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TRANCEFER

Hell’o,

Comme vous avez peut-être pu le constater, Stargazer n’est plus actif depuis un certain temps. Après environ un an sur Metal Blogs, j’ai décidé de poursuivre l’aventure ailleurs. Ce n’est pas un blog mais deux (voire trois également) où vous pouvez désormais me retrouver :

STARGAZER : http://stargazer666.blogspot.com

LE CERCLE NOIR : http://cerclenoir.blogspot.com

A bientôt et long live rock’n'roll !

WYRD : KAMMEN (2007)

 Avantgarde -8 / 10

 

Jadis seul jouet de Narqath, un de ces musiciens constamment victimes de diarrhée créatrice, suractivité qui se concrétise par la multiplication de projets plus ou moins sérieux auxquels il collabore (Azaghal, Finnugor, Hin Onde, Vultyr, Valar, Oath Of Cirion, Svartkraft et bien d’autres encore…), Wyrd a finalement beaucoup gagné à devenir, à partir de The Ghost Album en 2006, (presque) un vrai groupe avec l’embauche d’un véritable batteur, JL Nokturnal. Kammen, sa nouvelle offrande, en est la meilleure preuve.

Le son déjà a changé, plus organique, plus vrai car il donne moins l’impression d’avoir été bricolé dans un home-studio par un solitaire des bois (Rota avait d’ailleurs montré les limites d’un one-man-band qui commençait sérieusement à tourner en rond). Ecoutez l’introduction du magistral « The Hounds Of The Falls » ou ces lignes de basse qui vrombissent sur « Cold In The Earth » pour vous en convaincre. Plus puissante, la musique de Wyrd racle désormais les veines d’un black metal qui s’est enrichi d’une profondeur qui jusque là lui faisait défaut.

Seul le chant du maître des lieux reste inchangé. On peut s’en féliciter ou bien le regretter tant l’homme possède tout de même une voix parfois pas toujours très juste. Mais, c’est aussi ça Wyrd, ces lignes vocales un peu maladroites, cela fait partie du charme d’un groupe de série B parmi les plus attachants.

Enfin, autre chose qui n’évolue pas, la durée des titres, Narqath continuant à travailler sur un format épique qui du reste convient parfaitement au style que les Finlandais pratiquent, à savoir ce metal noir pagan et atmosphérique qui préfère les rythmes lents et majestueux aux saillies brutales et sans vaseline. Hymnes à la nature, ces longues épopées savent se parer de cette mélancolie automnale qui rend la musique de Wyrd si belle, si touchante.

Il est permis de considérer Kammen comme l’œuvre la plus aboutie du groupe car à l’inspiration habituelle elle associe désormais un habillage sonore, une interprétation enfin à la hauteur de son ambition. Bref, ce septième album (sans compter le split avec Haïve et Kehrä, le EP Tuonela et Wrath & Revenge) synthétise l’art des Scandinaves ; il alterne morceaux épiques et mid tempo (« The Hounds Of The Falls », l’immense « Rajalla » et ses dix sept minutes au compteur), déambulations atmosphériques, drapées de touches acoustiques (le très beau « October », « Kammen ») et titres plus rapides bien que mélodiques (« Cold In The Earth », « These Empty Rooms », « Soulburn » et ses riffs obsédants) dans la grande tradition initiée par Huldrafolk.

Kammen vient donc confirmer la bonne santé retrouvée depuis The Ghost Album d’une entité toujours culte au sein de la scène noire finlandaise. (09.02.09)

 

TRACKLISTING
  1. The Hounds Of The Falls / 10.15
  2. Cold In The Earth / 4.52
  3. October / 7.27
  4. These Empty Rooms / 5.47
  5. Kammen / 5.29
  6. The Last Time / 6.48
  7. Rajalla / 17.53
  8. Soulburn / 6.32
TOTAL PLAYING TIME : 65.03

 

DISCOGRAPHY

 

 

WARDRUNA : RUNALJOD – GAP VAR GINNUNGA (2009)

 Indie Recordings – 9 / 10

 

Contrairement aux apparences, Wardruna n’est pas le projet solo de Gaahl, grand prêtre de l’Eglise de Gorgoroth, dont la renommée sulfureuse est forcément mise en avant afin de faciliter la visibilité de ce Runaljod qui est en fait le fruit d’un très long travail composé pendant près de six ans par Einar « Kvitrafn » Selvik, plus connu pour son implication au sein de Gorgoroth (en tant que batteur entre 2000 et 2004) et surtout de Jotunspor.

Loin de leurs terres habituelles, les deux musiciens auront donc mis six années pour parvenir au bout de ce projet ambitieux : honorer le folklore norvégien, la nature, les légendes de ce pays par le biais d’une musique ritualiste, ésotérique, aux confins de l’ambient folk, aidé par l’utilisation d’instruments traditionnels (Harpe de bouche, corde de chèvre…), de sons inédits (bruits d’arbres, de feu, d’eau, d’oiseaux…) et de chœurs féminins (ceux de Lindy Fay Hella).

Il n’est pas si facile d’enfanter ce genre d’album. Entre les mains de médiocres, Wardruna aurait très certainement sombré dans la fange d’un folk metal de bas étage. Au contraire, entre les mains d’artistes sincères et talentueux, comme c’est le cas de Kvitrafn et Gaahl, l’entreprise se pare d’une dimension transcendantale absolument énorme.

Runaljod – Gap Var Ginnunga nous convie à un voyage spirituel envoûtant, sombre et magique, dont le guide est un Gaahl qui se fait chaman. Homme de conviction, sa présence n’a rien d’étonnant. Son attirance pour le satanisme et le paganisme n’est pas feinte, contrairement à toutes ces faces  de gargouilles qui pensent qu’il suffit de poser dans la neige en faisant la gueule pour se faire passer pour des adorateurs du Grand Bouc.

A des années-lumière des ritournelles pour troubadours qui chantent les temps anciens, Wardruna incarne la fusion des éléments où la nature, l’Homme, les esprits et les Dieux se fondent en un tout. Hypnotique et mystérieux, Runaljod s’impose comme le plus bel hommage à la Norvège séculaire jamais écrit, cette terre, l’une des rares où demeurent encore des espaces vierges de souillures humaines, une terre où survie une forme de magie presque palpable.

Divisé en douze chapitres, cet album est pourtant de ceux qui ne peuvent se charcuter ; il doit être abordé dans sa globalité si l’on veut être transporté par les sonorités tribales qui s’en libèrent. Ce n’est peut-être pas du black metal, ni du metal tout court d’ailleurs, mais la beauté profonde qui s’en dégage dépasse ce genre de cadre pour toucher tous les amoureux de la nature et tous ceux qui restent fascinés par la culture et la mythologie nordiques.

Je ne peux donc que vous inviter à tenter le voyage car Wardruna possède cette capacité rare à faire oublier, ne serait-ce qu’un temps, la réalité du quotidien pour vous emmener vers l’imaginaire. Unique et précieux, une œuvre qui sait faire grandir l’âme et fera date dans l’histoire. (10.02.09)

 

TRACKLISTING
  1. Ar Var Alda / 2.19
  2. Hagal / 7.40
  3. Bjarkan / 5.53
  4. Loyndomsriss / 3.15
  5. Heimta Thurs / 4.18
  6. Thurs / 1.16
  7. Jara / 5.02
  8. Laukr / 4.05
  9. Kauna / 2.34
  10. Algir – Stien Klarnar / 4.17
  11. Algir – Tognatale / 5.39
  12. Dagr / 5.38
TOTAL PLAYING TIME : 51.54

 

DISCOGRAPHY

 

 

 

VIRUS : THE BLACK FLUX (2008)

 Season Of Mist – 8 / 10

 

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Virus, quelque chose qui ne tourne pas rond. Le chant, profond, habité, est complément hanté et affirmer que les guitares sont dissonantes relève du truisme. Rien, absolument rien ne file vraiment droit sur ce The Black Flux. Tout semble y être déglingué, à l’image de ces riffs, véritable stratigraphie de couches empilées de traviole.

Mais à la vue du pedigree du principal instigateur de ce groupe, le cultissime Czral-Michael, cela n’a de fait rien de surprenant. Si l’homme peut se targuer de posséder à son tableau de chasse des formations aussi influentes que Satyricon, Ulver (sa voix ne peut qu’évoquer celle de Garm) ou Aura Noir, c’est surtout pour son implication dans Dodhmeisgard et plus encore dans le singulier Ved Buens Ende qu’il est admiré. Soit un gars qui n’a rien d’un intégriste et qui, au contraire, estime que le black metal ne doit pas demeurer inféodé à de quelconques règles.

Il y a d’ailleurs beaucoup de Ved Buens Ende dans Virus, projet un peu paresseux né en 2000 et dont cet opuscule n’est que la seconde offrande. Cependant réduire ce groupe à cette filiation tient pour le moins du raccourci commode car il emprunte d’autres voies, plus progressives, plus bizarres encore, à la croisée des chemins de VoiVod et Talking Head ( ?), comme ses géniteurs se (com)plaisent à le dire. Nous voilà donc bien avancé avec cette définition aussi bancale (bien que pertinente) que la musique proposée ici.

Ainsi parler de metal noir semble presque absurde et ne serait-ce le rôle de ses parents dans ce mouvement, il est clair que Virus ne noue que peu d’attache  avec cette chapelle, dont il ne conserve que de lointaines fondations bien érodées qui plus est par des influences qui dépassent ce cadre. Mieux vaut donc parler de post black metal, étiquette fourre-tout qui agglomère des formations telles que Solefald, Arcturus, Ulver, voire Enslaved également, autant de groupes certes différents mais qui ont en commun le fait de s’être très vite affranchis de certains invariants qui gangrènent l’art noir.

Mid-tempo, hypnotique, sombre, étrange, dérangeant aussi, sont autant de qualificatifs pour décrire The Black Flux, magma sonore qui libère un fluide vicieux et froid et secrète un désespoir intense bien qu’il s’exprime de manière plus originale qu’à l’accoutumée. De « Stalkers Of The Drift » au superbe « Strange Calm », ces neufs échappées viciées et bringabalantes ont cette particularité qu’elles se ressemblent un peu toute, ce qui contribue à conférer à cet album une impression de répétition, de va-et-vient lancinant sans pour autant paraître redondant ou répétitif justement. The Black Flux a quelque chose d’un tourbillon qui vous avale, vous happe, vous envoûte aussi…

Une œuvre singulière donc, faussement simple, à l’image de ceux qui l’ont enfanté et qui mérite nombre d’écoutes si l’on veut goûter aux richesses cachées au fond de sa précieuse intimité humide car elle n’ouvre pas ses cuisses aussi rapidement qu’on le voudrait. Une gemme rare et noire.  (11.12.08)

 

TRACKLISTING
  1. Stalkers Of The Drift / 4.29
  2. As Virulent As You / 5.56
  3. Archives / 6.31
  4. The Black Flux / 6.39
  5. Intermission : Ocean Highway / 3.54
  6. Inward Bound / 6.50
  7. Lost Peacocks / 5.48
  8. Shame Eclipse / 4.12
  9. Strange Calm / 8.52
TOTAL PLAYING TIME : 53.11

 

DISCOGRAPHY

 

www.myspace.com/czral

 

 

WARGASM : MANHUNT (2005)

 AUTOPRODUCTION – 7 / 10

 

Manhunt reste à ce jour l’album orphelin de Wargasm, jeune groupe d’Ile de France gravant dans le marbre un black metal épique et pagan de très bonne facture. Pourtant, en dépit d’un line-up mouvant, la horde existe toujours comme l’a prouvé sa prestation (trop) rapide à Paris en ouverture de Hyadningar en décembre 2008. Qu’il est donc dommage que les Français n’aient rien produit depuis car Manhunt est une offrande des plus intéressantes !

Malgré un mixage un peu faiblard par moment et un chant – assez diversifié néanmoins – qui pourrait être plus pertinent, elle distille sept titres qui témoignent que ses géniteurs ont bien biberonné du heavy metal. L’intro de « Look », par exemple, est à ce titre des plus éloquentes. C’est d’ailleurs dans cet emprunt que réside la principale originalité de Wargasm, dans ce mariage entre metal noir et harmoniques à la Maiden, teinté également de quelques influences folkloriques (« Look »).

Agressif et rapide parfois (« Run For The Globalization », « Chaos For Freedom »), mélodique souvent (« Immortal Rites Of War »), épique toujours (« Manhunt »), cet album est riche d’excellents moments, surtout quand le groupe perce dans son black metal des espaces atmosphériques, rampes de lancement pour que les guitares s’expriment avec majesté, notamment lorsqu’elles fleurtent avec les arpèges (« Look »).

Le groupe s’y entend pour composer de très bons morceaux, qui tiennent la route, quand bien même ils manquent peut-être un peu de puissance, par rapport à leurs versions live bien plus mordantes. Une bonne surprise donc dont on espère qu’elle sera un jour suivie d’une petite sœur… Wargasm a le potentiel pour s’imposer comme une des meilleures formations hexagonales dans le genre. Mais sans doute ses membres, sympathiques et (trop ?) décontractés, ne prennent-ils pas suffisamment au sérieux la destinée de leur drakkar, il le mérite… (28.12.08)

 

TRACKLISTING
  1. Immortal Rites Of War / 6.51
  2. Run For The Globalization / 3.35
  3. Look / 6.37
  4. Gaia / 3.40
  5. Chaos For Freedom / 5.21
  6. Manhunt / 6.38
  7. Eternal Drowning Of Moral Fattening / 3.56
TOTAL PLAYING TIME : 40.00

 

DISCOGRAPHY

 

 www.myspace.com/wargasmepic 

 

 

 

WINTERFYLLETH : THE GHOST OF HERITAGE (2008)

 PRODOUND LORE RECORDS – 7.5 / 10

 

Né au royaume de la Perfide Albion, signé chez Profound Lore Records, nanti d’une très belle – et plutôt originale, eut égard à la musique à laquelle il est arrimé – pochette pour habiller son premier essai et surtout formé par des membres du cultissime Atavist, Winterfylleth possède déjà, en dépit de sa naissance récente (en 2007), une bourse déjà pleine d’atouts.

Glorifiant l’histoire et le paganisme, le groupe érige un black metal païen et épique, certes mélodique mais avec cette âpreté, cette sécheresse minérale qu’il doit beaucoup à son origine géographique. S’il arbore fièrement une violence épidermique et intense, comme en témoigne « Mam Tor (The Shivering Mountain », saillie brutale en guise d’entame, c’est bien quand il se lance dans des épopées pleines de majesté au tempo obsédant qu’il se montre le plus conquérant. Ainsi, comment résister au grandiose « Brithnoth : The Battle Of Maldon (991 AD) », que précède un instrumental d’une sobriété absolue et beau comme un chat qui dort ? Long de plus de sept minutes, irrigué par des guitares abrasives, ce titre est parcouru par un souffle épique envoûtant qui le propluse vers des sommets peu atteints depuis le Twilight Of The Gods de Bathory, ce que confirme le recours à des chœurs valeureux employés avec beaucoup de parcimonie.

Winterfylleth libère avec largesse des riffs entêtants qui grésillent et agissent comme une vigie dans cette plongée dans un passé tumultueux au profond goût de fer et de sang, à l’image du puissant « Forging The Iron Of England ». Son black est implacable, rongé par une noirceur souterraine (« The Ghost Of Heritage »), qui sait ouvrir de courts espaces morts pendant lesquels les musiciens tricottent des instants fiévreux (« Casting The Runes » par exemple).

Mais surtout, contrairement à tous ces drakkars entiers de vikings du dimanche qui croient qu’il suffit de se laisser pousser quelques poils sur la gueule et de porter fièrement le marteau de Thor pour se prendre pour la plus grande invention depuis Bathory, les Anglais possède cette noblesse (le mélancolique « Guardian Of The Herd » le montre bien , cette justesse de ton et cette sincérité qui les distinguent du tout venant du pagan black metal aujourd’hui un peu trop à la mode comme ils savent toujours aller à l’essentiel sans se prendre les pieds dans leurs sandales de plage. Sans faire dans le pompeux de bas étage, le groupe parvient à faire revivre les atmosphères propres au Moyen Age, sorte de bande-son réussie du film Le roi Arthur.

Plus proche donc de Forefather que de Cradle Of Filth (ouf !), Winterfylleth se fait le porte étendard de valeurs ancestrales ; il rend hommage à tous ceux qui se sont battus pour elles et pour préserver l’héritage du passé et par là-même il contribue à lui tout seul à (re)dorer le blason de l’Art Noir britannique. Mais cela, au regard des crédits honorables mentionnés dans le livret (Primordial, Lyrinx, Negura Bunget…), on s’en doutait déjà. (20.11.08)

 

TRACKLISTING
  1. Mam Tor (The Shivering Mountain) / 6.14
  2. The March To Maldon / 3:46
  3. Brithnoth: The Battle of Maldon (991 AD) / 7:38
  4. Forging The Iron of England / 5:12
  5. The Ghost of Heritage / 5:27
  6. Defending The Realm / 5:21
  7. Guardian of the Herd / 4:49
  8. Casting The Runes / 5:23
  9. An Englishman’s Verse / 5:04
TOTAL PLAYING TIME : 48:54

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/winterfylleth  

 

 

 

CELESTIA : FRIGIDIIS APOTHEOSIA (2008)

 APPARITIA RECORDINGS – 7.5 / 10

 

Fort d’une discographie bordélique riche depuis 1997 d’un nombre incalculable de démos et de splits (avec Evil, Draugwath, Inferno, Goatfire), Celestia est un des points de convergence de la scène black metal française où se sont croisés des membres de Peste Noire, Alcest, Genocide Kommando, Gestapo 666 ou bien encore Amesoeurs.

Après un premier album, Apparitia – Sumptuous Spectre, longtemps attendu comme le messie, ce sombre navire, guidé par l’âme tourmentée de Noktu Geiistmortt, notamment secondé cette fois-ci par Malefic, le maître à penser de Xasthur qui a quelque chose d’une silhouette spectrale échappée des brumes du Nosferatu de Murnau, livre enfin avec Frigidiis Apotheosia, sa seconde offrande, sous-titrée Abstinencia Genesiis.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, sachez que Celestia se veut le chantre d’un black metal aristocratique, intellectuel et classieux, d’essence norvégienne, d’une froideur cadavérique, mélodique et atmosphérique parfois, nihiliste et désenchanté toujours. Celestia est à l’art noir ce que Baudelaire est à la poésie. Cette musique suinte la mort par toutes les notes, portées par des paroles d’un érotisme morbide, d’un romantisme nécrophilique.

Avec cet album, Noktu offre un nouveau chapitre à sa destinée, plus soigné (à l’image des ambiances posées, des arpèges introduisant le très beau « A Regrettable Misinterpretation Of Mournfulness » notamment), plus tragique également. Plus spirituel aussi. Une chape de souffrance et de solitude s’abat sur vous dès le vicieux et obsédant « She’s Dead (valse funeste de décomposition)», qui ouvre le chemin de cette marche funèbre et sexuelle mais une sexualité vierge de toute trace d’amour, une sexualité macabre, déviante et malsaine.

Ecouter Frigidiis Apotheosia revient à faire l’amour avec un cadavre. Il faut avoir soi-même souffert des sentiments pour pouvoir s’immerger en profondeur comme le réclament ces huit plaintes, ces huit cris de haine, ces huit manifestations d’une négation absolue et sans retour. Pourtant rares seront ceux qui y parviendront. Le Black Metal doit de toute façon rester un art pur et uniquement accessible à une minorité. D’un lyrisme mortuaire, elles exsudent une beauté noire qui les imprègne d’un mysticisme sinistre ; elles touchent l’âme autant que le cœur.

Hors du temps hors des modes, ni suicidaire ni true black mais un peu des deux à la fois, Celestia poursuit seul son chemin vers un ailleurs de la décrépitude dont son géniteur est la vigie funeste. Une œuvre à part au sein de la scène black metal hexagonale, cela ne la rend que plus rare et précieuse encore. Apparitia – Sumptuous Spectre incarnait la fin d’une ère, en sera-t-il de même pour Frigidiis Apotheosia ?  (24/10/08)

 

TRACKLISTING
  1. She’s Dead (Valse funeste de décomposition) / 5.33
  2. A Plaintive Cry Merely Echo / 5.12
  3. Admirable Eros Abstraction / 4.20
  4. A Regrettable Misinterpretation Of Mournfulness / 6.33
  5. Death Of The Lizard Queen (Necro Phaantasma) / 7.21
  6. Morbid Romance (Arcana VI Revisitae) / 4.52
  7. The Seed Of Negation (Abnegativa Rejections) / 4.27
  8. Frigidiis Apotheosia (Dormant Rests Of Raped Necrosia) / 5.59
TOTAL PLAYING TIME : 44.17

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/celestiaofficial  

 

 

 

ENSLAVED : VERTEBRAE (2008)

 

 

Plus les années passent plus Enslaved, groupe majeur de la scène black metal norvégienne à laquelle il est toujours associé, largue à chaque nouvelle sortie d’album un peu plus les amarres de celle-ci. La voix hargneuse de Grutle demeure désormais le dernier oripeau de son passé extrême… et encore, le chant clair et planant du bassiste, combiné bien souvent à celui du claviériste Herbrand Larsen, tend à manger de plus en plus d’espace au détriment du premier. Preuve en est donné avec Vertebrae dont le titre d’ouverture, le majestueux “ Clouds ”, où les lignes vocales black ne surviennent qu’au bout de deux minutes environ, ne noue donc que peu d’attaches avec l’Art Noir.

Ce dixième opuscule poursuit le chemin creusé par son acclamé prédécesseur, Ruun, qui a clairement marqué un tournant sinon une évolution essentielle dans le style du groupe lequel, a maintenant atteint une maturité évidente en terme de composition. D’une grande densité, tendus comme des verges turgescentes après deux jours d’abstinence, les titres sont plus ramassés qu’autrefois et oscillent tous entre cinq et sept minutes (hormis pour “ The Watcher ”). Les longues épopées épiques qui émaillaient les grandioses Below The Lights ou Isa ont de fait disparu, tout comme les accélérations frénétiques, exception faite du furieux “ New Dawn ”, pour laisser la place à de petites merveilles d’équilibre et d’écriture au tempo souvent envoûtant.

Mais ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est ce son massif et minéral qui érige un mur de granite, ainsi que cette capacité que déploie Enslaved à faire tourner à chaque fois l’entame des morceaux durant de longues minutes, comme en témoigne le superbe “ Reflection ”, néanmoins un des plus violents du lot.

Sans être un concept-album, il n’en demeure pas moins que Vertebrae doit être appréhendé non pas comme une brochette de chansons mais comme un bloc brut, compact et homogène avec un début et une fin, chacun des huit titres ne pouvant être interverti. Un peu à la manière de ce qui se faisait durant les années 70, période bénie qui sert plus que jamais de combustible pour nourrir l’inspiration d’Ivar Bjornson, principal compositeur de l’entité et qui prouve encore une fois son amour pour le rock progressif antédiluvien.

Comment à ce titre, ne pas penser à King Crimson dès que des nappes d’orgue répandent leurs atmosphères brumeuses ? Comment ne pas évoquer Pink Floyd et David Gilmour à l’écoute de ces lignes de guitares aériennes, bien que souvent prisonnières d’une gangue de marbre, qui parviennent à se frayer un chemin au sein d’une musique pourtant des plus massives ? Le fait d’avoir recruté le mythique George Marino pour assurer le mastering de l’album n’est du reste pas anodin tant Enslaved souhaitait habiller son travail d’une patte vintage sans pour autant paraître désuet. Bien au contraire, proches dans l’esprit, plus que dans la lettre, de formations ambitieuses et novatrices telles que Opeth, Neurosis (on y pense également beaucoup), Tool ou toute la scène post rock qu’admire particulièrement le Viking, les Norvégiens façonnent un art évolutif qui s’affranchit, depuis le matriciel Monumension en 2001, des modes et des genres.

Encore un chef-d’œuvre qui, vous le constaterez, ne révèle sa foisonnante richesse qu’à force de multiples aller-retour dans sa masse de pierre taillée avec puissance et finesse. (03.11.08)

 

TRACKLISTING
  1. Clouds / 6.09
  2. To The Coast / 6.27
  3. Ground / 6.38
  4. Vertebrae / 5.01
  5. New Dawn / 5.23
  6. Reflection / 7.45
  7. Center / 7.33
  8. The Watcher / 4.11
TOTAL PLAYING TIME : 49.07

 

2008

9.5 / 10

INDIE RECORDINGS

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/enslaved

 

 

 

 

ARCKANUM : ANTIKOSMOS (2008)

 

 

Vitrine musicale en quelque sorte du M.L.O. (Misanthropic Luciferian Order), Dissection est mort en 2006 avec son leader Jon Nödtveidt. La secte peut toujours néanmoins compter sur Arckanum, son frère d’armes et de sang (la présence sur cet opus du guitariste Set Teitan n’est, à ce titre, pas anodine), pour répandre sa philosophie.

Précédé d’un EP du même nom publié un peu plus tôt dans l’année, Antikosmos est une œuvre noire à la gloire de cet ordre à l’idéologie fumeuse axée sur la notion de chaos gnostique sur laquelle je ne m’étendrais pas davantage. Mais au-delà de son prosélytisme auquel on est libre d’adhérer ou pas, cet album, le premier longue durée depuis dix ans ( !), période d’abstinence seulement rompue par quelques signes de vie (ou de mort ?) sous la forme d’une multitude de splits et de EP, mérite tous les éloges.

Parfaitement produit au Sunlight Studios par son gourou Tomas Skogsberg (ceux qui ont vécu l’âge d’or du death metal suédois vont verser une larme de l’évocation de ces deux noms), qui a su lui conférer un son brut et rugueux, Antikosmos est un concentré organique de négativité, exsudant une urgence palpable, que sa courte durée vient encore renforcer. Il déverse huit prêches aux allures d’incantations sulfureuses qui confinent à un rituel ésotérique étouffant (“ Blota Loka ”). Le ténèbreux “ Svarti ”, dont les premières mesures résonnent comme une invite, ouvre d’entrée les portes conduisant au sabbat, il possède la capacité rare de plonger dans une obscurité opaque tout ce qui l’entoure, de vous happer dans un tourbillon d’une noirceur infinie.

Rapide et âpre, vénéneux (“ Su Vitran ”) ou lancinant (“ Formala ”), le black metal d’Arckanum à quelque chose d’une cérémonie religieuse invertie, baignant dans un climat de magie noire et occulte. Mais contrairement à tous ces pseudos gargouilles satanistes du dimanche grimées à la truelle qui polluent la chapelle, Shamaatae, dont le chant habité se pare d’une profondeur incantatoire et, se faisant, participe beaucoup du caractère spirituel de son art, est un homme qui croit dans ses convictions et sa sincérité transparaît dans chaque recoin de cette messe anti cosmique intense.

Etonnamment, Antikosmos reste très mélodique, grâce à ces riffs, ces soli accrocheurs (“ Rokulfargnyr ”, “ Eksortna ” en témoignent), avec ce sens de la mélodie à la suédoise imparable. Voilà certainement le travail le plus réussi d’Arckanum car le plus abouti, quand bien même quelques titres supplémentaires n’auraient pas été pour me déplaire. (27/10/08)

 

TRACKLISTING

  1. Svarti / 6.02
  2. Daudmellin / 4.34
  3. Rokulfargnyr / 5.04
  4. Blota Loka / 5.14
  5. Nakjeptir / 4.06
  6. Eksortna / 1.29
  7. Su Vitran / 6.25
  8. Formala / 4.06

TOTAL PLAYING TIME : 37.00

 

2008
8 / 10
DEBEMUR MORTI

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/officialarckanummyspace

 

 

DARKTHRONE : FROSTLAND TAPES

 

 

Darkthrone n’est pas à un paradoxe près. Si d’un côté, Fenriz et Nocturno Culto, musiciens dont on ne peut remettre en question la sincérité, affichent une attitude punk très “ on vous emmerde tous, on fait ce qu’on veut ”, de l’autre en revanche, les deux lascars tiennent d’une main intéressée et avisée tout le business qui entoure leur bébé (Fenriz s’en défend pourtant). Car, la caution “ vieilles démos sorties du congélateur ” ne doit pas vous tromper : Frostland Tapes est surtout un produit destiné au tiroir-caisse, le groupe drainant une colonne de fans prêts aveuglement à se délester chaque année que dieu fait d’une vingtaine d’euros. Quand ce n’est pas une nouvelle galette (la prochaine, Dark Thrones And Black Flags verra déjà le jour dans quelques mois), c’est un DVD à la qualité contestable, quand ce n’est pas une compilation c’est un mini en guise d’apéro… Darkthrone est un nom qui fait vendre et ses géniteurs l’ont bien compris. Et Peaceville aussi et surtout !

Frostland Tapes est donc la réunion, habillée d’un bel écrin comprenant trois disques (pas très black metal tout ça !), des premières démos de ce qui n’était alors pas encore un duo, Land Of Frost (1988), A New Dimension (1988), Thulcandra (1989) et Cromlech (1989), complétée par un enregistrement live au Danemark en 1990, pollué, comme le reste (mais c’est ça Darkthrone) par un son pourri ainsi que par une version instrumentale très rare de Goatlord (1991). De fait, cette somme pantagruélique est surtout destinée aux Ayatollahs qui ne jurent que par les premiers étrons chiés dans une cave par des gamins sachant à peine se servir de leurs membres et aux archéologues écrivant une thèse sur les prémices du black metal. Si l’intérêt historique de Frostland Tapes est évident, son intérêt musical est plus discutable (ce Goatlord sans paroles notamment).

On y croise donc cette espèce de proto black primitif à l’habillage sonore affreux (mais cela fait partie du charme), proche de Hellhammer et de certains groupes de la NWOBHM parmi les plus rustres et evil (tels qu’Angel Witch). Certains titres quelque peu inhabituels pour Darkthrone sont comme des bouffées d’air frais (l’instrumental “ Snowfall ”, de plus de 9 minutes ou le break presque hard rock qui zèbre “ Thulcandra ”), tandis que d’autres pataugent un peu trop dans la mélasse. Et ce qui reste plaisant le temps d’un album l’est déjà moins multiplié par trois.

Toutefois, reconnaissons qu’il est intéressant de pourvoir écouter les premiers rots d’un groupe encore naïf et puceau qui ne sait pas encore bien ce qu’il fait, qui tâtonne et ne se prend pas au sérieux. C’est un document rare (bien que la plupart de ces démos aient déjà été exhumées pour la compilation Preparing For War) qui érige un pont entre les débuts quasi punk, très death metal et le black’n’ roll que le groupe régurgite aujourd’hui. C’est une manière de justification à l’heure où beaucoup estiment que Nocturno Culto et Fenriz ont oublié d’où ils viennent. C’est tout le contraire en fait, eux qui depuis The Cult Is Alive renouent de plus en plus avec leurs racines. Mais cette valeur historique fait-elle pour autant un bon disque ? Pas sûr. Les ultras contrediront certainement ce jugement., eux qui vont de taper une pignole avec. Pour les inconditionnels donc… (11/09/08)

 

TRACKLISTING

DISC 1

  1. Land Of Frost / 4.06
  2. Winds Of Triton / 1.57
  3. Forest Of Darkness / 4.41
  4. Odyssey Of Freedom / 3.32
  5. Day Of The Dead / 5.39
  6. Intro : Twilight Dimension / 00.45
  7. Snowfall / 9.05
  8. Eon / 3.46
  9. Thulcandra / 5.47
  10. Archipelago / 4.53
  11. Soria Moria / 3.43

DISC 2

  1. The Watchtower / 5.12
  2. Accumulation Of Generalization / 3.10
  3. Sempiternal Past – Presence View Sepulchrality / 3.21
  4. Iconoclasm Sweeps Cappadocia / 4.00
  5. Cromlech / 4.32
  6. Sunrise Over Locus Mortis / 3.37
  7. Soulside Journey / 5.00
  8. Accumulation Of Generalization / 3.27
  9. Sempiternal Past – Presence View Sepulchrality / 3.57
  10. Iconoclasm Sweeps Cappadocia / 4.29
  11. Neptune Towers / 3.20

DISC 3

  1. Rex / 4.10
  2. Pure Demoniac Blessing / 2.49
  3. (The) Grimness Of Which Sheperds Mourn / 4.40
  4. Sadomasochistic Rites / 4.20
  5. As Desertshadows / 5.03
  6. In His Lovely Kingdom / 3.33
  7. Black Daimon / 2.15
  8. Toward(s) The Thornfields / 3.54
  9. (Birth Of Evil) Virgin Sin / 3.38
  10. Green Cave Float / 4.08
  11. A Blaze In The Northern Sky / 4.56
  12. Fenriz Drum Solo / 2.35

TOTAL PLAYING TIME : 131.02

 

2008

6.5 / 10

PEACEVILLE

 

DISCOGRAPHY

 

http://www.myspace.com/officialdarkthrone