. Vert : avant-arrière. Bleu : à travers le tronc cérébral.”

Muse avait déclaré que cet album serait plus sobre, moins orchestré et plus terre-à-terre que les précédents, un album que Matthew Bellamy souhaite plus personnel et émotionnel. Un approfondissement du côté électronique est également de la partie (ceux qui ont regardé le teaser peuvent facilement le deviner). Tirer un trait sur la musique Musienne pour tenter autre chose, au final, une approche plus expérimentale, Dominic Howard déclarera d’ailleurs que cet album lui rappelle le chef-d’œuvre « Origin of Symmetry ».

Les critiques enthousiastes des proches du groupe sur ce nouvel album tombent l’une après l’autre, Muse voit même une de ses chansons devenir l’hymne officiel des Jeux Olympiques de Londres de cette année, un sacré coup de pub dont le groupe n’a peut-être pas franchement besoin. D’un point de vue totalement personnel, quand cet album tombe dans mes mains, en quelque sorte en avant-première, j’ai une petite appréhension… Ni la pochette, ni les quelques titres sortis en streaming depuis ne m’ont donné envie de me repencher sur ce groupe. Mais pourtant, je me jette quand même dessus, je dois savoir où le groupe en est, si le vent glaciale ressentis à l’écoute de « The Resistance » s’est réchauffé.

« The 2nd Law » est un disque déconcertant… Une sorte de crise d’épilepsie musicale, quelque chose dont on ne parvient à trouver le bon sens, parfois persuadé qu’on écoute ce disque à l’envers. On le tourne, on le retourne … Non, il n’est pas rayé pourtant. De toute évidence, ce disque pue l’in-originalité sous couverture d’une « originalité » soi-disant novatrice en ce qui concerne la musique du trio Anglais. Après, textuellement, le groupe écrit sur ce qu’il maîtrise le mieux : l’amour, la peine, la vie et surtout sur le monde qui nous entoure, sur sa corruption et ses blessures.

Maintenant, je m’explique sur la musique. Il n’y a aucun fil conducteur dans ce disque, toutes les chansons sont mises à la queue par simple tirage au sort et aucune ne se démarque comme étant du Muse. C’est simple, ce « riff » de basse qui introduit « Panic Station » semble tout droit sortis d’ « Another One Bites the Dust» de Queen. On sait que l’ancien groupe de Freddie Mercury est l’une des principales sources d’inspirations de Muse, mais là, ça fait un peu pompage en règle. Les envolées vocales et le refrain archi-pompeux perpétuent cette sensation de réchauffage musical en règle. Du côté du premier single, « Madness », on semble se rapprocher davantage d’une mauvaise copie de Prince. L’instrumentation plate et la voix de Matthew qui n’emmène guère plus loin qu’à la boulangerie d’à côté. Même le final grandiloquent ne parviens qu’à ennuyer davantage… « Big Freeze » la joue Rock 80’s à inspirations diverses, sauf ce qui peut être novateur. « Big Freeze » est du même acabit, avec un petit côté U2 sur la guitare.

Rassurez-vous, Muse ne fait pas que pomper les autres, en effet, le groupe aime se pomper lui-même. « Explorer » en est l’exemple-type. Un titre à la croisée d’ « Invincible » (Black Holes & Revelations). C’est très criant à partir de la moitié du titre, même tonalité de voix, même instrumentation. « Follow Me » ressemble un peu trop à « Take a Bow » pour être véritablement prenante. Avouons également que ça n’est pas l’électro façon « feuille qui sort en saccade de la photocopieuse du bureau » qui va sauver les meubles. « Survival » touche également le vieux Muse à un degré différent (ou peut-être même du Supertramp, si on creuse suffisamment), ce titre semble toucher un peu tous les albums dans un groove parfois semblable à « I Belong to You » et à quelque chose de bien trop grandiloquent pour être naturel.

Seul « Supremacy » sauve légèrement les meubles. Un (plus ou moins) véritable Rock-Symphonique où Matthew révèle qu’il a encore une voix prenante sur un titre frissonnant. Les riffs, sans être foncièrement fantastiques, sont suffisamment durs pour accrocher l’oreille, tout comme l’apport orchestral, dans le ton. Quant aux envolées vocales suraigües des pré-refrains… À la convenance de chacun. « Animals » a encore un peu de charme, même si les accords de guitare semblent encore une fois terriblement mal inspirés et trop ressemblant à … du Devin Towsend.

« Save Me » et « Liquid State » sont différentes. Le fait que ça soit Christopher Wolstenholme au chant y est pour quelques choses. Deux chansons profondément mélancoliques et relativement originales, pour le coup. Chris a une voix aérienne et planante, plaisante surtout. Si « Save Me » est étrangement calme, « Liquid State » accélère le tout sur des riffs un peu trop semblables à « Supremacy ». Assez efficace, toutefois.

Comme « The Resistance » et son « Exogenesis », « The 2nd Law » possède sa symphonie finale. Sur neuf minutes instrumentales, uniquement relayé par des chœurs et des samples vocaux, le groupe prouve qu’il est encore capable du meilleur. La symphonie est grandiose, prenante, rythmée, puissante, envoutante. Mais le groupe est aussi capable du plus … perturbant. En témoigne cette coupure Dubstep-Symphonique. Si l’idée en soi est plus ou moins originale (même si on se souvient du nombre de groupe de Rock-Metal tous genres confondus qui se sont cassés les dents à faire des mélanges de ce type), il n’en reste pas moins qu’on parle de Muse, là. L’expérimentation déborde et risque à tout moment de submerger le groupe avec une musique qui ne lui ressemble pas. À l’appréciation de chacun. « Isolated System » conclut l’album sur une note positive, ne se concentrant que sur la symphonie et laissant l’électronique quelque peu en arrière-plan.

Ceux qui ont découvert Muse à partir de « Black Holes & Revelations », ou bien ceux qui parviennent à faire abstraction du passé du groupe peuvent éventuellement aimer ce disque. « The 2nd Law » n’est qu’une pierre de plus posée sur le chemin de l’auto-parodie. Un disque infect, caricaturant Muse sur chacune de leurs tentatives. Tout est en surdose ici, Muse touche tout ce qui a fait le succès de la musique d’aujourd’hui en le transformant en une bouillie répugnante. C’est pompeux, c’est mal fait, c’est d’une facilité affolante, tout juste bon à exciter les jeunes fans en fleurs qui se jetteront sans vergogne sur ce disque pour le transformer malgré tout en un énorme succès.

Je retourne écouter « Origin of Symmetry ». Il y a dix ans, Muse tenait le futur du Rock Anglais. Aujourd’hui, le groupe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Tristesse.

juin 22nd, 2012

C’est une question à laquelle bien du monde a envie de répondre. Si aujourd’hui, des albums comme « The Bends » ou « OK Computer » (et même les suivants) ont permis à Radiohead d’asseoir sa domination sur la scène indépendante, leur premier album « Pablo Honey » aurait très bien pu empêcher le groupe de se développer davantage. Les années 80 et 90 ont vu la naissance de ce qu’on appelle couramment des « One Hit Wonder », à savoir des artistes qui, dans toute leur vie, seront toujours associés à un seul titre, qu’importe ce qu’ils auraient pu faire à côté. Dans les plus connues des « One Hit Wonder », on peut notamment noter des titres phares des années 80 comme « Born to Be Alive », un seul titre et Patrick Hernandez n’a besoin de rien d’autre pour vivre correctement sa vie. On pourrait encore nommer des dizaines d’autres, mais je crains fort que le propos soit hors-sujet.

Pour en revenir à Radiohead, lorsque ce groupe sort en 1993 son premier album, « Pablo Honey », il en ressort un titre, vous l’aurez probablement deviné, il s’agit de « Creep ». Si au départ, cette chanson est boudée par les radios anglaises, les Américains se font l’écho de ce titre. Alors que le monde est en pleine vague Grunge dû au succès de Nirvana, Pearl Jam ou Soundgarden entre autres, « Creep » anéanti tout sur son passage. Cette mélodie entre moments de calme et refrains plus lourds, cette voix dans laquelle on ressent une profonde tristesse et une émotion sans pareil accompagné de ses passages hauts perchés qui ont pu influencer le chant de Matthew Bellamy (Muse) plusieurs années plus tard lors d’un « Showbiz » acclamé. Le succès est tracé : seconde place au US modern rock chart et la septième place au UK singles chart.

Mais tout succès à son revers. « Creep » était l’ange gardien du groupe, il en deviendra très vite le fardeau. Radiohead va devoir traîner ce titre comme un boulet le long de cette année 1993, les gens ne venant à leurs concerts que pour ce titre et repartant ensuite. « Creep » « Creep » « Creep » ! Les gens n’avaient que ce titre à la bouche, les autres singles issus de ce premier album étant chacun plus ou moins des échecs. Avions-nous affaire à un nouveau titre unique d’un groupe ne signant qu’un seul succès avant de s’éteindre définitivement ? Heureusement, non. Le groupe va contrer avec la manière ce titre en signant en 1994 l’EP « My Iron Lung » (qui sera une chanson antithèse de « Creep »). Le groupe va évoluer, il est désormais clair que « Creep » sera oublié, tant pis pour les fans de la première heure. Et grand bien en a fait au groupe, qui signera plusieurs albums dans les années suivantes, jusqu’à atteindre l’apogée mondiale d’ « OK Computer » qui propulsera par la même occasion le groupe en pause par trop de pressions. Mais c’est une autre histoire.

Si le public l’a presque ignoré à ce moment-là, il est important de noter que « Pablo Honey » contient également onze autres chansons avec « Creep ». Sortis en pleine vague Grunge, certains titres se démarqueront par leurs caractères bien rentre-dedans comme « Anyone Can Play Guitar », jouant sur des guitares saturées et une basse extrêmement présente et précise. Le morceau a beau souffrir de quelques banalités, il en demeure tout de même très accrocheur. Le titre introducteur « You » bien Rock et rythmé comme il faut, excellemment bien accompagné par Thom York et son timbre mélodieux. « How Do You ? » : courte et entraînante. « Ripcord » insiste davantage sur le changement de rythme de l’ensemble, des guitares toujours saturées, mais manquant de pêches, trop mises en retrait et une batterie jouant habilement sur un chant à la limite de la pop.

La Pop, parlons-en ! Certains titres sont d’une facilité déconcertante, pas mauvais pour autant, mais pas suffisamment accrocheurs pour y repenser par la suite. On peut ainsi y nommer « Prove Yourself », court, efficace, entraînant, très facile, des choeurs peut-être un peu niais. « I Can’t », plus longue, mais basée globalement sur le même aspect que le titre précèdent tout en rajoutant un Thom York qui tente d’aller parfois un peu trop loin dans le chant émotionnel pour le rendre un peu poussif et ennuyant parfois. Le petit moment acoustique « Thinkin About You » n’apporte pas un énorme plus à cet album, bien que ce morceau soit agréable et délicat. « Vegetable », sympathique, mais anecdotique, restera dans la mouvance de cet album.

L’album contient également quelques titres plus longs comme la ballade « Stop Whispering » qui aurait davantage gagné à être raccourci tant ce morceau agréable se révèle rapidement lassant. C’est d’autant plus idiot que l’ensemble est véritablement prenant, les envolées vocales de Thom sont splendides, tout comme l’instrumentation globale, qui laisse la part belle à des riffs dissonants autant qu’à des passages très délicats. On ressent une certaine insouciance dans le jeu… Insouciance dans le chant sans pression de Thom sur « Lurgee » et sa magnifique guitare, très atmosphérique. Le morceau de conclusion, l’étrange « Blow Out », s’appréciera au gré de chacun. Calquée sur un modèle déjà fouillé dans l’album entre couplets très calmes et refrains un peu plus dans la saturation. Les envolées de Thom sont, certes agréables, mais relativement agaçantes.

« Pablo Honey » nous montre un groupe talentueux, bien que l’insouciance de leur jeunesse et un certain manque d’expériences se ressentent dans les compositions d’un disque qui ne se démarque pas vraiment de la scène Rock de ce début 90. Le premier album de Radiohead ne laisse ainsi aucunement présager la tornade que le groupe engendrera en plusieurs années au point de devenir l’un des groupes majeurs de la scène Rock britannique, inspirant derrière eux de nombreux autres groupes comme Muse, Travis, Coldplay ou encore Placebo, à des degrés différent. Un bon album à défaut d’en être un grand, pour un jeune groupe dont les membres ne pouvaient raisonnablement pas imaginer l’engouement qu’ils susciteront année après années.

juin 16th, 2012

« Nous avions des chansons que nous ne voulions pas perdre, que l’on ne voulait pas voir sur une étagère pendant quatre ans, nous avons donc décidé de rompre avec notre manière de travailler et de terminer les chansons rapidement avant de les rendre publiques. C’est 2012, bordel, l’idée d’attendre des mois pour les sortir semble tellement démodé. » – Tom Barman, chanteur de dEUS.

C’est sur ces mots que « Following Sea » sort à la surprise générale. Le groupe Belge nous ayant toujours habitués à des sorties espacées de plusieurs années surprend en sortant leur septième album moins d’un an après « Keep You Close ». Mais en se penchant davantage sur la question de ce nouvel album, on apprend rapidement qu’il s’agit simplement de chutes du studio lors de l’enregistrement de « Keep You Close ».

« On a encore d’autres morceaux de côté mais on les sortira comme EP, des choses plus poppy, plus live, plus explosives, moins polies… Mais pas un album homogène. » – Tom Barman lors de la tournée promotionnel de « Keep You Close ».

Finalement non, une sortie groupée en un seul album suffira amplement. Toujours produit par Adam Noble, « Following Sea » sera-t-il un véritable album ou simplement un recueil de face-B ? Le groupe, pionnier du Rock Belge et l’un des premiers à avoir réussi à s’exporter mondialement, prend un énorme risque en sortant un disque alors que « Keep You Close » est encore d’actualité.

Le groupe en a parcouru du chemin depuis leur début sur la scène anversoise (dont la tradition veut que chaque musicien qui en croise un autre forme un groupe dans l’heure qui suit cette rencontre). Un « Worst Case Scenario » (1994) véritable kaléidoscope d’influences, « In a Bar, Under the Sea » (1996) plus jazz et légèrement plus calme, « The Ideal Crash » (1999), considéré par beaucoup comme l’œuvre suprême de la discographie du groupe. Ce succès entraînera la mise en pause du groupe jusqu’en 2005 et un « Pocket Revolution », le plus gros succès du groupe. Malgré les énormes ventes de « Vantage Point » (2008), les critiques sont plus que mitigées alors qu’ils voient en « Keep You Close » (2011) un certain retour aux sources. Que va donner ce « Following Sea » alors ?

« Quatre Mains » ouvre donc l’album. Mélodique, sombre, chant parlé avec calme, entre un croisement avec un air de Gainsbourg et la tonalité de voix grave et rassurante du chant clair de Reuno Wangermez (chanteur du groupe de Fusion/Hardcore Lofofora, écoutez donc la ballade « L’Eclipse » des Lofo pour constater la ressemblance vocale entre lui et Tom). Le titre mélange allègrement et efficacement des touches Rock avec quelques cordes et des claviers très discrets. « Quatre Mains » est aussi le premier véritable titre (à savoir, sortis sur un album) chanté en français par dEUS. Une entrée en matière terriblement efficace et groovante, malgré que ce titre ne soit qu’une version retravaillée de « Paper Bones » de l’album précédent, formant une sorte de continuité puisque cette chanson en était le morceau de conclusion.

Par la suite, on trouve sur cet album à boire et à manger. Les dix titres composant ce septième opus sont vraiment différents, proposant diverses atmosphères plus ou moins chaleureuses, à la croisée du Rock, du Jazz, de quelques relents pourquoi pas un peu Country… Un large panel d’influences. Et certains sortent moyennement, comme en témoigne la doublette pop « The Soft Fall » et « Crazy About You ». L’ensemble trop pop de ce premier morceau nommé flirte parfois avec une légèreté bien trop sucrée, notamment au niveau des chœurs. Concernant le second, on penche davantage pour la ballade « classique ». Concrètement, elle n’apporte rien de vraiment essentielle à l’album, la légèreté de ce morceau est vraiment identique à ce que l’on entend un peu trop souvent chez les groupes Pop-Rock basique. Alors bien exécutée, c’est certain, mais manquant cruellement d’originalité (encore ces mêmes chœurs).

Au niveau des titres sortant du lot, on peut noter les élans un peu Far West de « Sirens » en s’imaginant un duel au soleil (sans faire de voeux, comprenne qui pourra) dans une rue déserte, uniquement bercé par un vieux cow-boy. « Girls Keep Drinking » la joue un peu funky après cette intro électronique. La basse groove extrêmement agréablement, la guitare propulse de légers riffs dansants, le chant est purement remuant, presque proche d’un flow hip-hop. Agréable, mais finalement très anecdotique. « The Give Up Gene » laisse, elle aussi, la part belle à la basse, peut-être même un peu soul parfois. Très bon moment. Moments brefs avec les deux titres courts de cet album (moins de trois minutes). « Nothings » impose une patte terriblement relaxante, des guitares proches des sonorités des titres les plus calmes d’Agora Fidelio, une voix mélodieuse et franchement agréable. Un régal, ni plus ni moins, qui contraste fort avec « Fire Up the Google Beat Algorithm ». Une atmosphère rock rapide, le chant de Tom redevient similaire à « Quatre Mains », mais se débite à un rythme très rapide, très difficile à suivre et finalement quelconque, à se demander pourquoi ce délire, d’un coup. Ces cinq titres constituent en soi le ventre mou de l’album. Du très bon qui alterne avec du passable au sein d’un même morceau souvent.

Il reste deux titres plus progressifs, plus longs, plus prenant, plus envoûtant. « Hidden Wounds » est un chef-d’œuvre d’émotions et de pureté. Une guitare qui monte en saturation, un chant d’une incroyable beauté… Le morceau dure plus de six minutes et pourtant, il semble si court… Le morceau de conclusion « One Thing About Waves » propose un ensemble plus rock, une guitare tout en résonance pour servir une batterie lourde et puissante. Une voix impressionnante, très expressive, capable de porter à elle seule toute la progression de ce morceau, duo entre les différents vocalistes du groupe. Un chant parfois aigu auquel répond une voix plus grave. Un break pour magnifier l’ensemble très atmosphérique du tout pour partir sur une explosion somptueuse à la guitare. Et cette conclusion au piano… Un duo de titres tout simplement splendides, ni plus ni moins.

« Following Sea » n’est pas vraiment un nouvel album. Ce n’est pas non plus réellement une simple compilation de face-B. C’est un disque à part dans la discographie du grand groupe Belge. On sent toutefois une certaine liberté sur ce disque, une spontanéité un peu retrouvée peut-être. De nouvelles tentatives au niveau du son, de la construction… Mais au fond, un peu trop de tout et de n’importe quoi, quelque chose de très agaçant qui se ressent essentiellement dans les morceaux faisant le cœur de l’album, car que ce soit les premiers ou le(s) dernier(s) morceau(x), la construction relève du dEUS pur et l’ensemble frôle la perfection.

Peut-être qu’un simple EP aurait été suffisant, en fin de compte…

novembre 12th, 2011

Muse … Ce trio possède une particularité : soit on aime, soit on n’aime pas. Ce son si particulier, mélange habile de rock tantôt pêchu, tantôt rêveur, de symphonie envoûtante, d’électro efficace et de synthé omniprésent. Personnellement, il est l’un des groupes que j’ai le plus écoutés lors de mon entrée dans la terre Rock/Metal il y a déjà plusieurs années, encore dans les temps du collège.

Mais avant Muse, ce fut tout un enchainement de noms, tous plus originaux les uns que les autres comme les Rocket Baby Dolls ou Fixed Penalty entre autres. Et puis fin 90’s, le groupe opte pour Muse, un nom « court et puissant » selon les dires de Matthew Bellamy. En 1999, « Showbiz » effectue une entrée très remarquée dans la sphère Rock grâce à un son efficace et de très nombreuses inspirations sur tout un tas d’autres groupes. En 2001, Muse sort « Origin of Symmetry », chef-d’œuvre musical intemporel. « Hullabaloo », compilation de face-B et « Absolution » (2003) ne parviendront pas à faire de l’ombre à « Origin of Symmetry », malgré leurs énormes succès commerciaux. Et c’est sur cette optique et cette interrogation que sort « Black Holes and Revelation » en 2006. Si tous les fans baveux se sont sans vergogne jetés sur cette galette, d’autres connaisseurs (ce que je n’étais pas à l’époque et ce que je ne pense toutefois pas encore être aujourd’hui) ont pu se poser cette question légitime : Muse est-il devenu une pompe à fric ?

Bien difficile de répondre à cette interrogation. Le groupe semble toujours faire la musique qu’il aime, sa démarche ne peut donc être considérée comme du « faire vendre ». Néanmoins, certaines compositions semblent beaucoup plus fournies. N’attendez pas là spécialement un point fort, car la majeure partie des compositions d’ « Origin of Symmetry » étaient également très fournies, mais possédaient davantage de sens que « Black Holes and Revelations » qui semble bien trop souvent surfait. Et vas-y que je te met un violon, et tiens le piano ça fait joli, puis tiens un p’tit riff de guitare qui passe bien, oh et puis Chris, secoue la tête un peu en t’excitant sur ta basse, ça fait classe.

Le succès de « Black Holes and Revelations » est tel que le malheureux « Starlight » est touché par le syndrome du « trop entendu ». Toutes les radios, toutes les télés, tous les médias nous l’ont tellement ressorti que l’on finit par dénigrer cette chanson pourtant intéressante, même si elle ne révolutionne pas grand-chose. Cette ligne de basse lourde et ces deux cassures plus rock où la guitare est davantage mise en avant sur ce chant toujours très haut perché de Sir Bellamy en font une chanson plutôt sympathique. Quant à « Supermassive Black Hole », qui a eu l’honneur d’être le premier single de cette galette (et non, ce n’est pas « Starlight »), ce titre nous offre une sorte de pop-indus au rythme extrêmement pesant mêlé à une très agaçante voix suraiguë jusqu’au refrain et ses « ouhouhouh » niais comme pas permis … Chanson que deux types de fans très distants ont pu découvrir : Twilight pour les uns, Fifa 07 pour les autres. On fait notre pub comme ont peu après tout.

Si « Absolution » contenait de bonnes idées mélangées à des mauvaises, soyez conscient que vous ne trouverez pas de vraies différences ici, le mauvais goût côtoyant efficacement des chansons très intéressantes. J’ai trouvé très lourd et monotone le « Soldier’s Poem », où, aux commandes de sa guitare acoustique, Bellamy nous la joue crooner-bisoUnours, alors que d’autres y verseront peut-être le trois quarts d’une larme. Toutefois, le morceau possède UN indéniable point fort : il est court ! « Take a Bow » nous sert une très mauvaise copie du génialissime « Bliss », le piano remplacé par une nappe extrêmement indigeste de claviers nous desservant un flot de musique classique d’un nouveau temps particulièrement insipide alors que les vocaux de Bellamy, qui montent progressivement dans les aigus demeurent, eux, de toute beauté jusqu’à cette explosion de guitare un peu trop saturée (à moins que ça soit ma version…). Mais l’auto-plagiat ne s’arrête pas là et « Assassin » ressemble à s’y méprendre à un certain « Stockholm Syndrome » … Lignes de guitare à peine changées (devenues très … plates … zzz), lignes de chant accompagné par des chœurs extrêmement désagréables… Le refrain ne fait qu’accentuer cette sensation de recyclage. Toutefois, « Assassin » apporte une légère pêche bienvenue au milieu de toutes ces expérimentations. Si « Hoodoo » possède une sensibilité certaine et une très belle émotion, ces lignes de piano semblent ici également très ressemblantes aux lignes présentes sur « Origin of Symmetry ». Si Muse savait faire des ballades de toute beauté, celle-ci n’est que chouinarde et rapidement soûlante.

Mais certaines expérimentations valent le coup. « Map of the Problematique » et son rythme lourd ainsi que cette guitare semblable à un écho et accompagné d’un chant sobre et efficace nous permet de relever correctement la tête. « Exo-Politics » est la pièce maîtresse de cet album. Ce rythme puissant et martial servi par les chœurs de Chris’ et les refrains très énergiques n’auront aucun mal à faire bouger les foules. Enfin, « City of Delusion » fusionne avec talents des rythmes orientaux, hispanique avec ces refrains où la guitare sature d’une façon excellente, le tout pour nous donner seulement envie de nous lever et de danser aux rythmes de cette musique taillée pour l’évasion.

Et il y a également les titres « mi-figue, mi-raisin ». Sur fond de marche militaire, « Invincible » joue la carte de la ballade progressive, se finissant par un passage très rapide à la guitare. Ce qui ne va pas ? On voit venir le morceau à des kilomètres à la ronde, tout est tellement téléphoné… Le titre final « Knights of Cydonia », sorte de pseudo-« Bohemian Rhapsody » commerciale, jouit de rythmes infects et tout simplement risibles toute la première moitié de la chanson, un agacement qui se fait encore plus sentir sur le break du milieu où la voix haut perchée de Matthew est mélangée à une tonalité électronique insupportable. Et puis arrive un final sur des riffs que l’on pourrait comparer parfois à ce dont nous ont habitué quelques pointures du Heavy. Un final qui lui, par contre, possède de la gueule et même une très bonne.

« Black Holes and Revelations » n’innove pas. Oh ça non ! On a juste l’impression que le groupe était en grosse panne d’inspiration et a pensé que réchauffer « Origin of Symmetry » et surfer sur la vague « Absolution » suffirait à en faire une pointure, il n’en demeure pas mieux qu’une espadrille. Mais malgré tout, il demeure un album plutôt agréable, que l’on écoute avec plaisir tant celui-ci reste très simple d’accès. Le mieux reste que vous vous fassiez vous-même votre opinion ceci dit. Le style des anglais est tellement indéfinissable que chacun y trouvera son compte. Toutefois, si vous êtes un fan d’ « Origin of Symmetry », il y a fort à parier que cette galette vous paraîtra bien fade …