avril 15th, 2013

Petite quintette de cinq amis multi-instrumentistes (car s’échangeant régulièrement leurs instruments sur scène), Maddalena arrive sur la planète Rock française en toute décontraction. Au travers d’une musique extrêmement intimiste et mélodique, où la douceur côtoie l’énergie, les Parisiens nous font découvrir cet univers mélancolique, remplit de “Dame Impala” (présente ainsi sur la pochette, ou ce crâne se retrouve posé sur un mannequin très apprêté).

Ce premier disque autoproduit, sobrement intitulé « Maddalena » donc, est l’un de ces albums que l’on ne trouve que trop rarement aujourd’hui. Ces EP/démo inauguraux de la vie d’un groupe, transpirant la joie de composer, l’insouciance des débuts. Cinq titres apposant tout de même près de 25 minutes de musiques, cinq ambiances à déguster au coin du feu, amoureusement.

« Naked Salomé & Glover Bandini » est un titre introducteur idéal, démontrant ce mélange de sensibilité et de folie propre à Maddalena. On ne sait vraiment où donner de la tête entre tous ces instruments virevoltant durant ces cinq minutes de mélodies, entièrement dépendante des rythmes variés de la batterie, sur des variations intenses de piano et de guitares aériennes, ou presque jazzy, de basse ronde et de ce chant variant avec aisance entre des intonations sensibles et un groove épatant.

Pour un moment presque charnel, la lente « Five Months in Suit » vous permettra peut-être de séduire avec talent lors de vos slows langoureux. Alors que Julien place une voix à tomber, surtout lors de ces passages plus “énervés”, comme une colère libératrice, chacun des musiciens assurent leurs atmosphères avec talent pour apposer une atmosphère extrêmement intime et belle. On appréciera la basse apposant son écho, la guitare et son solo reposant (point d’orgue pour celui (ou celle-ci ?) qui osera passer le cap du baiser), où sa batterie, quoiqu’un peu trop en retrait par moments. Romantisme qui se concrétise avec la davantage planante « Virgin Whow », s’imaginant un moment de notre vie se déroulant aux ralentis, laissant pour nous davantage de temps pour observer et être attentifs à ces rythmiques lentes, ces guitares résonnantes et finement menées, et cet ensemble basse-clavier-batterie diaboliquement agencée pour établir l’ensemble le plus planant qui soit.

Sous une ambiance globalement différente sur l’ensemble de l’album, les cinq Maddalen-iens se font plaisir et on le ressent très bien sur la pop et mouvante « Paris Dressed in Lights », clavier catchy, voix et chœurs planants, les guitaristes se relaient avec réussite, ce que l’on ressent dans les solos très différents, l’un plus “épique”, l’autre bien plus rapide. Cette ambiance se perpétue dans le titre de conclusion, « Club Cigar », tout en étant extrêmement différente. Une atmosphère davantage feutrée, toujours ce petit air de jazz, une guitare acoustique dansante, un ensemble de percussions à même de faire claquer nos doigts, dansant comme pas deux, et une voix toujours aussi groovante, y compris dans son court passage en langue française.

On en aurait bien voulu plus, mais préservons la qualité à la quantité. Toujours est-il que Maddalena se dote dès ce premier EP d’une identité forte qu’il faudra maîtriser par la suite, afin de toujours conserver cet art musical intimiste et harmonieux, sans tomber dans une forme de surenchère artistique.

janvier 23rd, 2013

Empreint de mélancolie, de douceurs, d’émotions, mais aussi de force, de riff empruntant au grunge, Silversun Pickups se place en digne successeur des Smashing Pumpkins, pour ne citer que ce groupe parmi leurs multiples influences. Un chanteur/guitariste à la voix presque androgyne, le charme et le groove de Nikki Monninger à la basse, le talent d’un batteur à la frappe vive et précise (et d’origine asiatique) n’ont pas manqué de pousser encore plus loin la comparaison avec le groupe de Chicago. Tout ça sans oublier des apports originaux et atmosphériques aux claviers.

« Neck of the Wood » est le troisième album du groupe de Los Angeles. Le cap du troisième album est franchi et les changements sont là. Cet album conserve toujours ce côté mélodique très efficace, tout en cherchant davantage à peaufiner les ambiances et les sonorités, bien plus variées. Et ces ambiances d’avantages poussées auront un impact immédiat sur le format des différentes pistes, dont peu au final se situeront en dessous de la barre des cinq minutes. Des titres plus longs, plus lents sur le déroulement, en quelque sorte. Plus progressif sur la mise en place de leurs atmosphères, « Neck of the Wood » est un disque bien moins immédiat que l’avaient été les opus précédents. Il en résulte un album plus sombre, plus triste que ses deux prédécesseurs. « Un peu comme un film d’horreur » dixit Brian Aubert.

Par conséquent, les titres prennent plus de temps à se lancer. En témoigne le titre introducteur, « Skin Graph », tout en résonance est en écho. La saturation électronique arrive soudainement, relayée par une multitude de frappes rapides. Le rythme se met en place, la voix se lance, mélodieuse et envoutante. On sent déjà ce que sera l’échange entre couplet délicat et refrain puissant. L’ambiance est feutrée, presque intimiste. Le côté psychédélique des couplets laisse sa place à une massivité bienvenue sur le refrain, quand la voix se fait presque féroce.

Certains titres puisent leurs inspirations de façon évidentes sur d’autres de ces groupes qui ont fait vibrer les années 80. Le rock électro de « The Pit » et ses beat électros accompagnés d’accords en réverbération peuvent sans choquer être comparés à ce qu’a pu faire Depeche Mode. Un ensemble pop et lumineux de belle facture. Inspiration New-Wave présente sur les tonalités bien graves et lentes de « Guy-Shy Sunshine ». Le refrain est à apprécier ! Ce groove, ce rythme, extraordinaire.

On trouve sur cet album de belles perles d’inspiration et de talent, comme en témoigne « Dots and Dashes (Enought Already) ». L’ensemble est léger, introspectif. Répétitif sans l’être, Brian impose un timbre de voix exceptionnel, un faux calme oppressant, des hauteurs envoutantes, sur une mélodie de guitare oscillant entre pop mélancolique (cette basse y contribue énormément) et inspirations presque Post-Rock. D’inspirations, « Busy Bees » n’en manque pas non plus ! Les rythmes sont presque tribaux, la voix de Brian est encore une fois intime avant de la laisser une nouvelle fois monter en puissance avant de laisser place à une guitare plus saturée et une batterie d’une technicité infaillible.

D’autres titres, à l’inverse, pêchent un peu par un certain manque d’originalité. Sans être un mauvais titre, « Make Believe » ressemble un peu trop à la ballade pop classique, d’abord douce puis vite Rock. Si tous les passages instrumentaux sont fabuleusement interprétés et la progression bien mise en place, également dans la tonalité montante de la voix de Brian, il en résulte un morceau un peu trop commun pour transcender l’auditeur. Même remarque pour un « Bloody Mary (Never Endings) » ressemblant à s’y méprendre à un titre des Smashing Pumpkins. Si le talent des musiciens arrive tout de même à accrocher l’oreille, on soufflera un peu devant un titre manquant cruellement d’originalité.

Silversun Pickups ne manque pas de maîtrise quand il s’agit de construire des ballades. Naturellement mélancolique, le groupe pousse l’auditeur dans un cocon chaleureux par l’intermédiaire de « Here We Are (Chancer) ». Une batterie synthétique, un piano, une guitare extrêmement discrète délivrant petit riff par petit riff et basse grondante apportant une rondeur non négligeable à l’ambiance. Une voix belle à pleurer et un piano bien en place, un grand moment d’émotion.

Les américains savent envoyer le bois à la perfection quand il le faut. « Mean Spirits » est d’une puissance exceptionnelle ! Démarrant dès le début par un riff saturé, le rythme est entièrement dominé par une basse en saturation et une guitare en finesse et mélodie. Cette puissante et hypnotisante voix accouplée à une guitare aux sonorités Rock maîtrisé, c’est tout simplement jouissif à écouter. Immédiatement après, « Simmer » se place. Le titre phare de « Neck of the Wood » délivre une progression exceptionnelle. Une guitare résonnante pour l’introduire, une basse ronflante pour la remplacer, un ensemble atmosphérique somptueux en guise de refrain. Lorsque la basse lourde prend tout l’espace, c’est pour mieux introduire un final ébouriffant de puissance, entre solos de grande classe et refrain exceptionnel de force et d’émotion.

En guise de final, « Out of Breath » condense ce qui fait la réussite de cet album en cinq minutes. Un premier tiers délicat autant qu’oppressant, telle une pression se renfermant peu à peu sur nous avant d’exploser par une suite de frappes extrêmement rapide de la batterie. Le groove du second couplet donne rapidement sa place à un refrain d’une beauté ébouriffante. Un solo presque dansant et un final grandiloquent d’émotion et de beauté. Une dernière accélération et l’heure d’écoute de « Neck of the Wood » prend fin.

Avec ce troisième album, Silversun Pickups semble enfin s’affranchir de leur comparaison avec les Smashing Pumpkins. Unique et pénétrant, les américains signent un disque plus compliqué, plus sombre, plus oppressant, moins direct, où s’accrocher se révélera plus compliqué qu’avec ses prédécesseurs. Si plusieurs écoutes seront nécessaires pour comprendre enfin tout le sens, « Neck of the Wood » est l’un de ces albums indispensables dans cette sphère si particulière du rock mélancolique, entre douceur et puissance, entre mélancolie et tristesse, entre lenteur et rapidité, du grand art.

décembre 1st, 2011

Akin est un groupe Lyonnais s’orientant vers un Rock/Metal entre l’atmosphérique et le progressif. Il fut les beaux jours de la catégorie « espoirs » de la scène française. On se souvient notamment de leur premier album : « Verse », dont la sortie en novembre 2001 fût accueillie par de très belles critiques élogieuses. On se souvient également de cet EP encourageant sorti deux ans plus tard. On se souvient également des premières parties de groupes plutôt prestigieux qu’ils ont effectuées (dont Within Temptation pour ne citer qu’eux). Akin était alors ce qu’on appelait la relève du Metal à chanteuse en France. Et puis le groupe a tout bonnement disparu. Certains se sont dits que le groupe s’était brûlé les ailes, d’autres ont simplement pensé qu’Akin ne désirait pas de ce succès vers lequel ils semblaient inéluctablement se diriger. Toujours est-il que les rumeurs les plus folles ont circulé en 2009, annonçant un retour du groupe en studio. Rumeur très vite confirmée par le groupe lui-même. Huit ans plus tard, voilà donc le tardif successeur de « Verse », j’ai nommé « The Way Things End ».

Auréolé d’une très belle pochette, semblant représenter l’explosion d’une forme plutôt indécise, ce titre et surtout cette image semblent pourtant présager ce qui ressemble à une sorte d’adieu… Pour cet album, le groupe a vu les choses en grand et les sept membres de la formation se sont fait accompagner par plusieurs membres du conservatoire de Lyon pour les parties à cordes. Une présence totalement bienvenue.

« The Way Things End » reprend les choses où elles se sont arrêtées huit ans plus tôt. Ainsi « The 92nd Flight » et « Cassandra », deux titres déjà présentés sur l’EP « Forecast » ouvriront le bal, mais dans des versions bien sûr remasterisées, le groupe ne se contentant pas de faire un vulgaire copié-collé de leurs œuvres passées. Le premier est une remarquable entrée en matière, ou l’instrumentalisation se mouvant dans un matelas confortable, emmené par la voix angélique et sensiblement sincère d’Adeline Gurtner, qui distille une atmosphère de douceur et de mélancolie. Le second quant à lui, laisse la part belle aux mélodies des instruments classiques et d’une guitare sèche des plus planantes jusqu’à ce très beau solo de quasi-conclusion.

La force principale de « The Way Things End » est de nous proposer quinze titres pour une heure de musique que l’on ne voit pas passer tant ces compositions se veulent très différentes. Entre mélodies Rock, riffs plus agressifs, facettes volontairement complexes et progressives des morceaux, déVersements classiques voire folk (notamment sur le surprenant « Enter Spaceman ») ou jazz (« Coma » et son bruitage d’électrocardiogramme plat concluant une chanson où la basse fait un travail merveilleux, accompagnée de cette guitare s’imbriquant de par de très courts riffs très rapide ou plus longs mais plus aigus, ou même de cette batterie semblable à un cœur qui bat de plus en plus vite avant de s’éteindre), voir quelques relents pop-électro (« No Second Ride » et son rythme extrêmement entraînant accompagné d’une voix électrisée avant de laisser place à la lenteur de ce solo et de la beauté du classique), ainsi que douceur à la guitare sèche, le tout mélangé à une technique variée et irréprochable et à un chant des plus envoûtants, vous risquez de vous surprendre plus d’une fois à remettre cet album en boucle.

Une certaine mélancolie saute directement aux oreilles sur des titres volontairement sobres comme « Falling Deeper » où la voix d’Adeline s’accorde sans problèmes à une tristesse uniquement servie par le classique alors que les instruments dits rock restent finalement très en retrait tout le reste de la chanson pour surtout laisser place à une tristesse palpable. Certaines voix masculines prennent également place, notamment sur « Miller’s End » où un mystérieux parleur à la voix lente et grave, pesante autant que délicate, accompagne une ligne discrète d’instrumentalisation minimaliste. Quand enfin la musique prend le pas sur les textes, c’est pour laisser place à des sonorités extrêmement pesantes et menaçantes, comme un danger que l’on ne peut voir mais qui nous surveille sans jamais agir. Et puis cette tristesse glacée laissera ensuite place à une chaleur accompagnant des rythmes semblant venir tout droit du Moyen-Orient.

Cet album n’est clairement pas du Metal à proprement parler, mais les riffs plutôt secs et agressifs de « Resilience » permettent de secouer un peu l’auditeur, tout en approfondissant volontairement le côté mélodico-dramatique de l’œuvre.

Des guitares techniques offrant une bonne dose de solo sans être grandiloquentes, une basse lourde apportant son lot de profondeur aux morceaux, une batterie présente et suffisamment variée pour plaire à n’importe quel type d’auditeurs, voilà ce qu’on demande d’un bon groupe de Rock. Mais si le tout est accompagné d’une flûte envoûtante (qui a dit qu’apprendre la flûte au collège était inutile ?), d’un violon profondément émotionnel, ainsi qu’en « guest » d’un djembé et sans doute d’un tas d’autres instruments que mon oreille n’a pas encore retenus, nous avons un groupe désireux de nous transporter en une terre inconnue faite de joie de vivre et de tristesse palpable mélangés…

Mais le tout est surtout magnifié par Adeline Gurtner qui soulève à elle seule de sa voix angélique (oui je l’ai déjà dit) cet album déjà splendide. La demoiselle ne force jamais sa voix, n’étant donc jamais dans le « too much » que certaines chanteuses utilisent un peu trop parce que « ça l’fait quoi » (hem). Toujours juste et sincère, il suffit d’écouter sa performance sur « Resilience » pour être fixé.

Le plan d’Akin est parfaitement louable. Ils n’ont aucun désir de proposer des arrangements à trois francs six sous pour servir un grandiloquent Metal Symphonique, le groupe veut seulement proposer le meilleur du rock et le meilleur du classique pour jouer la musique qu’il aime sans aucun désir commercial ou autre. Non, pas du tout. Huit ans, le temps d’acquérir une maturité peut être nécessaire et de nous servir un album tout simplement splendide. Pas parfait, certes, la multitude de compositions et leurs grosses différences rebuteront ceux qui préfèrent les compos direct de trois minutes chrono. De plus, une belle maîtrise est présente, certes, mais de très légères hésitations semblent ressortir de certaines pistes. Toutefois, rien ne viendra gêner une écoute plus que correcte de cet album comme on en fait de plus en plus rarement dans le monde du Rock/Metal.

Akin a dorénavant toutes les cartes en mains pour nous servir un troisième album proche de la perfection. En espérant seulement ne pas devoir attendre huit ans pour y avoir droit.