Hexenhaus : A Tribute to InsanityHexenhaus est sûrement La ou une des figures de proue du mouvement de thrash technique en Europe à la fin des années 80 et au début des 90’s, amenant la construction de structures complexes sous des cadences variées au paroxysme du raffinement. Le groupe doit notamment son incomparable style à l’énorme travail d’un des plus grands guitaristes suédois en la personne de Mike Wead, dont on trouve de multiples prestations pour d’illustres noms comme The Haunted, Candlemass, Mercyful Fate et j’en passe… Sans détours, il suffit d’écouter le soli introductif du titre “Death Walks Among Us”, véritable prouesse mélodique tout en finesse, pour se convaincre de son influence.

Les thrashers de Stockholm ont une discographie littéralement scindée en deux, ce “A Tribute to Insanity” se démarquant en de nombreux points des différents albums que les suédois nous réaliseront dans la décennie suivante. Point de départ prometteur mais quelque peu timide pour certains amateurs du thrash envolé à la voix haut perché et à la rythmique d’Annihilator de ses descendants, véritable chef d’œuvre obscure jamais inégalé par la suite pour les autres, notamment à cause d’un imposant mais destructeur remaniement d’effectif à la venue de “The Edge of Eternity“. En effet, seul le vétéran Mike Wead fut alors le garant de la griffe technique Hexenhaus pour un développement musical autrement différent. Sans dénigrer l’indéniable qualité d’”Awakening” et consorts, je dois vous avouer que je suis partisan de la seconde catégorie de fans.

Cet album est, comme son nom l’indique, un hommage à l’insanité, ou plutôt aux âme innocentes victimes de cette démence qui frappa l’Allemagne au XVIIème siècle dans une folle chasse aux sorcières où plus de 600 femmes suspectées de sorcellerie, après avoir avoué sous la torture leur pseudo allégeance envers Satan, furent abattues dans le lieu maudit d’Hexenhaus.

Décrire ce “A Tribute to Insanity” sans tomber dans le dithyrambe est chose bien complexe mais prêtons nous à cet exercice en commençant par certaines références: cet album, c’est le penchant sombre de Bezerker, l’équivalent technique d’Infernäl Mäjesty. Comme l’image magistralement la pochette qui n’est autre que le tableau de Jean Delville “Les Trésors de Satan” (dont les fans de “Blessed Are The Sick” de Morbid Angel y retrouveront un air familier), nous avons affaire à un thrash au jeu d’ambiance alambiqué couplé à de lugubres mélodies prenant parfois le pas sur l’efficacité brute. L’intro “IT…” abonde dans ce sens avec son ambiance lancinante agissant comme une lourde porte grinçante s’ouvrant lentement vers les ténèbres.

L’impression générale inviterait presque à parler de lenteur, ce qui serait faux notamment au vu du tempo souvent imposé par le batteur Ralph Raideen, mais il est vrai que la base heavy et le progressisme des riffs lourds dont fait preuve Hexenhaus donne ce sentiment de nonchalance. Pourtant est constamment conservée une intensité étouffante notamment grâce au chant acéré de Nick Johansson, particulièrement efficace dans le refrain de “Requiem“, alors même qu’il n’est pas spécialement placé au-dessus de la musique.

“As Darkness Falls” résume dans ses dix minutes l’étendue de la magie de cet album. Construit en trois mouvements, eux-mêmes subdivisées en deux ou trois plans, il illustre à merveille la maîtrise technique du quintette dans le développement des séquences et dans la construction des transitions entre-elles, le tout dans une atmosphère presque sacralisée via l’ajout de quelques effets. Presque impossible à décrire tant ce titre est riche, il vous faudra le parcourir par vous-même…

Hélas, ce titre reflète également les limites du groupe. Paradoxalement, elles résident justement dans l’absence de bornes dans leur imagination. En effet, certains passages notamment dans le troisième tiers du morceau sont le théâtre de légères maladresses rythmiques en raison d’idées trop complexes enrayant quelque peu la dynamique de la chanson.

Force est de constater que la continuité est aussi le mot d’ordre au sein de ce “A Tribute to Insanity” au point que certains regretteront le manque de distinction entre les différentes étapes de l’album, notamment quand vient le triptyque final composé de “Death Walks Among Us”, “Memento Morus – The Dead Are Restless” et “Requiem“. Malgré cela, en considérant l’œuvre dans son ensemble, l’unité et la consistence dont fait preuve l’album sont tout simplement remarquables quand on se rend compte que l’objectif final est l’ambiance dans lequel les suédois encerclent son auditeur. Bref, en fonction du point de vue, le défaut est un avantage et réciproquement.

Le groupe s’octroie tout de même quelques titres thrash très directs qui détonnent plus que les autres, via le jeu de batterie de Ralph Raideen très intense pour conserver un rythme bien soutenu, parmi lesquels “Eaten Alive” ou encore “Incubus”. La batterie a d’ailleurs un son profond vraiment agréable faisant même parfois écho dans notre cage thoracique lorsqu’on vient à monter le son, augmentant la sensation d’une atmosphère prenante. Ce phénomène est le plus remarquable lorsque vient le titre “Delirious” dans lequel les frappes sont plus espacées mais aussi plus soutenues.

Au final, “A Tribute to Insanity” est une œuvre essentiellement personnelle, bien à part des autres albums de thrash, technique ou non, et même des autres albums du même groupe. Hexenhaus a fait ici le pari d’un parti pris fort qui pourra ne pas forcément vous plaire. En effet, les suédois s’en prennent directement à nos tripes et s’adressent sans artifice à notre cœur. Si ceux-là ne sont pas en symbiose avec leur musique, passez allègrement votre chemin. Pour les autres, ici trouverez-vous un album tout bonnement prodigieux, à même de devenir l’un des plus remarquables de votre discographie, aussi riche soit-elle.



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  • Thrash me ’til I die!

    Bienvenue dans ce recueil de chroniques, autant d'hommages à ce style formidable qu'est le thrash!

    N'hésitez pas à laisser des commentaires

    Bonne continuation

    Da_Sway

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