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FATUM ELISUM (2007 -

 

 

A l’instar d’Ataraxie, Fatum Elisum démontre que le doom death n’est pas un art propre aux Anglais ou à l’Europe du nord et qu’en France aussi on peut sculpter une musique aussi granitique. Sa première démo est à ce titre une leçon.

S’il ne devait en rester qu’un : Fatum Elisum (2008)


FRANCE ORIGINE
DOOM DEATH METAL GENRE
2007 FORMATION
LINE-UP
ENDE (VOCALS)
 HUGO (GUITARS)
CHRISTOPHE (GUITARS)
ASGEIRR (BASS)
CHRISTOPHE (DRUMS)
PAST MEMBERS
CELINE (KEYBOARDS)
SATOR (DRUMS)
 BANDS
LAST OFFENDER, WARKULT
CONTACT

www.myspace.com/fatumelisum

 

 

 

DISCOGRAPHIE

 

FATUM ELISUM (2008 / DEMO)

 

A LIRE

INTERVIEW

 

 

 

INTERVIEW : FATUM ELISUM

 

 

Entretien avec Asgeirr (guitare, basse) réalisé par mail en février 2009.

 

GreG : Que signifie “Fatum Elisum” et pourquoi avoir baptisé le groupe ainsi ?

Asgeirr :  Fatum Elisum signifie destin brisé en latin. J’ai en partie choisi ce nom pour le groupe à une période où j’avais l’impression que tout ce que j’entreprenais était voué à l’échec. Mais j’ai surtout soumis ce nom à mes acolytes car j’avais trouvé intéressant le concept de Fatum développé dans certaines œuvres de Victor Hugo – Notre Dame de Paris, Les Misérables et La Fin de Satan – et qui se traduisait chez cet auteur par ce côté inexorable de l’existence, sa fatalité, bref, des thématiques souvent inhérentes au doom metal. Il s’avère qu’il existe déjà deux groupes ayant le nom de Fatum, dont un originaire de Russie et faisant du doom death metal, d’où le fait d’utiliser le qualificatif broyé. Enfin, j’ajoute que cela sonne mieux en latin qu’en anglais, ce qui aurait donné Broken Destiny.

G. : Apparemment, à vos débuts, vous utilisiez des claviers. Pourquoi les avoir supprimés ?

Asgeirr : Nous utilisions les claviers à nos débuts, en partie parce que la personne jouant du clavier était la copine de notre ancien batteur. En fait tout vient d’une éphémère formation, en quelque sorte la genèse de Fatum Elisum, dans laquelle Sator, notre ancien batteur, Céline (claviers), Christophe (guitares), Ende (chant) et moi-même avions joué, avec un autre guitariste, Jean Cédric Lazare. Nous pratiquions alors une sorte de black doom metal atmosphérique pas mal inspiré par Empyrium notamment. Mais il s’est avéré que lorsque nous commençâmes à répéter avec Hugo (guitares) en mars 2007 au tout début de Fatum Elisum et que s’ébauchèrent les compositions qui allaient figurer par la suite sur notre démo, le clavier ne convenait plus du tout à notre musique, complètement ancré dans le style doom death metal.

D’une part, nous trouvions qu’il aseptisait considérablement notre propos, donnant un côté presque niais à notre musique ; d’autre part, nous trouvions que les mélodies qu’apportait Hugo à la guitare étaient nettement meilleures et surtout bien plus nobles que des sons synthétiques. Enfin, j’ajouterai que plus les années passent, plus je deviens très exigent voire réticent quant à l’utilisation du clavier dans le metal, d’autant que dans le doom death metal, quasiment tout a été déjà fait dans ce registre, et notamment par des groupes comme My Dying Bride, Esoteric et Saturnus, et que nous ne voulions pas être un de leurs énièmes clones.

 

 

G. : Sur la démo, le travail sur le chant est remarquable. Vous l’avez enregistré dans une église, pour quelle raison ? Est-ce que c’est pour lui conférer une dimension plus religieuse encore ?

Asgeirr : Le choix d’enregistrer dans une église est une suggestion de Romain de Post Ghost Recordings, l’association avec laquelle nous avons enregistré notre démo, lorsque nous l’avions rencontré avant d’enregistrer la démo. Celui-ci avait trouvé une atmosphère religieuse dans notre musique et trouvait que cela apporterait un plus évident dans ce sens. D’ailleurs, les textes d’Ende sont pas mal centrés sur des thématiques religieuses et métaphysiques, de questionnements et remises en cause de la religion.

Autrement, et c’est aussi pour cela que cette idée fut très bienvenue de la part de Romain, Ende utilise de la réverbération pour son chant, et plutôt que d’utiliser un effet synthétique en studio, il nous est apparu que cela rendrait nettement mieux avec une réverbération naturelle et plus particulièrement celle que l’on trouve dans une église. Le résultat est en tout cas au-delà de nos espérances.

G. : Comment est-ce d’enregistrer dans une église ? Est-ce que c’est facile d’obtenir l’autorisation de travailler ainsi dans un tel lieu ? 

Asgeirr : C’est assez impressionnant et enthousiasmant d’enregistrer dans une église. Je pense que tant l’ingénieur du son, Julien, que Ende notre chanteur ont pris un réel plaisir lors de ces sessions. Je sais qu’Ende a trouvé cette expérience particulièrement enrichissante d’un point de vue personnel dans la mesure où il avait quasiment pu instaurer un dialogue mystique entre lui et dieu, dans sa propre maison. Il se trouva d’ailleurs face à un bas relief représentant l’Ascension du Christ lors de cet enregistrement, ce qui lui apporta un supplément de motivation pour chanter.

Dans tous les cas, ce fut par exemple assez énorme d’entendre Ende hurler « there is no god » dans une église. Il ne fut pas très difficile pour obtenir l’autorisation auprès de l’abbé Debosschère. Si ce dernier était sceptique quant à la réussite de cet enregistrement, il a tout de même accepté de nous laisser travailler dans l’église de Cailly. Le fait d’avoir un nom de groupe en latin lui avait plu, par contre, je me suis tout de même gardé de lui dire que nous étions un groupe de metal.

 

 

G. : La littérature est-elle une source d’inspiration pour vous et de quelle manière ?

Asgeirr : La littérature est une source d’inspiration à des degrés divers selon chacun des membres, mais elle fait partie prenante des nos influences. En fait, nous avions trouvé qu’il serait assez intéressant de citer les influences littéraires d’Ende qui sont assez riches, non pas pour paraître pédants, mais pour aussi illustrer que nos influences sont assez diverses. Toutes les thématiques abordées par Ende sur notre démo furent souvent nourries de ses lectures, qu’elles soient philosophiques, poétiques, littéraires ou religieuses.

J’ajouterai par exemple qu’un auteur comme Antonin Artaud, qu’affectionne particulièrement Ende, a pas mal exploré certaines thématiques et même des manières de s’exprimer que l’on retrouve dans le metal extrême de nos jours, il suffit d’entendre ce qu’il fit sur l’enregistrement de Pour En finir avec le jugement de Dieu, qui date de 1947 et qui est incroyablement malsain.

Ensuite, même si cela ne constitue pas un challenge pour nous, nous trouvons qu’il est assez intéressant d’inclure de temps à autres quelques citations de tel ou tel auteur, comme ce fut le cas pour La Ballade des Pendus de François Villon sur “Dancer Of Spirals”. Enfin, il arrive assez souvent que nous discutions de littérature entre nous, sans que cela ne vire à un salon littéraire.

G. : Que représente pour toi le doom ?

Asgeirr : Pour moi le doom metal est sans doute l’un des styles de metal qui est resté le plus fidèle à son éthique originelle et qui exprime le mieux certains sentiments humains comme la mélancolie, la tristesse, la folie et l’abattement. C’est un style que j’écoute depuis une bonne dizaine d’années maintenant et qui me captive toujours autant, notamment dans ce fait d’exprimer pas mal de choses avec souvent des moyens minimalistes.

Qui plus est, c’est un genre bien plus diversifié que ce que tout le monde pourrait le laisser penser, entre ses déclinaisons traditionnelles et ses dérivés extrêmes. Ce qu’il y a de bien c’est que la scène évolue sans cesse et même si certaines formations dominent toujours le haut du pavé, comme Candlemass par exemple, il y en a toujours des nouvelles qui attirent l’attention, comme Hooded Menace ou bien encore Circle Of Hate, que je recommande chaudement.

 

 

G. : Il semble y avoir une scène dynamique en Normandie et plus particulièrement à Rouen. Es-tu d’accord ?

Asgeirr : La scène normande est assez dynamique et si quelques groupes comme Ataraxie, Funeralium, Hyadningar ou bien encore Wormfood sont désormais reconnus, il ne faut pas oublier qu’il y a une myriade de groupes derrières dans différents styles, comme Yuck, Warkult, Ode To Decay, Absynth, Stabwound, D.C.A, Asthénie, A.O.D, et je pourrai continuer à en énumérer pendant longtemps. Il est vrai que la scène rouennaise est assez active, même si les conditions ne sont pas toujours optimales pour jouer, la municipalité ne nous soutenant nullement et ne nous permettant pas d’avoir de réelles salles pour que nous puissions jouer dans des conditions décentes.

Enfin, malgré cela, il y a malgré tout une bonne entente globale entre les différents groupes. Enfin, il ne faudrait pas circonscrire la scène normande à celle de Rouen, car elle est active aussi bien au Havre, qu’à Evreux, et également en Basse- Normandie, je pense notamment aux caennais de Way To End. Cela étant dit, le dynamisme de la scène Haute- Normande est sans doute amplifié par la présence d’un disquaire spécialisé dans le metal à Rouen, Hellion Records, qui aide pas mal pour cela. En effet, outre le fait d’y trouver pas mal de disques de notre genre favori, c’est quasiment un lieu de rencontre entre musiciens et un des meilleurs endroits pour promouvoir la scène locale, son gérant, Franck, apportant énormément dans ce sens.

G. : Vous avez de bons rapports avec les mecs d’Ataraxie ?

Asgeirr : Nous avons de très bons rapports avec les membres d’Ataraxie, ces derniers n’ayant aucunement la grosse tête, malgré le succès mérité qu’ils ont désormais. Nous sommes mêmes très reconnaissants vis-à-vis de ces derniers car ce sont eux qui nous ont permis de faire notre premier concert en novembre 2007 en première partie d’Indesinence et de ces derniers. C’est encore grâce à Fred que nous avions pu jouer à Paris en première partie d’Esoteric et que nous allons participer au Rotomagus Doomicus Metallicus Fest le dix avril prochain.

Qui plus est, Fred nous a régulièrement cité dans des interviews récentes lors de la promotion de leur excellent album Anhédonie, donc que demander de plus ? Ensuite, ils nous ont souvent donné de bons conseils, et de toute manière, ce groupe est tout de même un modèle d’intégrité à suivre. Et puis ce serait tout même très débile de se faire la guerre entre nous, alors que nous venons de la même ville et que nous évoluons peu ou prou dans le même genre musical.

G. : Un dernier mot pour terminer ?

Asgeirr : Tout d’abord merci à toi de nous avoir permis de nous exprimer et de ton soutien. Notre démo est toujours disponible, vous pouvez vous la procurer en allant sur notre page myspace : http://www.myspace.com/fatumelisum. J’ajouterai le 10 avril prochain à Rouen le concert en compagnie de Mournful Congregation, Longing For Dawn et Ataraxie, dans le cadre du Rotomagus Doomicus Metallicus Fest et que nous sommes bien évidemment à la recherche de dates de concerts partout en France et même ailleurs. Doom or be doomed !

GreG : Merci.