Linkin Park : Minutes to Midnight

Linkin Park : Minutes to MidnightC’est en révolutionnant délibérément leur style que les 6 confrères californiens de Linkin Park sortent le 15 mai 2007 le tant attendu Minutes to Midnight. Pas moins de quatre ans auront été écoulés entre leur précédent album studio Meteora et ce dernier opus (sans compter Collision Course en collaboration avec Jay-Z), c’est dire combien les fans ont attendu pour acheter ce 12 titres surprenant. Cet album détache de façon presque radicale le groupe de l’étiquette neo-metal qu’il portait depuis le succès planétaire du premier album Hybrid Theory (14 millions d’exemplaires vendus et meilleure vente d’album de l’année 2000).

Cet album semble orienter la musique de Linkin Park vers un rock plus accessible que jamais où les particularités qui en faisait autrefois un groupe hors du commun se sont dissipées dans la probable volonté de se fondre dans la masse des groupes populaires de musique actuelle. C’est bien ce qui semble d’ailleurs déranger à l’écoute de cette galette, construite sur une idée de simplicité. Linkin Park ne se sont certes jamais présentés comme des virtuoses en tant qu’instrumentistes – c’est du moins ce que diront les musiciens exigeants – mais ils furent autrefois un groupe phare du mouvement neo-metal qui connaissait son apogée dans les années 1990 avec des groupes comme KoRn et Limp Bizkit dont Linkin Park se sont parfois inspirés. Dans Minutes to Midnight, le rap ne tient plus qu’une place mineure, Mike Shinoda nous faisant ouïr son chant plutôt séduisant notamment dans les morceaux In Between et The Little Things Give You Away. Même le rap de Hands Held High n’a rien à voir avec l’énergie de Papercut, Figure 0.9 ou bien Forgotten. Le jeu de batterie de Rob Bourdon est devenu très classique, quand à Joseph Hahn, il semble que son travail de DJ ait été oublié sur cet album. Le bassiste Poenix comme d’habitude ne fait preuve d’aucune originalité ni de virtuosité et ici, suit simplement le pas des autres instruments. Brad Delson et sa guitare sont définitivement bien loin de lécher ne serait-ce qu’une cheville de John Petrucci mais se résigne enfin à jouer dans les aigus plutôt que de gratter constamment des power chord sans intérêt technique comme autrefois.

Les structures des morceaux sont elles aussi très simple. Prenons pour plus flagrant exemple le morceau phare de l’album sorti en single peu avant le 15 mai : mesures binaires et constantes tout le long du morceau, pas la moindre modulation ni même la moindre altération accidentelle, une suite d’accords platement répétée et surtout déjà entendu des centaines de fois, une rythmique basique et elle aussi répétitive, des couplets et refrains très courts sans transition particulière et enfin un semblant de solo de guitare on ne peut plus convenu.

Et malgré tout, What I’ve Done constitue un morceau très sympathique que nombre d’entre nous humains ne se lassent pas d’écouter et de fredonner. C’est là le secret de Linkin Park, celui de savoir plaire à beaucoup d’oreilles. Il faut admettre que cet album contient quelques idées artistiquement abouties bien que rien ne fasse preuve d’indéniable génie. D’autant plus que cette musique un tantinet emo transporte son auditeur parmi les émotions (sans doute ce qui fait qu’elle se laisse si bien approcher par le grand public) avoisinant majoritairement la tristesse et la mélancolie, ce qui peut éventuellement se voir dans les nouvelles façons de se vêtir des musiciens. Les morceaux sont d’ailleurs de ceux qui composent avec les états d’esprit comme avec l’agressivité et la vivacité d’une valse (No More Sorrow), ou avec sobriété et apaisement (comme The Shadow Of The Day que l’on entendrait volontiers pour se réveiller). Les textes sont quelque peu engagés et plus lyriques qu’auparavant, traitant du thème de la repentance dans What I’ve Done (« let mercy come and wash away what I’ve done »), des conflits de guerre dans Hands Held High ou de sentiments de regret et de tristesse dans Valentine’s Day ou The Shadow Of The Day.

Linkin Park a évolué en cette année 2007. C’est le moins que l’on puisse en conclure et ceux qui reprochait à Meteora d’être une copie conforme de son prédécesseur devront changer de discours. Minutes to Midnight perd énormément de l’agressivité qui faisait des premiers albums qu’ils étaient classés dans les rayons metal des distributeurs de musique. Pas moins de poésie et plus d’occasions de se poser et d’explorer des sonorités encore inconnues à ce groupe sont offerts par cet album. Sans être l’album du siècle, Minutes to Midnight s’assure tout du moins de prendre un place de premier plan dans le rock populaire et laisse découvrir ce dont on ne serait jamais attendu de Linkin Park.

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